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lundi, 09 décembre 2002

À PROPOS DES LEçONS D'UN SCRUTIN

BILLET du 9/12/2002

Tous les regards étaient ce soir tournés vers cette élection législative dans les Yvelines où il fallait remplacer la députée UDF Anne-Marie IDRAC nommée depuis son élection Présidente de la RATP.

Il était normal qu'à ce député UDF succède un autre député UDF. Et c'est le très charismatique Chritian BLANC, ancien PDG d'AIR FRANCE et brillant négociateur des accords sur la Nouvelle Calédonie, qui a reçu le soutien de toute l'UDF et de François BAYROU.

Il s'est trouvé cependant, face à notre candidat naturel, un autre candidat qui s'est présenté contre lui avec l'étiquette UMP, au risque de faire passer la gauche. Et ce candidat UMP a reçu aussitôt le soutien très actif de ministres éminents du gouvernement.

Jusque là, au-delà de la décision regrettable de présenter face à face deux candidats de droite qui, tous deux, soutiennent le même gouvernement, rien de plus normal que ceux-ci reçoivent chacun le soutien de personnalités de leurs camps respectifs.

Mais c'est là que les affaires se sont sensiblement compliquées : alors que le candidat UMP a reçu plusieurs ministres de haut niveau de son camp, Mr Alain JUPPÉ s'est élevé aussitôt à l'idée qu'un ministre UDF - Mr Gilles DE ROBIEN - aille de son côté soutenir le candidat UDF. Et l'on a vu cette palinodie à peine croyable de l'intervention de Mr JUPPÉ au plus haut niveau de l'Etat pour empêcher Mr DE ROBIEN de remplir son devoir de soutien au candidat de son propre camp.

On sait combien cette démarche a surpris et indisposé certains et jusque Mr RAFFARIN lui-même qui a pris aussitôt quelque distance vis-à-vis de l'attitude de Mr JUPPÉ, autorisant Mr DE ROBIEN de recevoir en son ministère Mr Christian BLANC et nombre de personnalités qui le soutenaient, pour leur témoigner son propre appui.

Les électeurs ont aujourd'hui très sévèrement montré leur agacement face à l'attitude de Mr JUPPÉ et ont durement sanctionné le candidat UMP. Le candidat UDF a reçu près de 47% de voix, le candidat UMP moins de 31%. Et le candidat UDF est en tête sur la quasi totalité des communes concernées.

Les électeurs ont condamné aujourd'hui avec vigueur le sectarisme et l'intolèrance de certains qui veulent s'attribuer le monopole de la droite et usent pour cela de méthodes dilatoires. Le message est suffisamment clair pour qu'il serve de leçon à ceux qui se sentent quelque vocation d'user par ailleurs de semblables méthodes.

"Il n'y a que les faibles qui se referment, qui se privent des compétences des autres...... Aucune ambition ne sera satisfaite sur la division, sur le sectarisme et sur la fermeture. Nous devons avoir présent à l'esprit.... qu'il ne peut y avoir de victoire, ni maintenant, ni demain, ni jamais, si nous ne sommes pas capables de nous additionner". (Nicolas SARKOSI - Novembre 2002)

Puisse Mr JUPPÉ entendre ce message et celui adressé aujourd'hui clairement par les français.

mardi, 03 décembre 2002

À PROPOS DE LA MÉTHODE RAFFARIN

BILLET du 3/12/2002

La récente grève des agriculteurs et des routiers montre la différence qu’il y a entre la façon de gérer ce genre de situation telle que la concevait la gauche et celle de Mr RAFFARIN.

Si le rôle de l’Etat est d’éviter que des conflits puissent paralyser l’économie de la nation toute entière et entraver la libre circulation des personnes et des biens, force est de reconnaître que la méthode de Mr RAFFARIN s’est montrée particulièrement efficace.

Deux mouvements se sont déclenchés parallèlement :

• la grève des agriculteurs qui voulaient protester contre les pressions hégémoniques des grands groupes de distribution qui leur imposent des prix de cession de leurs produits inférieurs à ceux des coûts de production. Ils promettaient de paralyser la distribution des produits alimentaires, créant le danger de pénurie de denrées avec les hausses qu’elle aurait provoquées.

Un accord a pu être trouvé en quelques heures. Même s’il est plutôt flou dans son contenu, il aura eu le mérite de renouer le dialogue pour de futures négociations. Espérons que le nécessaire équilibre y sera trouvé.

• la grève des routiers promettait, elle, d’être beaucoup plus dure. Chacun se souvient des pénuries de carburants rencontrées lors des précédents conflits. Et l’on a vu aussitôt les stations de distribution envahies pour des "pleins de précaution", quand parfois même des automobilistes peu scrupuleux n’y amenaient en sus des jerricanes pour les remplir à ras-bord.
      
La grande habileté de Mr RAFFARIN a d’abord été d’exploiter la division entre les syndicats qui sont à la veille d’élections qui réveillent leurs rivalités. Certains ne manqueront pas de regretter cette division qui risque fort de faire naître chez leurs ressortissants un arrière-goût fort amer et reporter ce conflit dans une version plus dure à la première occasion venue et échappant alots à tout contrôle. Mais que peuvent des syndicats aussi éparpillés en chapelles multiples ? CGT, FO, CFDT, CFTC, SUD, UNSA, CGC,etc..... sans compter quelques autres syndicats catégoriels.
      
Finalement les syndicats, très affaiblis par leur atomisation, ont obtenu fort peu : 13% d’augmentation en 3 ans et sans 13ème mois : c’est à la fois beaucoup mais très éloigné des revendications initiales.
      
Mais ce qu’il y a aussi de nouveau dans ce conflit des routiers a été cette menace de Mr SARKOSI qui est même allé jusqu’à confisquer des permis de conduire à des routiers qui refusaient d’obtempérer sur certains barrages bloquants. Méthode d’une redoutable efficacité.

La méthode de Mr RAFFARIN est donc un subtil mélange de négociations où l’on amène les partenaires à faire des concessions, et de fermeté spectaculaire sur le terrain.

Mais au-delà de ces conflits, d’autres attendent aussi Mr RAFFARIN : ce sont ceux qui naîtront de la réforme envisagée des services publics, de la réduction des écarts des systèmes de retraite entre privé et public, de la décentralisation qui risque de faire tomber quelques bastions bien implantés, etc....

Il sera intéressant de voir comment la méthode de Mr RAFFARIN saura maîtriser ces conflits et faire aboutir les réformes annoncées. Agriculteurs et routiers ne sont que des hors-d’œuvres somme toute faciles à digérer. Mais les plats de résistance sont à venir. Ils seront certainement plus coriaces.

Un rapport de forces va donc s’établir entre Mr RAFFARIN dont l’habileté est aujourd’hui démontrée, et la masse énorme qui fait religion des “droits acquis”, masse qui ne manque pas de moyens de pression, voire de rétorsion. Mr JUPPÉ s’y était cassé les dents. Mr RAFFARIN est beaucoup plus subtil que son prédécesseur de l’époque. Ses chances de réussite ne sont pas négligeables même si rien n’est gagné d’avance.

Mr RAFFARIN aura bien besoin du soutien de ses amis de l’UMP et de l’UDF. Mais aussi de l’adhésion de tous ceux qui savent que ces réformes sont devenues incontournables et ont la volonté de les faire aboutir.

jeudi, 21 novembre 2002

À PROPOS DE L'IMMIGRATION

BILLET du 21/11/2002

Nos pays dits civilisés, c’est-à-dire ceux ayant une culture du respect des individus, sont confrontés au problème de l’asile des clandestins et de l’immigration en général.

Sangatte n’est qu’une facette de ce problème. Sa fermeture, même si elle est devenue incontournable, ne résout rien sur le fond. La multiplication des flux migratoires, facilitée par la mondialisation et l'ouverture de nos frontières, rend nos nations plus fragiles. Ne pouvant évidemment recueillir toutes la misère du monde, cette situation exige donc une réflexion en profondeur sur la politique de nos nations - donc européenne - de l’asile, et celle à adopter face aux clandestins. L’aggravation actuelle de la situation peut, si l’on n’y prend garde d’urgence, mettre en péril la santé de nos pays et leur propre cohésion.

L’exemple de Sangatte révèle aussi par ailleurs la propension de certains agitateurs qui, pour des raisons purement politiques, exploitent la misère de ces malheureux exilés et n’hésitent pas à s’en servir pour contrecarrer paradoxalement toute velléité d’arrêter l’aggravation de cette situation.

Certains ne manquent pas de rappeller la longue tradition de la France d’accorder le droit d’asile à ceux qui, pour les raisons les plus diverses, étaient menacés jusque dans leur existence dans leur pays d’origine. Mais aujourd’hui l’immense foule des immigrés ou clandestins ne peut plus se prévaloir du droit d’asile pour justifier leur présence en si grand nombre sur notre sol. Ce sont surtout nos richesses qui attirent ces malheureux, exploités jusqu’à la misère par des passeurs qui leur ont demandé de véritables fortunes et fait miroiter mensongèrement un avenir de rêve dans nos pays.

Mais puisque l’immigration est et reste nécessaire à nos pays - celle contrôlée, pas celle sauvage évidemment - pour notre propre développement, il demeure regrettable que nous n’ayons toujours pas de politique définie pour savoir quels sont ceux de ces migrants que nous pourrions accueillir sur notre sol et ceux qu’il nous faut impérativement renvoyer chez eux.

Le choix actuel des autorités qui décident de ces retours est totalement empirique et irréfléchi. Et comment ne pas évoquer le droit de ces immigrés implantés sur notre sol depuis des années, voire depuis leur enfance, parfaitement intégrés dans notre société, y travaillant et y ayant souvent fondé une famille ? Pour ceux-là, il est tout-à-fait stupide de prétendre les renvoyer dans un pays étranger qui n’est plus - ou n’a jamais été - le leur. Ils ont acquit le droit irrévocable de vivre et de travailler à nos côtés.

Il est donc devenu urgent que nous définissions une politique claire et affirmée sur le droit d’asile, le droit des sans-papiers et l’intégration en général. Tarder à le faire, ignorer que l’inévitable regroupement familial ne fait qu’aggraver la situation, c’est aller droit dans le mur. Et nos sociétés ne sont pas prêtes à le supporter.

Nous n’avons plus le droit d’agir en continuant de fermer les yeux. Face à un si grave problème, il nous faut être lucides.

lundi, 11 novembre 2002

À PROPOS DES ÉLECTIONS US

BILLET du 11/11/2002

Contre toute attente, même si les règles électorales aux USA laissent toujours planer quelqu’incertitude, le Président BUSH Jr a remporté une victoire éclatante en remportant le contrôle et du Sénat et de la Chambre des Représentants. Victoire d’autant étonnante qu’il faut remonter à de longues décennies pour voir un Président US disposer à mi-mandat d’une telle majorité dans ces deux assemblées.

       Si une telle victoire avait eu lieu dans tout autre pays que les USA, l’on pourrait y être indifférents. Mais les USA jouant le rôle planétaire qu’on leur connaît, et puisque l’Europe n’est pas encore capable d’y faire contre-poids, cette main-mise absolue de BUSH Jr nous concerne tous, et sur tous les plans : militaire, politique, économique, etc.....

       La personnalité même de BUSH Jr, perçue jusqu’ici comme assez équivoque, après une élection tirée quelque peu par les cheveux à la suite de quelques tractations électorales dont seuls les USA ont le secret, prend aujourd’hui une toute autre dimension. Voici donc ce Président, un peu cow-boy, shérif en chef du monde occidental, à la fois moralisateur, prédicateur et va-t-en-guerre, qui prêtait tant à sourire dans les milieux bien-pensants, voici donc ce Président auréolé de cette victoire acquise près du peuple américain.

       Pourtant, les USA de BUSH Jr n’ont pas, et de loin, les meilleurs indicateurs. Ralentissement de l’économie, montée du chômage, dollar qui peine à garder son niveau. Généralement, cela conduisait les électeurs à manifester leur sanction en guise d’avertissement. Quant au programme promis par BUSH Jr, il n’est pas tourné vers le redressement de l’économie, il est tout simplement la guerre, avec des GI exposés à la mort dans des terres lointaines, au nom de principes pas toujours très explicites pour le commun des mortels que nous sommes. Seule l'industrie de l'armement y trouve une nouvelle santé.

       Que s’est-il passé dans les esprits du peuple américain dont on sait la tentation de se replier sur lui-même dès lors que nulle menace ne plane sur mon mode de vie et sur son propre territoire ?

       On ne peut s’empêcher, pour expliquer un tel revirement, d’évoquer le choc du 11 Septembre. Il n’a pas fait seulement s’écrouler les deux tours du WTC, il a fait naître dans le peuple américain le sentiment qu’il était désormais en guerre contre un ennemi sous-terrain, invisible, insaisissable jusque dans ses motivations. Et BUSH Jr a su extraordinairement exploiter ce phénomène jusqu’à en faire une sorte d’obsession : Al Qaïda, Ben Laden, Sadam Hussein font désormais partie du quotidien US. Il y avait jadis les vedettes qui faisaient rêver. Il y a aujourd’hui celles qui font trembler tout un peuple et développent chez lui le sentiment de son insécurité omni-présente.

       Voici donc un Président qui a aujourd’hui les mains libres, dispose de la plus puissante armée du monde et peut, du jour au lendemain, sans même s’embarrasser de l’avis de ses alliés - via ou non l’ONU - déclencher une guerre dont nul ne connaît l’issue pour l’ensemble du monde occidental. Et si ce Président veut être réélu en 2004, il a tout intérêt à ce que cela dure. Et cela durera vraisemblablement.

       À défaut d’avoir construit l’Europe - qui seule aurait pu contre-balancer cette fantastique menace qui est à sa porte - le débat intérieur franco-français prend un caractère totalement dérisoire. Que valent nos projets, nos rêves quand notre économie, notre propre sécurité se trouvent menacées avec une telle violence sur notre propre sol ? Car la guerre qui menace sera une guerre aux conséquences encore mal mesurées mais dont on pressent déjà qu’elle ébranlera nos belles certitudes.

       Mais on sait en France les vertus soporifiques des belles idées et des grandes phrases. Il n’en manquera certainement pas encore pour entretenir nos illusions.

mardi, 05 novembre 2002

À PROPOS DE L'EUROPE

BILLET du 5/11/2002

Je reviens sur le sujet de l’Europe.

       Lors du dernier sommet de Bruxelles, l’on pourrait croire que tout est arrangé quant à la pérennité de l’Europe par l’accord-surprise intervenu entre la France et l’Allemagne sur la PAC (Politique Agricole Commune), PAC si chère à la France, mais par ailleurs si chère financièrement à l’Europe.

       Un hebdomadaire a qualifié récemment l’Europe politique d’”ectoplasme” et ce avant même leur intégration dans l’”Union Européenne” de 10 nouveaux pays. Qu’en sera-t-il après si rien n’est entrepris auparavant ? C’est une masse qui nous tombe dessus alors même que le logiciel qui devrait permettre de faire fonctionner l’Europe des 15 est complètement obsolète.

       Nous sommes actuellement dominés par la menace d’une guerre des USA contre l’Irak. La France de Jacques CHIRAC a pu jouer un rôle particulièrement actif et fécond pour tenter de dénouer cette crise. Mais une fois encore, l’Europe n’a joué aucun rôle. Pas même l’Allemagne, empêtrée il est vrai dans ses élections. Mais il est assez paradoxal de constater que les succès de la diplomatie française ont plutôt fait reculer un peu plus l’idée européenne.

       Nous superposons désormais les crises. Il y a notamment celle financière, aggravée par les égoïsmes qui s’affrontent sans aucun esprit européen : les français ne pensent qu’à sauver la PAC, les espagnols ne songent qu’aux fonds structurels, les allemands qu’à payer un peu moins, les anglais à avoir les ristournes, etc..... Rien n’est réglé sur le fond. Tout au plus a-t-on reporté certaines échéances sans que cela résolve quoique ce soit.

       Il y a bien sur la commission présidée par Valéry GISCARD d’ESTAING. Mais n’a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs ? Si déjà cette commission avait mis un mode de régulation des problèmes politiques en place, nous aurions pu alors accueillir nos 10 nouveaux partenaires dans de bien meilleures conditions. Mais comme rien n’est décidé à propos de nos institutions, nous accueillons ces 10 pays dans une zone de "libre échange". Et comme elle leur est plus favorable, ces nouveaux pays y tiendront ferme. Il est d’ailleurs paradoxal, si ce n’est révélateur, que le projet concocté par cette Commission prévoit les modalités.... de sortie de nos pays de l’Union Européenne. Prudence face aux difficultés annoncées ?

       Nous avons observé jusqu’ici une ascension de l’Europe depuis sa création par SCHUMANN et jusque tout récemment. Nous atteignons aujourd’hui le “point de rebroussement” de l’Europe, surtout depuis le calamiteux traité de NICE.

       Il était indispensable de créer d’abord une Europe politique. Déjà, à 15, ce n’était pas facile. On aurait pu cependant commencer à la construire entre les états qui la veulent, notamment les 2 piliers que sont la France et l’Allemagne. Mais si tant est que la France et l’Allemagne la veulent réellement ! D’autres - Italie, Espagne, Benelux - auraient vraisemblablement suivi. Car rien ne peut fonctionner sans la relance du cœur politique de l’Europe que constituent la France et l’Allemagne.

       Il n’est cependant pas assuré, à l’évidence, que la France veuille réellement de cette Europe politique. Ce qui réjouit beaucoup les anglais tant ils considèrent que la politique de la France, au-delà des rhétoriques de façade, se rapproche de plus en plus de la politique thatchérienne de libre échange, cramponnée qu’elle est, au national, à l’Europe des Nations. (L’actuelle fâcherie entre BLAIR et CHIRAC ne doit tromper personne : elle n’est guère qu’une lutte pour le leadership en Europe). Les anglais sentent qu’ils sont à la veille de remporter une grande victoire sur cette Europe qu’ils rejettent viscéralement, si la France continue de son côté d’être leur alliée de fait en matière de politique européenne.

       Quant à l’Allemagne, elle est entraînée par le pacifisme de ses verts, puis toujours confrontée aux énormes problèmes de sa réunification. L’Allemagne ne va pas bien. Elle commence à mettre en œuvre le redressement de ses finances publiques. En France, nous n’en sommes pas encore là, hélas !

       Les moteurs de la construction européenne que doivent être l’Allemagne et la France sont donc en panne.

       L’Europe, c’était le défi admirable de faire un ensemble d’abord économique, puis ensuite politique par les moyens de la négociation. Or les forces d’égoïsme national sont en train de prendre le dessus. Et, dans ce concert discordant, la France joue un rôle considérable : elle veut paraître souhaiter une Europe puissante et en même temps tout faire pour désintégrer la cohésion européenne. Les dirigeants successifs que la France a eus, hier les socialistes, aujourd’hui la droite, ne sont pas des européens convaincus. Nous sommes loins des couples KOHL-MITTERAND ou DE GAULLE-ADENAUER. Nous renions aujourd’hui tout ce qui a été fait depuis 50 ans et ce dans l’indifférence complète.

       Donc, ce que nous ne pourrons construire à 15, jamais nous ne le ferons à 25.

       Enfin, il y a le problème de l’identité européenne. Je ne sais par suite de quelle pudeur nous n’osons dire que l’Europe doit être d’abord une communauté culturelle et traditionnelle dans ses diversités. Nous n’osons pas dire que l’Europe est et doit rester la réunion de pays majoritairement imprégnés de la culture judéo-chrétienne. Cette culture est le ciment de l’Europe. Elle doit le rester. Ce doit être son gage de paix.

       Quand on voit aujourd’hui que certains s’apprêtent à accueillir au sein de cette Europe chrétienne la Turquie, de culture et de tradition musulmanes, l’on a toutes raisons d’être inquiets. La pseudo-laïcité de ses nouveaux gouvernants ne doit tromper personne : la Turquie ne fait d’abord pas partie de l’Europe. L’Europe ne peut donc l’intégrer sans le risque de se désintégrer elle-même.

       Ce qui n’exclut pas que la Turquie peut rester un lien très fort - notamment militaire - entre l’Europe et le Moyen-Orient dont elle fait partie intégrante. Et nous pouvons avoir avec elle de forts accords économiques dont elle peut avoit besoin.

       Ce lien est d’autant indispensable lorsque l’on voit en Israël la droite la plus extrémiste, celle qui couvre les innombrables crimes contre l’humanité qui y sont perpétrés au nom d’une identité raciale, y prendre un peu plus le pouvoir. Au-delà de la menace de guerre entre les USA et l’Irak, ce conflit racial en Israël est la plus grande menace immédiate qui guette l’Europe.

       Et là l’on peut mesurer encore plus l’inexistence de l’Europe. Elle est tout-à-fait dramatique.