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vendredi, 12 décembre 2003

À PROPOS DE L'EUROPE ÉVANOUÏE

BILLET du 12/12/2003

L’Europe vient de recevoir le coup de grâce. Et ce coup vient de lui être administré par ses deux plus mauvais élèves : la France et l’Allemagne qui ont décidé de se libérer de leurs engagements internationaux et de reprendre chacune leur liberté économique. Le pacte de stabilité est moribond, la Commission de Bruxelles, comme la Banque Centrale Européenne, sont en plein désarroi, la stabilité de l’Euro est menacée, la Constitution Européenne est morte avant même d’être née. Nous sommes rentrés dans le mur. Les USA et la Grande-Bretagne peuvent jubiler (et ils ne s’en privent pas) : l’Europe ne fera pas avant longtemps contrepoids face à l’hégémonie américaine.

Revenons sur les deux aspects de ce qu’on ne peut plus appeler une simple crise.

Premier aspect : le pacte de stabilité. Il a été mis en pièces par les Ministres des Finances qui ont toléré que la France et l’Allemagne ne respectent plus les règles qu’elles avaient cependant tout fait pour qu’elles soient instaurées. Et elles s’étaient engagées ensuite par leur signature internationale à les respecter. La France fait montre d’une incapacité inouïe d’entreprendre les réformes structurelles d’urgence qui lui sont indispensables alors que, parallèlement, elles commencent à se mettre en place, non sans fortes réticences, en Allemagne. Par son incapacité, la France a engendré une maladie de fond et a entraîné avec elle l’Allemagne. Elles ont désormais ensemble perdu toute crédibilité et toute autorité pour se permettre d’imposer quelque règle que ce soit à qui que ce soit. Contradiction aussi pour la Commission de Bruxelles dont le Président, il y a moins d’un an, disait que ce pacte de stabilité était une “stupidité”. Aujourd’hui, il pousse des cris d’orfraie à le voir ainsi annihilé. Il est vrai que les initiateurs de ce pacte - signé par la France sous le gouvernement JUPPÉ, inventeur du butoir-sanction des 3% du PIB - avaient peut-être été imprudents d’ôter toute possibilité de se payer un peu d’inflation lorsqu’une dépression économique appelait un “coup de fouet”. Les USA en connaissent la méthode de longue date même si c’est au détriment de la planète entière dont ils se moquent éperdument.

Second aspect : la Constitution Européenne si laborieusement rédigée par Mr Valéry GISCARD D’ESTAING. À côté d’une Europe des monnaies, il est évident qu’il fallait créer une Europe économique, politique et de puissance. Comment aujourd’hui l’imposer à des pays qui, au prix de sacrifices ruineux, en ont déjà scrupuleusement précédé ses règles quand France et Allemagne les bafouent avec une désinvolture hautaine ? Nous avons aujourd’hui une monnaie commune avec une Banque Centrale Européenne, mais nous sommes incapables de mettre en place un gouvernement économique de l’Europe. Or une monnaie qui n’est pas articulée sur une économie, c’est un bateau ivre. Mr TRICHET - imposé à la tête de la Banque Européenne par Mr CHIRAC - n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser l’attitude de la France et les errements économiques imposés par celui-ci au nom de promesses électorales aventureuses. On guette, tels des mendiants, par dessus l’Atlantique une hypothétique reprise “made in USA”. Mais cette reprise, sans réforme en profondeur de nos structures, ne suffira pas à elle seule à résoudre nos problèmes. Pour exemple : les pays “vertueux” ont tous un taux de croissance très supérieur à ceux qui ne le sont pas. Et ça, la France continue de ne pas vouloir le comprendre. Nous ne cessons de marcher sur la tête.

Nous touchons là le cœur du problème. De GAULLE avait de l’Europe une vision planétaire. Ses successeurs, de POMPIDOU à MITTERRAND en passant par GISCARD, en avaient une vision à la fois idéaliste et pragmatique. Aujourd’hui, nul ne peut soupçonner Jacques CHIRAC de ne pas être européen. Mais, de tout temps, il n’a jamais eu de l’Europe qu’une vision baroque (*). Et nos partenaires qui veulent bâtir l’Europe ne veulent pas de ce type de construction aussi fragile que ne la conçoit Mr CHIRAC pour des raisons égoïstes de seule politique intérieure.

On connaît ce mot de George ORWELL : “Tous les animaux sont égaux, mais il y a des animaux plus égaux que d'autres”.

C’est à ce curieux concept d’égalité entre nations que se livrent la France et l’Allemagne. C’est irresponsable, inacceptable et honteux.

Ce que des générations avaient construit si patiemment, et au prix de quels efforts, est aujourd’hui anéanti. On ne peut pas dire merci à ces gens qui ont détruit ce si long travail.

(*) : le style baroque se distingue par l’irrégularité de ses formes : colonnes torses, volutes renversées, saillies imprévues, etc.... Par sa fragilité conceptuelle, il ne peut convenir qu’aux architectures à la légèreté de laquelle il contribue.

jeudi, 27 novembre 2003

À PROPOS DE L'ANTI-SÉMITISME

BILLET du 27/11/2003

Après l'incendie qui a détruit une école juive à GAGNY, après d'autres incidents aussi graves qui se multiplient ici et là, l'on peut se demander s'il existe ou non un regain de l'antisémitisme en France. L'on doit, hélas, répondre "oui" à cette interrogation.

Depuis toujours, héritage de la culture chrétienne qui inculquait que les Juifs son ceux qui "ont tué le Christ", on a observé des actes d'antisémitisme. Mais nous n'avons jamais eu en France des actes allant jusqu'à l'incendie des synagogues ou d'écoles, actes qui rappellent le régime hitlérien. Nos compatriotes juifs se sentent désormais en insécurité.

Cet antisémitisme, quel est-il ? Au moment de CARPENTRAS où des tombes juives avaient été profanées, tout le monde a désigné LE PEN et son "Front National". Pierre JOXE, Ministre de l'Intérieur de l'époque, l'a même affirmé théâtralement. Manque de chance, on s'est aperçu ensuite que le FN n'y était pour rien et que les auteurs de cette infamie n'étaient que de pauvres bougres égarés. Aujourd'hui, plus personne ne désigne le FN. Tout le monde, plus ou moins discrètement, pense que ce sont les islamistes qui sont les auteurs de ces actes odieux. Mais nous devons, là encore, être prudents : ce n'est peut-être pas davantage eux aujourd'hui qu'hier LE PEN.

Au-delà de cela, nous devons constater le développement des confrontations inter-religieuses en France. L'antisémitisme a d'abord été religieux, chrétien, mais aussi anti-chrétien (Voltaire et les socialistes du 19° siècle n'était pas des chrétiens). On ne dira jamais assez combien le Pape Jean-Paul II a été un immense serviteur de la Paix en éradiquant l'antisémitisme du monde chrétien. Aujourd'hui, les milieux chrétiens sont ceux, de toutes les communautés en France, qui sont lers plus favorables aux juifs. Il existe cependant toujours un antisémitisme d'extrême-droite qui, lui, n'a pas totalement disparu. Mais il n'est pas dominant et n'est vraisemblablement pas l'auteur des actuels attentats.

Après l'antisémitisme religieux ou d'origine culturelle est né aujourd'hui l'antisémitisme issu du conflit israëlo-palestinien. On traite dans la rue ou les cours de récréation les enfants juifs de "sales juifs", etc.... Mais cela prend une forme de jeux pratiqués par des jeunes issus de l'immigration maghrébine. Et il faut observer que la grande masse musulmane, elle, ne bouge pas et ne participe pas à ces jeux ni ne se livre à de l'antisémitisme actif. Et pourtant il y a un ferment de prêcheurs, d'ayatollahs islamistes extrémistes qui viennent exciter les uns et les autres. Et pour nombre de gamins très jeunes, il se développe une culture où l'on enseigne que le "juif" c'est quelque chose d'épouvantable. Et ces jeunes reproduisent, la télévision aidant, les images d'intifada. Ils font corps avec la passion palestinienne contre les "affreux juifs" de l'État d'Israël. Il se crée des amalgames qui échappent à des lignes claires, à toute raison et qui entraînent des dérives identitaires. Attention : danger !

Nous devons reconnaître que, dans cette affaire, Mr CHIRAC a eu les mots et les gestes qu'il fallait. On ne peut en dire autant de la gauche. Après CARPENTRAS, il y a eu des centaines de milliers de personnes qui sont descendues dans la rue. Même MITTERRAND y est allé. Aujourd'hui, ce qui se passe est beaucoup plus grave que CARPENTRAS. Or, le PS, aujourd'hui, n'a pas bougé. L'extrême gauche pas davantage mais va même offrir des tribunes à un homme aussi équivoque que Taraq RAMADAN. Même notre Ministre de l'Intérieur fait de ce dernier son interlocuteur à la télé ! C'est tout-à-fait irresponsable.

Si nous commençons à admettre que ces faits sont inévitables, nous nous installons dans un début de guerre civile en France. Si nous ne réagissons pas avec une extrême fermeté à toute espèce de racisme - qu'il porte sur les musulmans ou sur les juifs - la France va à la catastrophe. Et l'affaire du voile islamique paraîtra alors tout-à-fait anecdotique et dérisoire.

Nous ne pouvons plus rester indifférents à ces ferments qui ont porteurs de la destruction de notre société.

jeudi, 13 novembre 2003

À PROPOS DES 35 HEURES

Nous ne cessons d’être interpellés sur les 35 heures. C’est devenu le dernier sujet à la mode. Et, pourtant, la diminution du temps de vie consacré au travail - jadis 40%, aujourd’hui 15 à 20% de notre existence - est indéniablement un progrès de l’humanité.

Mais, quand on diminue autoritairement la masse du travail produit dans un pays développé, comme l’a fait aussi rudement Mme AUBRY (désormais 1.460 heures moyennes annuelles seulement en France contre 1.930 aux USA, 1.600 environ en Allemagne ou en Italie), on plombe nécessairement ce pays.

Nous en payons, en France, lourdement les conséquences.

La vraie folie de Mme AUBRY - car c’en est une ! - a été la réduction obligatoire du temps de travail de façon légale et uniforme pour tous les corps de métiers, sans aucune négociation préalable, sans connaître les exigences de notre société et sans évaluer avec rigueur le coût (exorbitant) des compensations à verser chaque année à nos entreprises pour qu’elles survivent face à un tel choc.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Mr RAFFARIN a raison ou non de ne pas toucher à la délirante loi AUBRY. Malgré les griefs que l’on peut faire parfois à Mr RAFFARIN, j’ai tendance à dire que, sur ce sujet précis, la méthode de Mr RAFFARIN est sagement prudente. Je l’approuve sur le fond.

J’observe que Mr FILLON a déjà pris une première mesure permettant la modulation de la loi AUBRY, notamment quant à son application dans les PME. Mais j’observe aussi l’écho très limité qu’a reçu cette mesure. On aurait imaginé un vrai raz-de-marée : il n’en a rien été. Ce qui laisse penser que les 35 heures n’ont pas été partout perçues comme totalement négatives par tous les acteurs sociaux. Cependant, dans certains domaines - notamment dans le secteur tertiaire ou celui de la santé - les 35 heures ont été une véritable catastrophe, y compris une catastrophe humanitaire. Nous l’avons vu cet été.

De plus, dans la mesure où la réduction du temps de travail (RTT) est plus facilement applicable (par exemple) dans la fonction publique, l’on crée une césure de plus entre le secteur public (dont chacun convient qu’il faut en diminuer le poids) et le secteur privé (dont chacun s’accorde par contre pour en saluer les performances quand on pense aux atouts de la France). Ce qui aggrave le sentiment d’inégalité entre ces catégories de salariés. C’est un sentiment détestable et dangereux à terme.

Certains suggèrent donc d’abroger purement et simplement la loi AUBRY. Je pense pourtant que cela ferait surgir un tintamarre social qui serait infiniment plus dommageable que le bénéfice que l’on pourrait éventuellement en retirer. Nous ne devons pas sombrer dans la même erreur que Mme AUBRY en légiférant autoritairement, que ce soit dans un sens ou dans son contraire, et ce de façon uniforme. La seule méthode, celle que précisément Mme AUBRY n’a pas employée, est la négociation faite branche par branche sur les possibilités d’y appliquer ou non cette réduction, ou d’en évaluer l’amplitude possible.

Il y aurait, par contre, grand danger de faire des 35 heures le bouc émissaire de tous nos malheurs, y compris de la récession-stagnation que connaît la France aujourd’hui : la meilleure preuve est que le reste de l’Europe, qui n’a pas eu à supporter le fléau AUBRY, est dans une situation à peine meilleure.

On ne peut, pour autant, laisser les choses en l’état. Aucun pays européen n’a voulu adopter notre RTT : tout au contraire, la tendance générale est à l’allongement de la durée du travail (nous sommes en plein contresens !) tout comme sur l’âge de la retraite. Et là où ces mesures ont été prises, l’on observe une réduction du chômage (100.000 emplois créés en Allemagne en Septembre !) alors qu’en France nous grimpons inexorablement vers les 10% de chômeurs pour la fin de cette année.

Il nous faut donc prendre des mesures qui nécessiteront grand courage et forte volonté.

Il faut cesser d’endormir le pays et lui tenir désormais le discours de la rigueur, un discours plus “churchillien”. Si la France veut tenir sa politique sociale - et qui est l’une des plus généreuses du monde - elle ne peut avoir l’économie la plus fragile du monde. Le maintien de nos protections sociales passe par des efforts de production, de réindustrialisation, ou encore de productivité. Pas par la passivité d’une hypothétique croissance miracle. Encore moins par la religion “ayatollahesque” des droits acquis.

On peut, par ailleurs, s’interroger sur la nécessité d’attendre encore un an pour aborder la réforme de l’assurance maladie. J’en doute fort, alors que l’on sait que, outre les milliards d’euros dépensés en sus, le gouvernement risque fort de sortir dans un an quelque peu éprouvé des scrutins du printemps prochain.

Pourquoi donc pas aujourd’hui ? Pourquoi encore attendre ?

lundi, 03 novembre 2003

À PROPOS DE VOILE & LAÏCITÉ

BILLET du 3/11/2003

“La laïcité n’est pas négociable”. C’est la phrase essentielle que vous retiendrons du discours de Jacques CHIRAC à VALENCIENNES. Ce qui laisse entendre que celui-ci ne serait plus hostile à une loi qui réglementerait le port de signes religieux ostentatoires au sein de nos établissements d’enseignement publics.

Y a-t-il une laïcité “à la française” ? Force est de reconnaître que ce concept est essentiellement franco-français et totalement ignoré chez la plupart de nos partenaires occidentaux ? On voit bien que la position des laïcs n’est pas toujours comprise, non seulement à l’étranger, mais aussi dans une partie de l’opinion française qui glisse insensiblement vers une façon d’être ou de réagir propre aux pays anglo-saxons. Cette opinion glisse vers le communautarisme, ce qui n’est pas forcement répréhensible en soi sauf dans l’idée que l’on peut se faire, comme français, de la capacité française de le supporter.

Le communautarisme est, par exemple, fort bien supporté aux USA. Mais il est surmonté par le ciment patriotique (le salut au drapeau dans les écoles). Les jeunes filles musulmanes (c’est également vrai en Grande-Bretagne comme dans quelques établissements en France) peuvent y garder leur voile. Mais ici, en France, on les exclut partout ailleurs de façon ou passive ou active. On les marginalise de toute façon.

Il semble que nous voudrions rappeler avec plus de fermeté l’idée que la loi civile doit l’emporter sur la loi religieuse. Or les fondamentalistes musulmans pensent exactement l’inverse : “La loi de Dieu doit l’emporter sur loi des hommes”. Et pour eux, la loi de Dieu, c’est le Coran qu’ils veulent appliquer de façon littérale. Si les chrétiens se mettaient, de leur côté, à faire la même chose, les juifs aussi du leur, il y aurait non seulement communautarisme mais, à terme, libanisation de la société française.

La France serait beaucoup plus éprouvée que n’importe quel autre pays par ce communautarisme. Pourquoi ? Tout pays a une sorte de lien national et social qui n’est pas le même partout. En Grande-Bretagne, c’est le rassemblement autour de l’Union Jack et de la couronne. En Allemagne, c’est la langue. Aux USA, la constitution. Et en France, c’est l’État. Et si l’on remet en cause l’État républicain, c’est le ciment national qui va s’effondrer. Ne serait-ce que pour cette raison, Jacques CHIRAC a raison d’affirmer que la “laïcité n’est pas négociable”.

S’il ne s’agissait que de ce foulard tant décrié, ce serait dérisoire. Mais l’on voit bien que derrière le voile islamique se cachent beaucoup d’autres choses. Lorsque l’on apprend que dans des hôpitaux, ou des maternités, un certain nombre de femmes musulmanes - ou plutôt leurs maris ou autres parents mâles - refusent que ce soit un homme qui intervienne dans les soins à donner..., lorsque Mr DELANOÊ est obligé de demander l’exclusion d’une assistante sociale voilée qui refuse de toucher la main des administrés masculins..., lorsque l’on voit des étudiantes musulmanes refuser d’être interrogées par un professeur du sexe mâle, force est de constater qu’il y a une sorte d’offensive généralisée, une épreuve de force orchestrée par les fondamentalistes contre la conception française de la laïcité et la vision de notre société.

Ce n’est pas être islamophobe que de combattre le racisme et de ne vouloir accepter qu’une pratique paisible de l’islam. Ce n’est pas l’être davantage que de combattre les archaïsmes débiles et de refuser que la femme soit déclassée comme un être inférieur. Ce l’est encore moins que de refuser que la loi des états soit supplantée par celle du Coran ou de tout autre livre religieux. Il est intolérable d’admettre que ce soit une loi musulmane qui prétende s’imposer, ne serait-ce qu’à une partie de notre population. La tolérance ne peut aller jusqu’à s’abaisser à renier nos convictions profondes. Il faut reconnaître que, par rapport à l’islam, la religion chrétienne n’a plus aujourd’hui cette outrageuse prétention et, précisément, parce qu’il y a un siècle il a été mis fin à son hégémonie impérieuse et parfois de façon tragiquement violente. Pourquoi donc devrait-on accepter aujourd’hui de l’islam son caractère impérieux, encore beaucoup plus intransigeant que celui de la religion chrétienne en sa période la plus excessive ? Pourquoi devrait-on aujourd’hui accepter le dessein de l’islam de marquer de son sceau toute la structure sociale ou politico-sociale de notre pays ?

Le lieu n’est pas ici d’épiloguer pour savoir si le port du voile est oui ou non un précepte religieux intangible. Le Coran ne fait-il pas aussi obligation aux hommes de porter barbe et calotte ? Combien de jeunes beurs respectent-ils ce précepte ? La lecture du Coran est sujette à toutes les interprétations : preuve en est que nombre de pays musulmans n’en tirent pas la même application. Mais derrière le port du voile, c’est surtout le statut de la femme en France qui est en jeu. Pourquoi certains veulent-ils imposer aux femmes des préceptes religieux ou vestimentaires qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ?

Le port du voile est devenu aujourd'hui le symbole des rapports entre l’islam et la laïcité. Si l’islam veut continuer d’être reconnu et respecté par les sociétés modernes et laïques, il va lui falloir évoluer, notamment sur l’interprétation du Coran qui s’est “calcifiée” (Claude IMBERT) depuis le 13° siècle et qui a contribué à jeter sur des peuples entiers une sorte de camisole qui a contribué à prolonger leur misère par le refus de la science et du savoir.

Avant de conclure, je citerai Victor HUGO dans “La fin de Satan”. Il y fait défiler les religions dans leur ordre d’évolution logique. Après avoir successivement cité l’athéisme, l’animisme, etc...., l’avant dernier stade de cette évolution des religions serait, selon lui, le christianisme. Puis suivrait enfin.... le rationalisme ! Et il conclut : “Et le plus blême éclair du gouffre est sur ce lieu où la religion sinistre tua Dieu”. La religion tua Dieu....

Si aujourd’hui l’on veut nous faire prendre les religions pour le contenu même de nos programmes politiques, nous avons toutes raisons de nous insurger.

Réveillons vite la vigueur de nos convictions et restons fermement ancrés en elles.

jeudi, 25 septembre 2003

À PROPOS D'UN ESSAI

BILLET du 25/9/2003

Alors que mon dernier billet (n° 17 “La Grande Faillite”) venait juste de sortir, des amis me faisaient découvrir un essai qui vient d’être publié en librairie : “La France qui tombe “ (Perrin) de Nicolas BAVEREZ. (ex-proche collaborateur de Philippe SEGUIN et actuellement éditorialiste au “Point”)

Évidemment, comme toujours quand on lit un essai de ce genre - et notamment sur les techniques politiques : que faut-il faire dans la situation où nous sommes aujourd’hui ? - on peut ne pas être toujours en accord avec l’auteur. La France tombe-t-elle à ce point, est-t’on tenté de s’interroger ? On ne trouve cependant pas chez BAVEREZ cette auto-dépréciation, vieille maladie française qui aime se critiquer elle-même à l’excès.

Par contre, pour ce qui est de son analyse, celle-ci est extrêmement juste. On a beau jeu de répliquer : comment la France tombe-t-elle quand elle est le 4ème exportateur mondial ? L’inventivité qui demeure, la réussite des “30 glorieuses” dans la reconversion industrielle d’après la guerre, etc..., tout cela n’est pas niable.

Mais seulement, quand on tombe, il ne faut pas seulement regarder le 1er étage, ni le 5ème en partant du haut, mais la suite : nous déclinons lentement, avec certitude, par un certain nombre de comportements, un excès du poids de l’État et parce qu’au fond nous sommes à contre-courant du monde d’aujourd’hui. Nous continuons de vivre au 21° siècle avec des airs à la Louis XIV.

Si Mr BAVEREZ, pour expliquer le déclin actuel de la France, use des mêmes arguments que ceux que j’avais évoqués dans mon précédent billet, il souligne en plus une série de domaines où la France prend aussi du retard, moins d’ailleurs dans les secteurs les plus lourds que dans les secteurs de pointe. En particulier, celui de la recherche scientifique qui est dramatique, aussi bien du point de vue industriel, économique qu’intellectuel. Un pays qui consacre aussi peu d’argent à la recherche, si l’on se compare aux américains, aux anglais, allemands ou hollandais, est très préoccupant. La France a trop tendance à vivre sur son capital, sur ses acquits, et non en regardant l’avenir.

(Je ne partage pas, pour autant, le point de vue de Mr BAVEREZ, même si cet avis est celui de beaucoup, quand il dit que “la politique étrangère française n’a plus aucune influence, qu’elle est coupée de ses alliés, aussi bien européens qu’américains”. S’il est aujourd’hui, à mon avis, en matière de politique étrangère, un pays qui tombe parce qu’il s’est mis dans une situation impossible, ce sont bien les États-Unis. Et s’il est un pays qui a des positions qui s’avéreront fécondes, c’est bien la France. Il faut le dire)

La situation économique française est-elle pour autant désespérée ? Non : “il n’est de désespoir que dans la résignation”. Parce que la France a un capital du point de vue technique, comme aussi un savoir-faire certain, la situation n’est pas tant désespérée.

Mais qu’ont fait de plus les autres grandes nations pour en sortir ?

Elles ont tout repensé pour s’adapter.Et la France, elle ? L’inverse exactement (!) “partant non pas de l’idée qu’il faut que tout change pour que rien ne change, mais que plus ça change et plus il ne faut rien changer”. La France s’en remet à quelques mots d’ordre, à de dérisoires “lignes Maginot” d’un passé révolu face aux bouleversements du monde : service public à la française, exception française, etc....

La France manque de souffle politique. Je le disais récemment à un ami de sensibilité gaulliste à propos de mon précédent billet dont nous discutions : nous sommes loins des impulsions qu’ont su donner en leur temps et dans des circonstances comparables, des Churchill, des De Gaulle et autres hommes d’État qui refusaient, eux, de laisser leur pays se bercer dans les douces illusions des “lendemains qui chantent”, des croissances miraculeuses, etc..... Ils annonçaient, eux, “du sang et des larmes”.

Les français auraient tort de ne pas croire en eux-mêmes. Mais seul “le travail opiniâtre vient à bout de tout” (Virgile).

Il faut du courage pour le faire. Mais tout autant à nos politiques pour le dire. Pour dire vrai.

mercredi, 10 septembre 2003

À PROPOS DE LA GRANDE FAILLITE

BILLET du 10/9/2003

La France ne va pas bien. Les chiffres sont implacables : notre dette atteint désormais la somme extravagante de 1.000 milliards d’euros. Les seuls intérêts que nous devons payer chaque année sont équivalents au budget de notre défense nationale.

C’est la première fois, depuis un demi-siècle, que la situation de la France est aussi grave. Mais ce qui est le plus préoccupant est cette difficulté d’obtenir des français une large adhésion pour entreprendre la réforme en profondeur d’un système qui nous a amenés dans ce gouffre abyssal qui ne cesse de se creuser. Les français ne semblent pas réaliser qu’à force de dépenser 20% de plus que ce que l’État n’a de recettes, c’est l’indépendance même de la France qui est en danger. C’est aussi toute l’Europe qui est menacée. C’est l’avenir des générations à suivre qui est en péril, celles-là qui devront payer cette dette pendant des décennies d’efforts inouïs avec le risque d’éclatement social de toute notre société.

Le gouvernement de Mr RAFFARIN porte une responsabilité certaine dans cet état d’inconscience où nous baignons. Il y a un an déjà, il nous annonçait une croissance de 2,7% pour justifier un budget risqué : on estime qu’elle n’en est plus qu’à 0,5%, et encore en espérant que ce ne sera pas en dessous de 0%. Aujourd’hui, le budget 2004 ne serait en déficit “que de” 4%, en tenant compte d’un taux de croissance prévu de 1,7%. Or rien n’est moins certain que ce taux. On joue au poker avec l’avenir des français.

Oui, bien sur, Mr RAFFARIN a commencé une réforme des retraites : mais il s’est bien gardé de toucher aux injustices criantes des régimes spéciaux. La réforme entreprise est importante ; mais elle reste inachevée. Et le malaise demeure. Il y a aussi le déficit de la Sécurité Sociale qui devient vertigineux : 10 milliards € en 2003, 15 milliards annoncés pour 2004. Etc....

La France, encore, compte 30% d’emplois non productifs de plus que la moyenne de ses voisins et compétiteurs. Et elle a, par contre, 30% d’emplois productifs (“marchands”) en moins qu’eux. On se souvient qu’il y a un an on projetait alors de diminuer le nombre de fonctionnaires d’un peu plus de 900.000 agents pour rapprocher le nombre de ceux-ci de la moyenne européenne. Et on prévoyait un plan de réduction de l’ordre de 30.000 agents par an, soit un délai prudent de 30 ans pour nous mettre aux normes. Or, en 2004, l’on prévoit une diminution de moins de 5.000 agents au lieu des 30.000 envisagés. À ce train, il nous faudra attendre plus de 190 ans pour atteindre l’indispensable objectif. Oui, c’est mieux qu’augmenter les effectifs comme le faisaient les socialo-communistes. Mais c’est très insuffisant.

Enfin, le français travaille environ 25% de moins que les travailleurs des autres pays industrialisés (merci, Mme AUBRY, pour votre loi délirante des 35 heures !). Nous allons ainsi gaiement vers la faillite de l’État, c’est-à-dire la faillite de chacun d’entre nous sans aucune exception de catégories sociales.

Vient alors la question de la baisse des impôts. Les socialo-communistes - et d’autres - nous ont entraînés dans une spirale qui fait de la France la championne mondiale des prélèvements obligatoires. Ils sont devenus insupportables et tuent emplois et croissance. Il était urgent de réagir. Mais le choix de réduire le seul impôt sur le revenu - qui touche moins d’un français sur deux - n’est pas de ceux qui peuvent stimuler cette croissance dont nous avons tant besoin. Mais le plus grave : réduire les impôts sans réduire la dépense et sans remettre les français au travail pour augmenter notre productivité est une attitude irresponsable. La question du jour férié qui deviendrait travaillé est anecdotique : c’est une excellente initiative s’il s’agit de booster un peu plus notre productivité. Mais de là à financer par cette mesure l’immense besoin de nos maisons de retraite ou de santé, il y a parfaite inadéquation. C’est un gadget.

La France est un pays qui aime peu qu’on lui dise la vérité. Et la dire est trop souvent une sorte de suicide politique. De Gaulle, à droite, Mendès-France, à gauche, Raymond Barre, au centre, ont ce point en commun qu’ils ont eu des carrières chaotiques parce qu’ils avaient le tort de dire souvent la vérité. Nos gouvernants d’aujourd’hui ont retenu la leçon. Lucides, ils doivent l’être certainement. Même à gauche il doit s’en trouver aussi quelques-uns. Mais de là à avoir le courage de dire la vérité aux français, il y a un pas que nul n’ose franchir.

Silence : la France se meurt. Mais c’est dans une douce inconscience où on la berce. Chut !

vendredi, 18 juillet 2003

À PROPOS DE PROMESSES

BILLET du 18/7/2003

Oui, c’est vrai, le poids de la charge fiscale en France a atteint, sinon dépassé, les limites du tolérable. Mr JOSPIN n’a pas su profiter des années d’excèdents pour diminuer l’endettement de la France et lui donner un nouvel élan: tout au contraire, il en a augmenté la lourdeur du train de vie.

Mr CHIRAC avait justement déclaré qu’il nous fallait diminuer désormais ce poids. Et de là les promesses que l’on sait, promesses qu’il a renouvelées lors de son point presse du 14 Juillet.

Mais quelle crédibilité peut-on aujourd’hui accorder à de semblables promesses ?

Dès 2002, puis en 2003, un premier geste fut accordé sur le barème des impôts sur le revenu. Mais qui dit baisse de l’impôt exigeait baisse parallèle des dépenses de l’État. Or, on n’a pas eu le courage d’enrayer l’embauche de 38.000 nouveaux fonctionnaires, s’ajoutant aux centaines de milliers d’autres créés par Mr JOSPIN.

On sait les conséquences : aujourd’hui, la situation de la France est plus que très mauvaise. Son indépendance économique est menacée. Ses engagements européens pris lors de son accession à la zone euro ne sont pas respectés, et de loin. Est-elle seule dans ce cas ? Non. Mais est-ce un prétexte pour continuer à être un des plus mauvais élèves de l’Europe ? Quel avenir peut avoir notre Europe si chacun continue de jouer comme il veut dans son camp ? Et voilà que, parce que le thermomètre indique que la France a la fièvre dépensière, on nous propose comme solution.... de casser tout simplement le thermomètre en faisant sauter les critères de stabilité. Où est le sérieux d’une telle proposition ?

Autre promesse : celle de faire baisser le taux de la TVA dans la restauration pour l’uniformiser au taux des ventes des aliments à emporter. Sur le principe, on ne peut qu’applaudir car c’est une décision équitable à laquelle il fallait parvenir. Mais c’est une nouvelle charge de plus de 3 milliards d’euros (≥21 milliards de francs) que la France va devoir supporter en plus sur un budget 2004 déjà problématique en raison de l’atonie de la croissance économique. “On ne sait encore comment on financera cette mesure” déclare-t-on déjà à BERCY. Échappera-t-on au relèvement de 5,5 à 19,6% du taux de TVA sur les travaux effectués par les artisans au profit des particuliers et ce dès le 1er Janvier prochain, date limite d’une dérogation qui avait été accordée exceptionnellement à la France à titre temporaire ? On peut en douter.

S’agissant de la baisse de la TVA sur la restauration, l’on pourrait croire qu’elle sera compensée par un accroissement de l’embauche dans cette profession. Mais un récent rapport de la Commission indiquait qu’”une baisse de la TVA n’est jamais la mesure la plus efficace pour stimuler l’emploi et la croissance” et de préciser que “son coût est élevé par rapport à ses effets économiques”.

On a déjà constaté que les baisses des barèmes de l’impôt sur le revenu accordées par Jacques CHIRAC n’ont eu aucun effet sur le taux de la croissance en France. Faut-il poursuivre nos efforts dans cet axe ?

Si baisse des impôts il doit y avoir, la première exigence est de réduire de façon drastique le train de vie de l’État. La seconde n’est plus de baisser l’impôt sur le revenu mais de cibler tout ce qui peut favoriser l’investissement, l’emploi (notamment par une baisse des charges sur les bas salaires), favoriser la recherche, développer l’épargne, etc.... Ce sera moins populaire car cela ne touchera pas directement les ménages. Mais ce sera autrement plus efficace.

Arrêtons donc de promettre n’importe quoi : le “retour de bâton” ferait plus de dégâts que le mal que l’on veut soigner aujourd’hui.

“La politique ne peut plus promettre des lendemains qui chantent et repousser toujours la résolution des problèmes du quotidien” (Jean-Pierre Raffarin -  3 Juillet 2002)

dimanche, 22 juin 2003

À PROPOS DE L'ISLAM DE FRANCE

BILLET du 22/6/2003

À peine créé il y a quelques semaines, voici que le Conseil Français du Culte Musulman est déjà en crise avec la montée en puissance des plus radicaux. L’on est en droit de se demander aujourd’hui si Nicolas SARKOZY, qui l’avait fondé avec beaucoup de courage et de volonté, n’a pas joué avec le feu.

S’il est affirmé qu’il y aurait (?) 5 millions de musulmans en France, la majorité d’entr’eux se réclame de l’Islam parce qu’ils sont issus de cultures où celui-ci est dominant. Mais pas plus qu’il n’y a en France 60 millions de croyants qui fréquentent assidûment églises, temples ou synagogues, il n’y a une plus forte proportion de musulmans qui fréquentent les mosquées. Ils respectent surtout certaines fêtes de l’Islam tout comme d’autres, même agnostiques ou athés, respectent Noël, Pâques ou autres fêtes issues de la tradition judéo-chrétienne. Cette faible proportion de musulmans pratiquants pourrait donc relativiser l’ampleur de cette crise.

L’idée - au demeurant fort louable - de Nicolas SARKOZY était surtout que l’Islam ne soit plus une sorte de religion clandestine issue des caves ou des garages mais officiellement représentée comme le sont toutes les autres grandes religions de France. La tournure actuelle de cette représentation ne peut que susciter notre inquiétude : voici que ceux qui deviennent majoritaires dans ce Conseil sont ceux-là mêmes qui, sur la base d’une interprétation - très controversée - du Coran, affirment que celui-ci se place au-dessus des lois de la République. Cet Islam-là s‘arroge désormais une fonction politique outre l’intransigeance de règles resurgies du fond des âges. L’Islam n’est plus seulement une religion mais une autre forme de société qui veut s’imposer à toutes les autres collectivités.

Ne marche-t-on pas un peu sur la tête ? Voici que la France, “fille aînée de l’Église” et si pétrie de la culture chrétienne qui l’a modelée au fil des millénaires, est aujourd’hui le plus ferme opposant à toute référence judéo-chrétienne dans la future Constitution de l’Europe et contre l’avis même de la majorité de nos partenaires. Cette référence ne serait pourtant que la simple reconnaissance d’un fait historique. Cet entêtement de la France n’est ni un acte militant ni la défense de la laïcité. Mais, au même moment, celle-ci déclare que la minorité musulmane doit être entendue dans ses exigences, même si, dans cet extrémisme militant, elle dénie à la République le droit de dire et faire respecter la loi.

Étrange politique que celle-là. On ne peut dénier à Mr SARKOZY son habileté assortie d’une grande fermeté. Mais on laisse cependant beaucoup trop de place aux extrémismes. C’est déjà la même chose en Corse avec un référendum qui n’a pas d’autre but que de faire une fleur à la minorité militante nationaliste en lui donnant une représentativité qu’elle ne peut prétendre avoir. Ces attitudes contradictoires ne peuvent qu’inquiéter.

Un débat va s’ouvrir pour savoir s’il faut écrire une loi nouvelle à propos du port du foulard à l’école de la République. Chacun a une opinion très contrastée sur l’opportunité d’un nouveau texte. Quelles que soient les opinions des uns ou des autres, je crois qu’il faut donner un coup d’arrêt ferme à ces dérives. Cela va très au-delà du débat communautariste : que penser par exemple de ces collectivités qui réservent l’usage de leurs équipements sportifs aux seules femmes musulmanes une demi-journée par semaine ? À quand les demi-journées réservées ensuite aux femmes juives, puis celles aux femmes chrétiennes, ou d’autres encore à on ne sait quel groupe ethnique ? Où nous mène ce communautarisme échevelé ?

Cette prétention de vouloir empiéter sur le domaine de la vie publique doit être stoppée avec fermeté, même si l’Islam proclame que cela est nécessaire : on sait que lorsque certains islamistes affirment que l’Islam peut se réformer, se “laïciser”, ils sont aussitôt taxés d’hérésie. Nous voici loin de l’évangélique “rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu” qui a servi de fondement à notre laïcité, même s’il a fallu de nombreux siècles à la chrétienté pour en tirer les conclusions tant l’imbrication du religieux dans le temporel était, là aussi, demeuré tenace : il a fallu une Révolution pour l’éradiquer.

Les valeurs de la République sont un bien que nous devons défendre. Mais avec cette même foi, cette même ardeur qui ont présidé à sa fondation.

dimanche, 01 juin 2003

À PROPOS DU PARTI SOCIALISTE

BILLET du 1/6/2003

Le Parti Socialiste vient de tenir son premier Congrès après sa cuisante défaite de 2002. Qu’en-a-t-il retenu ? On peut rester perplexe devant le spectacle qu’il nous a offert.

Il lui fallait tenter de refaire son unité pour reconquérir un pouvoir qu’il a perdu : pas moins de 5 motions se sont entre-déchirées. La motion HOLLANDE l’a apparemment emporté. Mais à quel prix ! Je dis “apparemment” quand je vois l’exemple de la toute-puissante Fédération du Nord qui a fait aussitôt sécession et chassé de sa direction tous les membres de la nouvelle majorité pour mettre en place.... l’extrème-gauche pro-Emmanuelli.

Le Parti Socialiste - est-il seul ? - semble incapable d’avoir à sa tête un Tony BLAIR, c’est-à-dire un vrai réformateur qui déciderait de “virer la cuti” - cette fois-ci idéologique - parce qu’il est évident que l’ancien système ne marche plus et a conduit au désastre de 2002. Et de voir qu’on se livre de nouveau aux vieilles litotes d’un passé désuet : et d’entendre Mme GUIGOU lancer à la tribune du “camarades, camarades, camarades !” en ayant perdu tout sens du ridicule. Même Laurent FABIUS, dont on peut imaginer qu’il est celui qui réfléchit le mieux, s’est trouvé obligé de faire des concessions à la gauche et dont on espère qu’il n’en croit pas le premier mot.

Qui donc a gagné ce Congrès ? Du point de vue statistique, c’est HOLLANDE. Du point de vue politique, c’est FABIUS : il est vrai qu’il est bon orateur et il est un parfait démagogue quand il est dans l’opposition alors que, lorsqu’il était au pouvoir, il faisait l’inverse de ce qu’il déclare aujourd’hui. Mais idéologiquement, c’est bien Guy MOLLET qui a gagné ce Congrès : le “molletisme” (1956) est en effet une culture socialiste schizophrène qui fait que l’on fait une chose dans l’opposition et on fait le contraire au pouvoir. D’où cette série d’enthousiasmes, suivis de périodes d’effondrement, qu’a traversées le Parti Socialiste : faire croire, comme le fait le PS actuellement, qu’on pourrait se passer des réformes (“retirer les projets”) sans rien dire de ce que l’on ferait à la place, c’est du “molletisme” pur sucre.

Mais ce qui a le plus frappé dans ce Congrès, c’est ce tabac fait à Bernard THIBAULT et sa CGT pure et dure, et entendre parallèlement FABIUS suspecter la CFDT de “trahison” ! Nous sommes en plein cinéma.

Les mœurs de ce Congrès sont celles issues du 19° siècle : quand on voit ces bons bourgeois - car ce sont des bons bourgeois ! - dénoncer les “riches” et chanter l’”Internationale”, on est dans la plus pure dérision. (Les prolos, eux, ne chantent plus l’”Internationale”, ils ne dénoncent plus les riches mais vont du côté de chez LE PEN.... parce qu’ils en ont assez de ce cinéma). Ces gens-là, qui se livrent à de telles contorsions, ne sont pas dignes de leurs électeurs. Les socialistes n’ont fait qu’un Congrès à destination de leurs militants. Pas à destination des électeurs.

Ce Congrès-là a donné un spectacle indigne de la politique par l’incapacité dont il a fait preuve de se réformer, par la comédie qu’il se croit tenu de jouer pour reconquérir un électorat que l’on berne.

Évitons à la droite de tomber dans de semblables travers. Nous n’avons pas le droit de cacher la vérité aux français. Or, trop souvent, l’on a entretenu les illusions. Nous risquons de glisser alors vers une situation très dangereuse qui aboutirait à un redoutable “coup de torchon”. La France et les français n’ont pas besoin de ça.

jeudi, 15 mai 2003

À PROPOS DE LA NOTION DE GRÈVE

BILLET du 22/6/2003

On parle à tout propos de l'exception française. Cette exception française peut s'appliquer aussi à notre usage particulier du droit de grève.

Je lisais tout récemment, contrairement à certains idées reçues - et je dois le dire en préambule - qu'il paraîtrait que la France n'est pas le pays où l'usage de la grève serait le plus fréquent. Portons cette bonne nouvelle à ceux qui, ces derniers jours, battent la semelle sur les quais de gare ou se trouvent dans des situations tout-à-fait insupportables.

Quand on évoque généralement le mot "grève", on pense d'abord aux drapeaux rouges, aux ouvriers de Zola, aux bannières déployées dans la rue, etc...., images tout droit sorties de nos lucarnes télévisuelles qui nous en abreuvent abondamment.

Or qui fait aujourd'hui le plus souvent grève en France ? Eh bien ce ne sont pas ceux-là : ce sont les médecins, les professeurs, les pharmaciens, les pilotes d'avions, les fonctionnaires et nombre de professions libérales. Et ces grèves-là sont les plus nombreuses, plus spectaculaires que celles des ouvriers de jadis.

Il est vrai que les ouvriers sont menacés par le chômage, beaucoup plus que les agents de la fonction publique, ce qui les conduit à plus de modération. Et dans une période de récession comme celle que nous traversons, ce sont davantage les fonctionnaires qui font grève plutôt que les employés du secteur privé.

La grève est devenue un phénomène de société qui prend de plus en plus de "hauteur sociale", s'il est permis d'user de ce terme. C'est là une de nos nombreuses exceptions françaises.

Alors peut-on aussi se poser la question de "pourquoi la grève ?". C'est là une autre particularité française : dans la plupart des pays, on fait grève après avoir négocié et lorsque la négociation capote. On part alors dans une sorte d'épreuve de force. En France, c'est le contraire : on fait grève pour ouvrir la négociation . À qui la faute ? Et là il nous faut reconnaître que ce n'est pas toujours la faute des "prolos", des médecins ou des fonctionnaires : longtemps l'Etat ou le patronat français, qui se considéraient comme des Etats ou des patronats "de droit divin", refusaient par principe toute négociation. Des habitudes ont alors été prises qui ont obligé de placer la charrue devant les bœufs.

Autre particularité française encore : le plus souvent en France, les grèves n'ont pas lieu pour les raisons invoquées. La plupart du temps, on dit "c'est pour les salaires". Aujourd'hui les professeurs disent "c'est pour la tentative de décentralisation de l'éducation nationale". D'autres disent "c'est pour défendre la retraite". Or ces raisons ne sont pas l'essentiel des motivations : les grèves sont aujourd'hui davantage le résultat d'un ras-le-bol généralisé, d'un malaise social que la société française ne sait plus traiter. La grève est devenue une sorte d'exutoire.

Ce dévoiement de l'usage de la grève, qui précède toute négociation, se confond maintenant avec la "doléance", un peu comme cela se pratiquait avant la Révolution quand le Tiers-Etat allait la conduire jusqu'au pouvoir central. De la même façon aujourd'hui, dès qu'il y a un mécontentement - et spécialement dans la fonction publique - on en vient à la grève. C'est devenu une sorte de rituel.

Ce qui est quelque peu scandaleux est l'attitude de certains syndicats de la fonction publique agissent dans cette affaire comme s'ils étaient propriétaires de la totalité du secteur public, non pas pour défendre ses agents mais leur propre conception idéologique de ce corps de l'Etat face au Parlement. D'où, par exemple, la bataille de la décentralisation : le gouvernement doit en décider, alors on est systématiquement contre. Etc....

Cette conception des syndicats, même erronée, pourrait encore trouver sa justification s'ils étaient réellement représentatifs. Or on sait le désintérêt des salariés, tous secteurs confondus, pour leurs élections professionnelles (voir mon billet à ce propos du 2 Janvier 2003). Si les syndicats étaient plus représentatifs, peut-être seraient-ils plus responsables. On ne peut que le regretter.

Quand ce phénomène de la grève à répétition - par exemple les enseignants en seront à leur 6ème journée de grève pour ce seul mois - s'ajoute dans un mois de Mai comme celui que nous vivons - 13 jours ouvrables ! - et que vous avez en plus la possibilité des jours chômés, nous sommes placés dans une situation inouïe. Les arches et les ponts conduisent la France dans une situation de panne économique quasi totale. C'est l'une des spécificités françaises les plus préoccupantes. Nous sommes vraiment en plein dévoiement.

La grève n'est plus ce qu'elle doit être. Elle devait être l'une des conditions de la démocratie économique. Or la façon dont elle est désormais conduite détruit sa fonction économique fondamentale. Cette dérive est devenue hautement dangereuse.

Pour finir sur une note d'humour : un haut responsable syndical faisait remarquer ces derniers jours un autre dévoiement, celui de la langue française elle-même. Quand l'on dit que l'on va "passer à l'action", il faut lire en fait que l'on va passer à l'inaction. De dérives en dérives....