Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 07 décembre 2004

À PROPOS DES 3 SACRES

BILLET du 7/12/2004

Rarement a-t-on vu tant de sacres réunis en une seule semaine. L’événement mérite-t-il pour autant d’être souligné ?

1er sacre (par ordre chronologique) : Napoléon Bonaparte dont on a célébré le bicentenaire du couronnement. Événement, oui, où notre Histoire a vu se réconcilier les idées humanistes et généreuses de la Révolution avec un ordre monarchique enfin et nécessairement rétabli. Moment fascinant qu’a si bien rendu ce tableau de David, l’un des plus admirés - dit-on - de nos musées après celui de la Joconde. On ne sait ce qui l’emporte dans ce chef-d’œuvre : ou de la solennité pompeuse si bien rendue de l’événement, ou des regards si riches d’arrière-pensées des différents acteurs fixés sur la toile du maître, ou de la grande comédie de la scène politique - oui déjà - que constituait ce cliché de l’Histoire. Que pouvait donc avoir en commun la pensée d’un Siéyés, d’un Fouché, d’un Talleyrand, d’un Berthier ou encore d’un Pie VII humilié, face au triomphe d’un petit général arrivé au sommet des honneurs et entouré des ambitions portées par toute une famille ? Belle image de la comédie humaine qu’est (très souvent) tout acte politique de cette nature.

2ème sacre : celui du Bourget avec pour acteur central Mr Sarkozy. Qu’il séduise ou qu’il irrite, qu’on partage ou non ses idées, sa philosophie, ses méthodes, il ne laisse personne indifférent. Qu’on le veuille ou non, il y a du Bonaparte revisité chez cet homme-là. Il est vrai qu’il en a la même (petite) taille, la même volonté, la même ambition, le même foisonnement d’idées, la même capacité de séduction. Après ses Iéna, Arcole, Rivoli, Austerlitz, devra-t-il vivre son Waterloo, victime à son tour de toutes les coalitions tournées contre lui ? Nul ne le sait. Mais autre comédie humaine que fut aussi ce sacre version 21ème siècle.

3ème sacre : celui de Mr Hollande porté par le “oui” socialiste. Est-ce une bonne nouvelle pour la droite ? La gauche ? L’Europe ? Difficile de l’affirmer. Mais c’est en tout cas une bonne nouvelle pour la démocratie et, en particulier, pour le parti socialiste et Mr Hollande qui a pris, d’un coup, une dimension de présidentiable. Le parti socialiste a, en effet, donné une grande leçon de démocratie, d’une démocratie bien conduite, même contre Mr Jospin. Et quand l’un a tactiquement gagné, l’autre a nécessairement perdu.

On se souvient qu’après le désastre de la gauche du 21 Avril - à propos du vote de la Loi sur les retraites - il était devenu évident que le parti socialiste avait cessé d’être un parti de gouvernement : il n’avait aucune autre option à proposer face aux propositions présentées mais n’avait cependant pas manqué pour autant de les critiquer. L’on sentait bien qu’il y avait une sorte de déliquescence du parti majoritaire de la gauche. Aujourd’hui, avec le vote du “oui”, le P.S. redevient un parti de gouvernement. Et quand on voit la droite aujourd’hui s’en réjouir un peu hâtivement.... Hypocrisie ?

Défaite sévère et marquante en tout cas pour Mr Fabius : certaines langues vont même jusqu’à affirmer aujourd’hui que si celui-ci n’avait pas autant été le chantre du “non”, celui-ci aurait aurait peut-être obtenu un meilleur score. Est-ce sérieux ? Nul ne le sait, mais, cruellement, ce n’est pas exclu.

À la défaite personnelle de Mr Fabius, il y a peut-être une dimension morale : on la perçoit mieux quand on voit la position des socialistes européens qui ont été abasourdis par la malhonnêteté intellectuelle du reniement de Mr Fabius et des arguments qu’il a utilisés dans le débat. Ce n’était pas du tout le “non” qui était en question - les refus du “oui” de certains autres leaders du P.S. (Bellanchon, Gallo, etc...) n’étaient pas intellectuellement malhonnêtes car ils étaient cohérents avec eux-mêmes - mais Mr Fabius a usé du mensonge intellectuel, notamment en déformant les textes. Sa défaite est, finalement, une leçon de morale politique que lui a infligée la base. Il est des mensonges qui ne passent plus auprès de l’opinion.

Autre leçon de ce scrutin : on ne peut plus plus être candidat crédible à la Présidence de la République si on est contre l’Europe. Et aujourd’hui ce n’est plus prôner la “pensée unique” que de l’affirmer. Ne pas être européen, c’est un peu aujourd’hui comme vouloir jouer aux échecs à côté de l’échiquier (pourtant vieille habitude française !). Et même les discours de Mr Fabius, qui tentaient de faire croire qu’il était contre cette “Europe-là” mais pour “une autre” plus ou moins invertébrée, n’ont pas convaincu.

Et pour qui se demande encore comment il se fait que Mr Chirac soit devenu soudain européen - même si c’est avec une conception du rôle de l’Europe que je ne suis pas seul à ne pas partager du tout - je réponds que Mr Chirac n’est pas devenu européen mais tout simplement, par la logique des situations.... Président de la République (!) : nul ne peut nier son grand sens du pragmatisme.

Enfin, il faut constater qu’au P.S., même dans les fédérations de la région du Nord réputées plus intransigeantes et qui avaient voté contre Maastricht (surtout pour des raisons conjoncturelles), le mot “Europe” a définitivement remplacé le mot “internationalisme”, même celui “prolétarien”.

La campagne du “oui” au P.S. a donc fait surgir, je le disais plus haut, un nouveau candidat à la Présidence de la République : il était d’ailleurs frappant d’entendre Mr Hollande, au lendemain du scrutin, faire une prestation publique aux accents oubliés du mitterrandisme. Le côté un peu “rondouillard” du personnage a été gommé d’un coup.

En démocratie, il est bon que l’on ait face à soi des adversaires responsables : et là, Mr Fabius est passé à côté du train de l’Histoire. Mr Hollande, lui, s’y est installé et a pris soudain une dimension d’homme d’état, faisant des propositions de gouvernement et non plus de pure démagogie, et pouvant prétendre désormais les conduire. Et s’il lui faut encore rassembler les partisans du refus, il peut s’atteler désormais à bâtir un projet crédible pour les siens et de créer une dynamique autour. Il a deux ans pour le faire.

Autre leçon encore de ce scrutin : ce qui reste encore du parti communiste et de l’extrême gauche a été plus laminé, balayé et “anéantisé” que jamais. Il ne leur restera que les discours d’idéologie pure, un peu “Don Quichottesques”.

Autre donne enfin est celle de l’avenir de certaines générations d’hommes politiques, à droite comme à gauche. Entre la génération des Mitterrand ou des Chirac, et celle des Sarkozy, Bayrou ou Hollande, y a-t-il encore place pour la génération intermédiaire des Juppé, Fabius, Jospin, Strauss-Kahn et autres Lang? Il semble que la donne change, là aussi, en profondeur et en faveur de ces nouvelles générations.

C’est une forme de régénération de la vie politique française à laquelle nous assistons. Non que ceux de cette génération intermédiaire ainsi “sacrifiée” n’aient plus rien à dire, n’aient plus aucun rôle à jouer, mais leur espace se rétrécit de jour en jour.

C’est une richesse et une chance pour la France.

mercredi, 17 novembre 2004

À PROPOS DE L'APRÈS-ARAFAT

BILLET du 17/11/2004

Un homme est mort. Un chef de guerre, le chef d’une nation, s’est éteint. Un prix Nobel de la Paix s’en est allé.

La décence la plus élémentaire veut d’abord que l’on s’incline respectueusement devant sa dépouille. Ensuite, seulement, l’on peut tirer le bilan de son action et, enfin, projeter le devenir de cette région après cet épisode.

Nous ne pouvons oublier qu’il s’est trouvé un jour en Israël un homme d’État, Isaac Rabin, qui a trouvé Yasser Arafat suffisamment crédible et étoffé pour lui faire confiance. On sait ce que cela lui en a coûté. On se souvient aussi des espoirs soulevés par les entretiens de Camp David avec le Président Clinton, espoirs très vite déçus, hélas.

En tant que chef de guerre, le bilan d’Arafat est incontestable : il est celui qui a “inventé” la Palestine, qui a su rassembler autour de lui le peuple palestinien. Cela n’était pas avant lui. Il est encore celui qui a rendu caduque la charte de l’OLP en reconnaissant l’État d’Israël et son droit à l’existence dans des frontières reconnues. Mais, hélas, on ne peut ensuite que constater qu’Arafat n’a pas été capable de réussir sa conversion d’homme de guerre en homme de paix.

Pour parenthèse, au charisme qu’avait déjà indéniablement cet homme, voici en plus que les circonstances de son décès lui ajoutent désormais une légende propre à enflammer les imaginations : on ne sait toujours pas de quoi il est mort, ce qui autorise tous les fantasmes, y compris ceux qui ont déjà circulé, comme un possible (?) empoisonnement qui aurait été organisé par les services secrets israéliens. Ensuite on a “organisé” sa mort, un peu comme celles de Franco ou de Boumedienne, de telle façon que celle-ci n’intervienne que lorsque l’on aurait réglé l’ordonnancement de ses funérailles, de son héritage et sa succession.

Parlant d’héritage, il est vrai que Yasser Arafat avait toujours confondu les finances de l’État avec les siennes ; mais ceci ne veut pas dire que l’argent qu’il détournait allait dans sa poche : ce n’était qu’un instrument de pouvoir pour lui permettre de régner en maître, un peu comme les rois de France avait une cassette.

Usage aussi en pratique longuement dans l’histoire de nos Républiques - Vème comprise - avec nos “fonds secrets” laissés à la discrétion de nos gouvernants.

L’après-Arafat est aujourd’hui des plus complexes à gérer : le rapport qu’avait Arafat avec son peuple était un rapport d’ordre presque monarchique, voire d’incarnation de ce peuple tout entier en son chef, beaucoup plus que celui d’un chef d’État élu démocratiquement, ce qu’il fut aussi, ne l’oublions pas, et ce qu’étonnamment Israël a toujours voulu ignorer.

Ce n’est pas faire crime de lèse-majesté que de comparer cette incarnation du peuple palestinien dans le personnage d’Arafat avec celle qu’avait le peuple français avec le Général De Gaulle ; l’on se souvient des titres du lendemain de sa disparition : “La France est veuve” avait même déclaré le Président Pompidou. N’étions-nous pas, là aussi, en pleine monarchie?

Quand, aujourd’hui, des élections s’avèrent nécessaires en Palestine pour, démocratiquement, remplacer Yasser Arafat, quels que seront leurs résultats, elles ne le remplaceront pas tout-à-fait. Elles seront simplement utiles pour rouvrir de nouvelles négociations. Mais leur impact dans le peuple palestinien sera très différent. Les rapports entre nouveaux dirigeants et le peuple ne seront plus les mêmes.

Dans quelles conditions ensuite pourront se dérouler ces élections ? La question est posée quand on sait que les territoires palestiniens sont placés sous le joug de forces d’occupation étrangères qui restreignent d’une main de fer le droit de réunion et de circulation des citoyens palestiniens dans leur propre patrie. Quelle place y a-t-il pour la démocratie dans de telles circonstances ? On peut sérieusement douter de l’organisation d’élections dans un bref délai et ce tant que ces forces d’occupation seront présentes et voudront tout régenter, y compris dans le choix des candidats.

Ces élections, si cependant elles ont lieu, ne régleront pas tout non plus. Il s’avère que dans chaque camp - palestinien ou israélien - il se trouve nombre de dirigeants politiques qui ont tout intérêt à ce que la guerre continue. En Israël, il y a l’extrême-droite - celle qui a assassiné Rabin - et qui s’est illustrée, sitôt après l’annonce du décès d’Arafat, par ces images grotesques d’individus caricaturaux dansant de joie.On a même entendu un ministre de la Justice israélien exprimer sa liesse. Pauvres hères pitoyables qui salissent l’honneur de tous leurs concitoyens.

Quelle marge réelle de négociation a Sharon face à ces fanatiques intégristes ?

La même question se pose aussi pour les futurs négociateurs palestiniens : parviendront-ils à imposer aux durs et aux islamistes le fruit de leurs négociations ? L’absence du charisme d’un Arafat, qui, lui, incarnait si bien le peuple palestinien, se fera lourdement sentir.

Il y aussi les freins qui ne se desserrent pas quand il est question de créer un État palestinien viable et dans des frontières reconnues. Il y a une “feuille de route”, approuvée par l’ONU, les USA, l’Union Européenne et la Russie, qui a prévu la création juridique de cet État en 2005 : et voici qu’unilatéralement, et sans aucune négociation préalable, Israël décide à la fois de quitter Gaza tout en renforçant parallèlement les colonies d’occupation juives en Cisjordanie, territoire cependant palestinien internationalement reconnu comme tel. Et voici encore Mr Bush qui évoque maintenant cette création pour.... 2009 : les calendes grecques. Il ne reste plus que les palestiniens pour croire encore à cette “feuille de route”.

Du côté israélien, on peut trouver un certain intérêt à voir un pouvoir palestinien morcelé : en dehors de Mr Rabin et des gouvernements de gauche, tous les autres gouvernements israéliens ont joué cette carte. Mais il faut aussi reconnaître que la droite israélienne est elle-même très morcelée. Faut-il ignorer aussi qu’une certaine droite, représentée par Mr Netanayu, est elle-même conseillée par des proches.... de Mr Bush ? Tout ceci ne rend pas la situation très facile du côté israélien.

Y a-t-il encore place pour l’espoir d’une paix retrouvée ?

Force est de constater que c’est le plus souvent à ”front renversé” que les choses évoluent le mieux. Assez paradoxalement, l’on a plutôt intérêt à voir, côté israélien, quelqu’un comme Sharon tenir le stylo : il faudra, pour signer des accords, que celui-ci ne soit pas débordé par son extrême-droite.

Et l’Europe, dans tout cela ? Sera-t-elle enfin un partenaire agissant ? On ne voit rien venir à l’horizon. Elle est toujours absente de la scène internationale.

Comme d’habitude.

lundi, 01 novembre 2004

À PROPOS DE MORALE & POLITIQUE

BILLET du 1/11/2004

Ce qui vient de se passer entre le Parlement Européen et la Commission, qui sollicitait son investiture, est important à plus d’un titre.

D’abord, face au Parlement qui représente les peuples - la Commission représentant, elle, les États qui choisissent les commissaires - voici que ce Parlement, qui n’avait jusqu’ici pratiquement jamais existé, a, (enfin !) montré qu’il a un rôle à jouer et que, lorsqu’il est en désaccord avec la Commission, il peut faire un bras de fer et finalement l’emporter. Ce Parlement a montré qu’il représente bien quelque chose, qu’il a un pouvoir et que l’Europe des peuples est bien en marche. C’est une très bonne nouvelle et cela anticipe sur ce que sera la future Constitution européenne.

Par contre, sur un autre titre, on peut être quelque peu exaspéré par cette résurgence du “politiquement non correct” qui a servi de détonateur à ce bras de fer. Non que l’on puisse forcement partager le sentiment de ce commissaire italien dont les propos étaient parfaitement idiots, non parce qu’il reflétaient ses convictions personnelles - dont on peut concevoir qu’elles soient fort respectables - mais parce qu’il était bête de les exposer comme il l’a fait : il a confondu la scène européenne avec la scène italienne.

Il faut pourtant savoir que ce qu’il a dit n’était rien d’autre que la position officielle de l’Église - et celle d’ailleurs de nombreuses autres religions monothéistes - opinion constamment rappelée par elles depuis toujours. Il n’a rien fait d’autre que de répéter ce que disent ces religions, à savoir que l’homosexualité est un “désordre” et que ceux qui la pratiquent sont dans le “péché”.

Que l’on soit en accord ou non avec cette position, qu’il soit interdit de le dire publiquement dans une institution représentative, cela peut poser problème.

Ceci pose aussi une autre question : sans aller jusqu’à dire qu’on n’a pas le droit d’être chrétien au Parlement européen, on constate qu’on n’y a pas le droit de le dire sur un certain nombre de sujets.

Pour autant un responsable politique peut-il raisonner en terme de “péché”, je le crois pas.

Comme chrétien, comme catholique, ou encore comme pratiquant de toute autre religion, le politique a parfaitement le droit de voir le “péché”, ou même de considérer que la femme n’a de place dans la société que sous l’”aile protectrice” de l’homme. Mais ceci relève de la morale et d’elle seule. Mais un responsable politique, n’a pas le droit de mettre ses opinions personnelles au premier plan : ce n’est pas ça que l’on attend de lui. On attend de lui qu’il fasse la Loi et la rende respectable et respectée.

Ce qui est arrivé ensuite à ce commissaire italien - qui a du depuis retirer sa candidature - il l’a cherché par sa provocation particulièrement malhabile. On ne va pas aujourd’hui pleurer sur lui.

Par contre, cet incident souligne l’unanimisme un peu “troisième gauche” du nouveau Parlement. L’ancienne pensée conservatrice - qui n’est pas pour autant une pensée d’extrême droite - ce “thomisme” de St Thomas d’Aquin dont elle se réfère et qui porte en lui le fondement d’une loi naturelle de longue tradition, cette pensée doit aujourd’hui faire face à un autre comportement naturel plutôt désordonné dont l’homosexualité - entr’autres faits de société - est partie intégrante.

Cela pose problème : a-t-on encore le droit d’être en marge de la “pensée unique” actuellement en vogue ? C’est en outre le problème de la désobéissance civique (type José Bové ou Noël Mamère), ou encore celle de ceux qui vont s’enchaîner dans les hôpitaux parce qu’ils sont contre les avortements.

Quand on commence la désobéissance civile, où s’arrête-t-elle ? Pourquoi celle de Mr Mamère serait-elle “sublime” et celle des défenseurs de la vie hostiles aux avortements serait-elle “abjecte” ?

Dans les phénomènes de “pensée unique”, faut-il que tout le monde pense comme Daniel Cohn-Bendit ? Nous pouvons aussi préférer qu’il y ait d’autres pensées à côté, même si elles dérangent.

Il y a aujourd’hui, dans les sociétés européennes, une tentation d’un ordre moral nouveau : pas celui du passé fondé sur la Loi, l’Ordre, la Religion ou la Famille, mais un autre ordre moral de remise en cause systématique des institutions.

Les cris d’orfraie que l’on entend contre l’ordre traditionnel sont-ils bonne chose? Nous sommes, la plupart, favorables à la séparation non seulement de l’Église et de l’État mais, comme disait Péguy, de la métaphysique et de l’État, ou encore de la morale et de l’État. C’est cela être “laïque”.

Nous devons être laïques, même contre nos propres convictions. C’est en cela que réside la difficulté d’être républicains.

L’ordre moral, ce n’est pas, ni ne peut être, “la morale”. Quand certains veulent administrer des leçons de morale publique, la plupart du temps, cela n’a rien à voir avec une préoccupation morale réelle. Le plus souvent il y a derrière leurs propos une préoccupation stratégique.

Pouvons-nous pour autant retirer le droit de cité à ceux qui ne pensent pas exactement comme nous ? Ce n’est pas souhaitable : ce serait insupportable dès lors qu’il ne s’agirait pas de propos réprouvés par la Loi.

La tolérance doit, dans nos sociétés, rester vertu cardinale. Mais que c’est dur parfois, aujourd’hui, d’être tolérant.

Sur un tout autre sujet, j’ouvrirai au passage une parenthèse : je considère que le vrai scandale vient de Mr Barroso lui-même, le Président de la Commission. La politique qu’il dessine aujourd’hui marque une volonté réelle de “punir” la France et l’Allemagne - reflet peut-être de la volonté de Bush Jr ? - au travers de la répartition des sièges : voici que ces deux pays, vrais moteurs de l’Europe, sont mis, par commissaires interposés, sur des postes mineurs et que tous les autres postes majeurs de la nouvelle Europe sont tenus par les pays baltes. C’est assez inouï.

La Commission dessinée par Mr Barroso se montre incapable de se poser face aux vraies réalités européennes et mondiales. Elle fait craindre une sorte de “descente aux enfers” de l’Europe face à la montée des autres continents. Espérons que Mr Barroso va se reprendre, cesser de mettre en avant ses convictions atlantistes et de faire la politique des USA, version Bush.

Mais espérons surtout que la France elle-même va se reprendre en refusant d’être représentée dans des conditions aussi humiliantes.

Mr Chirac s’égare sur l’Europe quand il veut la diluer en un vaste supermarché sans réelle volonté politique viable. Et il néglige ensuite la place de la France en Europe.

Il est urgent qu’il se ressaisisse.... lui aussi.

mardi, 19 octobre 2004

À PROPOS DES ÉLECTIONS US

BILLET du 19/10/2004

C’est une évidence que les élections américaines concernent la planète entière : on n’est pas la première puissance mondiale - et la seule qui compte réellement depuis l’effondrement soviétique - sans que la politique de cette nation n’ait de répercussions partout ailleurs.

L’Amérique reste éternelle et on pourrait la croire immuable. Et cependant elle change. Son climat politique a changé. Cette nation est aujourd'hui dominée par la peur. Son inquiétude vis-à-vis du monde extérieur, par rapport au sentiment traditionnel d’invulnérabilité qui a été si longtemps le sien - sentiment qui considérait le monde extérieur un peu comme un monde “barbare” et différent - cette peur (même si elle est très exagérée à nos yeux qui sommes habitués au péril permanent) elle est aujourd’hui très spectaculairement utilisée par les politiciens américains et, particulièrement, par l’équipe qui entoure le Président BUSH.

Il y a en fait deux amériques : il y a celle “continentale” qui est “buschiste” et considère que, même si frapper l’Irak n’était pas le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme, cela avait au moins l’avantage de déplacer le théâtre des opérations le plus loin possible de l’Amérique. Cette Amérique “continentale” est à la fois - ce qui n’est pas le moindre paradoxe - impérialiste et isolationniste.

Et il y a l’autre Amérique, celle “maritime” que l’on connaît mieux, qui nous est franchement plus sympathique et que l’on rencontre ou à San Francisco, à L.A., ou encore dans les grandes villes de la côte Est comme New York, Washington ou encore Boston. Là, on y croise une inquiétude croissante des citoyens sur un certain nombre de procédés de la démocratie américaine qui relèvent plus, aujourd’hui, de la propagande que de la démocratie pure et idéalisée qui contribuait tant à la fierté américaine.

Mais ceux qui se sont rendus récemment à New York peuvent témoigner que cette ville est devenue aujourd’hui beaucoup plus sure tant sur le plan intérieur que sur celui de la criminalité. Mais l’effet 11 Septembre y est et y reste omniprésent. Ces habitants - qui vivaient hors de l’idée qu’il pouvait leur arriver une catastrophe - sont aujourd’hui d’avis que même si KERRY est plus sympathique ou plus intelligent que son challenger cow-boy (élu par accident électoral dans les urnes. Il n’y a pas “photo” entre les deux hommes !), BUSH, lui au moins, fait le “sale boulot” et protège mieux. Et pour faire ce travail-là, on n’a pas besoin d’un universitaire intelligent et imprégné de culture européenne mais d’un type qui ne connaît qu’une seule note de musique et sait en jouer parfaitement sans devoir trop réfléchir à déchiffrer la partition.

Autre facteur préoccupant : on savait la réputation d’indépendance et d’objectivité de la presse américaine dont le rôle est bien plus considérable dans cette société que celui de notre presse dans la nôtre. On y perçoit aujourd’hui un processus latent de fascisation rappelant le mac-carthisme. La presse fait passer le patriotisme avant l’exactitude de l’information. Et dans cette campagne, nos sociétés européennes, ayant à leurs yeux un peu trop de sens critique et se trouvant à l’opposé de cette conception, nos sociétés européennes sont donc devenues les cibles privilégiées de cette presse qui - à de très rares exceptions - se dévoie dans cette propagande.

Les débats télévisés BUSH-KERRY ont été pourtant des événements considérables et de grande qualité. Ce sont deux tempéraments, deux conceptions, deux façons de voir la société et le monde dans laquelle elle évolue et qui se sont opposées. Mais il n’y avait pas, dans les réponses apportées aux sujets sensibles - notamment en ce qui concerne le bourbier irakien - deux solutions différentes. Curieusement, et comme je le disais plus haut, même si l’on trouvait KERRY plus sympathique et intelligent que BUSH (l’illuminé de Dieu dont il se considère comme le bras armé du Bien contre l’empire du Mal), être dans un tel débat plus sympathique ou intelligent peut, dans ce contexte, être retourné comme une objection contre ce candidat lui-même. Mais ce débat télévisé a un peu mieux éclairé l’opinion américaine que la presse de propagande aveugle que je dénonçais plus haut. La démocratie américaine a démontré qu’elle pouvait encore bien fonctionner. (Passons l’anecdote de cette “affaire” du micro dans le dos de BUSH - non prouvée - par lequel ses réponses et arguments lui auraient soufflés par ses collaborateurs tout au long du débat !).

Et la France, dans ce grand déballage américain ? Même si certains excès fort médiatisés se sont largement atténués, ce qui agace le plus les américains ce n’est pas que Mr CHIRAC ou Mr De VILLEPIN ont tenté d’empêcher les américains d’intervenir, c’est de constater qu’ils avaient raison de le faire : si tout s’était passé facilement en Irak, on nous aurait facilement pardonnés, même si cela aurait été avec un brin de condescendance.

Les mensonges de BUSH, qui sont bien plus graves que ceux d’un CLINTON dans une affaire d’ordre strictement privé, “passent” aujourd’hui parce qu’il y a aujourd’hui une dénégation de la réalité. KELLY l’emportera-t’il parce qu’il parle vrai ? Rien n’est moins sur.

L’Amérique dérape. Et cela est grave pour tout le monde occidental. Face à cela, nous avons besoin plus que jamais d’une Europe forte.

vendredi, 24 septembre 2004

À PROPOS DU RÉFÉRENDUM EUROPÉEN

BILLET du 24/9/2004

Et si le “non” au référendum sur la Constitution Européenne venait à l’emporter ? La question se posait à peine il y a quelques mois. Aujourd’hui, c’est une vraie question. Les sondages récents montrent que le “non” est déjà à 49% d’intentions de vote face à 51% de “oui” qui deviennent de jour en jour peau de chagrin.

On se souvient du référendum sur Maastricht où les sondages donnaient seulement 40% de “non” à quelques semaines du scrutin : il avait ce jour-là atteint 49%, le “oui” ne l’ayant emporté que sur le fil du rasoir. Aujourd’hui, nous en sommes à près d’un an encore du référendum. Comment l’opinion va-t’elle évoluer d’ici là ? Il y a tout lieu de s’en inquiéter.

L’épisode FABIUS est inquiétant. Si le Parti Socialiste devait s’orienter vers refus de la Constitution, il est vraisemblable que le non l’emporterait. Ce serait une catastrophe pour la construction européenne.

Le vrai débat n’est pas du tout le débat avec Laurent FABIUS : Mr FABIUS n’a fait qu’un coup tactique et il est vraisemblablement profondément attaché à l’idée européenne y compris à ce projet de Constitution. Mais le résultat de cette manœuvre tactique risque d’être calamiteux. Le vrai débat européen est plus avec un De VILLIERS à droite ou un CHEVÈNEMENT à gauche, ou encore un DUPONT-AIGNAN à l’UMP. Le vrai débat est celui qui oppose les souverainistes aux pro-européens.

Et notre faute à nous, pro-européens, est de n’avoir pas su expliquer, notamment pendant la campagne de Juin, les enjeux de la construction européenne et ceux en particulier de cette Constitution, même si celle-ci n’atteint, dans le projet actuel, qu’à peine 30% de l’ambition voulue par le très visionnaire GISCARD d’ESTAING. Si nous avions su l'expliquer, Mr FABIUS ne pourrait pas sortir aujourd’hui ses énormes bêtises qui vont jusqu’à vouloir poser des conditions qui n’ont aucun rapport avec le traité constitutionnel.

Nous allons nous retrouver dans une situation comparable à celle que nous avons connue au moment de Maastricht : d’une part, il y a les “élites”, majoritairement favorables à la construction européenne, qu’elles soient de gauche ou de droite (sauf leurs extrêmes), et qui savent bien qu'il n’y a pas d’avenir pour la France, ni pour les français, c’est-à-dire pour l’économie et pour le social, en dehors de la construction européenne. Et face à ces “élites”, il y aura des réactions populaires qui sont beaucoup plus violentes contre cette construction qu’elles rendent responsables de tous leurs malheurs.

Il ne faut pas faire de populisme : le peuple peut aussi se tromper. Et si par malheur la France votait non et que la construction européenne soit, dans ce cas, arrêtée pendant des années, on verrait les mêmes couches populaires - agriculteurs, salariés et bien d’autres et dont l’activité repose essentiellement sur nos échanges européens - protester contre les insuffisances de la construction européenne.

Il y a là une sorte de contradiction que nous ne manquerons pas de retrouver. C’est sur ce registre que FABIUS joue “populiste” et ce pour des raisons strictement personnelles. Personne n’est dupe : depuis l’université d’été du PS à La Rochelle, il était coincé par Hollande et il lui fallait en sortir. Sa manœuvre est habile car les chances du non au sein du PS ne sont plus minces du tout.

Que peut-on faire contre cet euro-scepticime ? On ne peut quand même pas dissoudre le peuple ! Quelles sont les objections de ces euro-sceptiques ? Ils ont en tout cas au moins une objection excellente : elle consiste à dire que, depuis la Révolution française, le véritable cadre de la démocratie a été l’État-Nation. Non seulement la démocratie n’a jamais existé hors de ce cadre, mais l’État-Nation a été le cadre de la solidarité entre les citoyens dans le pacte social qui les relie entr’eux. Les euro-sceptiques estiment ne pas pouvoir être représentés, ce que la démocratie exige, par une sorte de classe politique européenne abstraite qui ne correspond à rien dans le cœur des citoyens. Cette objection est forte.

Quelle réponse apporter ? On ne peut se contenter de dire que “l’Europe, c’est bien”, la Constitution est une “grande avancée”, etc.... La vérité est que nous vivons aujourd’hui dans l’univers de la mondialisation où un certain nombre de processus échappent de plus en plus aux leaders nationaux, y compris aux chefs d’État ou de gouvernement. La croissance ne dépend pas des Ministres des Finances, quelqu’habiles soient-ils ; face à l’affaire des OGM, celle du clonage, les affaires du développement durable, l’État-Nation n’est plus compétent. C’est la raison de fond pour laquelle il nous faut désormais construire des entités plus vastes que l’État-Nation, celui-ci étant devenu par trop étroit.

La souveraineté n’est plus ce qu’elle était hier, c’est-à-dire quelque chose d’absolu ou d’irréfragable. Il y a désormais des niveaux de souveraineté : à celle régionale, à celle nationale il faut ajouter désormais celle internationale. L’État-Nation ne peut rester que l’étage pertinent quand il s’agit, par exemple, de la Culture prise au sens large : il y a une souveraineté culturelle qui se réfugie, se résume et vit dans la Nation. La Nation, c’est donc sa Culture. Mais c’est encore sa langue.

Notre Culture serait totalement stérile si nous n’avions plus les moyens de son rayonnement international. Pour exemple, regardons où vont les étudiants étrangers qui vont faire leur études hors de leur propre pays : 28% vont aux USA, 15% en Grande-Bretagne, 12% en Allemagne et.... seulement 9% en France. Pour autre exemple, si nous voulons défendre le service public “à l’européenne”, il faut, face à la concurrence US, construire un système européen universitaire dans lequel les diplômes soient équivalents en quelque pays d’Europe qui soit pour que ces diplômes soient concurrentiels par rapport à ceux made in USA. Pour défendre aussi le service public “à la française”, comme notre propre culture y compris en France, il nous faut passer désormais par le détour de l’Europe, ou nous serons “mangés” par les américains qui installent déjà dans toutes les grandes capitales européennes des antennes de leurs propres universités, antennes qui ont d’ailleurs un succès considérable.

C’est de cela dont il faut discuter, non seulement avec Mr FABIUS (qui n’ignore rien de tout cela), mais surtout avec les vrais anti-européens. L’idée enfin d’une souveraineté de l’État-Nation en matière économique, diplomatique ou militaire n’est plus ni pertinente, ni réelle. Notre économie fonctionne de plus en plus de manière transnationale.

Nous avons désormais besoin de l’Europe pour défendre la France et tout ce qui constitue son patrimoine. Il faut faire "droit" de ce qui est déjà devenu "réalité". Même si celle-ci nous rend très modestes face à notre splendeur passée.

mercredi, 25 août 2004

À PROPOS DE L'ÉCONOMIE et le SOCIAL

BILLET du 25/8/2004

Telle la rosée bienfaitrice, la voici revenue cette croissance attendue. Bienvenue passagère qui exige que l’on sache en tirer le profit le plus judicieux avant qu’à nouveau elle ne s’évanouisse.

On peut cependant regretter son manque de générosité : un peu plus de 2% seulement chez nous quand on constate qu’elle est de 4% aux USA et de 8% en Asie. De quoi s’interroger sur notre capacité à l’attirer plus généreusement. Et on peut encore s’interroger sur les conséquences de l’actuelle envolée des cours du pétrole qui risquent fort de limiter ses bienfaits si le désordre actuel devait perdurer.

Il est heureux de constater qu’au contraire de nos précédents gouvernants, ceux actuels ne semblent pas céder aux sirènes de la démagogie et engloutir ce très modeste profit dans de nouvelles dépenses, fussent-elles sociales. Encore que l’on a vu certains ministres que cela pouvait tenter... Il nous faut, tout au contraire, alléger le plus possible notre budget d’une part des intérêts vertigineux que la France doit payer chaque jour au titre de sa dette (1.000 milliards €, soit un poids de près de 37.000 € par salarié !), dette inouïe qu’elle a contractée au fil des années et qu’il faut donc réduire chaque fois que possible. Il faut redonner de façon durable les moyens de plus de vigueur à notre économie.

C’est là que l’on peut voir s’opposer deux conceptions politiques, l’une qui voudrait à tout prix favoriser le social, l’autre l’économie.

Y a-t’il réellement antagonisme entre les deux ? Est-ce que favoriser l’un doit se faire nécessairement au détriment de l’autre, un peu comme les deux plateaux d’une balance dont l’un baisse quand l’autre monte ?

Cette dualité du corps économique et de son âme sociale ne date pas d’aujourd’hui : c’est la traduction d’une vulgate marxiste qui a donné bonne conscience à la gauche et instillé d’insondables remords à la droite. Le résultat de cette doctrine nous a valu, particulièrement en France, une ascension vertigineuse des impôts et des cotisations sociales en même temps que la dégradation du sentiment de sécurité de nos compatriotes quant à l’avenir de leur emploi, de leurs retraites, de leur santé ou encore de leur système éducatif. Cette inquiétude se traduit par une thésaurisation parmi les plus élevées du monde, tandis que l’appareil de production s'appauvrit et investit de moins de moins.

Il se trouve pourtant certains chantres qui refusent de prendre acte que la social-démocratie à la française est un sévère échec et qui veulent cependant exporter son hérésie chez nos partenaires dans le cadre d’une Europe sociale, intention par ailleurs fort généreuse dans son principe. Les conséquences de cet échec sont pourtant accablantes : • des pertes de marchés dues à la dégradation de notre compétitivité qui s’enfonce dans le bas du classement • un décrochage de nos exportations, notamment vers le premier marché du monde : l’Asie • des retards dans nos investissements qui aggravent la situation de l’emploi (un jeune sur cinq réduit au chômage de longue durée). Pour palier à cet échec, l’on a même cédé à la tentation d’alourdir la fonction publique : en France nous comptons maintenant un agent sur quatre actifs, contre un sur six ou sept chez nos partenaires. C’est oublier que le déficit d’emplois privés face à l’emploi public entraîne le déséquilibre, donc la dégradation, de nos finances.

Autres faits encore : • la France est l’un des pays au monde où le taux d’activité est le plus faible et où le taux de chômage est parmi les plus élevés, l'un générant l'autre • le français aime aussi se figer à conserver des emplois anciens et entraver de fait la création d’emplois nouveaux • enfin le mythe tenace de la redistribution des revenus et du patrimoine : en fait de redistribution, l’on a surtout favorisé l’évasion des capitaux dans des pays moins stérilisants. On agit comme si ce qui est pris à l’un profite nécessairement à l’autre - salariés, chômeurs, retraités, malades - et que rien ne se perd ni ne se crée. L’habituelle mythologie de gauche toujours autant hors des réalités !

On pourrait, hélas, multiplier ces exemples.

Pourquoi donc en France, s’interroge le Président de l’ACFCI, l’emploi dépend-il d’un ministère social plutôt que d’un ministère économique ? Question qui ne manque pas d’intérêt révélateur.

La réponse est qu’en France le travail est considéré comme une richesse à partager et à réglementer plutôt qu’à créer. La Loi dite de modernisation sociale destinée à empêcher les licenciements, plus les lois imposant uniformément les 35 heures - et dont on sait les résultats - ont marqué l’apogée de notre hérésie économique. Faute d’abroger ces lois votées par la gauche, la droite se contente de vouloir les aménager par une nouvelle Loi - une de plus - dite de cohésion sociale.

Que peut-il enfin rester au social quand on tarit la source même de ses moyens ? Ce n’est pas ainsi que l’on rendra une nouvelle dynamique tant à notre économie qu’à notre politique sociale. Dans ce marché de dupes, nous sommes tous perdants.

Il nous faut d’urgence changer radicalement de politique.

Le petit clin d‘œil actuel de la croissance doit donc être le moment privilégié de donner plus de chances à notre économie - condition d’un mieux social - et pouvoir amorcer ce nécessaire virage à 180° degrés.

Le temps presse : il ne nous reste plus que trois ans pour réussir. Toute hésitation serait une mauvaise action contre la France.

Courage, ne fuyons pas !

lundi, 26 juillet 2004

À PROPOS DE LA MAJORITÉ

BILLET du 26/7/2004

En Juin 2002, dans la foulée de la réélection de Jacques CHIRAC, le cartel électoral constitué par le RPR, Démocratie Libérale et une infime partie de l’UDF parvenait à rassembler un tiers de l’électorat. Deux ans plus tard, ce cartel ne représente plus que 16,6% des votants, soit 1 électeur sur 6. Et ce sont aujourd’hui les socialistes qui manquent - de peu - de réunir à leur tour un électeur sur trois.

La bipolarisation souhaitée il y a deux ans n’aura été qu’un déjeuner de soleil : à eux deux, l’UDF avec ses 12% des voix et le MPF avec ses 7 % - même si ces deux-là ont quelques points de divergence sur la conception de l'Europe - réunissent plus de voix que l’UMP. Et si l'on ajoutait à ceux-là les 10% - supposés majoritairement de droite - des voix du FN....

Un éditorialiste écrivait récemment que “l’UMP était une fausse bonne idée”.

Faut-il pour autant parler d’échec de la majorité ?

Sous la Vème République,l’existence de plusieurs familles politiques au sein de la droite n’a jamais empêché le fait majoritaire. Du temps du Général De Gaulle où, à l’inverse d’aujourd’hui, la tendance “souverainiste” était majoritaire, les républicains indépendants de Valéry GISCARD d'ESTAING qui, tous, plaidaient pour une Europe fédérale, n’en participaient pas moins au gouvernement, d’accord qu’ils étaient avec lui sur la nécessité de moderniser la France, quelle que puisse être la vision des uns et des autres sur la construction européenne.

Même chose sous François MITTERRAND dont la conception si personnelle du socialisme savait tirer parti du réformisme social-démocrate d’un Jacques DELORS et du nationalisme pointilleux d’un Jean-Pierre CHEVÈNEMENT.

Contrairement à la guerre, la politique s’exprime par addition et non par soustraction : quand on élimine son adversaire, c’est qu’on a su le séduire. Mais pas le détruire. Vouloir l’humilier équivaut au contraire à créer les conditions de son propre isolement. Les récentes consultations électorales en sont une évidente démonstration.

Un membre éminent (UMP) du Gouvernement rendant récemment visite au Maire (UDF) de Meudon lui déclarait : “Pour être ensemble, il faut se respecter. Quand chacun se sent respecté, la confiance règne. Et quand la confiance est là, l’union est possible”.

Puisse ce message être entendu.

À PROPOS DU 49-3

L’actuelle session du Parlement va se clore sur un échec très regrettable : la volonté d’obstruction aveugle et systématique des socialo-communistes - qui ont présenté des milliers d’amendements en usant à l’excès tous les recours aux plus élaborés des dictionnaires des synonymes - a contraint le Gouvernement à user, pour sortir de cet enchevêtrement, de l’arme extrême du 49-3, c’est-à-dire de l’adoption de l’important projet de Loi sur la décentralisation sans que le Parlement puisse en débattre.

Et pourtant ce projet méritait amplement qu’il soit examiné avec soin car il se révèle qu’il était nécessaire qu’il soit largement amélioré. Certains députés ont souhaité que cet examen soit reporté à la session de rentrée. Le Gouvernement a choisi - on peut le regretter - d’en finir dès avant les vacances.

Les socialo-communistes portent aujourd’hui une très lourde responsabilité et ce sont les français, et nos institutions, qui devront en payer le prix.

Peut-on faire confiance à semblables irresponsables ?

vendredi, 16 juillet 2004

À PROPOS DE LA CONSTITUTION

BILLET du 16/7/2004

Ce 14 Juillet 2004 est une date qui marquera. Au-delà de la célébration du centenaire de l’Entente Cordiale, l’on retiendra surtout l’allocution du Président CHIRAC qui a suivi ces festivités. Si celui-ci a abordé les sujets qui préoccupaient les français et a répondu à certaines interrogations en suspens, le ton et la forme adoptés ont marqué tous les esprits. Le sentiment final était pour le moins mitigé.

Certes, ce n’est pas sans plaisir que l’on a notamment entendu le Président évoquer son point de vue sur les 35 heures, son souhait d’organiser un référendum sur la Constitution Européenne, ce qui correspondait à une attente forte des français et conforme à l’esprit de nos institutions. Mais tous les responsables et observateurs politiques ont surtout retenu le caractère excessivement autoritaire et méprisant des propos tenus à l’encontre du numéro deux du Gouvernement de la France. Ce n’était plus David contre Goliath mais le combat des “anciens contre les modernes”. La très surprenante affirmation péremptoire “je décide et il exécute” est sans précédent dans l’histoire de la Vème République : même Charles De GAULLE n’a jamais osé pratiquer un tel autoritarisme qui augure aujourd’hui d’une véritable crise politique. Et pourtant il était le Général De GAULLE, fondateur de notre Vème République !

C’est un événement majeur. Il bouleverse complètement le paysage de nos institutions. De fait, ce 14 Juillet 2004, Jacques CHIRAC a tenté de rendre caduque l’actuelle Constitution qui régit leur organisation et de nous projeter en plein régime présidentiel. L’institution du quinquennat a peut-être fait évoluer l’esprit de nos institutions mais pas les textes qui, eux, restent toujours en vigueur.

Relisons, pour nous en convaincre, ces textes de la Constitution :

TITRE II - “Le Président de la République”

“Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités” (Article 5). “Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions” (Art. 8). “Le Président de la République préside le Conseil des Ministres” (Art. 9). “Le Président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée....” (Art. 10). “Le Président de la République signe les ordonnances et les décrets délibérés en Conseil des Ministres. Il nomme aux emplois civils et militaires de l'État” (Art. 13). “Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la Défense Nationale” (Art. 15).

TITRE III - “Le Gouvernement”

“Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il dispose de l’administration et de la force armée” (Art. 20). “Le Premier Ministre dirige l'action du Gouvernement. Il est responsable de la Défense Nationale. Il assure l’exécution des lois. ....Il exerce le pouvoir réglementaire et nomme aux emplois civils et militaires” (Art. 21).

Le texte constitutionnel est clair : il est parfaitement évident qu’un ministre n’est pas un exécutant des vœux souhaitées par le Président de la République dont la mission n’est ni de déterminer ni de conduire la politique de la Nation, ces rôles étant dévolus au seul Gouvernement. Sur le terrain politique, le Président n’est pas un joueur mais un arbitre, il n'appartient à aucun camp. En matière de défense nationale aussi : c’est le Gouvernement qui en est “responsable”, le Président n’étant que le “chef des armées”. Enfin, ce n’est pas au Président qu'il revient de démettre un ministre mais au Chef du Gouvernement de le proposer au Président. Les rôles sont parfaitement définis. Il ne peut y avoir confusion des genres.

Le Président a donc pour rôle - ô combien important et éminent - de veiller au respect de la Constitution et d’assurer par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Les textes sont très clairs sur ce point.

Mais quand on constate qu’au plus haut niveau de l’État les règles fondatrices sont aujourd’hui dérivées, il peut y avoir danger pour la démocratie. Il faut le dire et veiller avec attention.

Le Président CHIRAC a raison de vouloir défendre l’autorité du Chef du Gouvernement : il est ici dans son rôle. Mais même si ce dernier est nommé par le Président, son autorité découle fondamentalement de la confiance qui lui est accordée par la représentation nationale. Si l’actuel occupant de Bercy devenait demain, de par la volonté des adhérents de l’UMP, le simple Président de l’une des deux formations constituant, avec l’UDF, la majorité parlementaire, il est évident que tout Premier Ministre devra s’entendre avec cette majorité pour faire ratifier ses propositions de loi ; ce dernier devra donc s’accommoder des décisions que prendront les formations politiques sous l’impulsion de ceux qui ont charge de les présider. Être Ministre aujourd’hui, ou chef de formation politique majoritaire demain, ne modifie pas la donne. C’est un faux débat car la majorité parlementaire est et doit rester libre de ses choix.

L’entente entre hommes responsables - ou appelés à de hautes missions - ne peut s’établir sur la base de rapports fondés par des effets de menton resurgis d’une époque que l’on croyait révolue. Il est urgent que tous reprennent raison. C’est l’avenir de notre démocratie qui est en jeu.

lundi, 21 juin 2004

À PROPOS DE L'ACTION SYNDICALE

BILLET du 21/6/2004

Mettant peut-être à profit la longue période électorale que nous venons de traverser, la C.G.T. a entamé une sorte de “bras de fer” avec le gouvernement, que ce soit à propos de la réforme de l’assurance-maladie ou celle de l’européanisation du statut d’EDF/GDF.

L’exercice du droit syndical est un droit que l’on est parvenu à “sanctuariser”, parfois au prix de concessions sociales exorbitantes, en s’efforçant de le concilier tant bien que mal avec le droit du citoyen-usager ou encore l’obligation de servir le publics. Il semble cependant que la C.G.T. a, depuis peu, décidé de changer de stratégie, si tant qu’elle en ait encore une et que son rôle ne soit désormais limité à ne pas trop se laisser déborder par sa base. Et l’on voit refleurir un peu partout les coupures arbitraires de courant tendant ou à affaiblir notre économie ou à médiatiser l’action revendicatrice.

Bernard THIBAULT, le Secrétaire Général de ce syndicat - que l’on présente comme plus ouvert aux discussions que certains de ses prédécesseurs - n’a probablement pas changé d’avis par rapport à ceux-ci ; mais ses “troupes” glissent ici ou là vers des formules plus radicales ou s’en vont chez SUD, un syndicat concurrent beaucoup plus virulent dans ses formes d’action.

(C’est un peu ce que CHÉRÈQUE a du faire de son côté quand il a constaté que l’esprit de la réforme, auquel son mouvement était culturellement plus ouvert, était refusé par ses propres militants)

Une certaine catégorie (très minoritaire) de la population, sous prétexte de “défendre le service public” (tout en le massacrant avec méthode et ténacité), organise maintenant ces coupures de courant électrique et s’approprie celui-ci comme si elle en était la propriétaire, reprenant ici, distribuant là.

Ce qui frappe cependant dans ces nouvelles formes d’actions syndicales, est l’inouïe capacité des français d’accepter le viol absolu de la Loi dont, s’agissant des coupures pourtant proscrites par elle, ils sont les victimes. La C.G.T. elle-même les avait condamnées et, soudain, elle les accepte.

Ce qui est devenu préoccupant est cette sorte de capitulation de la population française face à ces situations : les français finissent par s’habituer à ces scandales (car ce sont bien d’authentiques scandales condamnables) qui sont un signe préoccupant de “mithridatisation” de son opinion.

Le monde entier salue l’ère REAGAN comme une période importante de l’histoire de la démocratie face aux dangers du communisme. On se souvient que ce Président, confronté en 1981 à une vaste grève des contrôleurs fédéraux de la circulation aérienne - agents privés du “droit de grève” de par la Loi américaine (comme en France pour certains services de sécurité) - ces contrôleurs US mettaient alors en danger la “sécurité publique” : le Président REAGAN a immédiatement réagi et mis à la porte 11.500 de ces fonctionnaires illégalement grévistes. Surprenante décision d’un Président “libéral” mais pour qui “la Loi devait rester la Loi” dans un pays civilisé, et quand celui-ci voulait le rester. Belle leçon à méditer que voilà. Depuis, aux USA, la Loi n’y est plus bafouée avec désinvolture comme elle l’est ici.

La Loi française - maintenant européenne - n’est plus du tout respectée, ou si peu encore. La seule loi connue désormais est celle de la “vocifération” (la loi du “tapage” comme le dit le Dr KOUCHNER). Mais il faut aussi observer que si nous parlons aujourd’hui des statuts de l’EDF/GDF, c’est bien parce qu’il y a eu des coupures de courant : sans ces coupures, l’opinion aurait été beaucoup moins émue. Le poids des médias est tel que personne n’y échappe plus.

Je ne suis pas seul à penser que l’attitude de la C.G.T. (ou de ses dérivés) est détestable : elle se met actuellement toute l’opinion à dos. Ce n’est pas utile à l’intérêt bien compris des agents d’EDF/GDF. À noter que les autres syndicats sont d’ailleurs, dans leur majorité, plutôt réservés face à certaines actions qui relèvent de la pure “voyoucratie”. Même le Parti Socialiste, par la voix de Jack LANG, a condamné ces faits. Si ces coupures ne s’arrêtent pas au plus tôt, on s’orientera inévitablement vers une épreuve de force dans laquelle la C.G.T. n’aura pas forcement le dernier mot. Ce qui ne serait bon pour personne.

Sur le fond, faut-il craindre une ouverture du capital d’EDF/GDF ?

L’exemple - qu’on nous brandit comme un épouvantail - de la “privatisation” graduée d’Air France est-il judicieux ? On ne peut comparer ces deux entreprises : EDF/GDF, entreprise monopolistique, a d’importants échanges commerciaux avec des pays tiers où elle exporte sa production ; refuser que ces pays puissent à leur tour accéder au marché français est une aberration d’un autre âge. Mais, parce que chaque citoyen est concerné par EDF/GDF, parce que notre économie entière en est dépendante, l’État doit en garder le contrôle par le biais d’une majorité solide au sein de la future société anonyme. Ce n’était pas le cas d’Air France, déjà en situation concurrentielle, et dont le statut ne concernait qu’une minorité de citoyens : la “privatisation” d’Air France a d’ailleurs été grandement bénéfique (voir son exemplaire développement international). Même cas pour France Telecom. Etc....

La concurrence, si on veille à bien l’organiser, a souvent du bon.

La construction de l’Europe, malgré les difficultés qui ne manqueront pas de se cumuler avec ses 25 nations aux cultures économiques si différentes les unes des autres, est une véritable “révolution” à conduire. C’est un défi pour nos générations. Et qui dit “révolution” dit que bien des choses devront encore changer, dans nos mentalités comme dans nos habitudes.

Cessons d’avoir peur de l’avenir.

vendredi, 11 juin 2004

À PROPOS DU DÉSASTRE AFRICAIN

BILLET du 11/6/2004

Comment se fait-il que dans ce monde rétréci - “mondialisé” comme on dit - l’on assiste sans émoi particulier au suicide de tout un continent qui semble vouloir disparaître dans le malheur total ? Je veux parler de l’Afrique

On s’émeut, avec juste raison, des quelques milliers de morts qu’il y a eu depuis le début de la guerre en Irak ou en Palestine, alors que l’Afrique en déplore des millions : • 30 millions sont infectés par le sida (sur les 42 millions du monde entier) • la famine touche 38 millions de personnes qui sont en risque de disparition imminente • les guerres (Soudan, Liberia, Sierra Leone, Angola, Zaïre, Rwanda, etc...) ont fait plus de 1,5 million de morts en quelques années seulement. Etc...

Nous avons sous nos yeux l’une des plus grandes catastrophes humanitaires connues depuis des siècles. Aucune voix, que ce soit en France ou en Europe, ne s’élève pour la dénoncer avec la force que requiert ce drame. J’ai d’ailleurs été frappé que, lors des débats qui ont eu lieu autour des élections européennes, alors que le sort de l’Europe est étroitement lié à ce continent riverain de notre Méditerranée, le mot “Afrique” n’a pas été prononcé. Sans jeu de mots, l’Afrique noire est le “trou noir” de l’humanité où celle-ci risque d’être engloutie comme par les lois de la gravitation universelle. Aucun autre continent, même l’Asie, où règne cependant aussi beaucoup de misère, n’est en situation aussi désespérée : par exemple l’Inde et la Chine se développent, certes avec beaucoup d’inégalités ou d’insuffisances, mais sont en train de dépasser cette situation. Rien de semblable en Afrique.

Il est vrai que les civilisations asiatiques sont plus porteuses, de par leur passé, que les civilisations africaines. Certes l’Afrique a des difficultés physiques spécifiques : le problème de l’eau se pose en de nombreuses régions. Mais, même là où l’eau est présente, on ne voit pas pour autant l’agriculture se développer. Effet rémanent d’une trop longue colonisation ? On ne peut le prétendre : l’Inde, longtemps sous colonisation anglaise, est l’exemple même d’un pays qui a su sortir de cette ère et même en tirer profit ; l’Afrique du Sud est, avec le Mozambique voisin, un autre îlot qui a su tirer partie des installations héritées des boers malgré une difficile décolonisation. On aurait pu croire aussi que l’Algérie, qui a hérité du legs immense que lui a laissé la France, aurait pu suivre ces exemples : le combat idéologique et religieux qui l’a gagnée a ruiné tous les espoirs qu’on y plaçait.

Peut-être la colonisation a-t’elle laissé sur le continent africain les traces de frontières arbitraires qui ne tenaient pas compte des caractéristiques ethniques ou tribales du pays, jouant ici sur les “chefferies” locales et, là, les ignorant totalement. La responsabilité politique des pays colonisateurs n’est pas niable mais n’explique pas tout : les chefs d’états locaux qui ont suivi la colonisation pratiquent depuis un égoïsme forcené. Des budgets d’état sont confisqués, ici et là, à 30 ou 40% par ces dirigeants : pour exemple, le Maréchal Mobuto avait, à sa mort, une fortune équivalente à l’aide annuelle accordée au Zaïre par l’ensemble des pays et les organisations humanitaires. (J’ai pu constater ce faste insolent lors d’une rencontre - à objet professionnel - que j’ai eue avec lui dans l’une de ses résidence, à Cap Martin).

Les causes profondes sont peut-être que les pays africains, dans leurs valeurs, leurs modes de pensée, leurs façons d’agir, leurs manières de se situer, sont en plus ou moins bonne correspondance avec l’élément dominant de notre époque. Or l’élément dominant actuel est la “technique” : si, par exemple, les esquimaux, ou encore les indiens, sont en pointe avancée en matière d’informatique, ce n’est pas du tout le cas des pays africains qui semblent l’ignorer. Les exportations du continent africain ne représentent d’ailleurs que 1% du commerce mondial. Les africains sont, par contre, d’extraordinaires commerçants. Ils ont aussi su garder des valeurs vitales - la solidarité familiale, l’esthétique, le sens musical - qui leur appartiennent bien et savent y générer une certaine joie de vivre malgré les conditions difficiles où ils sont : sous de nombreux égards, les africains sont des gens formidables. Leurs qualités sont d’ailleurs inverses des nôtres : ils sont, par exemple, assez éloignés de notre esprit de compétition dont on sait qu’il peut nous exposer un jour ou l’autre, en Occident, à de profondes lassitudes.

Nous assistons cependant en Afrique à un réel réinvestissement des américains mais.... pour des raisons qui ne sont pas celles qu’on imagine. Les zones pétrolières - Angola, Nigeria, etc... - sont fort travaillées. Par contre le Sahel, la partie sud de la zone islamisée, sont enveloppées d’une misère croissante qui risque d’en faire un jour une Afghanistan de réserve. Face à cette menace, les aides occidentales vont - au Mali, par exemple - non pas à la population qui n’en voit rien passer, mais à leur gendarmerie, ou encore à leur armée..., de crainte que ce bloc de misère ne trouve un jour un exutoire qui lui serait fourni par le terrorisme anti-occidental.

L’aide des pays développés, quoiqu’elle soit très supérieure à celle accordée à l’Asie, est en Afrique un échec total qui n’a permis aucun développement durable. Notre conception de l’aide y est trop paternaliste : elle n’aboutit à rien car largement confisquée par les classes dirigeantes. Tant que les pays africains ne se prendront pas eux-mêmes en mains, personne ne pourra se substituer à eux.

Si nous voulons éviter l’explosion de ce continent, avec les graves retombées qui frapperaient l’Europe toute entière, il est devenu urgent que celle-ci apporte une aide généreuse, mais très différente de celle par trop stérile que nous accordons actuellement. C’est une des grandes priorités de l’Europe.