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mardi, 06 décembre 2011

À PROPOS DE "JEUNES" ET "VIEUX"

BILLET du 6 DÉCEMBRE 2011

Comment être “vieux” dans notre société d’aujourd’hui ? Et comment aussi y être “jeune” ?

Dans une récente et passionnante enquête sur les moins de 30 ans, la “Fondation pour l’innovation politique” a révélé curieusement que la jeunesse française serait la “championne du monde” du pessimisme.

Pourtant, dans notre société, jeunes et vieux doivent bien y cohabiter ! Ont-ils d’autres choix ?

CHAMPIONNE DU MONDE DU PESSIMISME

mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéÀ une série de questions qui ont été posées par cette fondation aux jeunes français (panel des 16-29 ans), à la question qui leur demande précisément : “votre avenir est-il prometteur ?”, seulement 53% répondent “oui”. Et à celle : “la France a-t-elle un avenir prometteur ?”, seulement 17% ont répondu par l’affirmative !

Ces mêmes questions posées aux jeunes d’autres pays, on relève, par exemple, que 90% des jeunes indiens ont répondu “oui” à la première question, et 83% à la seconde. Même les jeunes afghans (!), ou les jeunes grecs, sont plus optimistes que les jeunes français.

On parle donc de pays en “difficulté” ? Il apparaît que la France, au travers de ses jeunes, est bien celui en plus grave difficulté.

La question est donc de savoir - car il faut savoir ! - ce qu’il y a de juste dans le ressenti de nos jeunes.

ÉVOLUTION RÉELLE ET RESSENTI

Si l’on considère la situation des français - et des jeunes - au cours des 150 dernières années, force est de constater qu’elle n’a jamais cessé, sur tous les plans, de s’améliorer (hors les périodes de guerre, évidemment), y compris sur le plan économique : les français sont 3 à 4 fois plus riches aujourd’hui que dans les années 50. En plus, les jeunes français d’aujourd’hui sont les premiers à ne pas être confrontés à une situation de guerre. C’est un formidable progrès.

Par contre, si nous regardons les indicateurs économiques des seules 10 dernières années, à la question : “est-ce qu’aujourd’hui les salaires progressent ?”, nous savons la réponse.

Dans les années 70, les salaires des jeunes progressaient en effet de ±5% par an : aujourd’hui, ils augmentent de... 0%. Par contre, l’écart entre les revenus des “jeunes” et ceux des “vieux”, lui, ne cesse de se creuser depuis 40 ans. Et, quant aux risques à affronter, jamais l’entrée dans le monde du travail n’a été plus difficile depuis 40 ans, chômage et mondialisation faisant leur œuvre.

Il y a ensuite la “prime aux diplômes” : plus que jamais, avoir un vrai diplôme est devenu important. Et çà ne s’arrête désormais plus au bac, comme autrefois !

Donc, objectivement, la situation des jeunes s’est bien améliorée au sens de l’histoire ; mais, maintenant, elle tend à régresser, même si leur situation n’est pas pour autant dramatique.

Cela crée donc une large part de ce “ressenti” qu’on évoquait plus haut.

UN PESSIMISME GÉNÉRALISÉ

Pourtant, au-delà de cette enquête, il faut observer que la tendance des français est, en général, d’être pessimistes, beaucoup plus que dans tous les pays sondés : c’est devenu chez eux une sorte de tradition bien ancrée.

J’entendais récemment une explication sur ce pessimisme latent. L’interlocuteur exposait que les français sont majoritairement issus d’une culture paysanne ; et de commenter plaisamment : “Essayez de faire dire à un paysan que quelque chose va bien ! Que la récolte est bonne, que leurs revenus augmentent !” (évidemment, ce n’est plus le cas aujourd’hui quant aux revenus !). Et cet interlocuteur de poursuivre que ce pessimisme est le fruit naturel d’une vieille nation paysanne.

Mais, à mon sens, il y a aussi une autre raison. Quand on constate que les indiens, ou les afghans, sont plus optimistes que les français, on peut concevoir que, pour eux, le lendemain ne peut être pire que le passé récent dont ils émergent tout juste.

Les français ont pourtant traversé de nombreuses années difficiles, voire même des épreuves tragiques, émaillées de menaces qui hantaient leurs esprits : la deuxième guerre mondiale, la décolonisation de par le monde (parfois de façon dramatique), la guerre d’Algérie, la guerre froide et sa menace nucléaire, etc....

Mais le progrès des situations est-il encore perceptible lorsqu’il devient plus mince ? Et c’est le cas aujourd’hui. Et on ne peut plus, maintenant, raisonner en terme de générations exclusivement sur le thème du progrès.

C’est d’ailleurs la première fois que les parents, aujourd’hui, pensent que leurs enfants vivront plus mal qu’eux, que les choses régressent plutôt que de progresser. Et l’angoisse des parents se transmet naturellement aux enfants.

GUERRE DE GÉNÉRATIONS ?

Pourtant, jamais les parents n’ont été aussi soucieux des jeunes qu’aujourd’hui ; mais cependant jamais le “jeunisme” n’a été aussi fort.

Paradoxalement, jamais non plus les “vieux” n’ont été autant déconsidérés. Et le sentiment s’accroît que les “vieux” sont "privilégiés", et qu’on n’arrive pas à les “déboulonner” !

Au fur et à mesure que l’avenir est moins souriant, on a donc tendance à sauter une génération. Et de dire : “pour nous (les vieux), c’est fini, le progrès qu’on a connu pendant les 30 glorieuses, c’est terminé. En revanche, peut-être qu'avec les enfants, çà reprendra. Donc il faut, en priorité, protéger les enfants”. (On peut citer ici la fixation qui en découle de la “réussite au bac”, examen qui, pourtant, n'ouvre plus grand chose aujourd'hui).

Assiste-t-on, pour conclure, à une guerre des générations ? D’une certaine manière, oui ! Pourquoi ?

Si les jeunes ont le sentiment d’avoir un avenir bouché, c’est aussi parce qu’ils imaginent que les “vieux” ne "dégagent" pas le terrain. Mais çà veut dire aussi que les “vieux”.... ne sont plus des vieillards comme autrefois on les imaginait : ils résistent !

Dans des temps pas si anciens, on distinguait facilement, à la vue, un “vieux” d’un “jeune”. Mais maintenant, il y a deux sortes de populations chez les personnes qui vieillissent : il y a ceux qui ont hâte de prendre leur retraite et on les repère au fardeau qu’ils semblent déjà porter sur leurs épaules..., et il y a ceux qui ont l’angoisse de prendre leur retraite. Et face à cette dernière catégorie qui tend de croître, les jeunes ont le sentiment que les vieux ne partent jamais.

C’est donc l’allongement de la vie active, et la bonne forme des gens âgés, qui expliquent en partie ce sentiment d’un avenir bouché.

(Me revient ici en mémoire, en passage, ce très beau poème “Booz endormi” de Victor Hugo : “le jeune est beau..., le vieillard est grand...”. (Re)lire ce poème : un vrai régal ! Évidemment, Victor Hugo, c’était au siècle dernier ! Et cette image-là, nous ne la retrouverons plus guère dans le monde d’aujourd’hui....)

Il y a donc une sorte de contradiction dans la mesure où les gens âgés ont et détiennent le pouvoir, mais que les valeurs de notre société sont bien celles portées par la jeunesse. Et l’allongement de la durée de la vie, la bonne forme d’une grande partie des gens âgés, et le fait qu’à 50 ans, font que.... : il est vrai qu'on est plus riche d’expérience à 50 ans qu’à 20..., on n’est pas couramment un grand poète, un grand philosophe, ou un grand écrivain à 20 ans ! Et.... c’est souvent quand on est âgé qu’on découvre avec plénitude toutes les possibilités de la vie ! Donc on veut en profiter au maximum !

Le “jeunisme” se heurte donc à ces limites.

PAS DE VRAIE POLITIQUE DE LA JEUNESSE

On ne peut que regretter que notre société n’a pas de vrai discours à la jeunesse. On n’a pas non plus une vraie politique de la jeunesse, pas davantage que de vraie politique familiale. C’est pourtant la priorité des priorités qu’elles fussent abordées. Cette omission est une immense erreur.

Et même si, tantôt, on évoquait par le mot “guerre” ce conflit de générations, disons plus généralement qu’on assiste plutôt à une sorte d’enfermement des générations, les unes par rapport aux autres.

Pour exemple, autrefois, dans les familles traditionnelles, 3 générations - grand-parents, parents et enfants - vivaient sous le même toit. Les conditions modernes rendent désormais cela impossible (qu’on ne voie pas dans cette remarque un quelconque regret de ma part !). Mais cet exemple du logement est en lui-même un symbole : il illustre bien cet enfermement dont je vous parlais.

Rétablir, donc, des relations d’homogénéité et de compréhension entre générations est l’une des grandes taches à laquelle devront s’atteler nos responsables politiques. Ce sera une œuvre de longue haleine, de très longue haleine. Mais on découvre chaque jour, avec le temps, combien les personnes âgées peuvent être précieuses pour les générations qui suivent. C'est donc une nouvvelle cohabitation entre "vieux" et "jeunes" qu'il nous faut dessiner, au profit réciproque de ces générations apparemment antagoniques.

C’est donc un autre  regard qu’il nous faut inventer sur notre société.

samedi, 13 août 2011

À PROPOS DU RÊVE FRANÇAIS

BILLET du 13 AOÛT 2011

La politique doit-elle continuer à nous faire rêver ?

On se souvient, en 1981 : François Mitterrand voulait “changer la vie”. En 2007, Nicolas Sarkozy, lui, invitait les français à se rassembler autour d’un “nouveau rêve français” : il faisait alors une promesse de rupture avec la longue “sieste” chiraquienne. On sait la suite. Plus récemment encore, François Hollande nous dévoile une nouvelle version - objectif 2012 - du “rêve français”. Et d’autres encore : ils ne sont probablement pas les derniers à vouloir nous faire rêver des “lendemains qui chantent”.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéPeut-on, aujourd’hui encore, continuer de parler d’un “rêve français” dans la situation où nous sommes ?

À la veille d’une nouvelle échéance électorale essentielle, nos hommes politiques donnent parfois l’impression de vouloir promettre le beurre, l’argent du beurre et le seau du laitier. Ils veulent faire rêver..., mais sans les conditions du rêve.



LES GRANDS RÊVES POLITIQUES

Dans l’histoire des rêves politiques, j’allais dire des grandes utopies politiques, celles qui ont su entraîner des masses derrière un vaste projet, ou derrière un grand dessein, sont celles portées le plus souvent par des leaders charismatiques, qu’ils soient républicains, fascistes, voire même staliniens. Il n’en a pas manqué dans l’histoire de notre planète.

Mais, dans tous les cas de figure, il y avait deux conditions à remplir : il fallait, d’une part, que ces rêves soient imprégnés de valeurs transcendantes, c’est-à-dire supérieures et extérieures aux individus. Celles, par exemple, évoquant la patrie (la notion de patrie étant supérieure à la somme des individus qui la composent), ou  encore celles des idéaux de la révolution, voire aussi celles exaltées par une religion. Il fallait bien ces valeurs-là pour emporter les masses vers le rêve. Il fallait, d’autre part, que les citoyens acceptent jusqu’à se sacrifier pour le triomphe de ces valeurs auxquelles ils croyaient.

Presque tous les grands leaders charismatiques qui ont su emporter les masses autour de rêves ou d’utopies idéologiques, quelles qu’elles soient, ont donc été des personnages marquants de l’histoire de l’humanité, allant même jusqu’à entraîner ces masses dans des guerres qu’ils suscitaient : il fallait alors se sacrifier pour la patrie, la nation ou les idéaux qu’on voulait ou défendre ou répandre. Pour exemples, la défense des idéaux de la révolution de 1789, face aux anciens régimes féodaux, a été la base des grandes épopées napoléoniennes ; la défense de l’utopie communiste a été le prétexte à des dictatures staliniennes qui ont pesé pendant plus d’un demi-siècle sur des centaines de millions de citoyens. Les grandes croisades reposaient, eux, sur des idéaux religieux. Même au prix du sang versé.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Quand, plus récemment, en 1970, le Général De Gaulle est mort, le Président Pompidou et, dans sa grande majorité, la presse avec lui, ont titré, on s’en souvient : “la France est veuve”. Aujourd’hui, de quel homme politique français contemporain, s’il venait à mourir, dirions-nous “la France est veuve” ?

Alors, le “rêve français” qu’évoquait récemment François Hollande ? Très bien ! Mais si l’on croit qu’on va faire rêver, sans aucune valeur transcendante pour le porter, sans aucun esprit sacrificiel pour le soutenir, on se met le doigt dans l’œil ! On se souvient encore de la promesse, en 1940, du “sang et des larmes” de Churchill face au danger nazi qui menaçait jusqu’à l’indépendance de la Grande Bretagne. Il a su immédiatement cristalliser son peuple autour du projet de libération de notre continent et avec quel courage et quel brio.

Si donc, aujourd’hui, on veut redonner du sens à la politique, ce n’est peut-être pas à partir du rêve qu’il faut s’y prendre.


(Me revient à l’esprit, en reprenant l’expression du “sens”, l’excellent “Droit au  sens” - cf/Flammarion - de François Bayrou écrit en 1996 : cet ouvrage n’a rien perdu de son actualité)

LES JEUNES : UNE DONNÉE COMPLÈTEMENT NOUVELLE

Depuis la seconde guerre mondiale, c’est bien la première fois, aujourd’hui, que la situation des jeunes, économiquement ou socialement, régresse. C’est bien la première fois que les générations qui viennent auront un peu plus de difficultés que la nôtre. Ne serait-ce qu’en raison du poids énorme de la dette que nous leur laissons et qu’elles devront longuement et pesamment payer.

Je ne pense pas qu’aujourd’hui les gens croient d’ailleurs que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Et ce phénomène est une donnée complètement nouvelle.

En 1981, l’espoir historique de la gauche (qui a conduit à l’élection de François Mitterrand) - on pourrait dire l’espoir de toute la République et de la démocratie en général - c’était alors de faire que le sort de nos enfants soit plus enviable que le nôtre. C’était l’idée de “progrès” qui prédominait. Or, aujourd’hui, interrogez les gens que vous croisez : ils vous disent tous que leurs enfants auront un sort moins bon que le leur, moins bon que le nôtre. L’épreuve de ce grand espoir de 1981 a ruiné toutes les illusions.

L’ÂGE D’OR, C’EST DERRIÈRE NOUS

C’est donc un phénomène complètement nouveau et récemment répandu dans l’opinion : “l’âge d’or”, qui pendant longtemps était “devant nous”, avec cette idée de “progrès” qui n’aurait nulle halte dans son parcours, est désormais “derrière nous”. Il n’est plus “devant nous”.

Dites-moi, aujourd’hui, quel candidat, qu’il soit de gauche ou d’ailleurs, peut encore faire rêver la France ? Quand une Mme Aubry promet la création de 300.000 “emplois jeunes”, plus personne ne la prend au sérieux. Pire : on a le sentiment qu’avec de telles déclarations, elle se tire une balle dans le pied. Quand, plus récemment, une Mme Royal en est à nous ressortir encore des recettes en déphasage complet avec les implacables réalités du monde présent - comme si le monde attendait encore quoique que ce soit de “paroles verbales” ou de discours lénifiants hors du temps - fait-elle encore rêver en dehors des cercles étroits qui l’entourent ?

Mr Sarkozy peut-il encore faire rêver ? L’épreuve de la réalité a tué ses ambitions. Il avait surtout promis de “changer les choses”, pas de changer la vie. Et, aujourd’hui, ce n’est plus avec des thèmes comme le “pouvoir d’achat” ou “l’emploi” (“travailler plus pour gagner plus”) qu’il peut encore faire rêver : les effets de la mondialisation ont fait perdre toute illusion.

Et, quant aux extrêmes, il n’y a plus personne non plus pour faire rêver : Mme Le Pen exprime des ressentiments, elle suscite des volontés de revanche et des redressements de ce qui lui paraît être des décadences, mais il n’y a plus aucun rêve dans ses discours. Et quant à Mr Mélenchon, chacun  sent bien la part d’utopie qui est présente dans ses discours : le rêve est déjà brisé avant même d’être né.

REDONNER UN SENS À LA POLITIQUE

Pour donc revenir au “sens”, celui à redonner à la politique, la seule question qui prime est bien : “quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?”.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéC’est la seule vraie question qui permet de rouvrir réellement l’avenir politique de toute nation. C’est vrai en France, alors que nous avons une démographie croissante. Mais c’est dramatique dans les pays, tels l’Allemagne ou l’Italie, où la démocratie est décroisssante et où la jeunesse disparaît lentement. Mais c’est là un autre débat.

Et cette question de l’avenir n’est pas seulement celle que pose l’écologie et son souci de l’environnement : c’est donc aussi celle de la dette publique. De notre dette publique qui se creuse chaque jour vers le gouffre où elle nous entraîne.

C’est aussi la question du choc des civilisations et des cultures. C’est aussi encore la question de l’avenir de notre système social : il est aujourd’hui gravement menacé, quoiqu’en disent les uns et les autres dans leurs discours, mais tellement tous hors des réalités de notre temps.

Donc, toutes les grandes questions politiques vont se réorganiser autour du lendemain que nous “promettons” aux futures générations qui nous suivent.

Ces questions-là, aujourd’hui essentielles, sinon prioritaires, sont seules en capacité de redonner du sens et de la profondeur à l’action politique.

LE FLÉAU DE NOS DÉMOCRATIES

Le fléau de nos démocraties, à mon avis, c’est le “court-termisme”.

Si l’on veut redonner du champ à la politique, si on veut aborder des questions à long terme, il nous faut donc nous poser la question que je citais plus haut : “quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?” Et l’on perçoit alors, face à cette question, qu’il nous faut faire, dès aujourd’hui, des sacrifices pour y répondre. Et même la question “brûlante” des retraites, qui agite encore notre société, n’est que broutille face à cette autre ardente obligation.

Dans le cadre de la mondialisation, il va falloir, de leur côté, que les peuples européens fassent aussi d’immenses sacrifices, et pas seulement la France. Ce qui est arrivé à la Grèce, peuple aujourd’hui socialement et économiquement oppressé par le poids de ses errements politiques, et qui peut arriver aussi demain à l'Espagne ou l'Italie, voire à la Grande Bretagne, peut aussi nous arriver à nous, français, à tout instant : les récents événements, qui ont tout bousculé de par le monde entier, nous l’ont rappelé comme une gifle propre à nous faire sortir de nos rêves..., si jamais nous rêvions encore.

Mais ce que les gens de droite semblent, hélas, ne pas comprendre, c’est qu’on ne peut pas motiver des sacrifices en disant simplement : “il faut que le budget soit sain et équilibré”.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéLa “règle d’or” dont on parle soudain, c’est comme si on disait qu’il faut faire plaisir à Bercy, ou au FMI, ou encore aux agences de notation dont on sait aujourd’hui le terrifiant pouvoir de nuisance ? Même si cette “règle d’or” est de simple bon sens et qu’elle est inévitable si l’on veut éviter ce gouffre dans lequel on s’enfonce inexorablement un peu plus chaque jour.

(C’était déjà un sujet de campagne cher à François Bayrou en 2007. Que ne l’a-t-on alors mieux entendu, et plus tôt ? Nous n’en serions probablement pas là où nous sommes aujourd’hui)

LE DÉFI DE NOTRE DÉMOCRATIE

Il faut donc longuement expliquer aux citoyens, et les convaincre patiemment et avec ténacité, pourquoi on doit prendre des mesures restrictives, pourquoi on doit faire aujourd’hui des “sacrifices”. C’est dommage que beaucoup de nos dirigeants actuels ne comprennent pas cette nécessité d’expliquer que le seul motif réel de ces sacrifices est bien de préparer l’avenir de notre jeunesse.

Les français ne sont pas tous sots ou sourds et ont maintes fois démontré dans leur histoire qu’ils étaient capables de comprendre les grands desseins nationaux quand ils s’imposaient à eux.

Alors quelle place reste-t-il aujourd’hui à ces rêves d’antan, à ces utopies du passé, à ces mythes, à ces illusions ?

2012 sera, au delà des ambitions des uns ou des autres, un test grandeur nature de la capacité de notre démocratie de préparer l’avenir des générations qui nous suivent, quel qu’en soit le prix à payer.

Rêvons que notre démocratie soit à la hauteur de ce défi qui fixera l’avenir de notre nation.

samedi, 28 mai 2011

À PROPOS DE PAUPÉRISATION ET INÉGALITÉS

BILLET du 27 MAI 2011

 

Plus de 6 millions de français - 6.250.000 pour être plus précis - ont actuellement un revenu inférieur à 850 euros par mois.

mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéVoilà le constat publié récemment par des économistes dont rien ne permet de mettre l’intégrité en doute.

850 € par mois, c’est moins de 80% du SMIC net. Si l’on ajoute à ces millions-là les millions d’autres français qui ne touchent que le SMIC par lui-même (quand encore ils sont salariés à plein temps, ce qui n’est pas le cas de tous), ce chiffre devient vertigineux.



UNE PAUPÉRISATION CROISSANTE

 

Quand, désormais, on parle de la situation des français, on peut désormais évoquer, sans nullement exagérer, le mot de “paupérisation”.

Ce n’est pas prendre une posture partisane que d’espérer que cette évolution, socialement si dangereuse, sera l’un des thèmes majeurs des prochaines élections de 2012.

On évoque déjà, ici ou là, dans des ouvrages récents qui recueillent un certain succès de librairie, l’indignation croissante des français qui n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois.

Mais, à part cette raison-là, il y a aussi l’indignation des français devant l’écart devenu insoutenable, comme resurgi d’un passé qu’on croyait révolu, entre les bas revenus - lesquels stagnent le plus souvent quand ils ne cessent d’être grignotés par des hausses lancinantes de prix - et les revenus de certains nantis qui ne cessent, eux, de s’envoler vers des sommets inouïs.

On observe aujourd’hui des situations où l’on voit des responsables s’assurer des revenus très au-delà d’un million d’euros par mois, quand d‘autres doivent vivre avec seulement quelques centaines d’euros. C’est insupportable. Même le Ministre du travail a relevé récemment que nombre de français “ne comprennent plus”.

Comment pourraient-ils comprendre d’ailleurs, surtout en cette période où l’on parle davantage de restrictions que de perspectives d’accroissement des ressources ?



LE RISQUE D'EXPLOSION SOCIALE

 

Ce sujet est devenu trop grave pour qu’on puisse le taire au cours des campagnes électorales qui vont s’ouvrir. Le risque d’explosion sociale est devenu trop réel.

On ne peut plus tolérer de telles inégalités. Des seuils ont été atteints, et même largement franchis ces dernières années, au-delà de l’acceptable.

Même si beaucoup de français admettent que certaines stars - celles par exemple de la chanson, du cinéma, ou des sports - touchent des sommes mirobolantes, ils considèrent que ces gens-là peuvent, du jour au lendemain, passer de la lumière des spots à l’ombre du déclin et de l’oubli. On tolère donc.

Mais les autres revenus, ceux entourés soigneusement d’une sorte de garantie sécuritaire - on parle pudiquement de “parachutes dorés” - cette garantie mettant leurs bénéficiaires à l’abri de tout risque quel qu’il soit, ceux-ci s’enferment dans une sorte de ploutocratie oligarchique : c’est un vrai scandale.

L’autre aspect de ce scandale, et non des moindres encore, c’est quand l’on voit tous ces gens-là non pas investir leurs revenus exorbitants pour développer l’appareil de production et en faire profiter la collectivité, mais le mettre aussitôt dans des circuits financiers internationaux, ou dans des patrimoines à l’abri de fiscalités qu’ils considèrent comme étant trop gloutonnes. Ceci n’est pas davantage acceptable.



L'INÉGALITÉ DE STATUT ENTRE LES FRANÇAIS....

 

Le scandale, ce n’est donc pas seulement la différence des revenus entre les français, mais c’est aussi la différence de statut qui s’instaure entre ces deux populations. Il y a d’un côté des gens dont l’avenir est assuré, quoiqu’il se passe, et les autres qui, jamais, ne seront assurés du lendemain de leur emploi ou de leur avenir.

Le problème n’est pas seulement quantitatif - celui du niveau des revenus - mais aussi qualitatif - celui du niveau de statut social - qui s’établit entre ces populations, avec des écarts entr’elles qui ne cessent de croître.



....LE FRUIT D'UNE STRATÉGIE DÉLIBÉRÉE

 

mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéCette précarité - qui a été la base du prolétariat du début du 20° siècle, celui dénoncé jadis par Marx - n’est pas, comme on essaye de nous le faire croire, la conséquence inévitable du progrès technologique, ou de la globalisation, ou encore de la mondialisation : cette précarité est bien le fruit d’une stratégie délibérée de la part des tenants du capital pour conforter leurs propres revenus. Le triplement - voire le quadruplement - du nombre de travailleurs précaires en France depuis ±20 ans n’est pas seulement fortuit : il a bien un but économique. Il est faux de prétendre que cette précarité est une conséquence de circonstances non maîtrisables.

Le débat qui s’impose donc aujourd’hui est donc d’arrêter ce mouvement où se rétablit la discrimination qualitative du statut entre les citoyens, discrimination resurgie comme issue de l’ancien régime.



RÉÉCRIRE LA DÉCLARATION

DES DROITS DE L'HOMME

 

Il nous faut réécrire la Déclaration des Droits de l’Homme. Celle-ci n’a pas proclamé la fin de la lutte des classes : elle a proclamé l’égalité - notamment juridique - entre tous les citoyens. Cette égalité, aujourd’hui, n’est plus appliquée. Notre société est redevenue une société d’états parallèles qui s’ignorent l’un l’autre, avec un “tiers-état” sans cesse croissant qui supporte de moins en moins cette hiérarchisation qui s’établit entre les citoyens.

Ce discours, à la tonalité quasi révolutionnaire, qui n’est cependant pas une construction d’idées mais un constat qui éclate aux yeux de tous, ne peut que favoriser certains leaders de la gauche, voire de l’extrême gauche. Ce discours contre les inégalités est davantage à craindre que celui assez surréaliste d’une Mme Le Pen située, lui, à l’extrême droite et dans ses illusions trompeuses.

Cette situation n’est pas sans danger pour la France.



RELANCE ET PRODUCTION

 

La France, il faut le dire, voire le dénoncer, malgré des apparences trompeuses, a pris un retard considérable en matière de modernisation de son système de production, donc de sa capacité de créer des richesses, au profit notamment des couches de population qui en ont le plus besoin. Si nous avons bien quelques secteurs extraordinairement inventifs et porteurs (automobile, aviation, transports, T.G.V., etc....), ces secteurs sont en train lentement de s’user, et nos chances de nous redresser avec elles aussi. Il nous faut donc, aujourd’hui, faire de la relance : par la consommation, oui, par l’augmentation des revenus, oui encore ; mais aussi en faisant extrêmement attention à ce que cette relance ne soit pas au détriment de la production par elle-même, sinon on irait, plus encore qu’actuellement, droit dans le mur. Il y a aujourd’hui nécessité de réindustrialiser la France qui a abandonné, pour des raisons purement "capitalistiques", des secteurs entiers de son savoir-faire.

Je ne crois pas que la gauche, surtout celle nourrie de théories extrêmes, soit, aujourd’hui, la mieux placée pour résoudre ce fragile équilibre entre relance et augmentation des revenus, d’une part, et consolidation des marges, d’autre part, pour favoriser la productivité des industries créatrices d’emplois et de richesses.

Quand plus haut je parlais du danger d’une certaine gauche, ce n’est pas son danger idéologique que je veux évoquer, celui de ne pas savoir, encore aujourd’hui, épouser les implacables contraintes de notre 21° siècle, mais son incapacité dont je la soupçonne de pouvoir créer et préserver ce fragile, mais nécessaire, équilibre.

Certes, dans le contexte d’une Europe qui favorise une certaine illusion, la France n’est pas le pays qui est le plus à plaindre, ne serait-ce que par son régime social. Mais, si l’on n’y prend garde, même notre régime social est en danger. Et le mot “droits acquits” risque un jour d’être totalement suranné et obsolète.

Donc, la paupérisation d’une part croissante de notre population, mais surtout l’accroissement des inégalités entre les citoyens, mettent nos institutions en danger. On ne peut y rester indifférents et fermer les yeux.

En 2012, ne nous trompons pas de combat. C’est bien de la survie même de notre société dont il sera question. Au-delà de tous ces clivages idéologiques ou partisans qui, dans ce contexte, sont bien dépassés.

samedi, 09 avril 2011

À PROPOS DE DROITE OU DE GAUCHE

BILLET du 9 AVRIL 2011

 

Au-delà de ces élections cantonales qui l’ont démontré au travers d’une abstention “historique” où plus d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé pour désigner ses propres représentants dans les assemblées départementales (dont les missions d’intérêt général ne sont pourtant pas négligeables) ; au travers encore d’un score inégalé de la droite extrême..., une large majorité des votants a donc exprimé sa rupture avec le système, voire nos institutions elles-mêmes.

C’est un événement grave.

Face à cette situation, on aurait pu croire en une espèce de sursaut de nos dirigeants politiques - quels qu’ils soient - pour redresser la barre et rendre aux français des raisons d’espérer, de se ressaisir.

Force est de constater qu’il n’en est rien : que ce soit à droite comme à gauche, les divisions ne cessent de se créer entre les courants.... ou les ambitions personnelles.

À DROITE....

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéNous avons assisté, à droite, à un événement qui nous ramène au milieu du 19° siècle, début 1871 pour être plus précis : l’extrême-droite, c’est-à-dire la droite la plus “dure”, est désormais, en France, en mesure de l’emporter sur la droite modérée. C’est un fait sans précédent dans toute l’histoire de notre République.

Les conséquences immédiates sont ce scepticisme généralisé qui a frappé toute la droite modérée - incarnée actuellement  surtout par l’UMP - à l’approche de l’échéance de 2012. Et les sondages montrent maintenant une Martine Le Pen devancer avec constance le "leader naturel” de cette droite, Mr Nicolas Sarkozy. Ce qui n’est pas pour la rassurer.

De ce fait, la “légitimité”, dans son propre camp, de Mr Sarkozy est sérieusement entamée. Non seulement en raison de sa posture personnelle, qui est davantage celle d’un super-premier ministre que celle d’un président au-dessus des partis, mais est entamée aussi la confiance qu’il puisse encore être “le” leader en capacité de faire gagner cette droite-là.

Les divisions dans cette famille ont toujours existé, mais toujours de manière soigneusement feutrée. Aujourd’hui, elles éclatent au grand jour : la compétition des leaders potentiels est grande ouverte.

C’est bien la première fois, on le constate, qu’un Premier Ministre, et de manière aussi radicale, prend le contre-pied du Président de la République. Sans d’ailleurs, on peut l’observer, que celui-ci ne réagisse avec vigueur : il s’efforce surtout d’encaisser le coup. On minimise ensuite l’incident et on continue comme si de rien n’était.

Le débat voulu par Mr Sarkozy - celui sur l’Islam - et qui les opposait l’un à l’autre, n’en est déjà devenu plus un : alors que celui sur l’identité nationale avait duré plusieurs mois, on a “ratatiné” celui sur l’Islam à une brève rencontre de fin d’après-midi, après l’avoir d’ailleurs maquillé subrepticement en un débat sur la “laïcité”. Maquillage de dernière minute qui, d’ailleurs, n'a fait pas l’unanimité dans les rangs mêmes de l’UMP !

Y avait-il donc urgence d’entreprendre un tel débat quand on sait qu’on y discutera, entr’autres, de la formation des imams, de l’usage du français dans la pratique religieuse, de l’abattage des animaux, de la pratique de la laïcité à l’école, etc...

Est-ce bien là les réponses qu’attendent les français de leurs dirigeants, ces français plongés, eux, dans l’inquiétude et le doute et qu’ils ont exprimé si clairement par leur abstention, ou encore par leur vote pour un parti du refus dépourvu de toute solution crédible à proposer ?

Si donc un éventuel débat sur ce sujet “sensible” était (?) nécessaire, ce n’est pas non plus à un parti politique, fut-il “majoritaire”, à le conduire ainsi, à la va-vite, mais bien à une assemblée représentative de tout le peuple, dans ses diversités, et les intéressés eux-mêmes.

LE PIÈGE

Mais, outre ces désaccords de stratégie politique, force est de constater que l’UMP est tombée dans un piège. Et quel piège fatal !

Pour revenir à quelques années en arrière (nos aînés en ont encore la mémoire), on se souvient de celles où le PC - influencé encore par le stalinisme brejnevien  -  servait de “surmoi” à la gauche toute entière et empêchait en son sein ses forces démocratiques de se dire ou social-démocrates, ou même réformistes. Et au moment où, pour des raisons tactiques, Mr Mitterrand a imposé au PS une alliance avec son “rival” historique - le PC - cela a abouti au PS au malaise que l’on sait et ses éclatements.

C’est ce même phénomène qui se déroule aujourd’hui, mais à droite : le Front National, par un discours “new look” beaucoup plus habile que précédemment, empêche désormais la droite modérée d’être le “leader d’opinion” qu’elle avait vocation d'être. Si on est loin encore d’une union au forceps, comme celle imposée par Mitterrand, la voie se dessine et alarme déjà.

L'ORIGINAL ET LA COPIE

 Pourtant Mr Sarkozy a été pendant dix ans ce “leader d’opinion”, et non sans brio. Mais, aujourd’hui, les choses ont changé : l’UMP est prise dans le piège fatal de “l’original et de la copie”. Et on “joue” désormais du discours “sécuritaire”, on ouvre des débats sur “l’islam” qu'on exacerbe, sur la “laïcité”, des discours sur "l’immigration" : bref, on marche totalement sur les brisées du Front National.

Mais, comme toujours dans ce cas, l’opinion préfère l’original à la copie. Et, de plus, cela fait dix ans que la droite est au pouvoir et que son échec, en matière d’immigration et de sécurité, est total : donc çà ne peut pas marcher !

Alors, si cette droite avait été un peu mieux conseillée par ces “éminences grises” qui traînent un peu partout dans les couloirs de l’Élysée, au lieu de tomber dans le piège où elle s’est aujourd'hui enfermée elle avait joué sur d’autres terrains, comme, par exemple, celui du pouvoir d’achat, celui de l’emploi, du social, de la croissance, de la lutte contre l’hégémonie financière et la mondialisation, ou encore débattu  du “discours de Davos” - on se souvient de cet étonnant discours de Mr Sarkozy qui était presque un discours d’extrême gauche - (voir mon précédent billet "À propos du discours de Davos" de Février 2010), etc.... alors, dans ce cas, ce sont aujourd’hui les Strauss-Kahn, Aubry ou autres Hollande qui seraient peut-être dans l’embarras pour éviter le piège du “copié-collé” sur des thèmes réformateurs et sociaux qui sont leur terrain de prédilection.

Aujourd’hui, l’erreur stratégique de l’UMP n’est plus rattrapable : il est trop tard pour renverser la vapeur. Et quand on pense que ces mêmes “stratèges” ont voulu ces débats “droitiers” pour gagner des voix sur le FN !

Devant cette situation qui les alarment, il est aujourd’hui amusant de voir les ténors de l’UMP défiler devant micros ou caméras pour proclamer en chœur que leur “seul candidat” possible en 2012 est.... Mr Sarkozy. Ceci ne trompe personne : c’est que cette évidence-là n’en est déjà plus une, sinon, on n’en parlerait même pas. Pour exemple cet appel pathétique, tout récemment, de Mr Raffarin qui en appelle même à la “loyauté” du Premier Ministre - Mr Fillon - au Président de la République : c’est un aveu que même le Premier Ministre de Mr Sarkozy est tenté, comme bien d’autres, à jouer désormais sa propre partition face à un Président en situation d’échec. Et les sondages, de surcroît, lui donnent des raisons d’y croire.

Bref, à droite, rien ne va plus.

À GAUCHE....

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéÀ gauche, ce n’est guère mieux ! Et ceci ne pourra aller mieux tant qu’elle ne sera pas sortie du piège de ses “primaires” et n’aura pas trouvé, enfin, “son” candidat. “Son”..., parmi tant de prétendants, mais de prétendants si différents les uns des autres.

Mais, à supposer que, dans quelques mois, la gauche parvienne enfin à trouver ce candidat, il est fort à craindre que les difficultés ne commencent seulement pour elle.

Si en effet, à droite, il y a des querelles entre des tendances - celles, par exemple, sur un éventuel rapprochement idéologique avec les thèses du FN, ou encore celles avec un centre qui semble vouloir désormais manifester son indépendance - on ne peut cependant pas parler de divisions profondes sur les valeurs. L’opposition au grand jour, par exemple, entre un Copé et un Fillon ne porte que sur la tactique, pas sur les valeurs, valeurs qu’ils partagent tous deux à l’identique : ne sont-ils, tous deux, des “chiraquiens” bon teint ? Et sur tous les autres grands sujets essentiels, ils sont d’accord entr’eux, notamment à propos de l’Europe de Lisbonne, le rôle et la défense de l’euro, etc...

Mais à gauche, c’est très différent.

Première question-clef : quel sera “le” candidat choisi ? Si l’on s’en tient aux sondages, il semble que Mr Strauss-Kahn recueillerait la faveur générale d’une majorité de la gauche “modérée” et républicaine.

À supposer donc que ce soit Mr Strauss-Kahn qui soit choisi dans le cadre de primaires aux contours un peu flous, que va-t-il se passer ?

Que deviendront, d'abord, les propositions du PS dont on sait déjà qu’elles sont assez éloignées des positions philosophiques de Mr Strauss-Kahn ? Qu’y a-t-il ensuite de commun entre un Strauss-Kahn et un Benoît Hamon, ou une Martine Aubry, ou d’autres leaders de l’aile gauche du PS ? Sur l’Europe, l’euro, peut-être, pourront-ils établir un certain consensus ; mais sur le reste, sur la politique sociale et économique, quelles sont les ententes possibles ? C’est assez compliqué à imaginer.

Cependant, si la gauche veut gagner l’Élysée, il est impératif pour elle de se présenter rassemblée : or qu’y aura-t-il aussi de commun entre les positions de Mr Strauss-Kahn, rompu aux méandres de la  mondialisation, et celles d’un Mélenchon, ou encore celles d’un Besancenot. Même sur l’Europe, ils sont en opposition totale. Quoi de commun encore entre Mr Strauss-Kahn et les Verts ? Sur la politique énergétique, çà va être l’affrontement assuré. Quels discours vont-ils tenir qui ne soit cacophoniques ?

LE PARADOXE

 Finalement Mr Strauss-Kahn, sur de nombreux points, est plus proche d’un Sarkozy qu’il ne l’est de tous ceux que je viens de citer ci-dessus.

Quel paradoxe !

Et même si les divisions à gauche sont aujourd’hui moins visibles que celles mises au grand jour à droite, ces divisions ne sont pas des divisions de tactique mais bien des divisions philosophiques et idéologiques. C’est beaucoup plus grave pour former une majorité.

Si donc Mr Strauss-Kahn est désigné pour conduire la gauche vers le pouvoir, il aura les mêmes difficultés que Mr Jospin, ou que Mr Prodi en Italie : faire tenir ensemble la droite de la gauche, ou la gauche de la gauche, çà relèvera de l’impossible. Et pour les faire tenir ensemble, ce sera le bond vers l’inconnu et l’aventure.

Or, il s’agit bien de la France, et de l’avenir des français. C’est grave.

Pour conclure, cet exposé sur la situation, celle de la droite face à celle de la gauche, cet exposé n’a pas pour objet d’être partisan et de plaider pour l’un ou l’autre camp. Ils ont chacun leur part de forces, d’erreurs et d’ombres.

Je me garde bien de ne pas sombrer dans la grandiloquence. Mais c’est pourtant bien l’intérêt de la France, et celui des français qui est en jeu, et c’est là l’essentiel. Le camp vainqueur en 2012 doit réussir pour la France et les français. Tout le reste n’est que de la politique, avec un “p” minuscule.

Les français sont aujourd’hui plongés dans le doute, la désespérance et l’incertitude : ils ne cessent de l’exprimer, comme aux dernières cantonales.

La France a cependant des atouts exceptionnels. Il convient que cette chance-là puisse épouser notre époque et ne s’enferme plus dans des concepts d’un autre âge. Pour plus de justice, plus d’égalité, plus de solidarité, plus d’humanité dans les rapports entre les citoyens entr'eux et avec leurs dirigeants.

Leur choix de 2012 sera donc décisif, ce sera un vrai pari pour l’avenir.

Espérons que les français trouveront “la” bonne voie pour relever les innombrables défis que nous lance un monde devenu impitoyable.

Les erreurs et les aventures hasardeuses, aujourd’hui, çà ne pardonne plus.

jeudi, 03 mars 2011

À PROPOS DE CHRISTIANISME ET LAÏCITÉ

BILLET du 3 MARS 2011

 

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UNE DÉCHRISTIANISATION EN MARCHE ?

Comment expliquer le déclin constaté partout en Europe de la connaissance et de la pratique du christianisme ? Pourquoi cette ignorance des jeunes, comme souvent aussi celle de leurs parents, de l’enseignement du christianisme, et du catholicisme en particulier ?

On utilise à ce propos le mot “déclin” : on use même, maintenant, celui de “déchristianisation”.

Si ce que j’avance ici n’explique pas tout, on ne peut ignorer qu’en moins d’un siècle, le christianisme, qui était une religion surtout européenne, est devenu, très majoritairement, une religion du tiers-monde. On se souvient encore de ce qualificatif de “France, fille aînée de l’Église” qu’on aimait évoquer non sans fierté.

Où est cette France-là, aujourd’hui ? Jean-Paul II avait posé la question voici quelques années avec justesse. Je ne prétends pas y répondre.

Si l’on prend les chiffres actuels des grands pays catholiques dans le monde, en tête on trouve le Brésil, suivi ensuite par le Mexique, puis les Philippines, et enfin les États-Unis. Hors le fait de l’évolution des populations globales, aucun pays européen ne figure plus dans le peloton de tête des pays chrétiens ou catholiques. Le fait est là, massif. Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui encore qu’un pape soit, nécessairement, d’origine européenne ? Plus rien : c’est même, presque, un non-sens à le vouloir encore.

Mais si l’on prend référence à ce qui se passe aux USA, le déclin, qui touche aussi bien le catholicisme que les autres religions protestantes, n’a rien de comparable à celui constaté en Europe. Les catholiques représentent aux USA le quart de la population. Et ce malgré les récentes affaires de pédophilie qui n’ont pas affecté sensiblement la pratique religieuse.

Mais, en ce qui concerne le reste du monde, il est spectaculaire de voir d’un côté, en Europe - et spécialement en France - le déclin de la croyance et de la pratique religieuse chrétienne, face à la montée spectaculaire, par ailleurs, de cette croyance et de la pratique sur d’autres continents, notamment en Afrique où le nombre de baptisés croît de façon étonnante, tout comme aussi en Asie : par exemple, en Corée, il y a un siècle, il y avait seulement 2 à 3% de chrétiens ; aujourd’hui, ils sont 30%.

PHÉNOMÈNE DE CISEAUX

Il y a donc un “phénomène de ciseaux” entre le Tiers-Monde, d’un côté, et l’Europe d’un autre.

Le christianisme a, globalement, reculé dans le monde de 30 à 27% de la population mondiale : mais il faut tenir compte, dans ces pourcentages, de la montée exponentielle des non-chrétiens dans certains pays à très forte population, comme l’Inde par exemple.

On considère par contre qu’en France il y a entre 30 à 35% de chrétiens en moins par rapport aux années 50. C’est vrai aussi dans toute l’Europe, sauf dans quelques îlots comme la Pologne. Par contre, chez ceux qui sont encore chrétiens, le rapport à la théologie a majoritairement disparu. On est catholique, mais on a oublié l’essentiel des dogmes et des règles fondamentales de la foi.

LE MOUVEMENT DE

DÉCONSTRUCTION DES VALEURS
 

Si l’on cherche les raisons d’un tel désintérêt (elles sont multiples !), on peut expliquer aussi qu’on a vécu au siècle dernier en Europe - et comme nulle part ailleurs dans le monde -  un véritable mouvement de déconstruction des valeurs traditionnelles.

Par exemple, dans les années 50, il y avait en France 6 millions de paysans : il en reste aujourd’hui moins de 600.000. Ce phénomène social a changé en profondeur le paysage physique et géographique de la France, mais aussi son paysage moral, politique ou religieux. Cette déconstruction des valeurs a frappé partout, aussi bien le Parti Communiste que les syndicats ou les églises : tout ce qui était “traditionnel” et établi en fait comme tel, a été ébranlé en profondeur.

On  était, il y a peu encore, chrétien par habitude : tout le monde, à presque 85%, (sauf, évidemment, les juifs ou les musulmans) allait à la messe le dimanche. On était croyant “par habitude”, on était catholique “par habitude”. Tout cela, même ces habitudes apparemment si bien ancrées, tout ce qui était donc “traditionnel” a, depuis, été remis en cause au fil des années. Et Mai 68 a marqué la quintessence de ce mouvement.

Autre raison aussi de ce désintérêt : nous avons, singulièrement en France, au sein de l’Europe - et Descartes en a été le premier des grands représentants - une culture particulièrement déconstructrice. Lorsque Descartes met, par ses écrits, le doute en exergue, c’est tout ce qui venait de la tradition qui est mis en doute. La religion et ses arguments d’autorité en ont “pris un coup” ! Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les œuvres de Descartes ont été mises à l’index peu d’années après sa mort.

Les jacobins et les révolutionnaires français de la fin du 18° siècle n’ont guère été, ensuite, que des cartésiens élevés à cette école. Ils ont critiqué tant les héritages que les traditions. Nous étions pourtant alors 3 siècles avant le nôtre ! Le phénomène n’est donc pas nouveau.

L’on constate donc qu’il y a désormais, en Europe, dissociation entre la religion “traditionnelle”, essentiellement la religion chrétienne, voire catholique, agissant comme base sociologique, surtout par son enseignement - enseignement auquel, en profondeur, les populations ne croyaient que peu ou prou, pas plus que les grecs anciens croyaient à leurs mythes - et la “croyance personnelle”. Croyance personnelle entretenue notamment par le biais de courants nouveaux, plus ou moins envahissants, apparentés plus ou moins au protestantisme, beaucoup plus dynamisants que le catholicisme enfermé trop souvent dans des rites immuables. Mais il faut aussi reconnaître que, de ce côté-là, çà commence à changer.

DÉCHRISTIANISATION,

OU RECHRISTIANISATION ?

Quand donc on parle de “déchristianisation”, on peut aussi parler, assez paradoxalement et parallèlement, de “rechristianisation”. Par le biais, notamment, d’autres courants d’inspiration essentiellement “privée”, comme le pentecôtisme par exemple.

Le résultat final est que les valeurs chrétiennes non seulement survivent, mais elles deviennent plus en vogue que jamais. Alors que, paradoxalement, sur le plan théologique comme sur le plan de la pratique, le christianisme continue de décliner, inexorablement.

Mais le fond du message chrétien - particulièrement le message d’amour (écrit d’ailleurs dans le Lévitique 1.500 ans avant JC mais mis en valeur au début de notre ère par le christianisme au point d’en faire une valeur universellement plébiscitée, y compris par les non-croyants) - et cet autre message encore qui affirme que la valeur morale de tout individu ne dépend pas, comme l’affirmait le monde aristocratique, des talents naturels issus des héritages patrimoniaux mais de ce qu’on en fait (cf la parabole des talents dans St Mathieu), c’est-à-dire ce message qui affirme que le plus humble ou le plus déshérité de tous les individus a autant de valeur morale que tout autre, fut-il un génie. Ces messages-là, pour ne citer qu’eux, sont bien d’origine chrétienne : et ils sont devenus aujourd’hui des valeurs républicaines !

L’enseignement de nos anciens instituteurs - si bien narré par Pagnol - celui du “peut mieux faire”, leur message qui préfère un élève peu doué mais travailleur à un élève ayant certaines facilités mais qui ne travaille pas, ce message est en parfaite harmonie avec la morale chrétienne.

Cette morale chrétienne et sa spiritualité sont donc plébiscités dans les écoles de la République et notre société, sans même que les gens le sachent ou en soient conscients.

On peut citer l’exemple de ces nombreux non-croyants qui “bouffent du curé”, plus ou moins par tradition sinon par conviction, mais qui défendent de fait, dans leurs discours, des valeurs authentiquement chrétiennes ! Mais tout en condamnant, non toujours sans raisons, la pratique, la théologie, la papauté, l’Église catholique, les dogmes, Rome, etc.... Autant d’institutions héritées des siècles et marquées par leurs différents courants. Ces institutions, déformées par le temps et l’usage, portent cependant toutes une grande responsabilité dans ce qui s’est passé ensuite. Dont l’implacable dégradation actuelle.

Il faut reconnaître qu’au 19° siècle, l’Église catholique a abandonné le monde des pauvres au profit de celui des puissants, des “traditionnels”, des autorités en place. Conséquence peut-être de la Révolution française ? Il est vrai que cette dernière, en déclenchant le conflit avec l’Église et son clergé, a accentué les réflexes conservateurs les plus primaires. D’où cette déformation de ce siècle post-révolutionnaire.

Mais, au-delà de ces péripéties, ceci ne change en rien que les vérités chrétiennes continuent de courir le monde, sans même que ce monde cherche à savoir d’où elles sont originaires. Un philosophe britannique écrivait récemment que “le monde est plein de vérités chrétiennes devenues folles”.

LA LAÏCISATION DES VALEURS CHRÉTIENNES

Avec la Révolution et la philosophie qui l’a suivie, il y a donc eu une sorte de lente mais profonde laïcisation des valeurs chrétiennes.

Le monde entier vit aujourd’hui - actuellement encore, l’actualité en témoigne chaque jour - la révolution des “Droits de l’Homme”, désormais internationalisée. On ne peut nier que cette révolution-là est bien, philosophiquement, d’origine chrétienne.

Ce qui n’est pas, d’ailleurs, sans poser ici ou là, essentiellement dans les nations musulmanes, quelques problèmes d’adaptation. L’appartenance de cette charte qui prétend être “universelle” et vouloir s’imposer à tous les états et à tous les peuples, de toute culture, cette charte des “Droits de l’Homme” porte trop, à leurs yeux, la marque de son inspiration chrétienne. Et cela freine leur enthousiasme à les mettre en pratique dans leurs lois internes. On accuse même, dans certains pays musulmans, cette charte d’être une nouvelle forme insidieuse.... de "colonialisme" rampant !

Je reviens donc à ce phénomène universel de “laïcisation des valeurs chrétiennes” ? Il n’y a rien de choquant à utiliser ce terme. Pourquoi ?

En revenant sur le fondement même de la laïcité, historiquement, c’est bien le christianisme qui a permis la laïcité : les sociétés démocratiques et laïques, les sociétés républicaines dans lesquelles nous vivons aujourd’hui - et singulièrement en France - sont issues de valeurs fondamentalement chrétiennes. Et, malgré les apparences, celles germées à la Révolution française - qui a vu s’affronter l’Église et la démocratie naissante - c’est bien le christianisme, sur le fond, qui a permis l’émergence de nos actuelles sociétés laïques.

LE FORUM INTÉRIEUR

Comment ? Parce que la religion chrétienne repose sur une sorte de “forum intérieur”. Je vais revenir sur ce terme.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéQuand, dans l’épisode de la femme adultère, le Christ dit “la Loi (judaïque alors en vigueur), c’est la lapidation, mais que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre”, il renvoie chaque individu à sa conscience. Il joue l’esprit contre la lettre de la Loi. Et quand on lit l’évangile, notamment celui de Jean, il n’y a aucune juridification de la vie quotidienne. Il y a le "monde de César" et il y a le "monde de Dieu".

Dans le christianisme, aucune règle n'est fixée quant au mode de vie qu’on doit suivre, hors les règles morales de base : il n’y a aucune obligation, ni sur la façon de s’habiller, ni la façon de vivre, ni la manière de prier.

Les préceptes qui ont suivi beaucoup plus tard, comme celle de “devoir” manger, par exemple, du poisson le vendredi, ne sont que des inventions du 19° siècle. Çà n’a rien à voir avec l’Évangile !

L’Évangile des chrétiens marque en effet, en la matière, une très grande différence de conception avec le Talmud ou le Coran. Encore plus avec la charia : IL N'IMPOSE RIEN !

C’est là que se situe ce “forum intérieur” que j’évoquais plus haut : ce “forum” renvoie chaque individu à son intériorité. Et il ouvre grande la porte à la laïcité où aucune contrainte religieuse n’est imposée : moins la religion juridifie en effet la vie quotidienne, plus aisée est le passage à la laïcité. Moins l’on a d’impératifs religieux à respecter dans la vie quotidienne, plus le monde démocratique peut s’épanouir. On renvoie donc la croyance à la simple intériorité de son propre “forum intérieur”.

Et, toujours dans l’Évangile, le Christ théorise cette non juridification des rapports sociaux en faisant la distinction entre “ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu”. C’était la première formulation, il y 21 siècles de cela, de cette distinction essentielle à l’Occident. Une révolution en soi, bien avant la tempête de 1789 !

À la différence des autres religions, le christianisme n’est donc pas une religion de la lettre mais une religion de l’esprit.

POURQUOI CE RECUL DU CHRISTIANISME ?

Pourquoi donc - dans ce contexte, on peut se le demander - ce recul du christianisme aujourd’hui et que j’évoquais plus haut ?

Simplement, je pense, parce que l’Europe républicaine a absorbé le message chrétien et qu’elle l’a supplanté. Au point d’en oublier son origine historique.

Si l’on se réfère à la parabole des talents, celle qui dit, comme je le rappelais plus haut, que la valeur d’un individu ne dépend pas de ses dons naturels mais de ce qu’il en fait, de la façon qu’il les transforme, celle du “peut mieux faire”, la religion chrétienne est celle qui a aussi mis en valeur le travail. C’est ce qui explique peut-être pourquoi les civilisations chrétiennes ont été celles où le progrès a été le plus rapide à se développer par rapport à d’autres qui sont restées plus stagnantes. Même les moines chrétiens, au travers de leur règle, s’astreignent aussi, quotidiennement et encore aujourd’hui, à  travailler de leurs mains, en plus de la prière et de la méditation qui est la base de leur vie.

Le christianisme, c’est donc la mise en valeur pratique des talents de chacun pour les faire fructifier. C’est la mise en valeur de l’homme dans son élan. La formule canonique du “peut mieux faire”, c’est l’idée de progrès, l’idée de travail, l’idée qu’avec ses propres talents naturels, on peut faire plus, on peut faire mieux.

LA BASE DU PRINCIPE RÉPUBLICAIN

Le christianisme est donc bien, on le constate, un rejet du monde aristocratique, de ses héritages patrimoniaux et sa cohorte de privilèges. Il est bien la base du principe républicain que l’on retrouve, notamment en France, dans sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

“Liberté”, celle des choix où chacun est libre de décider dans son “forum intérieur” de son comportement personnel, sans que nul, ni nulle religion, ne puissent lui imposer quoique ce soit.
“Égalité”, celle de tous les individus, quels que soit leur origine sociale, dont la seule valeur reconnue est celle de leur travail personnel à vouloir développer leurs propres talents naturels.
“Fraternité”, celle de l’effort collectif pour permettre à chacun d’accéder au progrès, condition de l’épanouissement de tout individu.

La République, ses valeurs, celles des “Droits de l’Homme”, sont donc une continuité de l’héritage chrétien.

Étrange paradoxe, donc, que cette apparence qui voudrait que l’un ne puisse se bâtir que sur les ruines de l’autre.

Il n’en est rien, tout au contraire : l’une, la République, n’est que le prolongement de l’autre, le christianisme.