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jeudi, 11 décembre 2008

À PROPOS D'UN FIASCO

BILLET du 11 DÉCEMBRE 2008

Fiasco ? Je veux parler ici des toutes récentes élections professionnelles qui en ont été un, retentissant, véritable déni de démocratie.

prud'hommes.jpg Alors que tous les professionnels étaient appelés à désigner celles et ceux qui siégeront demain dans les tribunaux prud'homaux pour régler les conflits du travail, 3 électeurs sur 4 ne se sont pas déplacés : un record jamais vu malgré des dispositifs internet !

Et cet électeur sur 4 qui est allé voter, qui est-il au fait ? Essentiellement les salariés des entreprises protégées, ceux des services publics qui ont l’habitude de voter, alors que l’immense majorité des salariés des P.M.E. - commerces, services et les métiers qui se sont développés depuis 30 ans et n’ont aucun syndicat marquant - ont été les grands absents du scrutin.

Pourquoi ? Quelle analyse peut-on tirer d’un tel désintérêt.

Même dans de telles conditions, il se trouve pourtant spontanément des centrales syndicales pour proclamer leur victoire. Mais de quelle victoire s’agit-il ? En fait tous les grands syndicats ont reculé, à l’exception de la C.G.T., de Sud et des cadres de la C.G.C..

La C.G.T. semble avoir comblé partiellement son retard en arrêtant un chute constante qu’elle avait essuyée depuis de nombreuses années. La C.F.D.T. a subi de son côté un violent coup d’arrêt. Mais aussi - c’est surprenant ! - F.O.. On aurait pu croire que, pour la C.F.D.T., celle-ci aurait “payé” un tantinet une politique qui faisait débat dans ses rangs : mais, dans ce cas, pourquoi F.O. a aussi payé le même prix ?

Je crois que les vraies raisons de ces attitudes sont beaucoup plus larges qu’il n’y parait et qu’il faut aller les chercher bien au-delà des clivages du moment présent.

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mercredi, 10 décembre 2008

À PROPOS DU PLAN DE RELANCE

BILLET du 10 DÉCEMBRE 2008

“C’est un plan audacieux, c’est un plan ambitieux”. C’est ainsi que Mr Sarkozy a présenté ce plan destiné à relancer l’économie française.

sarko.jpg26 milliards d‘euros ! Important diront certains. Hélas non, quand on sait que l’ensemble des dépenses publiques annuelles de l’état est de 1.000 milliards. C’est même peu, très peu. Mais l’état de nos finances permettait-il un investissement plus important : vraisemblablement pas puisque nous sommes exsangues, notre dette, malgré les promesses, ne cesse de s’alourdir et son coût est devenu gravement insupportable.

Je crois, quant à moi, que le véritable plan de relance provient davantage de la Banque Centrale Européenne qui a - enfin ! - baissé de façon significative ses taux d’intérêt après des mois d’hésitation prudente, montrant d’ailleurs l’exemple aux USA qui, eux, laissent tout s’effondrer sans véritable réaction concertée.

Où EST L'AMBITION ?

Si l’on en revient au plan Sarkozy, il comporte certaines novations : il s’intéresse notamment, pour la première fois, aux P.M.E., reconnaissant indirectement que celles-ci représentent 70% des emplois salariés. Or l’une des difficultés majeures que doivent supporter ces P.M.E. provient que l’état ne leur paye pas ce qu’il leur doit et les oblige souvent à un an d’attente pour cela. Le plan Sarkozy prévoit qu’il va donc raccourcir ce délai pour leur redonner un peu d’une trésorerie qui leur fait lourdement défaut. C’est bien. Mais dans cette mesure, où est l’ambition d’un vrai plan de relance ?

Pour soutenir l’industrie automobile, c’est 1.000 euros qu’on va accorder à ceux qui changeront leur voiture pour un nouveau véhicule moins énergivore et moins polluant. Mais est-ce qu’aujourd’hui préparer un plan pour préparer notre pays à aborder le 21° siècle c’est d’inciter les gens de changer de voiture ?  Est-ce çà vaut la peine de gaspiller de l’argent public pour relancer de la consommation d’automobiles ? Tout à peine, là où on prévoyait une chute des ventes l’année prochaine de l’ordre de 15%, on limitera la casse à 5%. Çà va faire anticiper l’achat d’une voiture, nouvelle voiture qu’on n’aura plus à acheter l’année suivante. Ce n’est pas pour cela qu’on achètera une voiture supplémentaire. Et on retombera dans le même marasme : c’est de la poudre aux yeux. Mais où est donc l’ambition là-dedans ?

On me reprochera certainement d’être à nouveau critique de la politique de Mr Sarkozy : voilà 18 mois que je dis que sa politique est à contre-courant de ce qu’il faut faire. Et on me répond que je ne lui laisse pas sa chance ni le temps nécessaire de la mise en place.

UN PLAN INDIGENT

Je dois quand même reconnaître aujourd’hui, quant aux autres mesures annoncées dans son plan, que la décision de Mr Sarkozy de donner la priorité à l’investissement, de veiller à la capacité de la France d’améliorer son appareil de production, est une bonne mesure en soi. Et non de relancer la consommation, ce qui n’aurait fait que de donner plus de richesse encore à la Chine ou aux autres pays émergeants. Il n’y a que les stratèges du P.S., sous la houlette de Mme Aubry - une référence quand on sait que ses 35 heures universelles coûtent chaque année des milliards à la France et ne cessent implacablement de l’apauvrir ! - qui prétendent le contraire ! Ils ont oublié que même François Mitterrand, après la relance de la consommation en 1981 en donnant du pouvoir d’achat aux français (promesse qu’on a aussi entendue dans la bouche de Mr Sarkozy durant sa campagne), a du arrêter l’expérience deux ans après pour mettre en place un implacable plan de rigueur. Mais, au P.S., on a la mémoire courte, c’est pas nouveau ! (Je reviendrai dans un prochain billet sur les graves incohérences que traverse ce parti totalement déchiré).

Mais 26 milliards d’euros, si on déduit de cette somme le paiement de ce l’état doit aux P.M.E. (il ne fait que payer sa dette !), le paiement d’investissements déjà programmés depuis longtemps (T.G.V., autoroutes, etc....) et que, de toutes façons, on aurait bien dépensé selon des programmés longuement établis (tout au plus on fera un peu d’anticipation, ce qui ne fera que déplacer le problème pour les années suivantes), au bout du compte il ne reste plus grand chose. François Bayrou estime qu’il reste en tout 4 milliards d’investissements publics réellement nouveaux, soit 0,25% du PIB français (les USA prévoient près de 10% de leur propre PIB). Où est l’ambition là-dedans ? Tout au plus disons que la direction est bonne mais, quant aux moyens, il relève de l’indigence, à la hauteur des moyens dont dispose l’état : si peu. Cela valait-il qu’on nomme un ministre spécialement pour manager ce plan “riquiqui” ?

Une autre mesure encore est celle qui exonère - pour 2009 seulement, pas au-delà - les entreprises de moins de 10 salariés pour les salaires les plus modestes : une véritable trappe aux bas salaires. Un piège !

Encore aussi les 200€ accordés aux ménages les plus modestes. Çà ne coûte pas très cher à l’état, beaucoup moins que le bouclier fiscal accordé aux plus privilégiés ! De la poudre aux yeux !

Et le chômage là-dedans ? Il est vrai que, avec ou sans plan, l’on va observer un accroissement de l’inflation, une baisse du pouvoir d’achat, une montée du chômage. Privilégier les investissements plutôt que la consommation ne peut, à terme, qu’avoir un effet bénéfique sur l’emploi. Mais ce terme-là se situe à plusieurs années. Ou il faudrait que le taux de croissance se situe immédiatement vers 2% : c’est irréaliste de le penser à court terme.

CHÔMAGE & FORMATION

Par contre je crois que l’une des meilleures façons de combattre le chômage est de conduire d’urgence une politique de formation. Notre système éducatif n’est pas très performant dans ce domaine : environ 20% de nos jeunes de 15 ans ne savent que (difficilement) lire et sont incapables de comprendre ce qu’ils lisent : ces jeunes-là sont promis avec certitude au chômage à vie. Rien n’est entrepris dans le plan pour enrayer cette vague d’exclus de notre société. Je le regrette.

UN DÉVOIEMENT DE L'ÉTAT

Enfin, il est une mesure annoncée par Mr Sarkozy qui me scandalise au plus haut point : sous prétexte de simplifier l’accès des P.M.E. aux marchés publics, voilà qu’on projette de supprimer les appels d’offres pour toute commande de moins de 5 millions d’euros. C’est-à-dire la grande majorité des marchés publics des collectivités locales. On instaure le règne du copinage, de la corruption, on abandonne la défense de l’argent public : on accordera les marchés publics à la tête du client, ou plutôt selon des critères que je n’ose citer. C’est le contraire de l’objectif recherché puisque des P.M.E. qui ne seront pas “en cour” avec les princes du moment verront se fermer la porte des marchés publics. Voilà une forme de mentalité de notre société que je récuse avec force. Sous prétexte que nous traversons une grave crise financière, il ne faut pas en tirer prétexte pour dévoyer l’esprit de nos institutions et de nos libertés. Voilà un penchant dangereux qu’il faut combattre avec force.

vendredi, 26 septembre 2008

À PROPOS DE LA CRISE FINANCIÈRE

BILLET du 26 SEPTEMBRE 2008

crise.jpgBrutale. Inattendue....

Ce sont là les premiers adjectifs que l’on peut attribuer à cette crise financière qui n’épargne désormais plus personne, remet en cause toutes les stratégies, toutes les politiques, ruine toutes les attentes : nul ne sait quand, ni comment, il sortira de cette crise.

Brutale quand on mesure soudain les erreurs et les contresens qu’ont accumulées pendant si longtemps nos plus brillants spécialistes économiques qui nous affirmaient avec assurance que.... Jusqu’à ce patatras planétaire.

UN CHANGEMENT D'ÉPOQUE

Mais est-ce bien seulement une erreur d’économistes ? N’est-ce pas plutôt à un changement d’époque auquel nous sommes aujourd’hui confrontés ? Un peu comme il y a dix ans l’effondrement des tours du World Trade Center a profondément marqué mentalités et stratégies ? Ceci me parait plus probable tant cette crise est profonde en soi.

Il est un peu étrange pourtant qu’elle coïncide avec ce que nous avons pu observer pendant les Jeux Olympiques de Pékin, à savoir la montée spectaculaire en force des pays asiatiques sur la scène internationale. On constate aujourd’hui que, morceaux par morceaux, les chinois, entr’autres, sont en train d’acquérir nos propres outils économiques un peu partout à travers le monde, y compris en Europe.

UNE ÉCONOMIE ARTIFICIELLE

Les difficultés qui ont surgi d’abord aux USA, avant de faire tâche d’huile de par le monde, prouvent que l’hégémonie américaine, n’était tenue artificiellement que par l’absence sur les marchés d’autres vrais partenaires - européens ou asiatiques - usant des mêmes stratégies qu’eux, protectionnisme inclus. Cette hégémonie-là touche désormais à sa fin.

Le monde est en train de basculer. De nouveaux acteurs apparaissent donc au grand jour : Chine, Inde, etc.... Des banques européennes ou américaines sont rachetées, au moins partiellement, par ces lointaines puissances émergentes. La configuration devient totalement nouvelle.

Inattendue. Cela ne nous surprend pas totalement pourtant : on s’y préparait même déjà. Mais qu’aujourd’hui cette logique frappe avec une telle brutalité, voilà qui surprend, quand même. Ce qui frappe, c’est l’imprévisibilité de cette crise. On l’imaginait peut-être toute autre, mieux contrôlable, plus atténuée. Or le monde nous échappe soudain de toutes parts. Si les opinions deviennent aujourd’hui si inquiètes, y compris en France, c’est face à ce sentiment de perte de contrôle des “politiques” sur le cours du monde malgré leurs discours qui ne parviennent plus à rassurer les opinions.

On se souvient de ces pronostics qui, il y a quelques semaines encore, en pleine montée du cours du pétrole, nous annonçaient un baril proche des 200 $ avant la fin de 2008 : or voici que ce baril est retombé aux alentours de 100 $. Tant mieux pour nos porte-monnaies : mais cela prouve bien que la situation échappe désormais à tous les pronostics, même ceux à très court terme. Qui aurait alors cru à un ralentissement dans les trois mois à suivre de la consommation pétrolière, entraîné par cette crise mondiale ?

UN SENTIMENT D'INCOMPRÉHENSION

Il est devenu très difficile aujourd’hui, voire impossible, de faire des prévisions convenables, même à trois mois. Quelle insécurité ! Quel sentiment d’incompréhension face à ce monde qui change ! C’est ce sentiment-là qui me parait être le plus déstabilisant aujourd’hui.

On s’aperçoit soudain que le monde vivait jusqu’à présent sous le bouclier protecteur de l’économie américaine. Or on constate que ce bouclier, parce qu’il était artificiel, s’effondre aujourd’hui totalement.

Keynes appelait en son temps l’économie US une “économie-casino”. Façon imagée de dénoncer son côté aléatoire : il soulignait la déconnection entre ce qui est producteur de richesses (l’agriculture, l’industrie, les échanges) et la manipulation purement financière. Ainsi on a vu croître démesurément une bulle financière.... jusqu’à ce que l’immobilier - la crise dite des “subprimes” - finisse par la crever. Et il n’en reste plus grand-chose. Les banques ont tenté de l’éviter, de gagner un peu de temps en transformant leurs créances sur les acquéreurs d’immobilier en une sorte de nouvelle monnaie : elles ont prêté de l’argent pour permettre à des gens d’acheter des maisons, dont les prix se sont ensuite effondrés, puis qui ne pouvaient plus rembourser, etc....  La situation est devenue plus artificielle encore qu’elle ne l’était déjà. Jusqu’au jour où cet ingénieux montage s’est totalement effondré.

Il reste aujourd’hui à savoir si cette crise ne sera qu’une simple purge d’un système économique désordonné sans conséquences à long terme. Ou si elle sera semblable à la crise de 1929. Or on se souvient que 1929 a été payé non seulement par dix années de récession, engendrant naturellement la montée de tous les totalitarismes, mais aussi par une guerre mondiale qui a coûté des millions de vies humaines.

Pour éviter aujourd’hui le traumatisme de ces files devant des guichets, voilà ensuite que la patrie du libéralisme veut contraindre les banques d’affaires à redevenir des banques de dépôt. Étonnant revirement. Mais revirement qui nourrit un peu plus toutes les inquiétudes. La confiance est disparue.

On ne peut ignorer par ailleurs que les banques, même "américano-américaines", sont étroitement liées avec toutes les autres banques à travers le monde. Et ces banques ne veulent plus se prêter mutuellement de l’argent. D’où cet effet “boule de neige” qui, rapidement, nous concernera tous.

On voit ensuite la patrie du libéralisme, pour rétablir cette confiance, intervenir, contre toute son idéologie fondamentale, racheter ces créances en frappant très lourdement tous les foyers US - 700 milliards $ - empiétant fortement sur leur pouvoir d’achat.... et leur capacité de consommer. Un coup d’arrêt inimaginable et qui ne sera pas sans effets sur nos économies européennes. Même des socialistes français bon teint n’auraient pas osé le faire !

Enfin, pour couronner le tout, le protectionnisme interventionniste américain va se renforcer et nos exportations sur le marché US seront freinées plus que jamais. (voir l'épisode du contrat "du siècle" des avions ravitailleurs entre Boeing et Airbus : çà ne fait que commencer)

ÉTABLIR LES MÊMES RÈGLES ENTRE PARTENAIRES

Faute que l’Europe n’instaure donc elle-même aussi avec courage et détermination les mêmes règles protectionnistes que les USA, faute qu’elle cesse de jouer les crétins face à l’attitude interventioniste US, ce sera un mauvais coup pour la France. Notre situation économique en subira durement les conséquences : chômage, inflation, baisse du pouvoir d'achat seront inévitablement de retour. Notre redressement économique en sera retardé un peu plus encore. L’objectif des équilibres budgétaires pour maîtriser notre dette - abyssale ! - sera de nouveau fortement retardé. Et même si Mr Sarkozy, dans son discours de Toulon, annonce des mesures fortes, on ne peut ignorer que la France n’a que très peu de moyens pour les financer. Hélas ! Ce discours risque de n’être qu’un spectaculaire mais inutile effet de manche.

Dure épreuve pour nous tous que voilà. Et non sans danger pour nos démocraties.

jeudi, 14 août 2008

À PROPOS DU CAUCASE

....OU L'ÉNORME RESPONSABILITÉ DE L'EUROPE

Ainsi donc Nicolas Sarkozy est allé “jouer les pompiers de service” dans le Caucase. Il ne faut voir dans cette expression nulle volonté de dénigrement de cette très délicate mission : quand, quelque part, un peuple voit le feu embraser son territoire, il est toujours heureux d’accueillir un pompier, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, pour l’aider à éteindre l’incendie.

Fragile, très fragile compromis qu’a obtenu Nicolas Sarkozy entre les deux principaux protagonistes de ce conflit : la Russie et la Géorgie.

En fait, ce n’est là que le prolongement des scories jamais éteintes et toujours bien vivaces de l’histoire récente de cette région, déchirée notamment par l’arrivée de l’impérialisme soviétique et du communisme triomphant dans la première moitié du XX° siècle.

Examinons rapidement, pour essayer de mieux comprendre la situation, l’histoire récente des acteurs du drame actuel.

La Géorgie

Rattachée volontairement à l’Empire russe au tout début du XIX° siècle par un pacte d’union, la guerre civile russe de 1918 pousse les géorgiens à déclarer leur indépendance. Mais, dès 1921, le régime communiste russe envoie son armée occuper cette Géorgie insoumise, renverse le gouvernement en place et impose la création d’une “République socialiste soviétique fédérale de Transcaucasie”, totalement inféodée à Moscou et comprenant aussi l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Début 1991, alors que l’URSS était sur le point de s’effondrer, la Géorgie proclame de nouveau son indépendance. Depuis, les dernières élections libres ont porté au pouvoir un gouvernement qui cherche maintenant à se rapprocher de l’OTAN pour mieux consolider son indépendance face à son puissant voisin russe qui a quelque mal à admettre cette éventualité à sa propre frontière.

L’Ossétie

Située à cheval sur la chaîne du Caucase entre la Russie et la Géorgie, ce territoire fut annexée par l’empire russe en même temps que la Géorgie au début du XIX° siècle. Staline décide, en 1922, de couper ce territoire en deux régions autonomes : celle du Nord, plus riche en ressources, est rattachée à l’URSS ; celle plus pauvre du Sud, à son nouvel allié géorgien.

En 1994, les ossètes du Sud souhaitent se réunir de nouveau avec ceux du Nord en un même territoire dont ils proclament l’indépendance. Celle-ci, malgré un nouveau référendum organisé par les ossètes en 2006 et qui lui est cependant favorable, cette volonté d'indépendance n’est pas reconnue par l’ONU ni par la communauté internationale qui considère ce référendum “illégal”. Seul l’actuel régime de Moscou la reconnaît.

La Géorgie maintient donc ses droits sur l’Ossétie du Sud, même si la population, à majorité russe, reste très acquise à une réunification avec les populations du Nord dans un état autonome.

L’Abkhazie

La situation de ce territoire n’est pas tout-à-fait comparable à celle de l’Ossétie.

Située à la frontière russe et en bordure de la Mer Noire, ce territoire s’est proclamé “république indépendante” seulement en 1992. Et personne, pas mêmes les russes, n’ont reconnu cette indépendance. Ce territoire est donc resté annexé à la Géorgie. Mais sa situation géographique et son climat font de ce pays un “eldorado” pour les élites russes, ce qui renforce l’influence économique et sociale de la Russie sur ce territoire.

Voilà donc l’écheveau de ce qui fait l’exceptionnelle complexité du conflit actuel entre Russie et Géorgie.

Alors, pour échapper aux velléités russes de profiter de cette situation pour récupérer quelques lambeaux de cette république qui leur a tourné si résolument le dos, la Géorgie, soutenue en cela par le camp occidental - USA en tête - n’avait pas d’autres solutions que de compter sur ses alliés européens et ceux de l’OTAN, à défaut des USA trop éloignés et militairement trop empêtrés dans d’autres conflits (Irak, Afghanistan, etc....). Mieux : pour montrer sa bonne volonté, la Géorgie envoie même des troupes près celles engagées par les USA en Afghanistan.

Mais voici, qu’en Avril dernier, l’Europe prend une étrange position : elle refuse de collaborer à un plan d’action pour l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN.

Ce refus, à l’évidence, en fragilisant gravement la position du gouvernement géorgien, donnait  indirectement à Moscou - et particulièrement aux faucons réunis autour de l’ex-Président Poutine devenu ce “Premier Ministre” ultra-puissant - ce refus donnait donc le feu vert pour entreprendre une guerre de reconquête sur cette Géorgie infidèle et insoumise, ou du moins pour l’affaiblir durablement. Et aussi pour couper court à de possibles velléités de l’Ukraine qui serait tentée de prendre le même chemin d’une indépendance retrouvée.

Alors, qu’aujourd’hui Mr Sarkozy, actuel “Président” (pour 4 mois et demi encore) de l’Union Européenne, soit conduit à jouer dans ce Caucase les “pompiers de service”, n’est qu’un juste retour des choses.

L’impuissance de l’Europe, son incapacité à décider, même quand il s’agit de l’admission d’une république authentiquement démocratique et située à ses frontières, au sein d’un ensemble qui lui aurait assuré sa sécurité via le bouclier de l’OTAN, l’Europe est bien responsable de la situation actuelle en ayant laissé le champ libre aux revanchards russes.

Fragile compromis, fragile équilibre - disais-je - que celui obtenu par Mr Sarkozy. Tout est laissé en fait au bon vouloir des russes.

Même si la Géorgie entend garder son intégrité territoriale telle que la communauté internationale la reconnaît aujourd’hui, la situation nouvellement créée, sa fragilité manifeste - dont l’attitude de l’Europe est en grande partie responsable - remet inévitablement cette intégrité en cause.

C’est bien l’indépendance, la démocratie et l’intégrité d’une partie de l’Europe qui sont en cause aujourd’hui en Géorgie.

Il est à espérer que ces événements, pourtant très graves et préoccupants, n’auront pas trop troublé les européens.... livrés à la dévotion de leurs sacro-saintes vacances.

mardi, 01 juillet 2008

À PROPOS DE L'EUROPE EN PANNE

BILLET du 1er JUILLET 2008
 
europepanne.jpgMr Sarkozy va présider pendant 6 mois le Conseil des Ministres européen. Quelle marge de manœuvre lui reste-t-il après le refus de l’Irlande de ratifier le Traité de Lisbonne ?

Au-delà de cette nouvelle péripétie - l’Europe nous y a, hélas, habitués - on peut pourtant se poser la question  de savoir si nous ne marchons pas résolument sur la tête.

LE RETOUR AU TRAITÉ DE NICE
 
Faut-il, en introduction à mon propos, vous dire que je ne comprends pas du tout les “nonistes” quand ils se réjouissent de ce nouvel avatar ? Si le refus irlandais aboutissait à une remise à zéro de tout le mécanisme institutionnel européen, on pourrait éventuellement comprendre leur joie. Mais, loin de là, le refus irlandais nous remet tous, qu’on en soit d’accord ou pas, sous le joug du Traité de Nice qui reste en vigueur et continue de s’imposer à tous : c’est la pire des choses qui pouvait nous arriver. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir, tout au contraire : de quoi nourrir encore longtemps les réticences de nos partisans du non.

Le Traité de Nice impose en effet, pour toute décision, l’unanimité de tous les états membres : ils sont aujourd’hui 27, demain ils seront plus de 30. On aurait pu éventuellement concevoir une telle unanimité dans une Europe à 2, 3, 5, voire 6 membres tout au plus : mais à 27 ou au-delà, c’est totalement irréaliste. C’est la paralysie assurée de nos institutions européennes, incapables qu’elles sont aujourd’hui d’imposer le moindre cadre politique à une technocratie livrée alors à elle-même. De là tous nos maux européens : nous ne souffrons pas de trop d’Europe mais d’une Europe empêtrée et impuissante.

UNE INVERSION FATALE
 
Quand je questionnais plus haut de savoir si nous ne marchions pas sur la tête, je veux expliquer qu’avant d’élargir l’Europe jusqu’à être aujourd’hui 27, il aurait été certainement plus judicieux d’établir une règle du jeu pour tous, règle qui se serait imposée aussitôt à tout nouveau membre entrant. Or, on a fait exactement l’inverse.

Ô, certes, cet élargissement était inscrit tant dans l’Histoire que dans la géographie de notre continent. Mais nous assistons aujourd'hui à l’échec de la thèse anglo-allemande - à savoir qu’il fallait, selon eux, faire tout de suite l’élargissement - alors que la France, bien inspirée en cette circonstance, gauche et droite d’accord sur ce point, préconisait qu’il fallait d’abord aménager le terrain pour y construire la maison commune avant d’y faire entrer de nouveaux habitants : il fallait, avant tout élargissement, rédiger de suite et en priorité, une constitution européenne, une sorte de règlement de copropriété.

Mais nous nous sommes vite heurté à la poussée impatiente (et compréhensible) des pays de l’Est, sortis tout juste du joug communiste. La maison “Europe” n’a pas donc eu la possibilité de se construire avant d’accueillir tous ces nouveaux arrivants, ni d’établir la moindre règle. Chacun des nouveaux venus a voulu, sitôt arrivé, apporter sa propre conception architecturale. Une fatale absurdité.

UNE NOUVELLE AUBERGE ESPAGNOLE
 
On a donc laissé se bâtir une nouvelle “auberge espagnole” et éveillé le chœur de toutes les cacophonies. Et, depuis cet élargissement hâtif, il n’y a plus du tout, ni dans les têtes, ni dansles esprits, d’Europe ou d’esprit européen, tous voulant bâtir sa propre Europe à sa façon. C’est devenu la négation même d’une Europe ambitieuse conçue et bâtie pour l’épanouissement harmonieux de ses populations.

Cela ne peut pas fonctionner. Et c’est pourquoi l’Europe, aujourd’hui, ne fonctionne pas : ne cherchons pas ailleurs.

Jacques Delors, dans un récent billet, affirmait très justement que l’Europe n’a pas su se vendre auprès de ses propres peuples, ni faire partager son ambition à ses habitants. Et de conclure qu’il s’est créé un fossé croissant entre les peuples et leurs gouvernements.

Après le “non” français, celui qui a suivi des Pays-Bas - deux des pays pourtant fondateurs du Traité de Rome -  le “non” ensuite plus récent de l’Irlande, si on avait consulté en fait les peuples directement par voie de référendum - et non pas par voie parlementaire - on aurait surement récolté qu’un long chapelet de refus.

Pourtant, l’esprit européen ne mérite nullement une telle opprobre, tout au contraire. Il ne faut pas s’en prendre à l’esprit européen par lui-même mais bien à nos dirigeants qui se sont montrés incompétents : ils ont laissé s’établir un déplorable malentendu entre l’Europe et ses citoyens.

LES RAISONS DES REFUS
 
Il y a aussi deux autres raisons qui ont conduit à cette défaveur : • la première est la façon dont on a mis en place l’euro. En France, l’euro, et son “pacte de stabilité”, nous a imposé de mettre un terme immédiat à nos déficits chroniques de confort. Mais une telle soudaine rigueur a fait paraître l’euro comme une sorte de “père fouettard” de notre économie • la deuxième raison, conséquence logique du Traité de Nice et de son unanimité imposée, est cette impossibilité de prendre la moindre décision touchant le quotidien des citoyens : pour exemples récents, l'impossible détaxation partielle des carburants pour atténuer l’envol des cours du pétrole, ou encore la diminution du taux de TVA dans nos restaurants qui se fait attendre sans raison depuis des lustres. Ce blocage institutionnel est très mal perçu et on peut le comprendre.

Nous sommes donc dans une Europe libérale, mais dans le pire sens du terme, c’est-à-dire une Europe du laisser-aller où chacun agit en  faveur de sa propre chapelle.

Non pas que cette Europe-là, malgré toutes ses lacunes, ne soit pas une réussite économique, loin de là : en France, sans l’euro et ses contraintes, nous en serions à je ne sais quel numéro de dévaluations successives. Et la meilleure preuve en est encore apportée par tous ces pays nouveaux qui veulent entrer à leur tour dans cet ensemble.

Mais, quand il s’agit de créer une Europe politique avec une volonté propre, nous sommes encore un nain aux yeux du monde. Pour exemple, il est anormal que, pour régler le problème palestinien, ce soit les lointains USA qui s’en chargent pendant que l’Europe, elle, se limite à envoyer des colis aux réfugiés.

COMMENT EN SORTIR ?
 
Comment donc faire pour sortir de cette impasse ?

Je ne perçois pas d’autre solution que de refaire l’Europe entre des pays qui auraient souscrit à un pacte préalable et qui auraient aussi un minimum de passé commun et d’alignement économique. Même si c’est refaire l’Europe en commençant à 2 pays, ou un peu plus en réunissant par exemple les pays fondateurs du Traité de Rome (plus un ou deux pays bien intégrés), l’essentiel serait de réunir des pays capables et ayant la volonté ferme d’entreprendre vraiment des actions politiques communes. Ils seraient peu nombreux : mais un petit nombre serait très suffisant pour remettre l’Europe en piste.

Les autres pays européens ? ils manquent à la fois de réalisme et d’idéalisme. Mais ils pourraient, par effet d’entraînement, rejoindre ensuite ce noyau dur d’une Europe initialement restreinte mais établie avec des règles bien définies, mais plus forte par sa résolution et sa volonté politique. Et cesser d’être une Europe cantonnée dans un rôle d’assistante sociale, comme elle l’est aujourd’hui.

Ce n’est certes pas, à mon grand regret, la solution la plus idéale qui soit, mais peut-être la plus réaliste compte tenu de l’impasse où nous sommes : car nous sommes bien dans une impasse.

Il faut aussi donner à l’Europe un visage, avec un Président connu et reconnu de tous les européens, plus stable que ceux actuels semestriels. Et encore une politique étrangère commune avec un vrai représentant parlant au nom de tous. Giscard avait raison sur ce point : par exemple, un Bernard Kouchner (lui ou un autre) serait certainement plus utile comme Ministre des Affaires Étrangères européen de plein exercice plutôt que cantonné au Quai d’Orsay. Or, dans la situation actuelle, nos 27 ministres des affaires étrangères sont des gens totalement transparents, donc inexistants sur la scène internationale.

L'ERREUR DES RÉFÉRENDUMS
 
Au lieu donc d’organiser des référendums comme on l’a fait pour ratifier traités ou constitution, si on avait demandé aux citoyens européens : “Voulez-vous une défense commune de l’Europe ?”, ou encore “Voulez-vous une Europe représentative sur la scène internationale pour défendre vos intérêts ?”, donc si on leur avait posé des questions simples et concrètes, la réponse aurait été très différente que ces “non” successifs à des traités abscons auxquels nul ne comprend rien et qui ne servent que de défouloirs pour servir des intérêts locaux.

Quelle sottise de croire que tous les citoyens sont des constitutionnalistes nés et qu’ils peuvent déchiffrer tous les arcanes de textes inévitablement complexes qu’on soumet à leur jugement au travers de documents épais et touffus ! Qui les a d'ailleurs lus dans leur intégralité ?

Ce fut l’erreur du référendum sur la Constitution Européenne de Giscard, pourtant un chef-d’œuvre de minutie et d’équilibre. Mais, quant au Traité de Lisbonne, il est infiniment plus obscur encore que le texte peaufiné par Giscard. Comment voulez-vous que des citoyens se prononcent ensuite en pleine connaissance de cause là ou des constitutionnalistes chevronnés s’y perdent eux-mêmes ?

On entend aujourd’hui qu’il faudrait “laisser du temps au temps” pour sortir de cette ornière. C’est une façon comme une autre de ne rien vouloir entreprendre. Une fois encore sur ce point, nos gouvernants sont les champions de l’immobilisme. Et pendant ce temps, l’Europe s’enlise un peu plus.
 
Quand je vous disais qu’on marche sur la tête....

samedi, 14 juin 2008

À PROPOS de Mr Barack OBAMA

images.jpgBILLET du 14 JUIN 2008
 
J’éviterai, par respect pour la grande démocratie américaine et de ses citoyens, de tomber dans le piège que j’observe ici ou là et qui consiste, pour certains qui, comme moi, ne sont pas citoyens américains, de tresser des couronnes de lauriers à Mr Obama, candidat élu pour prétendre à la Maison Blanche. Même s’il nous faut admettre qu’il est plutôt hors les normes habituelles et d’un profil tout-à-fait singulier.

Par respect pour cette démocratie, ce serait un mauvais service à rendre à Mr Obama que de le faire passer, face à l’opinion américaine - si chatouilleuse et versatile - pour le “candidat de l’étranger”, c’est-à-dire celui que la majorité des autres nations voudraient voir élire en Novembre prochain. Les américains n’aimeraient certainement pas que leur futur président soit porteur d’un tel label ; ils sont trop attachés à leur indépendance. Et ils ont raison.

Faisons donc abstraction de nos préférences personnelles : les USA sont une grande nation et ses citoyens doivent pouvoir choisir leur Président sans avoir ce type de préoccupation. Ce sera donc ou Mr Obama ou Mr Mc Cain : l’un ou l’autre sera bien le prochain Président que se choisiront les américains. Et ils auront fait un bon choix, puisque parfaitement démocratique.
 
AU PAYS DU "MELTING POT"

Mais, qu’on l’admette ou non, cette élection au sein du Parti Démocrate, tant dans sa forme que dans son résultat, nous interpelle tous.

Sur la forme, cette élection est exemplaire, même si le système des “primaires à l’américaine” est particulièrement obscur pour les non-initiés que nous sommes.

Les USA sont, ne l’oublions pas, le pays qui a inventé l’expression “melting pot”. Cette première élection d’un métis pour concourir à la plus haute fonction de ce pays a un sens très fort. Et le discours que vient de prononcer Mr Obama à Philadelphie sur la question de la race constitue une immense avancée, pas seulement pour les citoyens américains mais aussi pour tous les citoyens du monde. Ce discours a valeur d’anthologie et mérite d’être couché dans tous les manuels scolaires.
 
UNE EXTENSION DE LA DÉMOCRATIE

Passant outre cependant cette élection strictement interne aux USA, du point de vue de l’évolution de la démocratie, nous venons de vivre une véritable campagne électorale. Non pas pour désigner le Président, mais pour la désignation d’un candidat à la présidence.

On avait déjà vécu un peu çà en France avec la désignation de Mme Ségolène Royal contre ses rivaux du Parti Socialiste. Aujourd’hui, donc, dans deux pays aussi différents que les USA et la France, voici que les citoyens se saisissent de la sélection des candidats, autant que de l’élection ensuite de ceux qui accéderont à des postes électifs. C’est une extension considérable de la démocratie.
 
UN TOURNANT POUR LE MONDE ENTIER

En ce qui concerne cependant les USA, si d’aventure Mr Obama était élu Président le 4 Novembre prochain, ce serait un tournant formidable, pas seulement pour les États-Unis eux-mêmes, mais pour le monde occidental tout entier : en effet, la mauvaise image actuelle des USA retentit sur le monde entier. La mésaventure irakienne, même dans des pays qui l’ont combattue comme la France, a des effets négatifs sur l’image que le monde se fait de l’Occident.

D’ailleurs, les observateurs qui visitent actuellement le continent africain, constatent combien la désignation de Mr Obama fait figure d’événement dans les opinions et suscite la plus grande attente : il était pour elles inimaginable qu’un président US puisse être un homme de couleur. Il y a une certaines fierté qui parait désormais chez elles. Même Al-Qaïda perdrait une partie de son aura dans ces populations : ce serait un très mauvais coup pour Ben Laden comme jamais il aurait subi auparavant. Ce serait une sorte de réconciliation des USA avec le reste du monde. Inimaginable il y a peu encore.

Enfin, si encore Mr Obama était élu, tout serait à reconstruire : les USA sont actuellement paralysés : même s’ils sont toujours la première puissance mondiale, Mr Obama ne pourra pas poursuivre la politique de Mr Bush Jr, ni en matière économique, ni encore moins en matière diplomatique. On peut d’ailleurs observer que la campagne de Mr Obama repose sur le thème du “changement” : nous sommes bien placés en France pour savoir que “çà marche” assez souvent, même si après on connaît d’autres lendemains....

Comment donc empêcher, dans de telles conditions, cette sorte de séduction que Mr Obama a suscité dans nos démocraties occidentales ?
 
DE LA DÉMOCRATIE AU SHOW MÉDIATIQUE
 
Par contre, on ne peut occulter les conditions nécessaires aux USA pour emporter de telles primaires : il ne suffit pas seulement que le candidat ait des qualités de conviction exceptionnelles : Mr Obama en est largement pourvu. Mais, en même temps, il y a dans cette élection US - et on ne peut l’ignorer - une masse d’argent considérable, permettant de déployer une force dans les médias qu’on ne peut mesurer. Il y a aussi, en plus, un art consommé - inimaginable en France - du sens de chaque mot, de chaque plaisanterie, de chaque intonation de la voix, de chaque geste, de chaque mouvement du corps de l’orateur : tout est testé sur des panels représentatifs de citoyens pour être ensuite analysés et corrigés comme il se doit. C’est une immense mise en scène digne des plus grandes productions hollywoodiennes, où chaque détail a son importance et est organisé avec la plus grande minutie. Et quand on observe Mr Obama sur les images qui nous sont transmises, il faut reconnaître qu’il est un très grand acteur, digne de son succès (j’allais dire un très bon élève de ses maîtres en communication).

On a donc le sentiment d’une élection plus artificielle que sincère dans les discours : tout est tellement organisé au cordeau. On a grand mal, de ce côté-ci de l’Atlantique, à apprécier : ceci est tellement éloigné de notre culture politique. Encore que, dans certains meetings électoraux à grand spectacle de Mr Sarkozy, on peut se demander si.... Et même chez ceux de Mme Royal....

Et quand on entend, par contre, un autre discours prononcé par Mr Obama sur Jérusalem, même s’il était vraisemblablement conscient qu’il décevrait considérablement le monde arabe, il est clair qu’il était surtout destiné à capter les voix du lobby juif, très puissant aux USA. Et pourtant on sait bien que les noirs et les juifs ne s’y accordent pas beaucoup. Mais tout était bien pesé d’avance, et le choix a été fait en considération du poids respectif de ces deux communautés.
 
UNE MARGE DE MANŒUVRE TRÈS ÉTROITE

Donc, qu’il le veuille ou non, la marge de manœuvre de Mr Obama, s’il était élu, sera bien moindre qu’on pourrait l’espérer.

La magie du spectacle touche là ses propres limites : après la chaleur de la salle et du rêve qu’elle entretient, il y a ensuite le froid et la dure réalité cahotique de la rue qu’on retrouve.

Pas facile, la démocratie ! Surtout quand elle arrive à ce niveau où la réalité politique doit s’allier désormais au show-bizz.

mardi, 03 juin 2008

À PROPOS DE LIBÉRALISME & SOCIALISME

290426031.jpgBILLET du 3 JUIN 2008
 
Peut-on, en France, être à la fois socialiste et libéral ?
 
Voilà une bien étrange question que celle posée récemment au Parti Socialiste. Une odeur âcre de souffre s’est aussitôt répandue dans les couloirs de la rue de Solférino, juste la dose suffisante pour ranimer la vieille guerre des éléphants.

Si l’on en croit cependant un récent sondage, 63% des français répondent à cette question qu’ils y sont plutôt favorables. Ce qui démontre une évolution surprenante des mentalités, notamment celles de gauche.

LE LIBÉRALISME, C'EST QUOI ?
 
Mais que signifie donc en fait le mot “libéralisme” dans notre société d’aujourd'hui ?

Sitôt qu’on évoque ce mot, pour les uns c’est un idéal vers lequel il faut tendre avec ardeur, pour les autres c’est le réveil des vieux démons du capitalisme le plus exécrable qui soit. Nous voici en pleine ambiguïté.

Pourtant, sur l’origine du mot “libéral” par lui-même, on constate qu’il est né il y a relativement peu : sitôt la révolution de 1789, au tout début du 19ème siècle. Cette liberté, alors chèrement conquise face au régime autoritaire monarchique, a suscité toutes les formes de conjugaisons possibles du mot ”liberté”, y compris celles couchées précieusement dans la Charte des Droits de l’Homme. Le libéralisme, qu’on l’admettre ou pas, est bien une des conquêtes - et pas la moindre - de la Révolution de 1789.

On a donc quelque mal à comprendre aujourd’hui comment ce mot peut déchaîner tant de haine entre socialistes, eux qui se réclament tous, pourtant, des valeurs de la Révolution.
 
LA PANTALONNADE....
 
D’un côté nous avons donc Mme Royal qui affirmait hier que le “beau mot” de libéralisme devait être “réapproprié par la gauche”. Et elle voulait paraître alors - campagne électorale oblige - être une "social-démocrate" pur jus. Mais, patatras : voici que Mr Delanoë, son nouveau challenger, ose se présenter face à elle en chantre du même social-libéralisme. Mme Royal, aussitôt, de jeter le libéralisme aux gémonies.

On a du mal à comprendre : il n’y a pourtant, à ma connaissance, aucune divergence fondamentale entre Mme Royal et Mr Delanoë. Nous voilà, une fois de plus, devant une de ces nouvelles “commedia dell’arte” dont le P.S. a, seul, le secret de fabrication.

Et quand, pour arbitrer ce “duel fratricide”, on voit ensuite débarquer fort opportunément Mme Aubry, aux côtés des amis de Mr Strauss-Kahn, de Mr Fabius ou de Mr Montebourg - les ennemis jurés d’hier et qui ne sont d’accord entr’eux sur presque rien (hors leurs ambitions personnelles), notamment sur l’Europe - c’est une vraie pantalonnade : un parfait bal des faux-culs.

Pitoyable !

Pour en revenir donc au mot “libéral”, remarquons cependant, qu’en politique, le libéralisme c’est pourtant bien la laïcité, la neutralité de l’État, la pluralité des opinions, celle des partis, la liberté de la presse, ce sont les élections libres, etc..... Qui, en France, peut être contre ces libertés-là ?

En économie aussi, il nous semblait que, depuis 1983, quand Mr Mitterrand était au pouvoir, le P.S. s’était réconcilié avec "l’économie de marché" (base fondamentale du libéralisme). Mr Mitterrand l’avait alors adoptée, même s’il l’avait teinté d’une bonne dose de social.

Nous ne constatons cependant pas qu’aujourd’hui les socialistes soient devenus les partisans d’une nouvelle soviétisation de l’économie comme en 1981, qu’ils réclameraient le retour aux nationalisations forcenées, etc..... Donc, ils sont, et ils ne peuvent être que, libéraux.

Qu’est-ce donc alors que cette farce Royal-Delanoë ?

FARCE ? PEUT-ÊTRE PAS !

Peut-être faut-il chercher dans ce “conflit” un début d’explication par la présence d’une gauche anti-libérale encore assez bruyante, y compris au sein du P.S.. C’est peut-être cela que Mme Royal a en tête : elle ne veut pas se séparer de l’appui de cette gauche-là si elle veut conquérir demain le P.S..

Mais cela ne peut être une raison en soi : je suis persuadé que celui qui emportera demain le P.S., ce sera, malgré Mme Aubry et ses “alliés” d’un moment, celui qui osera être un authentique "social-libéral". Et, de ce point de vue-là, Mr Delanoë a certainement marqué un précieux point.

Mais il y a vraisemblablement aussi une autre explication : si le P.S. accepte de paraître trop “libéral-social-démocrate”, il ne présentera plus face à l’opinion - donc à son électorat traditionnel - assez de différences significatives d’avec la droite. C’est un vrai dilemme pour lui. Le P.S. est donc obligé de caricaturer un tant soit peu le libéralisme, car il n’a toujours pas réussi à élaborer un vrai projet “libéral-social-démocrate” qui lui permettrait d’affirmer et de prouver, demain, que son projet serait meilleur que celui mis en œuvre par la droite.
 
L'INCAPACITÉ D'ÉLABORER UN PROJET

Cette incapacité à élaborer un projet moderne et réaliste est bien le talon d’Achille du P.S..

La conséquence de cet antagonisme stratégique (plus que politique) ? On voit, d’une part, une Mme Royal préconiser une alliance avec le centre (nous nous souvenons pourtant de sa volonté de flirt avec un Bayrou qui l’a éconduit avec dédain), mais affirmer aujourd’hui, cependant, que le libéralisme est l’horreur absolue (ou presque) ; et d’autre part on voit un Delanoë dire qu’il est libéral mais qu’il ne veut aucune alliance avec le centre.

On est encore ici en droit de se demander dans quel monde vit le P.S..

Pourtant on ne peut pas nier qu’aujourd’hui, au P.S., l’hégémonie intellectuelle est plutôt située à droite, alors qu’elle a été longtemps positionnée à gauche. Qui veut aujourd’hui conquérir le P.S., contrairement aux idées reçues d’une longue tradition, se doit de l’aborder par sa droite, et non plus par son aile gauche. C’est un fait tout-à-fait nouveau (que j'avais déjà souligné dans une précédente note).
 
BESANCENOT ? QUEL BOULEVARD ?

Alors, le P.S. peut-il craindre de laisser, sur son flan gauche, un “boulevard” au postier Besancenot ?

Pour ma part, je n’y crois pas : Mr Besancenot conduit, malgré son habileté médiatique, ses troupes vers une impasse. Et tous les sondages récents révèlent, chez les français, une nouvelle mais surprenante lucidité politique. C’est un phénomène de société particulièrement significatif qu’on doit peut-être à la puissance des médias, mais peut-être aussi aux brassages d’idées via Internet : les anciens communistes, les fondamentalistes de Mme Laguiller s’amenuisent d’année en année, de scrutins en scrutins. Mr Besancenot, pour percer réellement à gauche, a un besoin vital de cet électorat-là. Mais celui-ci s’éparpille inexorablement. (Il n’y a pas qu’en France qu’on observe d'ailleurs cette évolution). Mr Besancenot ne peut donc que rester relativement marginal, et non un vrai pilier sur lequel pourrait se reconstruire une éventuelle "nouvelle gauche".

Vouloir donc opposer libéralisme et socialisme est un non-sens en soi : ces deux philosophies sont indissociables l’une de l’autre, elles ont besoin l’une de l’autre, elles sont parfaitement complémentaires.

La gauche aurait donc tort d’abandonner le “beau mot de libéralisme” à la seule droite : il est un bien commun qu’il nous faut défendre pour davantage de justice sociale.

samedi, 31 mai 2008

À PROPOS DES RETRAITES

772533361.jpgBILLET du 31 MAI 2008
 
LES LIMITES D'UN SYSTÈME
 
Nos rues ont vu défiler ces dernières semaines des cohortes de manifestants s’opposant au prolongement du nombre d’années de cotisation - passant de 40 à 41 annuités - pour toucher sa retraite à taux plein.

Et pourtant, quand on interroge les français, la moitié d’entr’eux sont persuadés qu’on va devoir travailler plus longtemps pour obtenir sa retraite, car ils savent bien que l’espérance de vie ne cessant d’augmenter - donc les années de retraite plus lourdes à financer - il va bien falloir le faire par un moyen ou un autre.

Mais l’autre moitié des français pensent parallèlement que ces manifestants ont eu raison de descendre dans la rue pour se mobiliser, même si, intimement, ils savent bien que les solutions alternatives sont très limitées.

Ce débat n’est pas prêt de se clore : aujourd’hui, on envisage un premier pallier à 41 ans ; mais rien ne laisse supposer qu’il ne devra pas ensuite progressivement aller très au-delà. Et les exemples de nos partenaires voisins ne manquent pas de les édifier : on y prend rarement sa retraite avant 65 ans, parfois pas avant 67 ans. Et pour ne parler que du seul continent européen.

BISMARCK NE L'AVAIT PAS PRÉVU
Je lisais récemment dans la presse une anecdote qui, à la fois, m’a amusé mais aussi instruit. J’y ai effectivement appris que “l’invention” des retraites serait due à Bismarck. Les syndicats, au départ, y étaient hostiles car ils redoutaient le système qui aurait été mis en place pour cela. Jaurès faisait cependant partie des rares qui étaient pourtant favorables à cette instauration. Il faut donc remonter à 1889 pour voir Bismarck octroyer aux ouvriers allemands un système de ressources pour les travailleurs âgés. Et il est raconté que Bismarck s’est alors retourné vers ses conseillers et leur a posé la question : “À quel âge peut-on fixer l’âge de la retraite pour qu’on n‘ait jamais à la verser ?”. Et les conseillers de répondre : “À 65 ans”. L’on prétend que Bismarck a alors éclaté de rire : il en avait 74 !

Quand, en France, on a créé le régime des retraites - c’était en 1945 - la retraite avait alors été fixée à 65 ans. Et l’on savait que l’espérance de vie au-delà de cet âge ne dépassait les 4 ou 5 ans, c’est-à-dire 70 ans tout au plus. Donc la retraite avait été instaurée pour des populations qui étaient appelées à mourir peu de temps après.

Or, en l’espace de 50 ans, l’on a assisté - et c’est fort heureux - à un progrès qui a bouleversé tous les pronostics économiques de l’époque : aujourd’hui quand un retraité prend sa retraite (en moyenne un peu avant 60 ans), il va vivre jusque 25 ans, voire parfois 30, après la cessation de son activité.

Or le système français de financement des retraites est celui dit “par répartition”. C’est-à-dire qu’aucun salarié ne paye quoique ce soit pour sa propre retraite : il paye exclusivement les retraites de ceux qui ont déjà cessé le travail.
 
COMMENT LAISSER AUX JEUNES....
C’est un système de solidarité inter-générationnel fort louable en soi. Mais comment aujourd’hui peut-on imaginer laisser aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail (par exemple à 25 ans), qu’il vont devoir travailler ensuite plus de 40 ans pour toucher leur retraite à taux plein, comment imaginer leur laisser sur les épaules - au détriment de leur pouvoir d’achat - la charge de devoir ET payer la dette abyssale (plus de 1.200 milliards d’euros + les intérêts) qu’on leur laisse, ET le poids de cette masse sans cesse grandissante du nombre de retraités à nourrir, loger, soigner, etc...?

Nous allons droit vers une impasse : en 1980 - c’était avant-hier - il y avait 4 actifs pour payer un seul retraité. En 2020 - c’est donc demain - il y aura seulement 1 actif pour payer un seul retraité.

LE PARADOXE FRANçAIS
Solidarité ai-je dit plus haut ? Par tout-à-fait hélas : face à ce dilemme, les cheminots, les postiers et tous les fonctionnaires en général ont un régime de retraite très particulier qui consiste à faire payer leur propre retraite.... en levant l’impôt près les contribuables. Il est d’ailleurs paradoxal que ce sont eux qu’on voit surtout en tête des cortèges pour manifester contre la réforme du régime des retraites, alors qu’ils ont le régime de loin le plus favorable. Bref !

Alors on voit surgir des “économistes” apportant leur propre solution pour sortir de cette impasse : j’entendais récemment l’un d’entr’eux préconiser une augmentation massive des salaires pour augmenter les ressources des caisses. Je suis resté songeur devant cette proposition. L’êtes-vous moins que moi ?
 
On entend aussi des syndicalistes (F.O. et l’U.N.S.A.) qui veulent le retour aux 37,5 années de cotisation. (Comprenne qui pourra !). On entend, à l’inverse, la C.F.D.T. et la C.G.C. qui acceptent les 41 annuités à condition qu’il y ait des aménagements pour les professions les plus pénibles, ou ceux qui ont prolongé leurs études jusque fort tard et ne parviendront jamais à faire leurs 41 années. Voilà qui est plus juste et raisonnable. Et, entre ces deux positions, il y a enfin la C.G.T. qui a une position assez subtile : elle ne demande pas le retour à 37,5 annuités sans pour autant s’aligner sur la position de la C.F.T.C. ou de la C.G.C. : elle est à mi-chemin entre les deux tendances extrèmes

Le véritable enjeu esi-il, finalement, de travailler demain 41 ou 42 ans ? N’est-il pas surtout la question du travail des “seniors” ? Comment se fait-il que, depuis 25 ans, tous nos gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont utilisé l’argent public pour inciter les entreprises à se débarrasser de leurs salariés.... à partir de 55 ans ?

C’était d’une bêtise rare. Peut-être va-t-on, enfin, se décider à faire l’inverse ?

LES INCOHÉRENCES DE NOS GOUVERNANTS
La politique de nos gouvernements est lourdement émaillée de leurs incohérences et de leur mauvaise appréhension des problèmes. C’est une caractéristique typiquement française : nous avons en France le taux le plus faible (rapport 1 sur 2) des pays industrialisés pour l’activité de nos 55-64 ans. Par exemple, en Suède - pays cité souvent en exemple pour ses avancées sociales - on travaille jusqu’à.... 67 ans !

Ces incohérences dans nos politiques gouvernementales expliquent certainement (en partie) la résistance de l’opinion publique vers une évolution qui a, pourtant déjà, été conduite avec succès dans les autres pays européens.

Il ne sera pas aisé de changer très rapidement les mentalités face au vieillissement constant de notre population. Allez raconter demain aux français que l’âge légal de la retraite sera désormais porté à 65 ans (comme en Allemagne), ou à 67 ans (comme en Suède) ! Nos rues et nos boulevards ne seraient plus assez larges pour accueillir les manifestations que cela entraînerait !

Et pourtant les réalités sont implacables, les chiffres incontournables.
 
La France peut-elle rester dans cette marginalité par rapport à ses partenaires ? Et surtout dans la catastrophique situation financière actuelle qui est la sienne et ne lui laisse plus aucune marge de manœuvre ?

Les étapes seront nombreuses. Mais elles devront toutes être franchies. Un vrai chemin de croix !

mercredi, 07 mai 2008

À PROPOS DE MAI 68

905717498.jpgBILLET du 7 MAI 2008
 
Mai 68. Sitôt que l’on évoque cette date, les images les plus contrastées viennent à l’esprit : pour les uns, c’est la date d’une profonde transformation de notre société, pour les autres la perte de l’essentiel de ses valeurs de base, avec les profondes répercussions toujours bien présentes, 40 ans après.

Qu’en est-il au juste ?

Si l’on veut tenter de comprendre ce qui s’est passé en 68, il faut d’abord constater que la société d’alors - même si certains sentaient l’orage venir - a été brutalement confrontée, tel un éclair paraissant dans un ciel serein, d’une part, à une contestation d’étudiants qui se sont mis à tenir des discours hyper révolutionnaires, maoïstes, trotskistes, anarchistes - c’est-à-dire tous dirigés contre la société de consommation en général - et, d’autre part, à une autre contestation, celle de toutes les valeurs traditionnelles et des structures autoritaires.

D’aucuns affirment que cette contestation s’inscrivait, en fait, assez logiquement dans la lignée de celle qui avait germé lors des années 1850-1880, années où déjà des petits groupes d’étudiants ou d’intellectuels - qu’on désignait alors par les sobriquets les plus divers (“m’en-foutistes”, “fumistes”, “hydropathes”, “hirsutes” “Chats Noirs”, “incohérents”, etc....) - avaient commencé à contester la société hyper-rigide de l’époque. Ils font figure d’ancêtres précurseurs de nos contestataires de 68.
 
ÉCLOSION DE LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION

Pourtant, en Mai 68 et assez curieusement, on observe que cette volonté proclamée à grand tapage de détruire les valeurs traditionnelles de la société, elle-même héritière d’un passé multi-séculaire, cette volonté destructrice va, contre toute attente, voir éclore, non pas le socialisme, ni davantage une amorce de révolution, mais une nouvelle société, celle de.... l’hyper-consommation : c’est en effet à cette date que les français sont rentrés de plein pied dans la société libérale. Et loin de condamner la société de consommation, Mai 68 l’a fait croître et a fait naître la nouvelle modernité, celle où nous sommes aujourd’hui.

Ce n’est pas là le moindre paradoxe de Mai 68. On pourrait en déduire - et certains chroniqueurs l’ont affirmé avec force - qu’il était nécessaire que certaines valeurs traditionnelles fussent détruites pour que nous entrions dans cette société de consommation. Si rien n’avait alors changé, jamais nous y serions rentrés, là où nous achetons désormais tout et n’importe quoi, y compris des produits jetables, des gadgets les plus loufoques, parfois totalement inutiles. Mai 68 nous a fait déboucher sur le capitalisme le plus arrogant qui soit. Et les “soixante-huitards”, qu’on voyait alors sur les barricades ou dans les piquets de grève, se sont vite reconvertis à cette société et certains y ont fait de très belles carrières bien juteuses.

Mai 68 n’a donc été finalement - on peut le supposer - qu’une ruse de l’Histoire pour permettre à une société qui était très en retard, non seulement dans ses structures sociétales mais aussi celles économiques, de s’ouvrir sur la modernité. Nous avons vu, sous des apparences révolutionnaires - les barricades, les pavés, etc.... - l’émergence d’un nouveau capitalisme.

On pourrait croire, à ce que je viens d’exposer, que Mai 68 n’a eu que des effets contraires de ceux qui avait fait naître cette vague déferlante. Non, bien des choses ont aussi changé par ailleurs. Et pas des moindres.
 
LA FIN DE....
 
Mai 68 a marqué d’abord la fin de la société paysanne, avec ses valeurs traditionnelles, celles de l’ordre et du cycle des champs, de l’autorité, etc....

Mai 68 a aussi marqué la fin, en France, du parti communiste : celui-ci n’y survivra pas.

Ensuite, Mai 68 a marqué la fin de l’Université traditionnelle. C’est la fin des cours magistraux, la fin d’une certaine hiérarchie. Le seul problème c’est que, depuis, on n’a rien mis à la place.

Ensuite encore, Mai 68 a marqué la fin de la civilisation ouvrière et de sa structure syndicale qui, jusque là, l’encadrait sans conteste. Cela peut paraître paradoxal que de l’affirmer quand, en Mai 68, on a bien eu une grève ouvrière de plusieurs millions de personnes, grève aussitôt suivie de conquêtes sociales sans précédent depuis 1936 (accords de Grenelle). Mais, à partir de là, la société ouvrière a cessé d’être une société fermée, y compris face à ses syndicats : elle n’a pas été, contrairement aux habitudes, le déclencheur des événements, loin de là, mais s’est trouvée face à quelques hurluberlus qui ont mené la danse jusqu’au bout. Les rapports de classes ont alors changé.

Pour poursuivre encore plus loin dans les changements, on peut dire aussi que Mai 68 a marqué la fin des rapports familiaux : l’homme était traditionnellement le chef de famille à l’autorité incontestée, l’épouse était étroitement dépendante des seules décisions du mari (jusque 1975 encore !). Même pour ouvrir un compte en banque, ou prendre la pilule, la femme devait avoir l’accord du mari ! Mai 68 a donc aussi été le déclencheur de la libération de la femme dans la société.

Mai 68 a aussi ouvert la voie de la libération sexuelle. Même s’il a fallu encore quelques années d’attente pour voir adopter les lois qui l’ouvraient réellement dans les faits, il est sur, que, sans Mai 68, ces lois n’auraient jamais vu le jour. Ou quand ?
 
UNE RÉVOLUTION NI POLITIQUE....,
NI ÉCONOMIQUE

Mai 68 n’aura donc pas été, pour conclure, une révolution politique, ni économique, même si ses effets ont eu une forte incidence en matière politique et économique. Mai 68 a été une révolution plus sociétale et comportementale que celle imaginée par les petits maoïstes ou autres doux rêveurs de l’époque.

Mai 68 n’aura pas conduit, sur le plan politique, au changement d’un seul des articles de la Constitution de 1958 fondée par De Gaulle dont on cherchait à chasser le système : mieux, Mitterrand, qu’on a vu alors soutenir les contestataires, une fois élu Président, ne changera pratiquement pas une ligne à la Constitution.

Mai 68 a donc permis surtout une réelle émancipation. La société était alors très corsetée : que ce soit la famille, l’Église, l’Université, l’administration, la politique, cette société n’avait subi aucun grand changement depuis le 19° siècle, même après le conflit de 14-18. Mai 68 a donc vu tout çà exploser comme dans une sorte de joyeux feu d’artifice. Çà nous éloignait des grèves ouvrières, souvent lourdes et tristes, qu’on avait connu dans le passé.

Émancipation, donc, il y a eu : il y en a eu de très positives (lois Auroux, démocratisation dans les entreprises, etc....). Il y a eu aussi, hélas, d’autres beaucoup moins : dans l’école surtout, le déclin de tous les enseignements traditionnels, de la civilité, de la politesse, de l’autorité des maîtres, de la morale, des règles civiques, etc.... Et aussi, l’enseignement de la lecture qui découlait naturellement de la contestation de la chose écrite.

L’émancipation de Mai 68 a donc été une sorte de reconquête de la liberté. Comme toute conquête - et 1789 en a été une illustration emblématique -  elle a eu sa part de lumière comme d’ombre. On ne pouvait y échapper.

dimanche, 27 avril 2008

À PROPOS de la FAIM dans le MONDE

377829476.jpgBILLET du 27 AVRIL 2008

1.200.000.000....

Oui, vous avez bien lu : selon un rapport publié par les Nations unies, ce sont 1 milliard 200 millions d’êtres humains qui seront touchés par la faim dans les 15 prochaines années. Certains économistes évoquent même le chiffre vertigineux de 2 milliards de mourants potentiels. Un vrai cauchemar ! Une grave menace pour la paix du monde.

L’actuelle flambée des prix des produits alimentaires qui gagne le monde entier, et les émeutes qu’elle engendre dans les pays les plus pauvres (aujourd’hui une trentaine, demain ± 60 ?), ne sont que les prémices de cette crise qui nous menace tous. Crise d’une toute autre importance que nos petites cuisines politiques internes.

La faim dans le monde n’est pourtant pas un phénomène nouveau. Mais c’est bien la première fois qu’elle atteint de telles proportions. Plus grave : personne ne s’y attendait et n’a vu arriver la crise. On se croyait protégé plus ou moins par la mondialisation dont l’un des objectifs était de réduire les inégalités entre pays pauvres et ceux plus riches. Mais ce bouclier est aujourd’hui mis en échec : il y a eu depuis un an ±50% d’augmentation des prix des matières premières, et notamment d’un certain nombre de nourritures de base qui, dans nombre de pays les plus pauvres, ont même atteint parfois des hausses de 90%.

La malnutrition, il faut le savoir, n’est pas une situation passagère où il suffirait d’attendre quelque peu pour en effacer les effets : non, elle est un fléau qui laissera, notamment chez les enfants en bas âge, des traces qui se perpétueront leur vie entière. D'où l'urgence de s'en préoccuper.

POURQUOI EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?

Il y a au moins 2 causes principales à ce drame :

a/ l’augmentation de la demande, notamment venant de l’Inde et de la Chine. Ce devrait être une bonne nouvelle en soi, surtout de la part de pays qui étaient, voici peu encore, considérés comme pauvres. En devenant moins pauvres, voilà qu'ils se sont mis à consommer davantage.

b/ on a ensuite investi massivement dans les biocarburants, et là les écologistes portent une énorme part de responsabilité. Les biocarburants en provenance des cultures céréalières privent de façon croissante les populations de ressources alimentaires vitales.

L'AGRICULTURE MONDIALE N'EST PLUS EN CAPACITÉ....

Aujourd’hui, l’agriculture mondiale n’est plus capable de faire vivre tous les habitants de la planète. Et le développement de l’hygiène et de la médecine ont accru cette crise en faisant croître la natalité et prolonger la durée de vie des populations.

C’est outrageant de devoir dire et écrire cela, mais c’est une réalité que nul ne peut ignorer aujourd’hui.

La population mondiale croit donc aujourd’hui plus vite que l’agriculture est en capacité de se développer et de produire.

Qu’on le veuille ou non, force est donc de constater que les écologistes - je suis obligé d’y revenir - ne sont pas à la hauteur des problèmes posés et leur responsabilité dans cette crise est énorme.

Les questions d’environnement sont choses trop sérieuses pour être laissées entre certaines mains irresponsables. Certains de nos "écolos" ne cessent de nous proposer des gadgets, ou des fausses solutions qui ne prennent pas les problèmes dans leur ensemble. Et les biocarburants se révèlent aujourd’hui une véritable catastrophe, non seulement sur le plan environnemental, mais en raison de la réduction de la capacité mondiale de nourrir l’humanité.

Autre responsabilité, qui découle aussi de cette désinformation insidieuse, les institutions internationales - comme la Banque Mondiale, le F.M.I. ou encore l’Europe - n’ont cessé de pousser dans le sens de la réduction de la production agricole. On se souvient encore des discours où l’on exposait que l’Europe était installée sur des montagnes de beurre et qu’on ne savait plus quoi faire des excédents.

Il faut saluer à ce propos l’attitude de la France - et de Jacques Chirac en particulier - qui, certes, pour d’autres raisons tout-à-fait égoïstes ou électorales, ont toujours été un frein face aux arguments de nos partenaires qui exigeaient avec force des réductions drastiques de notre production alimentaire.

Il va donc falloir faire une “marche-arrière toute” par rapport à ces théories et relancer dans l’urgence notre production agricole. Et plus du tout pour faire essentiellement des biocarburants (qui, soit dit au passage, nécessitent aussi l’utilisation de produits pétroliers pour leur propre fabrication), mais pour produire surtout des aliments. Car c'est bien là qu'il y a urgence et priorité.

L'EUROPE DOIT CHANGER DE STRATÉGIE ALIMENTAIRE

C’est bien un changement de stratégie du tout au tout que va devoir entreprendre l’Europe.

Ensuite, il faut observer aussi qu'on a jeté en France une sorte d’anathème sur les OGM. Or c’est bien par la recherche, notamment sur cette filière, qu’on parviendra à améliorer sensiblement notre production alimentaire. Car il nous faut produire plus et mieux.

Ô, ce n’est pas pour çà qu’il faut laisser faire n’importe quoi à propos des OGM : la manipulation génétique est toujours fort délicate. Mais l’attitude de certains écologistes, plus assoiffés de médiatisation que d'intérêt général et qui cherchent à diaboliser cette science, relève du fanatisme imbécile. Les OGM, bien maîtrisés par une recherche soutenue, seront demain l’un des éléments essentiels d’amélioration de notre productivité.

Aujourd'hui, la désinformation organisée du public par ces gens à courte vue fait privilégier le court terme sur le long terme.

La France ne peut pas devenir plus longtemps encore victime de ces lobbies anti-OGM,. Plus ou moins soutenus d'ailleurs par de puissants groupes internationaux qui trouvent tout intérêt à l’affaiblissement de notre recherche scientifique pour diminuer la place de notre industrie agro-alimentaire sur les marchés mondiaux. Et ce serait oublier aussi que c’est par la recherche, entreprise en France depuis le 18° siècle, qu’on a permis à celle-ci de nourrir aisément sa population. Va-t-on rétrograder ?

LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION ? SUICIDAIRE !

On agite aussi pour cela le fameux “principe de précaution” pour freiner toute entreprise. Or, soyons clair : le principe de précaution est un principe suicidaire dans la majorité des domaines. Il faut le dénoncer clairement. On marche complètement sur la tête. Ce principe est devenu un système de régression de la recherche, de la science et de tout développement. Il doit surtout inciter à plus de vigilance, mais pas contrer la recherche.

Pour résumer, je crois que nous sommes aujourd’hui à une époque charnière. Nous avons vécu sur la lancée des années 90 où le mot d’ordre était à la réduction des productions agricoles et à la domination écrasante du type de capitalisme anglo-saxon. Cette époque-là se referme avec force et dans la violence.

Nous risquons maintenant d’assister à une sorte de guerre des modèles de capitalismes : on voit par exemple que la Chine - qui ne s’en sort pas si mal que çà dans nombre de domaines - pratiquer une sorte de capitalisme à forte implication étatique. Est-ce que cela n’implique pas de notre part  une autre stratégie pour notre production ?

Il est urgent d’y réfléchir.