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samedi, 13 août 2011

À PROPOS DU RÊVE FRANÇAIS

BILLET du 13 AOÛT 2011

La politique doit-elle continuer à nous faire rêver ?

On se souvient, en 1981 : François Mitterrand voulait “changer la vie”. En 2007, Nicolas Sarkozy, lui, invitait les français à se rassembler autour d’un “nouveau rêve français” : il faisait alors une promesse de rupture avec la longue “sieste” chiraquienne. On sait la suite. Plus récemment encore, François Hollande nous dévoile une nouvelle version - objectif 2012 - du “rêve français”. Et d’autres encore : ils ne sont probablement pas les derniers à vouloir nous faire rêver des “lendemains qui chantent”.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéPeut-on, aujourd’hui encore, continuer de parler d’un “rêve français” dans la situation où nous sommes ?

À la veille d’une nouvelle échéance électorale essentielle, nos hommes politiques donnent parfois l’impression de vouloir promettre le beurre, l’argent du beurre et le seau du laitier. Ils veulent faire rêver..., mais sans les conditions du rêve.



LES GRANDS RÊVES POLITIQUES

Dans l’histoire des rêves politiques, j’allais dire des grandes utopies politiques, celles qui ont su entraîner des masses derrière un vaste projet, ou derrière un grand dessein, sont celles portées le plus souvent par des leaders charismatiques, qu’ils soient républicains, fascistes, voire même staliniens. Il n’en a pas manqué dans l’histoire de notre planète.

Mais, dans tous les cas de figure, il y avait deux conditions à remplir : il fallait, d’une part, que ces rêves soient imprégnés de valeurs transcendantes, c’est-à-dire supérieures et extérieures aux individus. Celles, par exemple, évoquant la patrie (la notion de patrie étant supérieure à la somme des individus qui la composent), ou  encore celles des idéaux de la révolution, voire aussi celles exaltées par une religion. Il fallait bien ces valeurs-là pour emporter les masses vers le rêve. Il fallait, d’autre part, que les citoyens acceptent jusqu’à se sacrifier pour le triomphe de ces valeurs auxquelles ils croyaient.

Presque tous les grands leaders charismatiques qui ont su emporter les masses autour de rêves ou d’utopies idéologiques, quelles qu’elles soient, ont donc été des personnages marquants de l’histoire de l’humanité, allant même jusqu’à entraîner ces masses dans des guerres qu’ils suscitaient : il fallait alors se sacrifier pour la patrie, la nation ou les idéaux qu’on voulait ou défendre ou répandre. Pour exemples, la défense des idéaux de la révolution de 1789, face aux anciens régimes féodaux, a été la base des grandes épopées napoléoniennes ; la défense de l’utopie communiste a été le prétexte à des dictatures staliniennes qui ont pesé pendant plus d’un demi-siècle sur des centaines de millions de citoyens. Les grandes croisades reposaient, eux, sur des idéaux religieux. Même au prix du sang versé.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Quand, plus récemment, en 1970, le Général De Gaulle est mort, le Président Pompidou et, dans sa grande majorité, la presse avec lui, ont titré, on s’en souvient : “la France est veuve”. Aujourd’hui, de quel homme politique français contemporain, s’il venait à mourir, dirions-nous “la France est veuve” ?

Alors, le “rêve français” qu’évoquait récemment François Hollande ? Très bien ! Mais si l’on croit qu’on va faire rêver, sans aucune valeur transcendante pour le porter, sans aucun esprit sacrificiel pour le soutenir, on se met le doigt dans l’œil ! On se souvient encore de la promesse, en 1940, du “sang et des larmes” de Churchill face au danger nazi qui menaçait jusqu’à l’indépendance de la Grande Bretagne. Il a su immédiatement cristalliser son peuple autour du projet de libération de notre continent et avec quel courage et quel brio.

Si donc, aujourd’hui, on veut redonner du sens à la politique, ce n’est peut-être pas à partir du rêve qu’il faut s’y prendre.


(Me revient à l’esprit, en reprenant l’expression du “sens”, l’excellent “Droit au  sens” - cf/Flammarion - de François Bayrou écrit en 1996 : cet ouvrage n’a rien perdu de son actualité)

LES JEUNES : UNE DONNÉE COMPLÈTEMENT NOUVELLE

Depuis la seconde guerre mondiale, c’est bien la première fois, aujourd’hui, que la situation des jeunes, économiquement ou socialement, régresse. C’est bien la première fois que les générations qui viennent auront un peu plus de difficultés que la nôtre. Ne serait-ce qu’en raison du poids énorme de la dette que nous leur laissons et qu’elles devront longuement et pesamment payer.

Je ne pense pas qu’aujourd’hui les gens croient d’ailleurs que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Et ce phénomène est une donnée complètement nouvelle.

En 1981, l’espoir historique de la gauche (qui a conduit à l’élection de François Mitterrand) - on pourrait dire l’espoir de toute la République et de la démocratie en général - c’était alors de faire que le sort de nos enfants soit plus enviable que le nôtre. C’était l’idée de “progrès” qui prédominait. Or, aujourd’hui, interrogez les gens que vous croisez : ils vous disent tous que leurs enfants auront un sort moins bon que le leur, moins bon que le nôtre. L’épreuve de ce grand espoir de 1981 a ruiné toutes les illusions.

L’ÂGE D’OR, C’EST DERRIÈRE NOUS

C’est donc un phénomène complètement nouveau et récemment répandu dans l’opinion : “l’âge d’or”, qui pendant longtemps était “devant nous”, avec cette idée de “progrès” qui n’aurait nulle halte dans son parcours, est désormais “derrière nous”. Il n’est plus “devant nous”.

Dites-moi, aujourd’hui, quel candidat, qu’il soit de gauche ou d’ailleurs, peut encore faire rêver la France ? Quand une Mme Aubry promet la création de 300.000 “emplois jeunes”, plus personne ne la prend au sérieux. Pire : on a le sentiment qu’avec de telles déclarations, elle se tire une balle dans le pied. Quand, plus récemment, une Mme Royal en est à nous ressortir encore des recettes en déphasage complet avec les implacables réalités du monde présent - comme si le monde attendait encore quoique que ce soit de “paroles verbales” ou de discours lénifiants hors du temps - fait-elle encore rêver en dehors des cercles étroits qui l’entourent ?

Mr Sarkozy peut-il encore faire rêver ? L’épreuve de la réalité a tué ses ambitions. Il avait surtout promis de “changer les choses”, pas de changer la vie. Et, aujourd’hui, ce n’est plus avec des thèmes comme le “pouvoir d’achat” ou “l’emploi” (“travailler plus pour gagner plus”) qu’il peut encore faire rêver : les effets de la mondialisation ont fait perdre toute illusion.

Et, quant aux extrêmes, il n’y a plus personne non plus pour faire rêver : Mme Le Pen exprime des ressentiments, elle suscite des volontés de revanche et des redressements de ce qui lui paraît être des décadences, mais il n’y a plus aucun rêve dans ses discours. Et quant à Mr Mélenchon, chacun  sent bien la part d’utopie qui est présente dans ses discours : le rêve est déjà brisé avant même d’être né.

REDONNER UN SENS À LA POLITIQUE

Pour donc revenir au “sens”, celui à redonner à la politique, la seule question qui prime est bien : “quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?”.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéC’est la seule vraie question qui permet de rouvrir réellement l’avenir politique de toute nation. C’est vrai en France, alors que nous avons une démographie croissante. Mais c’est dramatique dans les pays, tels l’Allemagne ou l’Italie, où la démocratie est décroisssante et où la jeunesse disparaît lentement. Mais c’est là un autre débat.

Et cette question de l’avenir n’est pas seulement celle que pose l’écologie et son souci de l’environnement : c’est donc aussi celle de la dette publique. De notre dette publique qui se creuse chaque jour vers le gouffre où elle nous entraîne.

C’est aussi la question du choc des civilisations et des cultures. C’est aussi encore la question de l’avenir de notre système social : il est aujourd’hui gravement menacé, quoiqu’en disent les uns et les autres dans leurs discours, mais tellement tous hors des réalités de notre temps.

Donc, toutes les grandes questions politiques vont se réorganiser autour du lendemain que nous “promettons” aux futures générations qui nous suivent.

Ces questions-là, aujourd’hui essentielles, sinon prioritaires, sont seules en capacité de redonner du sens et de la profondeur à l’action politique.

LE FLÉAU DE NOS DÉMOCRATIES

Le fléau de nos démocraties, à mon avis, c’est le “court-termisme”.

Si l’on veut redonner du champ à la politique, si on veut aborder des questions à long terme, il nous faut donc nous poser la question que je citais plus haut : “quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?” Et l’on perçoit alors, face à cette question, qu’il nous faut faire, dès aujourd’hui, des sacrifices pour y répondre. Et même la question “brûlante” des retraites, qui agite encore notre société, n’est que broutille face à cette autre ardente obligation.

Dans le cadre de la mondialisation, il va falloir, de leur côté, que les peuples européens fassent aussi d’immenses sacrifices, et pas seulement la France. Ce qui est arrivé à la Grèce, peuple aujourd’hui socialement et économiquement oppressé par le poids de ses errements politiques, et qui peut arriver aussi demain à l'Espagne ou l'Italie, voire à la Grande Bretagne, peut aussi nous arriver à nous, français, à tout instant : les récents événements, qui ont tout bousculé de par le monde entier, nous l’ont rappelé comme une gifle propre à nous faire sortir de nos rêves..., si jamais nous rêvions encore.

Mais ce que les gens de droite semblent, hélas, ne pas comprendre, c’est qu’on ne peut pas motiver des sacrifices en disant simplement : “il faut que le budget soit sain et équilibré”.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéLa “règle d’or” dont on parle soudain, c’est comme si on disait qu’il faut faire plaisir à Bercy, ou au FMI, ou encore aux agences de notation dont on sait aujourd’hui le terrifiant pouvoir de nuisance ? Même si cette “règle d’or” est de simple bon sens et qu’elle est inévitable si l’on veut éviter ce gouffre dans lequel on s’enfonce inexorablement un peu plus chaque jour.

(C’était déjà un sujet de campagne cher à François Bayrou en 2007. Que ne l’a-t-on alors mieux entendu, et plus tôt ? Nous n’en serions probablement pas là où nous sommes aujourd’hui)

LE DÉFI DE NOTRE DÉMOCRATIE

Il faut donc longuement expliquer aux citoyens, et les convaincre patiemment et avec ténacité, pourquoi on doit prendre des mesures restrictives, pourquoi on doit faire aujourd’hui des “sacrifices”. C’est dommage que beaucoup de nos dirigeants actuels ne comprennent pas cette nécessité d’expliquer que le seul motif réel de ces sacrifices est bien de préparer l’avenir de notre jeunesse.

Les français ne sont pas tous sots ou sourds et ont maintes fois démontré dans leur histoire qu’ils étaient capables de comprendre les grands desseins nationaux quand ils s’imposaient à eux.

Alors quelle place reste-t-il aujourd’hui à ces rêves d’antan, à ces utopies du passé, à ces mythes, à ces illusions ?

2012 sera, au delà des ambitions des uns ou des autres, un test grandeur nature de la capacité de notre démocratie de préparer l’avenir des générations qui nous suivent, quel qu’en soit le prix à payer.

Rêvons que notre démocratie soit à la hauteur de ce défi qui fixera l’avenir de notre nation.

samedi, 09 avril 2011

À PROPOS DE DROITE OU DE GAUCHE

BILLET du 9 AVRIL 2011

 

Au-delà de ces élections cantonales qui l’ont démontré au travers d’une abstention “historique” où plus d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé pour désigner ses propres représentants dans les assemblées départementales (dont les missions d’intérêt général ne sont pourtant pas négligeables) ; au travers encore d’un score inégalé de la droite extrême..., une large majorité des votants a donc exprimé sa rupture avec le système, voire nos institutions elles-mêmes.

C’est un événement grave.

Face à cette situation, on aurait pu croire en une espèce de sursaut de nos dirigeants politiques - quels qu’ils soient - pour redresser la barre et rendre aux français des raisons d’espérer, de se ressaisir.

Force est de constater qu’il n’en est rien : que ce soit à droite comme à gauche, les divisions ne cessent de se créer entre les courants.... ou les ambitions personnelles.

À DROITE....

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéNous avons assisté, à droite, à un événement qui nous ramène au milieu du 19° siècle, début 1871 pour être plus précis : l’extrême-droite, c’est-à-dire la droite la plus “dure”, est désormais, en France, en mesure de l’emporter sur la droite modérée. C’est un fait sans précédent dans toute l’histoire de notre République.

Les conséquences immédiates sont ce scepticisme généralisé qui a frappé toute la droite modérée - incarnée actuellement  surtout par l’UMP - à l’approche de l’échéance de 2012. Et les sondages montrent maintenant une Martine Le Pen devancer avec constance le "leader naturel” de cette droite, Mr Nicolas Sarkozy. Ce qui n’est pas pour la rassurer.

De ce fait, la “légitimité”, dans son propre camp, de Mr Sarkozy est sérieusement entamée. Non seulement en raison de sa posture personnelle, qui est davantage celle d’un super-premier ministre que celle d’un président au-dessus des partis, mais est entamée aussi la confiance qu’il puisse encore être “le” leader en capacité de faire gagner cette droite-là.

Les divisions dans cette famille ont toujours existé, mais toujours de manière soigneusement feutrée. Aujourd’hui, elles éclatent au grand jour : la compétition des leaders potentiels est grande ouverte.

C’est bien la première fois, on le constate, qu’un Premier Ministre, et de manière aussi radicale, prend le contre-pied du Président de la République. Sans d’ailleurs, on peut l’observer, que celui-ci ne réagisse avec vigueur : il s’efforce surtout d’encaisser le coup. On minimise ensuite l’incident et on continue comme si de rien n’était.

Le débat voulu par Mr Sarkozy - celui sur l’Islam - et qui les opposait l’un à l’autre, n’en est déjà devenu plus un : alors que celui sur l’identité nationale avait duré plusieurs mois, on a “ratatiné” celui sur l’Islam à une brève rencontre de fin d’après-midi, après l’avoir d’ailleurs maquillé subrepticement en un débat sur la “laïcité”. Maquillage de dernière minute qui, d’ailleurs, n'a fait pas l’unanimité dans les rangs mêmes de l’UMP !

Y avait-il donc urgence d’entreprendre un tel débat quand on sait qu’on y discutera, entr’autres, de la formation des imams, de l’usage du français dans la pratique religieuse, de l’abattage des animaux, de la pratique de la laïcité à l’école, etc...

Est-ce bien là les réponses qu’attendent les français de leurs dirigeants, ces français plongés, eux, dans l’inquiétude et le doute et qu’ils ont exprimé si clairement par leur abstention, ou encore par leur vote pour un parti du refus dépourvu de toute solution crédible à proposer ?

Si donc un éventuel débat sur ce sujet “sensible” était (?) nécessaire, ce n’est pas non plus à un parti politique, fut-il “majoritaire”, à le conduire ainsi, à la va-vite, mais bien à une assemblée représentative de tout le peuple, dans ses diversités, et les intéressés eux-mêmes.

LE PIÈGE

Mais, outre ces désaccords de stratégie politique, force est de constater que l’UMP est tombée dans un piège. Et quel piège fatal !

Pour revenir à quelques années en arrière (nos aînés en ont encore la mémoire), on se souvient de celles où le PC - influencé encore par le stalinisme brejnevien  -  servait de “surmoi” à la gauche toute entière et empêchait en son sein ses forces démocratiques de se dire ou social-démocrates, ou même réformistes. Et au moment où, pour des raisons tactiques, Mr Mitterrand a imposé au PS une alliance avec son “rival” historique - le PC - cela a abouti au PS au malaise que l’on sait et ses éclatements.

C’est ce même phénomène qui se déroule aujourd’hui, mais à droite : le Front National, par un discours “new look” beaucoup plus habile que précédemment, empêche désormais la droite modérée d’être le “leader d’opinion” qu’elle avait vocation d'être. Si on est loin encore d’une union au forceps, comme celle imposée par Mitterrand, la voie se dessine et alarme déjà.

L'ORIGINAL ET LA COPIE

 Pourtant Mr Sarkozy a été pendant dix ans ce “leader d’opinion”, et non sans brio. Mais, aujourd’hui, les choses ont changé : l’UMP est prise dans le piège fatal de “l’original et de la copie”. Et on “joue” désormais du discours “sécuritaire”, on ouvre des débats sur “l’islam” qu'on exacerbe, sur la “laïcité”, des discours sur "l’immigration" : bref, on marche totalement sur les brisées du Front National.

Mais, comme toujours dans ce cas, l’opinion préfère l’original à la copie. Et, de plus, cela fait dix ans que la droite est au pouvoir et que son échec, en matière d’immigration et de sécurité, est total : donc çà ne peut pas marcher !

Alors, si cette droite avait été un peu mieux conseillée par ces “éminences grises” qui traînent un peu partout dans les couloirs de l’Élysée, au lieu de tomber dans le piège où elle s’est aujourd'hui enfermée elle avait joué sur d’autres terrains, comme, par exemple, celui du pouvoir d’achat, celui de l’emploi, du social, de la croissance, de la lutte contre l’hégémonie financière et la mondialisation, ou encore débattu  du “discours de Davos” - on se souvient de cet étonnant discours de Mr Sarkozy qui était presque un discours d’extrême gauche - (voir mon précédent billet "À propos du discours de Davos" de Février 2010), etc.... alors, dans ce cas, ce sont aujourd’hui les Strauss-Kahn, Aubry ou autres Hollande qui seraient peut-être dans l’embarras pour éviter le piège du “copié-collé” sur des thèmes réformateurs et sociaux qui sont leur terrain de prédilection.

Aujourd’hui, l’erreur stratégique de l’UMP n’est plus rattrapable : il est trop tard pour renverser la vapeur. Et quand on pense que ces mêmes “stratèges” ont voulu ces débats “droitiers” pour gagner des voix sur le FN !

Devant cette situation qui les alarment, il est aujourd’hui amusant de voir les ténors de l’UMP défiler devant micros ou caméras pour proclamer en chœur que leur “seul candidat” possible en 2012 est.... Mr Sarkozy. Ceci ne trompe personne : c’est que cette évidence-là n’en est déjà plus une, sinon, on n’en parlerait même pas. Pour exemple cet appel pathétique, tout récemment, de Mr Raffarin qui en appelle même à la “loyauté” du Premier Ministre - Mr Fillon - au Président de la République : c’est un aveu que même le Premier Ministre de Mr Sarkozy est tenté, comme bien d’autres, à jouer désormais sa propre partition face à un Président en situation d’échec. Et les sondages, de surcroît, lui donnent des raisons d’y croire.

Bref, à droite, rien ne va plus.

À GAUCHE....

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéÀ gauche, ce n’est guère mieux ! Et ceci ne pourra aller mieux tant qu’elle ne sera pas sortie du piège de ses “primaires” et n’aura pas trouvé, enfin, “son” candidat. “Son”..., parmi tant de prétendants, mais de prétendants si différents les uns des autres.

Mais, à supposer que, dans quelques mois, la gauche parvienne enfin à trouver ce candidat, il est fort à craindre que les difficultés ne commencent seulement pour elle.

Si en effet, à droite, il y a des querelles entre des tendances - celles, par exemple, sur un éventuel rapprochement idéologique avec les thèses du FN, ou encore celles avec un centre qui semble vouloir désormais manifester son indépendance - on ne peut cependant pas parler de divisions profondes sur les valeurs. L’opposition au grand jour, par exemple, entre un Copé et un Fillon ne porte que sur la tactique, pas sur les valeurs, valeurs qu’ils partagent tous deux à l’identique : ne sont-ils, tous deux, des “chiraquiens” bon teint ? Et sur tous les autres grands sujets essentiels, ils sont d’accord entr’eux, notamment à propos de l’Europe de Lisbonne, le rôle et la défense de l’euro, etc...

Mais à gauche, c’est très différent.

Première question-clef : quel sera “le” candidat choisi ? Si l’on s’en tient aux sondages, il semble que Mr Strauss-Kahn recueillerait la faveur générale d’une majorité de la gauche “modérée” et républicaine.

À supposer donc que ce soit Mr Strauss-Kahn qui soit choisi dans le cadre de primaires aux contours un peu flous, que va-t-il se passer ?

Que deviendront, d'abord, les propositions du PS dont on sait déjà qu’elles sont assez éloignées des positions philosophiques de Mr Strauss-Kahn ? Qu’y a-t-il ensuite de commun entre un Strauss-Kahn et un Benoît Hamon, ou une Martine Aubry, ou d’autres leaders de l’aile gauche du PS ? Sur l’Europe, l’euro, peut-être, pourront-ils établir un certain consensus ; mais sur le reste, sur la politique sociale et économique, quelles sont les ententes possibles ? C’est assez compliqué à imaginer.

Cependant, si la gauche veut gagner l’Élysée, il est impératif pour elle de se présenter rassemblée : or qu’y aura-t-il aussi de commun entre les positions de Mr Strauss-Kahn, rompu aux méandres de la  mondialisation, et celles d’un Mélenchon, ou encore celles d’un Besancenot. Même sur l’Europe, ils sont en opposition totale. Quoi de commun encore entre Mr Strauss-Kahn et les Verts ? Sur la politique énergétique, çà va être l’affrontement assuré. Quels discours vont-ils tenir qui ne soit cacophoniques ?

LE PARADOXE

 Finalement Mr Strauss-Kahn, sur de nombreux points, est plus proche d’un Sarkozy qu’il ne l’est de tous ceux que je viens de citer ci-dessus.

Quel paradoxe !

Et même si les divisions à gauche sont aujourd’hui moins visibles que celles mises au grand jour à droite, ces divisions ne sont pas des divisions de tactique mais bien des divisions philosophiques et idéologiques. C’est beaucoup plus grave pour former une majorité.

Si donc Mr Strauss-Kahn est désigné pour conduire la gauche vers le pouvoir, il aura les mêmes difficultés que Mr Jospin, ou que Mr Prodi en Italie : faire tenir ensemble la droite de la gauche, ou la gauche de la gauche, çà relèvera de l’impossible. Et pour les faire tenir ensemble, ce sera le bond vers l’inconnu et l’aventure.

Or, il s’agit bien de la France, et de l’avenir des français. C’est grave.

Pour conclure, cet exposé sur la situation, celle de la droite face à celle de la gauche, cet exposé n’a pas pour objet d’être partisan et de plaider pour l’un ou l’autre camp. Ils ont chacun leur part de forces, d’erreurs et d’ombres.

Je me garde bien de ne pas sombrer dans la grandiloquence. Mais c’est pourtant bien l’intérêt de la France, et celui des français qui est en jeu, et c’est là l’essentiel. Le camp vainqueur en 2012 doit réussir pour la France et les français. Tout le reste n’est que de la politique, avec un “p” minuscule.

Les français sont aujourd’hui plongés dans le doute, la désespérance et l’incertitude : ils ne cessent de l’exprimer, comme aux dernières cantonales.

La France a cependant des atouts exceptionnels. Il convient que cette chance-là puisse épouser notre époque et ne s’enferme plus dans des concepts d’un autre âge. Pour plus de justice, plus d’égalité, plus de solidarité, plus d’humanité dans les rapports entre les citoyens entr'eux et avec leurs dirigeants.

Leur choix de 2012 sera donc décisif, ce sera un vrai pari pour l’avenir.

Espérons que les français trouveront “la” bonne voie pour relever les innombrables défis que nous lance un monde devenu impitoyable.

Les erreurs et les aventures hasardeuses, aujourd’hui, çà ne pardonne plus.

jeudi, 03 mars 2011

À PROPOS DE CHRISTIANISME ET LAÏCITÉ

BILLET du 3 MARS 2011

 

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UNE DÉCHRISTIANISATION EN MARCHE ?

Comment expliquer le déclin constaté partout en Europe de la connaissance et de la pratique du christianisme ? Pourquoi cette ignorance des jeunes, comme souvent aussi celle de leurs parents, de l’enseignement du christianisme, et du catholicisme en particulier ?

On utilise à ce propos le mot “déclin” : on use même, maintenant, celui de “déchristianisation”.

Si ce que j’avance ici n’explique pas tout, on ne peut ignorer qu’en moins d’un siècle, le christianisme, qui était une religion surtout européenne, est devenu, très majoritairement, une religion du tiers-monde. On se souvient encore de ce qualificatif de “France, fille aînée de l’Église” qu’on aimait évoquer non sans fierté.

Où est cette France-là, aujourd’hui ? Jean-Paul II avait posé la question voici quelques années avec justesse. Je ne prétends pas y répondre.

Si l’on prend les chiffres actuels des grands pays catholiques dans le monde, en tête on trouve le Brésil, suivi ensuite par le Mexique, puis les Philippines, et enfin les États-Unis. Hors le fait de l’évolution des populations globales, aucun pays européen ne figure plus dans le peloton de tête des pays chrétiens ou catholiques. Le fait est là, massif. Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui encore qu’un pape soit, nécessairement, d’origine européenne ? Plus rien : c’est même, presque, un non-sens à le vouloir encore.

Mais si l’on prend référence à ce qui se passe aux USA, le déclin, qui touche aussi bien le catholicisme que les autres religions protestantes, n’a rien de comparable à celui constaté en Europe. Les catholiques représentent aux USA le quart de la population. Et ce malgré les récentes affaires de pédophilie qui n’ont pas affecté sensiblement la pratique religieuse.

Mais, en ce qui concerne le reste du monde, il est spectaculaire de voir d’un côté, en Europe - et spécialement en France - le déclin de la croyance et de la pratique religieuse chrétienne, face à la montée spectaculaire, par ailleurs, de cette croyance et de la pratique sur d’autres continents, notamment en Afrique où le nombre de baptisés croît de façon étonnante, tout comme aussi en Asie : par exemple, en Corée, il y a un siècle, il y avait seulement 2 à 3% de chrétiens ; aujourd’hui, ils sont 30%.

PHÉNOMÈNE DE CISEAUX

Il y a donc un “phénomène de ciseaux” entre le Tiers-Monde, d’un côté, et l’Europe d’un autre.

Le christianisme a, globalement, reculé dans le monde de 30 à 27% de la population mondiale : mais il faut tenir compte, dans ces pourcentages, de la montée exponentielle des non-chrétiens dans certains pays à très forte population, comme l’Inde par exemple.

On considère par contre qu’en France il y a entre 30 à 35% de chrétiens en moins par rapport aux années 50. C’est vrai aussi dans toute l’Europe, sauf dans quelques îlots comme la Pologne. Par contre, chez ceux qui sont encore chrétiens, le rapport à la théologie a majoritairement disparu. On est catholique, mais on a oublié l’essentiel des dogmes et des règles fondamentales de la foi.

LE MOUVEMENT DE

DÉCONSTRUCTION DES VALEURS
 

Si l’on cherche les raisons d’un tel désintérêt (elles sont multiples !), on peut expliquer aussi qu’on a vécu au siècle dernier en Europe - et comme nulle part ailleurs dans le monde -  un véritable mouvement de déconstruction des valeurs traditionnelles.

Par exemple, dans les années 50, il y avait en France 6 millions de paysans : il en reste aujourd’hui moins de 600.000. Ce phénomène social a changé en profondeur le paysage physique et géographique de la France, mais aussi son paysage moral, politique ou religieux. Cette déconstruction des valeurs a frappé partout, aussi bien le Parti Communiste que les syndicats ou les églises : tout ce qui était “traditionnel” et établi en fait comme tel, a été ébranlé en profondeur.

On  était, il y a peu encore, chrétien par habitude : tout le monde, à presque 85%, (sauf, évidemment, les juifs ou les musulmans) allait à la messe le dimanche. On était croyant “par habitude”, on était catholique “par habitude”. Tout cela, même ces habitudes apparemment si bien ancrées, tout ce qui était donc “traditionnel” a, depuis, été remis en cause au fil des années. Et Mai 68 a marqué la quintessence de ce mouvement.

Autre raison aussi de ce désintérêt : nous avons, singulièrement en France, au sein de l’Europe - et Descartes en a été le premier des grands représentants - une culture particulièrement déconstructrice. Lorsque Descartes met, par ses écrits, le doute en exergue, c’est tout ce qui venait de la tradition qui est mis en doute. La religion et ses arguments d’autorité en ont “pris un coup” ! Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les œuvres de Descartes ont été mises à l’index peu d’années après sa mort.

Les jacobins et les révolutionnaires français de la fin du 18° siècle n’ont guère été, ensuite, que des cartésiens élevés à cette école. Ils ont critiqué tant les héritages que les traditions. Nous étions pourtant alors 3 siècles avant le nôtre ! Le phénomène n’est donc pas nouveau.

L’on constate donc qu’il y a désormais, en Europe, dissociation entre la religion “traditionnelle”, essentiellement la religion chrétienne, voire catholique, agissant comme base sociologique, surtout par son enseignement - enseignement auquel, en profondeur, les populations ne croyaient que peu ou prou, pas plus que les grecs anciens croyaient à leurs mythes - et la “croyance personnelle”. Croyance personnelle entretenue notamment par le biais de courants nouveaux, plus ou moins envahissants, apparentés plus ou moins au protestantisme, beaucoup plus dynamisants que le catholicisme enfermé trop souvent dans des rites immuables. Mais il faut aussi reconnaître que, de ce côté-là, çà commence à changer.

DÉCHRISTIANISATION,

OU RECHRISTIANISATION ?

Quand donc on parle de “déchristianisation”, on peut aussi parler, assez paradoxalement et parallèlement, de “rechristianisation”. Par le biais, notamment, d’autres courants d’inspiration essentiellement “privée”, comme le pentecôtisme par exemple.

Le résultat final est que les valeurs chrétiennes non seulement survivent, mais elles deviennent plus en vogue que jamais. Alors que, paradoxalement, sur le plan théologique comme sur le plan de la pratique, le christianisme continue de décliner, inexorablement.

Mais le fond du message chrétien - particulièrement le message d’amour (écrit d’ailleurs dans le Lévitique 1.500 ans avant JC mais mis en valeur au début de notre ère par le christianisme au point d’en faire une valeur universellement plébiscitée, y compris par les non-croyants) - et cet autre message encore qui affirme que la valeur morale de tout individu ne dépend pas, comme l’affirmait le monde aristocratique, des talents naturels issus des héritages patrimoniaux mais de ce qu’on en fait (cf la parabole des talents dans St Mathieu), c’est-à-dire ce message qui affirme que le plus humble ou le plus déshérité de tous les individus a autant de valeur morale que tout autre, fut-il un génie. Ces messages-là, pour ne citer qu’eux, sont bien d’origine chrétienne : et ils sont devenus aujourd’hui des valeurs républicaines !

L’enseignement de nos anciens instituteurs - si bien narré par Pagnol - celui du “peut mieux faire”, leur message qui préfère un élève peu doué mais travailleur à un élève ayant certaines facilités mais qui ne travaille pas, ce message est en parfaite harmonie avec la morale chrétienne.

Cette morale chrétienne et sa spiritualité sont donc plébiscités dans les écoles de la République et notre société, sans même que les gens le sachent ou en soient conscients.

On peut citer l’exemple de ces nombreux non-croyants qui “bouffent du curé”, plus ou moins par tradition sinon par conviction, mais qui défendent de fait, dans leurs discours, des valeurs authentiquement chrétiennes ! Mais tout en condamnant, non toujours sans raisons, la pratique, la théologie, la papauté, l’Église catholique, les dogmes, Rome, etc.... Autant d’institutions héritées des siècles et marquées par leurs différents courants. Ces institutions, déformées par le temps et l’usage, portent cependant toutes une grande responsabilité dans ce qui s’est passé ensuite. Dont l’implacable dégradation actuelle.

Il faut reconnaître qu’au 19° siècle, l’Église catholique a abandonné le monde des pauvres au profit de celui des puissants, des “traditionnels”, des autorités en place. Conséquence peut-être de la Révolution française ? Il est vrai que cette dernière, en déclenchant le conflit avec l’Église et son clergé, a accentué les réflexes conservateurs les plus primaires. D’où cette déformation de ce siècle post-révolutionnaire.

Mais, au-delà de ces péripéties, ceci ne change en rien que les vérités chrétiennes continuent de courir le monde, sans même que ce monde cherche à savoir d’où elles sont originaires. Un philosophe britannique écrivait récemment que “le monde est plein de vérités chrétiennes devenues folles”.

LA LAÏCISATION DES VALEURS CHRÉTIENNES

Avec la Révolution et la philosophie qui l’a suivie, il y a donc eu une sorte de lente mais profonde laïcisation des valeurs chrétiennes.

Le monde entier vit aujourd’hui - actuellement encore, l’actualité en témoigne chaque jour - la révolution des “Droits de l’Homme”, désormais internationalisée. On ne peut nier que cette révolution-là est bien, philosophiquement, d’origine chrétienne.

Ce qui n’est pas, d’ailleurs, sans poser ici ou là, essentiellement dans les nations musulmanes, quelques problèmes d’adaptation. L’appartenance de cette charte qui prétend être “universelle” et vouloir s’imposer à tous les états et à tous les peuples, de toute culture, cette charte des “Droits de l’Homme” porte trop, à leurs yeux, la marque de son inspiration chrétienne. Et cela freine leur enthousiasme à les mettre en pratique dans leurs lois internes. On accuse même, dans certains pays musulmans, cette charte d’être une nouvelle forme insidieuse.... de "colonialisme" rampant !

Je reviens donc à ce phénomène universel de “laïcisation des valeurs chrétiennes” ? Il n’y a rien de choquant à utiliser ce terme. Pourquoi ?

En revenant sur le fondement même de la laïcité, historiquement, c’est bien le christianisme qui a permis la laïcité : les sociétés démocratiques et laïques, les sociétés républicaines dans lesquelles nous vivons aujourd’hui - et singulièrement en France - sont issues de valeurs fondamentalement chrétiennes. Et, malgré les apparences, celles germées à la Révolution française - qui a vu s’affronter l’Église et la démocratie naissante - c’est bien le christianisme, sur le fond, qui a permis l’émergence de nos actuelles sociétés laïques.

LE FORUM INTÉRIEUR

Comment ? Parce que la religion chrétienne repose sur une sorte de “forum intérieur”. Je vais revenir sur ce terme.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéQuand, dans l’épisode de la femme adultère, le Christ dit “la Loi (judaïque alors en vigueur), c’est la lapidation, mais que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre”, il renvoie chaque individu à sa conscience. Il joue l’esprit contre la lettre de la Loi. Et quand on lit l’évangile, notamment celui de Jean, il n’y a aucune juridification de la vie quotidienne. Il y a le "monde de César" et il y a le "monde de Dieu".

Dans le christianisme, aucune règle n'est fixée quant au mode de vie qu’on doit suivre, hors les règles morales de base : il n’y a aucune obligation, ni sur la façon de s’habiller, ni la façon de vivre, ni la manière de prier.

Les préceptes qui ont suivi beaucoup plus tard, comme celle de “devoir” manger, par exemple, du poisson le vendredi, ne sont que des inventions du 19° siècle. Çà n’a rien à voir avec l’Évangile !

L’Évangile des chrétiens marque en effet, en la matière, une très grande différence de conception avec le Talmud ou le Coran. Encore plus avec la charia : IL N'IMPOSE RIEN !

C’est là que se situe ce “forum intérieur” que j’évoquais plus haut : ce “forum” renvoie chaque individu à son intériorité. Et il ouvre grande la porte à la laïcité où aucune contrainte religieuse n’est imposée : moins la religion juridifie en effet la vie quotidienne, plus aisée est le passage à la laïcité. Moins l’on a d’impératifs religieux à respecter dans la vie quotidienne, plus le monde démocratique peut s’épanouir. On renvoie donc la croyance à la simple intériorité de son propre “forum intérieur”.

Et, toujours dans l’Évangile, le Christ théorise cette non juridification des rapports sociaux en faisant la distinction entre “ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu”. C’était la première formulation, il y 21 siècles de cela, de cette distinction essentielle à l’Occident. Une révolution en soi, bien avant la tempête de 1789 !

À la différence des autres religions, le christianisme n’est donc pas une religion de la lettre mais une religion de l’esprit.

POURQUOI CE RECUL DU CHRISTIANISME ?

Pourquoi donc - dans ce contexte, on peut se le demander - ce recul du christianisme aujourd’hui et que j’évoquais plus haut ?

Simplement, je pense, parce que l’Europe républicaine a absorbé le message chrétien et qu’elle l’a supplanté. Au point d’en oublier son origine historique.

Si l’on se réfère à la parabole des talents, celle qui dit, comme je le rappelais plus haut, que la valeur d’un individu ne dépend pas de ses dons naturels mais de ce qu’il en fait, de la façon qu’il les transforme, celle du “peut mieux faire”, la religion chrétienne est celle qui a aussi mis en valeur le travail. C’est ce qui explique peut-être pourquoi les civilisations chrétiennes ont été celles où le progrès a été le plus rapide à se développer par rapport à d’autres qui sont restées plus stagnantes. Même les moines chrétiens, au travers de leur règle, s’astreignent aussi, quotidiennement et encore aujourd’hui, à  travailler de leurs mains, en plus de la prière et de la méditation qui est la base de leur vie.

Le christianisme, c’est donc la mise en valeur pratique des talents de chacun pour les faire fructifier. C’est la mise en valeur de l’homme dans son élan. La formule canonique du “peut mieux faire”, c’est l’idée de progrès, l’idée de travail, l’idée qu’avec ses propres talents naturels, on peut faire plus, on peut faire mieux.

LA BASE DU PRINCIPE RÉPUBLICAIN

Le christianisme est donc bien, on le constate, un rejet du monde aristocratique, de ses héritages patrimoniaux et sa cohorte de privilèges. Il est bien la base du principe républicain que l’on retrouve, notamment en France, dans sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

“Liberté”, celle des choix où chacun est libre de décider dans son “forum intérieur” de son comportement personnel, sans que nul, ni nulle religion, ne puissent lui imposer quoique ce soit.
“Égalité”, celle de tous les individus, quels que soit leur origine sociale, dont la seule valeur reconnue est celle de leur travail personnel à vouloir développer leurs propres talents naturels.
“Fraternité”, celle de l’effort collectif pour permettre à chacun d’accéder au progrès, condition de l’épanouissement de tout individu.

La République, ses valeurs, celles des “Droits de l’Homme”, sont donc une continuité de l’héritage chrétien.

Étrange paradoxe, donc, que cette apparence qui voudrait que l’un ne puisse se bâtir que sur les ruines de l’autre.

Il n’en est rien, tout au contraire : l’une, la République, n’est que le prolongement de l’autre, le christianisme.

mardi, 07 décembre 2010

À PROPOS DE FILLON "N° 3" ET LE CENTRE

BILLET du 7 DÉCEMBRE 2010

”Tout çà pour çà !”.

C’est la réflexion quasi unanime des observateurs, comme de la classe politique en général, quand ils ont appris que le changement de gouvernement, annoncé depuis des mois, consistait à renommer.... le même Premier Ministre.

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vendredi, 19 novembre 2010

À PROPOS DES PEURS

BILLET du 19 NOVEMBRE 2010

 

Depuis près d’un demi-siècle, l’on assiste en Occident à la renaissance des peurs, celles-ci ayant complètement changé de statut, voire même de sens.

 

La peur est pourtant un sentiment partagé par tout être, quel qu’il soit, et ce depuis l’apparition de la vie sur notre planète. Elle est une émotion qui peut être vive, stimulant aussitôt des réflexes puissants pouvant faire appel jusqu’à un courage dépassant toute raison. Mais, paradoxalement, la peur peut être aussi un phénomène qui paralyse tout individu confronté soudain à une situation inexpliquée ou imprévue, fut-elle même le fruit d’un imaginaire vagabondant. On pourrait longtemps disserter sur l’origine des peurs. Mais tel n’est pas le sujet de ce billet. Je veux simplement évoquer ici ce retour inattendu de la peur dans notre société.

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mercredi, 17 novembre 2010

À PROPOS "DES HOMMES ET DES DIEUX"

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Je ne suis pas un cinéphile très fidèle : je ne suis pas de ceux qui se précipitent dans les salles obscures dès qu’une nouvelle affiche racoleuse paraît sur des panneaux d’annonce. Il m’a suffi cependant de voir à la télévision quelques brèves images du film de Xavier Beauvois “Des hommes et des dieux” pour y être irrésistiblement attiré.

J’ai appris que je n’étais pas seul : ce film est en passe d’être un immense succès commercial - ô le vilain mot ! - approchant les records de fréquentation de “La grande vadrouille” ou du plus récent “Bienvenue chez les ch’tis”.

Ce film est pourtant à l’opposé du genre comique où l’on se déplace généralement pour se détendre. Que s’est-il donc passé ?

Ce film évoque, on le sait, cet assassinat, en 1996, par des membres du G.I.A. algérien, de sept moines trappistes reclus dans un monastère au milieu du désert de Tibhirine, en plein Maghreb. Il n’évoque pas ici cette horrible tragédie par elle-même mais la réflexion d’hommes face à une mort dont ils pressentaient le risque grandissant dans cette Algérie en pleine guerre civile. C’est l’histoire d’un lent cheminement vers une mort consentie de plein gré.

J’ai rarement vu, j’allais dire vécu, un film aussi dense. Dense, mais sobre à la fois, un film contrastant totalement par rapport à notre monde d’aujourd’hui, monde qui, on le constate, est un torrent, un charivari de couleurs et de bruits.

Ce film a pourtant bien été tourné en couleurs : mais sa couleur dominante est le noir et le blanc, les moines portant ici, et généralement, une coule blanche qui laisse une trace sur la tonalité des images.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’au théâtre, ou au cinéma, la couleur des habits monastiques joue un rôle aussi pressant : on se souvient peut-être des “Anges du péché” (1943) de Robert Bresson (tombé dans l’oubli et qu’on ne voit plus guère qu’en cinémathèque), ou encore l’extraordinaire “Dialogue des Carmélites”, film inspiré du roman de Georges Bernanos (1951), film dont l’histoire est si proche du drame de Tibhirine, histoire de ces religieuses de Compiègne, lors de la Révolution française, face à l’échafaud qui leur était promis dans les heures à suivre.

Le parallèle entre cette œuvre de Bernanos et le film de Xavier Beauvois est étonnant par la similitude des situations, entraînant une même profonde réflexion.

Mais, au-delà des qualités formelles de notre film, l’on voit se dérouler un genre de vie que les gens d’aujourd’hui ne connaissent plus, un mode de raisonnement qui dépasse l’entendement de nos quotidiens. C’est probablement ce qui frappe le plus dans ce film, ce raisonnement qui fait que des hommes libres de leur choix, plongés dans la nuit des incompréhensions, choisissent de prendre pour seule arme le “livre” (commun aux religions judéo-chrétiennes comme à la religion musulmane), quand d’autres prenaient des armes pour tuer. Ceci dépasse tout entendement commun quand on pressent un danger si proche.

Que l’on soit croyant ou pas, se développe dans ce spectacle une certaine idée de l’Amour, l’Amour don de soi, totalement gratuit, sans rien en attendre en retour.

Le succès de ce film est bien une sorte de paradoxe en soi : un film qui parle surtout d’Amour, d’Amour non instrumentalisé, qui parle de sens et non de morale, en total décalage avec nos réalités quotidiennes. Le spectacle de la vie de ces moines, de leur mode de pensée, est aux antipodes de notre société, celle qui a vu même surgir ces dernières années un certain “bling-bling” ambiant.

Nous vivons aujourd’hui dans une société qui valorise les paillettes, la “Star Académie”, l’argent, la notoriété, tout ce qui est superficiel et brillant. Et ces moines de Tibhirine représente tout l’inverse de cette société.

Ceci rappelle un peu le succès d’un pape, Jean-Paul II, pape rigoriste et dont le discours était aussi en parfait décalage avec les réalités : son succès sur les foules ne s’est cependant jamais démenti. Un autre paradoxe encore.

Ceci révèle, selon moi, qu’il existe un profond désir de spiritualité  dans le monde actuel, besoin dans les deux sens qui n’est pas plus satisfait par une morale pourtant omniprésente, que par la politique.

On m’a narré une anecdote, celle qui soutient qu’en Mai 1968, quand on voulait détendre les étudiants, on leur parlait de religion, et quand on voulait les passionner, on leur parlait de politique. On affirme qu’aujourd’hui, c’est exactement l’inverse  qui se passerait !

J’ai appris aussi, qu’en France, il parait encore aujourd’hui, chaque année, 1.400 livres parlant de Dieu et/ou de religions. C’est un signe.

Notre société serait-elle à la recherche de ce qu’elle n’a pas, serait-elle en recherche de spiritualité ? On peut se poser la question.

Mais, au-delà de ces considérations, j’en reviens à notre film. Ce qui m’a le plus frappé, ce sont ses silences, des silences à l’état pur, des silences qui pénètrent au plus profond de vous et vous interpellent en même temps. En silence. Et sur des images en plans longs, serrés et profonds qui vous marquent.

Ce qui manque le plus, je crois, aux hommes d’aujourd’hui pour se comprendre, c’est de savoir s’écouter. Et, pour s’écouter, le silence est une nécessité absolue, un préalable incontournable.

Le hasard m’a valu d’être en relation, peu de temps après cette tragédie, avec la famille d’un de ces moines martyrs, le Frère Bruno. J’ai compris cette vocation, née dans une famille nombreuse, très pratiquante, issue du centre de la France. J’ai été frappé par la totale sérénité de ces gens simples et chaleureux, face à cette tragédie du martyr subi par l’un des leurs. Leur foi était intacte et cette mort était pour eux une sorte de don de l’Amour à la vie, de celle qui ne périt pas. Ils n’étaient pas dans l’affliction mais dans une sorte de joie partagée. Cette rencontre, tout-à-fait fortuite avec cette famille, m’avait aussi beaucoup marqué.

On ne peut taire de telles rencontres, celle avec un film admirable, celle avec des dialogues aussi denses de richesse et de sens, celle avec des personnages qui vous portent au-delà de nous-mêmes, bien loin de notre condition quotidienne.

René Guitton a écrit un livre sur cette tragédie “Si nous nous taisons, les pierres hurleront”. C’est le prolongement de cette longue attente d’hommes libres de leurs choix, avant d’être appelés vers un cruel destin dont ils n’ignoraient rien.

Cette rencontre, ces rencontres, ont été pour moi un grand moment d’exception.

Il me fallait vous le dire.

 

mercredi, 06 octobre 2010

L'AFFAIRE KERVIEL

kerviel.jpgQuoiqu’il soit de règle qu’on ne commente pas des décisions de justice - mais celle rendue hier ferait l’objet d’un appel, ce qui la rend momentanément caduque et rend un peu de notre liberté de dire - la condamnation de Mr Kerviel prononcée ce 5 Octobre, lui faisant porter, à lui seul, la totalité de la responsabilité de la perte de plus de 4 milliards d’euros à son employeur, interpelle quand même.

Comment peut-on admettre que cet employeur - la Société Générale - ait enregistré, l’année précédent cette perte, un gain de plus d’un milliard d’euros engendré par ce même trader - et dont on suppose qu’elle s’en est vivement félicité ! - et ait, ensuite, tout ignoré l’année suivante de la perte cumulée au fil des mois de 4 milliards, sans s’apercevoir de rien en cours de route ? La ficelle est quand même un peu grosse.

Évidemment, la condamnation de Mr Kerviel à payer à son employeur près de 5 milliards d’euros permet à la banque de faire désormais figurer à son bilan l’existence d’une créance à son profit de cette somme exorbitante, même si chacun sait que Mr Kerviel ne vivra jamais assez vieux pour l’honorer jusque le dernier centime : c’est une condamnation parfaitement irréaliste “à l’américaine”. Cela conforte, très artificiellement, le fonds de roulement bilantiel de la banque, et ce dans une période où un résultat inverse l’aurait gravement fragilisé. Le jugement rendu est, au millimètre près, celui qu’aurait rendu la banque elle-même si celle-ci avait occupé la place du juge qui a prononcé la sentence.

Ce jugement est troublant à tous les niveaux. Loin de nous de nous apitoyer ou excuser certaines imprudences qu’aurait commises Mr Kerviel - mais on sait aussi que le métier de trader joue en grande partie sur des prises de risques qui peuvent être considérables - mais nous faire croire que la banque n’était au courant de rien alors qu’elle constatait presque journellement d’énormes masses de capitaux se déplacer par l’entremise de Mr Kerviel, c’est un peu gros à avaler.

Ce jugement est un jugement de circonstance. Il ne fait pas honneur à la Justice.

lundi, 23 août 2010

DÉMOCRATIE ET CORRIDAS

À la suite d'une décision du Parlement catalan de Barcelone qui n'autorisera bientôt plus les corridas dans sa province - décision plus destinée à marquer son particularisme et son indépendance politique et culturelle vis-à-vis de son écrasant voisin, l'Espagne, qu'à condamner les corridas elles-mêmes, bien ancrées dans l'âme populaire, même si tous les catalans ne sont pas des "aficionados" acharnés - les réactions se sont multipliées en France, surtout là où les arènes sont devenues parmi les plus mportantes du monde.

 

corrida.jpgÀ Nîmes, réactions et inquiétudes sont partagées. Il est vrai que si, par malheur, une telle décision venait à y être prise, les dommages économiques dans toute notre région seraient considérables. Et ce ne sont pas les courses de vachettes - qui sont à la corrida ce que sont les mini-golfs face aux grands parcours de golf - qui sauveraient la situation, ces courses étant d'une banalité déconcertante et assourdissantes de messages publicitaires qui les polluent totalement.

 

François VAN DE VILLE a fait publier un message sur le sujet et qui traite surtout du rapport de la corrida et la démocratie.

 

En voici la teneur :

 

"Bien qu’homme du Nord je sois mal placé pour défendre la tauromachie - quoiqu’en Flandre, d’où je suis issu, les combats de coqs sont bien plus cruels encore car, là, c’est un animal qui tue avec le pire acharnement son propre congénère - je ne défends pas la tauromachie en tant que telle mais un principe auquel je suis attaché : la défense des minorités, leurs cultures et leurs traditions.

"Toute démocratie ne s’honore qu’en respectant ses propres minorités et en défendant avec une même volonté leurs droits de participer à ses propres rites. Quoique le chiffre de 10% de vrais "aficionados" que je lis parfois me paraisse faible, surtout dans nos régions, ils ne seraient même que 2% que leurs droits seraient les mêmes et tout autant respectables. Les bannir parce qu’ils sont minoritaires est une forme de dictature qui est à condamner sans appel.

"Toute autre considération est sans valeur, même sous couvert d’une “sensiblerie” déplacée, d’un “business” ou d’un “snobisme” honnis, lesquels arguments n’ont aucunement leur place dans le fond du débat. Et ce au nom de la démocratie et de son exigence.

“Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire” (Voltaire).

"Vous pouvez remplacer les mots “ce que vous dites” par “ce que vous aimez”, la conclusion serait “que vous puissiez continuer”. Voltaire aurait certainement applaudi, car cela relève de la même pensée : la sienne, celle de l'esprit de tolérance qui fait partie de la grandeur de la France et son honneur."

vendredi, 16 juillet 2010

À PROPOS DES "AFFAIRES" ET LE POUVOIR

BILLET DU 16 JUILLET 2010

 

Quelle que soit le moment de l’Histoire que l’on choisisse, que ce soit celle des républiques ou des différents régimes qui les ont précédées, plus récemment encore que ce soit sous les présidences de Pompidou, Giscard, Mitterrand, ou Chirac (pour ne se limiter qu’à la seule V° République), les rapports entre le pouvoir et l’argent ont toujours été compliqués et cause de bien des turpitudes.


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LE SIGNE DE L'ARGENT

Mais il faut admettre que, sous le mandat de Nicolas Sarkozy - lui qui a eu le “mérite” de dire, avant même son élection, qu’il aimait, qu’il respectait, qu’il admirait l’argent et tous ceux qui le possédaient, et que c’était chez ces gens-là qu’il avait surtout ses amis - les choses ne se sont guère arrangées depuis, de loin s’en faut !

Et, dès les premières minutes de son élection, il a placé aussitôt son nouveau pouvoir sous le signe de l’argent (Fouquet’s, yacht de Bolloré, etc....). C’étaient des signes forts qui ne pouvaient tromper personne.

Ceci, à la limite, était encore admissible en 2007 : on y voyait là, avant cette élection, la fin de la diabolisation de l’argent et de tous les anachronismes qui en étaient issus. Mais, en 2010, trois ans après, çà ne passe plus : l’opinion publique, qu’elle soit de gauche ou de droite, exige l’indépendance du pouvoir vis-à-vis de celui de l’argent.

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jeudi, 17 juin 2010

À PROPOS DE L'HOMME DU 18 JUIN

BILLET du 17 JUIN 2010

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40 ans après la disparition du Général De Gaulle, l’on célèbre cette année, avec une exceptionnelle solennité, le 70° anniversaire de son appel du 18 Juin 1940.


Il est peu d’hommes de notre Histoire dont on célèbre, années après années et à travers toute la France, une déclaration de quelques lignes seulement, diffusée dans une quasi clandestinité depuis Londres, radio alors trop étrangère et éloignée pour qu’elle atteigne les français jusqu'au fond de leurs campagnes.

QUE CÉLÉBRE-T-ON ?

Est-ce son auteur que l’on célèbre ainsi ? Ou le texte de son message ? D’aucuns répondront : “Les deux, mon Général !”. Nous sommes en pleine ambiguïté.

Questions que nous pouvons ici nous poser : De Gaulle était-il un “grand homme” ? Qu’est-ce qui définit un “grand homme” ?

Tous les peuples sont modelés par leur Histoire, et par celles (ou ceux) qui l’ont marquée au fil des siècles. En France, il n’en manque pas : même sans remonter trop loin, la liste serait longue ! Il y a eu entr’autres Louis XIV, Napoléon, ou encore Clémenceau, pour ne parler que de ceux qui ont touché, un jour ou l’autre, au pouvoir. Sans négliger pour autant les grands découvreurs, les savants, les écrivains, les artistes, les saints, tous ceux qui ont fait l’honneur de la France.

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