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vendredi, 29 décembre 2006

À PROPOS DE LA PAUVRETÉ

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BILLET du 29 DÉCEMBRE 2006

Des images nous sont sans cesse projetées de ces SDF s’abritant sous des tentes, SDF auxquels se joignent maintenant volontairement des “nantis” qui s’aventurent à passer une nuit sous ce logement de fortune, histoire de témoigner de leur solidarité avec ces déshérités de notre société.

Politique spectacle ? Fait de société ? Vrai misère ? Que penser ?

Notre surprise est avivée quand on apprend que 30% de ces SDF ont un travail “régulier”, qu’ils perçoivent un salaire décent (au moins égal au SMIC) qui devrait les mettre à l’abri de cette misère absolue où ils paraissent.

La France serait-elle aussi pauvre que cela au point de ne pouvoir fournir des logements décents à tous ses citoyens, ceux qui travaillent, comme ceux que la vie semble avoir brisés ?

Des chiffres tout récemment publiés nous apprennent qu’il y aurait en France 7 millions de personnes qui vivent avec moins de 800 € par mois. (En Allemagne ils seraient près de 11 millions dans ce cas). 800 €, pour qui vit à Paris ou dans une grande métropole, c’est intenable, alors que le revenu moyen en France est de l’ordre de 1.400 €, le SMIC étant, lui, à un peu moins de 1.000 € net. Ce n’est pas énorme. Et quant au RMI, il est un peu supérieur à 400 € : à peine de quoi survivre.

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vendredi, 08 décembre 2006

À PROPOS D'UN ASSASSINAT

BILLET du 8 DÉCEMBRE 2006
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Il est comme çà des pays qui, lorsque vous les avez rencontrés, que vous avez pu en approcher les habitants chez eux, vous imprégner de leur culture, que vous gardez les yeux encore remplis de tant de beautés croisées à la racine même de tant de civilisations, vous ne pouvez, lorsque le malheur s'abat sur eux, vous en détacher tout-à-fait.

C'est le cas, pour moi, du Liban.

Déjà, en Septembre dernier, à l'issue de la cynique intrusion militaire totalement injustifiée d'Israël, j'avais, dans un billet "À propos du chiisme triomphant" fustigé les conséquences de cette agression.

Aujourdhui, un nouvel assassinat - celui du Ministre chrétien Pierre Gemayel - me donne le sentiment qu'on cherche délibérment à assassiner le Liban lui-même. Cette même famille, qui a toujours défendu l'idée d'un Liban libre et indépendant de toutes influences politico-religieuses étrangères, a d'ailleurs déjà été victime, pour plusieurs de ses membres, d'assassinats similaires et fait aujourd'hui figure de famille Kennedy libanaise tant cela ressemble au sort de cette autre famille américaine, tant meurtrie dans sa chair.

Il est une concidence qui, d'ailleurs, ne trompe pas : ce nouvel assassinat a eu lieu à quelques heures d'intervalle du moment où les Nations-Unies créaient un "Tribunal International" pour connaître et juger un autre crime, parmi tant d'autres, celui de Rafik Hariri.

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dimanche, 26 novembre 2006

À PROPOS D'UNE GUERRE DE SUCCESSION

medium_images.20.jpgBILLET du 26 NOVEMBRE 2006

Selon Mr Sarkosy, l'UMP doit, dans moins de deux mois, être parfaitement en ordre de marche pour la désignation de son candidat à l'élection présidentielle. Peut-on éviter d'être un peu perplexe quand on y assiste, encore aujourd'hui, à la présence persistante de pseudo-candidatures, comme celle de Mme Alliot-Marie, et qu'on observe l'agitation qu'elles suscitent dans les rangs de ce parti ?

Pourquoi ces candidatures quand toutes les enquêtes d'opinion montrent que, par exemple, si Mme Alliot-Marie se présente à la "candidature de la candidature" de l'UMP, elle va ramasser une "veste" qui la rhabillera pour longtemps. Elle doit bien savoir, car c'est une femme intelligente, que son score auprès des militants ne sera que très marginal à côté de celui de Mr Sarkozy. Çà n'a pas de sens.

Pourquoi cependant veut-elle donc "y aller" ? À première vue, c'est difficile à expliquer. Il semble pourtant que l'UMP veuille prendre modèle sur le parti socialiste quant au mode de désignation de son candidat.

Mais au P.S., il y avait trois "vrais" candidats : vrais car les programmes qu'ils défendaient étaient fort différents les uns des autres, ce qui rendait ces candidatures crédibles. C'était un vrai débat de fond, une question stratégique : Fabius, était contre l'Europe et pour une alliance avec l'extrême-gauche, quand ses deux challengers étaient plutôt proches des courants sociaux-démocrates, blairistes, pro-européens et opposés à des alliances à gauche. Il y avait donc de vrais divergences de fond.

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lundi, 20 novembre 2006

À PROPOS D'UNE VICTOIRE

medium_01.jpgBILLET du 20 NOVEMBRE 2006

Alors, ce sera Ségolène....

Cette victoire, claire et nette, est, on ne peut en douter, une victoire contre le vieux P.S.. Et ce n’est pas le moindre paradoxe de savoir que Mme Royal était au cœur de l’appareil de ce parti et qu'elle est.... la compagne de son secrétaire général. De surcroît, elle avait l’appui d’une grande partie de cet appareil.

Or une bonne partie des voix qui se sont portées sur elle ont été des voix "anti-appareil". C’était davantage des voix “contre” que des voix “pour” : contre les “éléphants”, contre une certaine “langue de bois” en politique, contre une manière de dire “je suis monsieur (ou madame) x qui sait tout”, etc....

Bref, Mme Royal a gagné, y compris par ses propres manques, ses flottements sur nombre de domaines : en matière scolaire, sur la carte scolaire, les “jurys populaires”, les établissements à encadrement militaire, etc.... Et il est frappant que cela lui a plutôt réussi. Même la toute dernière vidéo où on la voit préconiser les 35 heures pour les profs dans leurs établissements ne lui a apparemment pas nui. Or le P.S. a toujours passé pour compter dans ses rangs un fort noyau d’enseignants. Curieux !

Autre remarque - et j’ai eu la surprise de constater qu’un éditorialiste de renom a fait hier la même observation - Mme Royal a gagné là où Michel Rocard avait précédemment perdu : ce dernier avait en effet été le seul à avoir tenté de prendre le P.S. de l’extérieur et par sa droite. Or il existe une sorte de dogme qui voulait que ce parti ne puisse se prendre que de l’intérieur, et par sa gauche. Mais alors, en face, Rocard a eu Mitterrand pour garder le sanctuaire à sa dévotion : il était donc inaccessible.

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jeudi, 16 novembre 2006

À PROPOS DE L'APRÈS-RUMSFELD

medium_images.18.jpgBILLET du 17 NOVEMBRE 2006

G.W.Bush vient de se faire administrer une sévère “raclée” en perdant sa majorité dans les deux chambres US.

Chacun connaît depuis longtemps, ne serait-ce qu’au travers de mes précédents “billets”, l’opinion que j’avais sur ce personnage atypique et son entourage, si peu représentatifs de la grande Amérique que vous connaissons et aimons. Je ne peux que me réjouir, à titre personnel, de voir la caricature qu’ils en ont faite ainsi s’estomper pour revenir à une autre conception du rôle des USA dans le monde.

Et, quant à l’élimination qui en a découlé de Donald Rumsfeld, - anti-européen grossier et odieux goujat (la “vieille Europe” !), anti-français primaire et parfait abruti qui a conduit les USA aux défaites (si lourdes de conséquences au plan international) sur les différents fronts qu’il a ouverts fort imprudemment - voilà la meilleure des nouvelles qu’on pouvait entendre.

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À PROPOS DE LA DÉMAGOGIE

medium_images.17.jpgBILLET du 16 NOVEMBRE 2006

Un "candidat à la candidature" à la Présidence de la République a récemment fait une proposition tendant à instituer une "surveillance populaire" des élus. On l'a même entendu évoquer des "jurys populaires tirés au sort" !

Un beau tumulte s'est aussitôt emparé de tous les camps. Et ce candidat de rajouter, comme pour se justifier, que "les français ne voulaient plus simplement être convoqués une fois tous les 5 ans aux urnes" mais qu'ils "avaient en permanence leur mot à dire".

Si on s'en référe à cette seule dernière affirmation, ce n'était pas tout-à-fait du "populisme". Mais, quant au contexte et la méthode proposée....

Ce candidat est pourtant bien connu, pour qui observe ses déclarations successives, pour sa culture de l'ambiguïté. Mais là, il faut admettre qu'il a vraiment "fait très fort" : tous les médias ont aussitôt rebondi sur cette proposition, tous les discours s'en sont emparé ; c'était devenu soudain "le" débat politique par excellence.

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mardi, 24 octobre 2006

À PROPOS DE LA TORTURE

medium_torture.jpgBILLET du 24 OCTOBRE 2006

Une loi adoptée par le Congrès US, et ratifiée par G.W.Bush, vient de légaliser la torture aux USA.

De fait, le texte voté précise que la torture “est interdite”, mais il ajoute que le Président des USA a le “droit d’interpréter” comme il l’entend - et “en fonction des circonstances” - les Conventions de Genève.

Est-ce une nouvelle forme élaborée du cynisme en politique ?

Quoiqu’il en soit, cette Loi est une formidable régression. On est tenté de dire qu’une nouvelle fois Al Qaïda a gagné : si en effet l’Occident n’est pas capable de défendre ses propres valeurs, qu’est-ce qui le distingue alors de ses adversaires ?

Peut-on oublier que l’Occident a gagné la guerre contre le communisme conquérant (et ses ravages) sans qu’il ait été besoin de tirer un seul coup de feu ? Et ce uniquement parce que l’Occident s'est considéré aux yeux du monde entier comme économiquement plus efficace pour élever le niveau de vie de ses populations, et moralement meilleur par l’espace de liberté qu’il leur ouvrait.

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mercredi, 11 octobre 2006

À PROPOS DE LA REPENTANCE

medium_Repentance.jpgBILLET du 11 OCTOBRE 2006

Curieuse maladie que celle qui semble avoir frappé nos sociétés et qui nous installe dans une sorte de mauvaise conscience et de culpabilité à propos de notre passé.

La lecture du récent essai de Pascal Bruckner - “La tyrannie de la pénitence” (Grasset) - est, à ce sujet, particulièrement intéressante.

Ce n’est pas du tout un livre de plus d’un de ces déclinologues comme il s’en découvre tant aujourd’hui : au contraire, c’est un livre tonique, parfois drôle et souvent plein d’humour.

On se souvient d’un précédent ouvrage de ce même auteur - “Le sanglot de l’homme blanc” - qui était déjà une charge sans complaisance contre les errements des pensées tiers-mondistes, sorte de contre-culture occidentale qui trouvait des partisans fervents au sein des intelligentsias occidentales. Il y dénonçait alors cette sorte de masochisme de nos sociétés qui se couvrent "la tête de cendres" en évoquant, par exemple, la colonisation.

Depuis cette dénonciation, on a eu droit encore à la volonté de certains de vouloir substituer une sorte de nouveau génocide prenant la place de celui des juifs ; un débat sur l’esclavage avec cette conclusion - totalement stupide - de Mr Chirac d’instituer une “Journée de l’esclavage” ; un débat sur la loi Taubira qui insulte la mémoire de l’œuvre civilisatrice de la France en la caricaturant en une sorte de machination de négriers ; ou encore cette initiative de Benoît XVI présentant, lui aussi, des excuses.

L’Occident est ainsi sans cesse invité à la haine de lui-même. Et au lieu d’être fiers de notre passé, malgré quelques inévitables ombres, il nous faudrait désormais en avoir honte. Çà en devient outrancier.

Il y a pourtant aujourd’hui plus d’esclaves dans le monde qu’au 18° siècle. Cet esclavage, ce n’est plus dans le monde occidental qu’il existe et que des femmes, des hommes ou des enfants sont exploités : c’est le plus souvent chez ceux-là mêmes qui dénoncent aujourd’hui l’esclavage de l’Occident pour mieux masquer celui qui perdure dans leur société.

Et nous, au lieu d’être fiers de ce que nous avons fait, d’avoir été capables d’abolir l’esclavage, de mettre en place les Droits de l’Homme, d’anéantir deux grands totalitarismes qui voulaient le rétablir, d’être la seule civilisation capable de s’auto-critiquer, eh bien non : on doit entrer, selon certains apôtres de cette auto-flagellation, dans une sorte de haine de soi et de honte de toute notre histoire et de notre passé.

L’essai de Pascal Bruckner n’est pas du tout le discours habituel de la droite (son auteur est de gauche !), mais plutôt l’analyse de ce passage de quelque chose qui est sain et juste - et qui est de l’auto-réflexion - vers la haine de soi et la repentance érigée en système politique et moral.

Cette analyse s’adresse évidemment aux occidentaux mais, prioritairement, aux anciens pays colonisés. Et au bout du temps d’une génération où l’on a permis à ces pays d’accéder à leur indépendance, la colonisation n’est plus une excuse : lorsque, par exemple, Mr Bouteflika, chaque fois qu’il rencontre une difficulté en Algérie, ressort aussitôt la colonisation et ses “horreurs”, c’est un peu facile, si ce n’est léger. Que les historiens fassent toute la lumière sur la colonisation est une chose, mais que les chefs d’États africains prennent eux aussi prétexte de la colonisation pour excuser leur impéritie, leur corruption, leur incapacité à relancer l’économie de leur pays ou enrayer les grandes pandémies qui ravagent leurs populations, c’est parfaitement inadmissible. Et çà, il faut le dire haut et fort.

Il est aussi un autre aspect qu’il faut évoquer : donner mauvaise conscience n’est jamais bonne conseillère. Cette repentance à jet continu non seulement ne nous donne pas plus d’éclairage sur le présent mais, en nous fascinant sur le passé, nous empêche même d’être lucide sur le présent.

Je lisais, il y a peu de jours, un (excellent) article paru sur la “tolérance”. Il expliquait qu’il y a deux conceptions de la tolérance : • l’une c’est la tolérance habituelle, c’est le droit de parler de tout et de critiquer tout. C’est la tolérance au sens du libre examen, dans la grande tradition du rationalisme et des lumières, etc..... • l’autre est cette forme de tolérance qui est en train de naître et, sous prétexte qu’il ne faut pas "froisser les opinions des croyants" (quelle que soit leur croyance), interdit aux gens de parler de quoi que ce soit. C’est de cette façon que naît "l’affaire Renecker", après celle de Benoît XVI, des caricatures danoises, etc.... On a même censuré Mozart !

Et aujourd’hui, au nom d’une conception imbécile de la tolérance, on laisse se juxtaposer des opinions tout autant imbéciles, sectaires, stupides et non contrôlées. Et c’est de cette façon qu’on passe de la "République des lumières" aux communautarismes de l’obscurantisme. Et ce sous l’aval de l’État lui-même qui nous parle de “repentance” et nous institue même une “Journée de l’esclavage” ! Une décision de Mr Chirac qui est un vrai désastre : au lieu de dire “voilà, on a fait jadis des choses qui n’étaient pas bonnes, mais nous avons eu le courage d’en sortir et de critiquer”, on va enseigner dans toutes les écoles de France que nous sommes tous coupables et que nous devons tous nous “couvrir la tête de cendres”.

La tolérance, ce n’est pas s’imposer les uns aux autres de ne rien dire, c’est de s’autoriser à dire des choses qui peuvent être dures, voire pénibles, et de les accepter. Le courage, ce n’est pas de dire du mal de ses ennemis mais de savoir remettre en question ses amis chaque fois qu’il le faut.

(Cette vérité-là, on ferait de la méditer plus souvent en politique. Mais c’est là un autre débat)

Il nous faut donc dire, même à nos amis, que cette espèce de fond de commerce anticolonialiste, çà suffit. Il est urgent de changer de langage.

Pour autant, critiquer la repentance (comme je le fais ici), çà ne vaut pas dire critiquer la lucidité du regard sur le passé. Mais elle doit être totale. Quand on voit qu’on a fait une sorte de procès à un célèbre dictionnaire pour avoir voulu définir le mot “colonisation” comme la “mise en valeur d’un territoire” - ce qui est la stricte vérité - on est dans une sorte de cabotisme.

Il faut être très attentif. Nous risquons d’avoir finalement deux sentiments aussi absurdes l’un que l’autre et qui pourraient se superposer : le premier serait une sorte de "nostalgie" sans objet du passé qui nous empêcherait de regarder l'avenir ; l’autre serait une sorte de "mauvaise conscience" permanente qui nous paralyserait.

Qu’on regarde d’un peu plus près : il n’y a pas en France une seule famille, y compris dans l’immigration, qui, dans sa lignée, n’ait été victime du passé. Qu’arriverait-il si demain les protestants, ou les juifs, se mettaient à dire “nous avons été victimes de persécutions au cours de notre histoire et vous devez vous repentir” ? Nous aboutirions à une cacophonie où la notion même d’État et de nation disparaîtrait au profit d’une sorte de narcissisme des origines qui serait abominable.

Alors redressons-nous. Soyons fiers de notre passé. Avec modestie. Mais fermeté.

dimanche, 24 septembre 2006

À PROPOS DU RATIONALISME

BILLET du 24 SEPTEMBRE 2006
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On a beaucoup controversé, ces derniers jours, sur une déclaration de Benoît XVI faite lors d’un colloque universitaire auquel celui-ci a participé à Ratisbonne.

Faut-il tourner longtemps autour du pot ? À la lecture attentive de cette déclaration, même si celle-ci s’abrite derrière la citation d’un auteur ancien, Benoît XVI a voulu faire passer un message clair : celui que le christianisme est une religion qui a accepté - et continue d’assumer - l’héritage du rationalisme grec.

Appuyant sa démonstration, et prenant pour cela référence sur la première phrase de l’Évangile de Jean “Au commencement était le Verbe” - en français, mais en grec on dit “logos” (raison), ce qui permet de traduire : “Au commencement était la raison” - on perçoit, comme l’a souligné Benoît XVI, la volonté du christianisme d’assumer pleinement cet héritage, comme s’y est attaché longuement Thomas d’Aquin.

Considérée sous cet angle, une “vraie” religion (comme peut prétendre l’être le christianisme) ne peut, d’aucune manière, être violente ni ne peut essayer de contraindre les gens par la violence.

Pour conforter encore sa démonstration, Benoît XVI se risque ensuite à une comparaison entre, d’une part, la philosophie religieuse musulmane et, d’autre part, celle chrétienne brassée par ce rationalisme. Et d’affirmer que le Dieu des musulmans, contrairement au Dieu des chrétiens, est au-dessus de la raison, Il est totalement transcendant, Il n’est nullement lié par des formes de rationalité et, par voie de conséquence, on peut trouver dans l’Islam des réflexes violents.

Face à un auditoire d’érudits, le Pape a donc mis en opposition le christianisme “rationnel et non-violent” face à certaines formes de violence que l’on peut trouver (notamment) dans l’Islam. Et de se référer à l’encyclique “Fides et Ratio” (Foi et Raison) de Jean-Paul II (1998) où celui-ci a voulu démontrer la constance de l’influence thomiste sur le christianisme.

C’est cette analyse - fort théologique en soi - qui a suscité, aussitôt, dans le monde musulman la réprobation que l’on sait. On a alors vu sur nos écrans cette violence déchaînée, ces visages déformés de haine, ces lieux de culte chrétiens aussitôt incendiés ou ces religieux assassinés. Ces images confortant d’ailleurs - et ce n’est pas là le moindre paradoxe ! - la thèse que venait précisément de développer le Pape quand celui-ci évoquait une certaine culture de la violence dans l’Islam. Comme si ces fanatiques voulaient donner raison au Pape.

Évidemment, Benoît XVI aurait pu citer d’autres religions que l’Islam pour fustiger la violence. Y compris le christianisme lui-même, celui des croisades, des persécutions et des bûchers qui a sévi pendant des siècles. Sauf à considérer que Vatican II a définitivement rompu avec cet héritage d’évangélisation “musclée”.

On peut simplement (et respectueusement) reprocher à Benoît XVI de n’avoir pris, pour référence à son exposé, que le seul Islam : là il fut imprudent. Mais cela ne vaut nullement condamnation de ses propos qui restent parfaitement fondés.

Sur un autre plan, on ne peut pas nier au Pape le droit d’avoir et d’exprimer des opinions théologiques. Et on ne peut que s’élever avec vigueur contre ceux qui voudraient lui contester cette liberté-là, ceux-là étant d’ailleurs souvent les mêmes qui défendent d’autres libertés beaucoup plus discutables.

À propos de la violence évoquée ici, il fut un temps où il y eut celle du christianisme, comme existe toujours aujourd’hui celle de l’islamisme radical. Mais, sur le fond, il faut reconnaître qu’il y a une énorme différence entre la violence chrétienne et celle de ceux qui professent l’Islam intransigeant. En effet, chaque fois que les chrétiens ont utilisé la violence, ils l’ont fait contre les préceptes de l’Évangile (si on s’en tient évidemment au seul Nouveau Testament). Par contre, la violence islamique (que je différencie clairement de l’Islam), celle du “djihad” qu’on brandit ici et là, s’en réfère à nombre de sourates qui n’ont rien de spécialement pacifiques. Et quand on voit des “religieux” musulmans considérés - tout religieux se doit de l’être - comme des guides pour les fidèles qu’ils doivent édifier, et qui ne se complaisent qu’avec de redoutables armes de mort à la main, on peut douter qu’ils soient des “non-violents” dans l’âme.

Entre christianisme et islamisme, il y a bien deux conceptions de l’usage de la violence, même si les deux sont également condamnables.

J’ai, par contre, été surpris que Benoît XVI n’ait pas du tout évoqué le grand philosophe rationaliste musulman du XII° siècle, Averroès, celui-là même que Thomas d’Aquin a combattu longuement avec vigueur.

(Je recommande à ce propos la lecture de deux ouvrages riches d’enseignement et qui éclairent fort bien le sujet qui nous préoccupe ici : celui de Thomas d’Aquin “Contre Averroès”, et l’autre d’Averroès lui-même : “Le discours décisif”).

C’est en effet Averroès qui a fait découvrir au monde chrétien le rationalisme. C’est lui qui avait judicieusement posé la question de savoir, selon l’interprétation du Coran, si la “révélation autorise, ou interdit, ou encore oblige, à faire usage de la raison”.

Et c’est Thomas d’Aquin qui a tenté d’y répondre par le rationalisme chrétien. Et Thomas d’affirmer de son côté que la “révélation” nous appelle à “réfléchir en faisant usage de sa raison, et exige de nous que nous la connaissions” pour fonder notre propre détermination.

C’est une question fondamentale.

L’Église ne serait certainement pas ce qu’elle est aujourd’hui - ce qu’a rappelé Jean-Paul II dans l’encyclique que je citais plus haut - s’il n’y avait pas eu cette prise de conscience du questionnement de l’averroïsme musulman et ce combat mené ensuite par Thomas d’Aquin défendant le concept du rationalisme de la libre détermination. Fondement qui a conduit ensuite à l’humanisme chrétien qui se poursuit encore aujourd’hui.

Sans prétendre vouloir conseiller le Pape, je pense que celui-ci aurait été bien inspiré, dans son exposé, d’évoquer les propres vertus du monde musulman traduites par Averroès, même si nous, chrétiens, ne les partageons forcément pas toutes. Car Averroès a eu dans l’histoire de la philosophie religieuse un rôle important entre la pensée grecque (Aristote) et la pensée chrétienne (le thomisme) dont le christianisme de notre XXI° siècle reste l’héritier.

Pour conclure, ce qui me parait essentiel dans l’exposé de Benoît XVI, c’est sa préoccupation - qui était déjà présente chez Jean-Paul II - de cette nécessité de maintenir un lien entre le religieux et le rationnel. Car nous vivons une époque où le religieux se dévoie de plus en plus vers la superstition et les sectes ; et ceci est un danger du point de vue de la civilisation elle-même.

Aujourd’hui qu’un pape s’en préoccupe, on ne peut qu’applaudir. Sur ce point, l'éclat médiatique de Benoît XVI aura été fort utile.

(Dernière minute : au moment où je mets en ligne ce "Billet", je prends connaissance d'un article de l'excellent chroniqueur - Jacques Julliard - paru ce matin-même. Et d'observer que ce dernier partage avec moi un certain nombre d'idées communes, notamment sur le rôle d'Averroès ; même si la finalité de l'article de Julliard est assez différente de la mienne, je suis donc conforté de façon imprévue dans mon analyse).

lundi, 11 septembre 2006

À PROPOS DU CHIISME TRIOMPHANT

BILLET du 11 Septembre 2006medium_200306281.jpg

Quel bilan peut-on tirer de cette brève guerre du Liban ? Je crois qu’il ne faut pas hésiter à dire que c’est un véritable désastre. Cette guerre a été une gigantesque erreur. Pire : une gigantesque faute.

Au-delà de l’aspect moral (on a déplacé près d’un million de personnes, on a tué des milliers d’innocents, on a détruit un pays), quand on prend semblable décision, au moins doit-on remplir une condition : c’est celle de gagner. Or cette guerre a été perdue par Israël (et l’opinion publique israélienne ne s’y trompe pas). Pis : le Hezbollah en sort moralement renforcé.

Mais, ce qui est plus grave encore, la haine d’Israël dans le monde arabe - et au-delà du monde arabe - est plus grande que jamais. Jamais Israël ne pourra construire quoi que ce soit de durable sur cette haine qu’il inspire désormais dans cette vaste région du monde. Région qui, de plus, est celle qui détient les ressources énergétiques qui nous sont les plus vitales.

Aujourd’hui, la survie d’Israël est vraiment posée : un jour ou l’autre, une telle concentration de haines se trouvera - si elle ne les a déjà ! - les moyens de détruire Israël. Et ce n’est pas en menant des opérations comme celle du Liban qu’Israël a construit quelque chose de positif pour sa propre survie. Là est le premier désastre.

L’autre désastre est que l’Iran en ressort clairement renforcé : l’Iran est devenu la vraie clef du Moyen-Orient.

Cette opération guerrière est pire qu’une faute : c’est une erreur politique gravissime. Israël, en tombant stupidement dans le piège tendu par l’Iran, via le Hezbollah, a entrepris une guerre débile et a détruit une vieille nation, l’une des rares démocraties de la région.

On ne peut plus aujourd’hui considérer qu’Israël a encore le droit de mener des opérations de ce type sans consulter ni avoir l’accord de la communauté internationale. Parce que c’est finalement nous, pays européens - et la France en particulier - qui payons cette aventure : on va devoir dépenser des milliards d’€ pour reconstruire tout un pays qu’Israël n’aura mis que quelques semaines pour en détruire les infrastructures essentielles. Et ce pour rien ! Et même pour un résultat pire que négatif !

Parce que nous sommes tous dans le même bateau, Israël a perdu le droit - si tant est qu'il l'ait eu un jour - de conduire seul des affaires qui peuvent avoir des répercussions aussi graves pour tous, autant que pour lui-même.

Et, quand nous parlons d’Israël, il ne faut pas nous voiler la face : aux côtés d’Israël, il y a cette sorte de communauté délinquante qu’a constituée George W. Bush. Ses errements diplomatiques ne se comptent plus, ses mensonges pour justifier ses ruineuses expéditions (pas seulement en dollars mais aussi en vies humaines, et ce sans aucun fondement) paraissent désormais au grand jour. Et tout ceci pour aboutir à quoi ? À donner le pouvoir aux chiisme dans le monde musulman.

C’est ce qui s’est passé en Irak où le chiisme, toujours tenu en lisière par Saddam Hussein, est aujourd’hui vainqueur au prix de l’unité du pays et d’une épouvantable guerre civile.

C’est ce qui se passe aujourd’hui au Liban où Israël (on peut se poser la question aujourd’hui) a donné le pouvoir au Hezbollah : les chiites n’y étaient qu’une communauté méprisée, voire sous-estimée, dans le Liban traditionnel issu de l’accord inter-confessionnel de 1943, lequel prévoyait le partage du pouvoir entre les seuls chrétiens maronites et les seuls sunnites. À l’issue de cette guerre, le Hezbollah est considéré, tant par les chrétiens que par les sunnites, comme "LE" mouvement qui a "libéré" le Liban de l'occupation israélienne. Le Hezbollah chiite a maintenant pris un pouvoir sans précédent, même s’il n’est surtout que moral. Israël a commis là une bévue inouïe dont le seul résultat est de renforcer le poids de son adversaire.

Enfin, ce qui vient de se passer fait, désormais, de l’Iran le maître du Moyen-Orient tout entier.

À partir de là, nous avons maintenant trois problèmes distincts mais qui, ensemble, forment un seul problème de base : • celui très ancien du problème palestinien • celui plus récent du cas libanais avec son annexe syrienne • et le problème de l’Iran. Or, de ces trois problèmes, c’est bien le cas de l’Iran qui est le plus préoccupant de tous.

L’Iran est aujourd’hui "LA" grande puissance, à la fois du point de vue moral, du point de vue politique et du point de vue économique dans cette vaste région qui borde la Méditerranée. Notre Méditerranée.

La question qui se pose aujourd'hui est extrêmement grave : est-ce que l’Iran menace la paix du monde ?

Il peut y avoir deux réponses • OUI ! parce que l’Iran a désormais les moyens de défier toutes les grandes puissances • NON ! parce qu’il n’est pas sur que le but final de l’Iran soit de déclencher une guerre. Et, curieusement, parce qu’il n’est pas établi que la société iranienne épouse les velléités guerrières de leurs dirigeants politico-religieux, même si ceux-ci n'y renonceront pas. Le chiisme intégriste, qui a actuellement le pouvoir en Iran, est loin d’être représentatif de la société iranienne. Et comme ces dirigeants ne sont pas totalement fous, ils savent jusqu’où ne pas aller trop loin. C’est la seule note optimiste qui reste à l’Occident qui, années après années, a perdu dans cette région tous ses atouts.

Ce qui ne veut pas dire que l’Iran ne menace plus l’existence d’Israël. Le jour (qui se rapproche) où l’Iran maîtrisera un arsenal nucléaire, et si l’actuelle configuration politique iranienne ne change pas d’ici là (et c’est là qu’est une clef possible d’empêcher ce cataclysme annoncé), il ne fait pas de doute que ces fanatiques n’hésiteront pas à envoyer la bombe nucléaire sur Israël.

Face à cette menace, la seule stratégie possible est (ou était ?) de fractionner l’adversaire. Or Israël, par sa guerre insensée contre le Liban, l’a magnifiquement soudé. Tout comme il l'a fait pour le Hezbollah avec le peuple libanais.

C’est le même cas de l’intervention américaine en Irak : si les américains avaient réussi à laisser en Irak la démocratie à la place d’un régime totalitaire, on aurait pu applaudir. Mais ils n’ont réussi qu’à établir un foyer de terrorisme international.

Si, de son côté, Israël avait réussi à désarmer totalement le Hezbollah, même en déplorant d'inévitables dommages collatéraux, on aurait pu aussi "admettre" le fait. Or, les USA, comme Israël, n'ont essuyé que des échecs stratégiques retentissants.

Rendons, au passage, hommage à la politique française (à défaut de politique européenne) et à Mr Chirac. Politique de raison, même en dépit d’un petit cafouillage à propos de l’envoi de nos forces armées au Liban.

Pour conclure : pour sauvegarder la paix dans cette région essentielle du monde, nous ne pourrons échapper à un règlement d’ensemble.

Le Proche-Orient est une chose trop sérieuse pour en confier l’avenir aux américains et leurs alliés israéliens. Il est urgent que l’Europe, qui est en première ligne dans ce conflit, se saisisse de ces affaires. Même les conditions d’une paix entre Israël et les palestiniens doivent nous concerner au premier plan. La politique des “petits pas” issue des accords dOslo a atteint ses limites : il faut maintenant en changer.

Mais, pour cela, il faut que l’Europe existe. Enfin !