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samedi, 26 avril 2008

À PROPOS de la FRANCE et l'OTAN

1884495066.jpgBILLET du 26 AVRIL 2008
 
Je crois, à l’occasion du récent sommet de l’OTAN, qu’il s’est passé l’un des actes les plus importants de Mr Sarkozy depuis que celui-ci est arrivé aux affaires, peut-être même de l’ensemble de son quinquennat. Pourtant cela est passé presqu’inaperçu dans l’opinion.

On ne peut pas dire, en cette circonstance, qu’il n’y ait pas eu une certaine cohérence chez notre Président.

La politique qu'il a suivie avec une certaine constance a comporté en effet plusieurs volets successifs :

a/ la mise en place d’une constitution minimale, le Traité de Lisbonne, où la France a eu un rôle très actif. Même si on peut toujours regretter ce côté minimaliste et sans réelle ambition pour l’Europe elle-même.

b/ un rapprochement avec l’Angleterre solennisé par le voyage à Londres de Mr Sarkozy

c/ le rapprochement très marqué avec l’OTAN. Je dis bien rapprochement mais pas réintégration car, en fait, même si le Général De Gaulle en avait retiré, en 1969, les forces françaises de son commandement intégré, la France faisait toujours bien partie de l’OTAN.

d/ enfin, on cherche maintenant à créer au sein de l’OTAN - et c’est là que les choses prennent une toute autre dimension - une structure reposant désormais sur 2 piliers : un pilier américain et un européen.

C’est un schéma tout-à-fait nouveau qui n’est pas neutre du tout. Et c’est là que se situe l’importance que je soulignais plus haut du changement de stratégie de la politique étrangère française.

Ce choix stratégique a au moins deux conséquences :

1/ quoiqu’on en dise, cela amène d’abord  à une distanciation très marquée de nos relations avec l’Allemagne. Or celles-ci, depuis bien des années, ont toujours constitué le véritable moteur de l’Europe. On rompt clairement non seulement avec une tradition européenne plus ou moins intégrationniste, mais on rompt aussi avec la politique du Général De Gaulle, base de toute notre politique étrangère suivie ensuite tant par Pompidou, Giscard, qu’ensuite par Mitterrand ou Chirac.

2/ nous nous alignons désormais plus ou moins sur la politique US, mais sans, cependant, avoir négocié préalablement quoique ce soit avec les États-Unis pour prix de cet alignement.

Nous voici fort très éloignés de la ligne gaulliste suivie par la France depuis un demi-siècle, y compris dans ses relations avec ses partenaires européens.
 
RUPTURE TOTALE AVEC LA POLITIQUE GAULLISTE

Un demi-siècle, me dira-t-on ? Il est vrai que depuis tout ce temps les choses dans le monde ont bien changé. Faut-il que notre politique reste donc figée sur des lignes de force qui, aujourd’hui, se sont largement déplacées ?

À la création de l’OTAN, le monde occidental avait pour ennemi principal l’URSS, et ses affidés communistes qui occupaient une grande partie de l’Europe et avaient leurs missiles à nos frontières.

Aujourd’hui, l’URSS est disparue, tout comme le Pacte de Varsovie qu’elle avait créé face à l’OTAN. Et la Russie n’est plus la puissance menaçante qu’elle était. Depuis, encore, l’Europe a été libérée du joug soviétique avec la chute du mur de Berlin et une grande partie de ces peuples enfin libérés ont, depuis, intégré l’OTAN, certains, même, l’Union Européenne et ont frontières ouvertes avec les nôtres.

L’OTAN avait donc été créée à l’origine à la demande des pays libres d’Europe pour se protéger de la menace communiste, s’associant pour cela à la toute-puissance américaine.
 
L'ENNEMI : LE TERRORISME INTERNATIONAL

Aujourd’hui, l’ennemi n’est plus le même : il est le terrorisme international, entretenu par les intégrismes religieux dont, notamment, le terrorisme intégriste islamique qui est désormais le plus menaçant de tous.

Le Général De Gaulle avait quitté en 1969 le commandement intégré de l’OTAN parce que, entre temps, la France s’était équipée de l’armement nucléaire qui, à lui seul, constituait à ses yeux une arme de dissuasion suffisante pour éloigner toute initiative militaire du monde communiste contre nos frontières.

Cette attitude avait donc permis à la France d’adopter une politique d’indépendance vis-à-vis des États-unis sans, cependant, que nous ayons quitté toutes relations avec cet allié surpuissant et ami.

La France a commencé pourtant il y a peu, sous Chirac, de se rapprocher timidement de l’OTAN en acceptant de siéger de nouveau au Comité militaire de l’OTAN.  Et ce pour la raison que j’ai exposée plus haut : la finalité de l’OTAN avait bien changé depuis De Gaulle.

Mr Sarkozy entreprend donc de continuer cette mutation de notre politique étrangère en proposant aux européens, lors de sa future présidence de l’Europe au 1er Juillet, la création d’une défense européenne, laquelle s’intégrerait dans l’OTAN auprès des États-Unis.

La question qu’on peut cependant se poser dès à présent est de savoir si l’OTAN est bien, ou non, la bonne structure pour lutter contre le terrorisme. On peut en douter.

Par exemple, notre engagement en Afghanistan, et son renforcement, sont établis sur des bases qui sont battues d’avance. Et, ce qui est plus grave, rien n’a été négocié avec les États-Unis pour tenter de jeter d’autres bases. La France est donc rentrée purement et simplement dans la stratégie américaine et on ignore encore aujourd’hui ce qu’elle sera dans quelques mois après le départ de Bush.

Ensuite on sait que les anglais restent toujours rebelles à toute défense européenne. Ils ne sont partisans que d’une défense intégrée avec les États-Unis. Et ils ne changeront pas d’avis tant qu’ils n’auront pas ratifié le Traité de Lisbonne.
 
Que vaut donc le projet de Mr Sarkozy, même s’il a tenté d’amadouer les anglais lors de son voyage à Londres ?
 
RÉCONCILIER L'OCCIDENT AVEC LUI-MÊME

Nous voici donc de retour à la vieille politique d’équilibre des puissances. Elle est complètement inadaptée face aux circonstances. Et on voit Mr Sarkozy jouer tour à tour la carte des anglais, celle des américains, puis celle des allemands et puis encore celle des russes. Et Mr Fillon de déclarer même, récemment, à la grande fureur des américains, que la bonne réponse au terrorisme était "l’équilibre des puissances en Europe.... avec la Russie".

Il faut aussi reconnaître que nombre de nos pays partenaires européens, notamment ceux issus de l’ex-Pacte de Varsovie, sont davantage atlantistes, donc plus proches des États-unis, qu’ils ne sont proches de l’Europe occidentale. Pour exemple le plus marquant : la Pologne.

Le projet de Mr Sarkozy doit donc plus consister à réconcilier les atlantistes avec les européens et les faire s’intégrer entr’eux. Donc nécessairement avec l’appui des américains, chefs de file des premiers. Il faudra tous convaincre que maintenant l’ennemi c’est bien le terrorisme islamique plus que tout autre chose.

C’est une nouvelle vision du monde qui est en train de naître sous nos yeux.
 
Il est donc devenu urgent de réconcilier l’Occident avec lui-même.

vendredi, 11 avril 2008

À PROPOS de SPORT et POLITIQUE

1543389463.jpgBILLET du 11 AVRIL 2008
 
Est-ce qu’une farce lugubre se prépare à Pékin  à l’occasion des prochains Jeux Olympiques ?

La question est désormais posée avec une nouvelle acuité, surtout après les incidents qui ont émaillé le parcours de la flamme olympique.

Certains vont même jusqu’à préconiser le boycott total de ces jeux, pas seulement de leur cérémonie d’ouverture mais de nos athlètes eux-mêmes. Comme cela s’est déjà fait pour certains pays dans un passé récent pour les jeux de Moscou.

Avant même tout débat à ce propos, je veux affirmer que, de mon point de vue, cela serait fort dommageable. Car la Chine, qui est l’une des plus anciennes civilisations du monde, et les chinois eux-mêmes, peuple intelligent et courageux, méritent de pouvoir accueillir ces jeux. Même si cette immense nation est encore sous le joug d’un régime issu du communisme le plus obtus qui a fait encore, ces dernières décennies, des millions de morts. Et qu’encore aujourd’hui il impose par la force son joug à d’autres peuples voisins qu’il oppresse et dont il fait disparaître culture, habitants et langue. Un vrai martyre, comme au Tibet. Un génocide dans son horreur la plus absolue !

Situation donc très difficile que celle-là et de nos dirigeants dont on peut imaginer l’embarras quand il leur faudra prendre une décision à propos de leur participation à ces jeux peu ordinaires.
 
BOYCOTT DES J.O. ? OU PARTIEL ?

Les partisans du boycott total ne manquent certes pas d’arguments. On les entend dire que le seul boycott de la cérémonie d’ouverture ne servira à rien et satisfera surtout les egos ou les scrupules des chefs d’état face à l’oppression chinoise au Tibet. Mais que cela n’aboutira pas à une modification substantielle de la conduite des actuels dirigeants.

On peut donc se poser la question : pourquoi peser sur ces dirigeants par la voie d’un boycott de nos sportifs, et pourquoi pas agir par celui de nos achats de produits chinois ?

Le commerce n’a jamais constitué un brevet d’honorabilité pour qui que ce soit : on a toujours fait du commerce avec tout le monde, même avec des pays classés “indignes”. On ne peut donc pas comparer le commerce avec le sport : le sport, lui, doit être - ou devrait être - une marque de joie de vivre et de l’amitié entre les peuples. Ce n’est pas le rôle du commerce.
 
SPORT INSTRUMENT DE L'IMPÉRIALISME

Cependant, à propos du sport, les choses ont beaucoup évolué au cours des dernières décennies : le sport est devenu, que cela choque ou non, une sorte d’instrument de l’impérialisme d'état.

Ce fut déjà le cas à Berlin, sous le régime nazi. Ce fut ensuite le cas à l’époque de la R.D.A. et de nombre de pays communistes de l’Est où tous les procédés, même ceux les plus répréhensibles, étaient bons pour fabriquer des athlètes sur mesure pour qu’ils puissent ensuite symboliser la supériorité du régime politique en vigueur chez eux sur tous les autres régimes du monde. C’est encore un peu vrai aujourd’hui.

Tous les régimes, quels qu’ils soient, se sont donc servi du sport - et des Jeux Olympiques - pour en faire une sorte de vitrine à la gloire de leur propre nation.

Donc, pour en revenir aux partisans du boycott de nos sportifs, ils prétendent qu’il faut priver la Chine de ce brevet d’honorabilité de pouvoir se comparer aux autres nations.
 
Or, quand on sait les chinois et leur recherche effrénée d’un rapport de force, et aussi de retrouver une certaine honorabilité alors qu’ils commencent tout juste à sortir de leurs murs où le régime les avait enfermés et humiliés, l’argument des partisans du boycott total n’est pas sans valeur. Un échec des jeux aurait, pour les chinois et chez eux, des effets considérables. Et leurs actuels dirigeants y seraient très sensibles.

Faut-il pour autant nous ranger à cet argument ?

Je crois d’abord que les boycotts, quels qu’en soient les motifs, ont des effets désastreux. Pas seulement sur la population du pays qu’on boycotte  mais aussi sur les populations des pays qui organisent le boycott. La population chinoise en serait frustrée. Pas forcement ses dirigeants. Ceux-ci ne manqueraient pas d’éveiller aussitôt chez elle un ressentiment exacerbé et de provoquer un réflexe d’auto-défense entraînant un nouveau repli sur elle-même. Ce serait le pire résultat qu’on pourrait attendre et cela ne changerait rien à l’actuelle politique d’oppression. Tout au contraire : on lui donnerait une justification pour la poursuivre avec plus de vigueur.

QUE FAIRE ALORS ?

À mon modeste rang, j’ai le sentiment que faire planer sur ces dirigeants une menace de boycott ne serait pas tout-à-fait inutile. Il est évident qu’ils ne recherchent pas pareille épreuve.

Mais une chose est sure : le boycott doit être l’affaire des politiques, pas celle des sportifs. Et la menace de boycott de la seule cérémonie d’ouverture peut être un bon moyen de pression.

Ensuite, si certains pays décident de boycotter et d’autres pas, cela ne servira à rien. La décision, pour l’Union Européenne, ne peut qu’être collective. Sinon, les uns en tireront les “marrons du feu”, et les autres pas. Et, finalement, c’est l’Europe toute entière qui en pâtirait. Il faut éviter pareil désordre.

Donc, faire peser une menace, c’est bien : mais il faut ouvrir parallèlement un dialogue avec les chinois. Il faut leur expliquer qu’ils nous mettent dans une difficulté considérable, nous européens, par rapport à cette cérémonie d’ouverture. Il faut leur dire que nos opinions publiques sont complètement braquées contr’eux, comme le parcours de la flamme olympique l’a illustré. Je crois que sont des arguments auxquels les chinois peuvent être sensibles.

Tout communiste que soit l’actuel régime chinois - c’est-à-dire autoritaire et policier - il faut constater que la Chine devient aussi, depuis peu - et ce n’est pas là le moindre paradoxe ! - un pays hyper-libéral. Du point de vue de ses dirigeants, ils ne comprennent pas notre attitude pro-tibétaine : pour eux les tibétains sont des gens arriérés, archaïques et obscurantistes. Ils freinent - toujours selon eux - le progrès et toute évolution libérale. Ils ne comprennent pas que nous, pays libéraux évolués, nous puissions nous arc-bouter autour de la défense de cette culture hors du temps.
 
Il nous faut donc leur expliquer ce qu’est pour nous le respect des cultures, et pourquoi nous sommes choqués par l’actuel génocide perpétré au Tibet. Et leur expliquer encore ce que cela pourrait avoir de désastreux pour eux qu'un boycott de la cérémonie d’ouverture. L’argument a son poids.

Enfin, il nous faut cesser ce faux-semblant de reconnaissance du dalaï-lama : il faut que nous lui donnions, publiquement et internationalement, le statut d’interlocuteur incontournable quant à l'avenir du Tibet et faire comprendre aux chinois que rien ne s'y fera sans un dialogue avec lui.

En tout cas il nous faut nous éviter à tout prix de donner aux chinois le sentiment qu’ils sont un peuple persécuté et méprisé par nous. Sinon, les effets seraient catastrophiques pour tous.

Surtout quand on sait le poids immense que pèse aujourd’hui la Chine dans le monde. Donc, fermeté et réalisme.

lundi, 31 mars 2008

À PROPOS de l'EUTHANASIE

BILLET du 31 MARS 2008

1969458185.jpgLe débat sur la fin de vie s’est rouvert après le décès de Chantal Sébire et sa lutte pour que ses souffrances soient abrégées.

Comment aborder ce débat ? Comment ne pas le caricaturer ? Comment ne pas le simplifier à l’excès ?

Je crois que nous commettons sur ce sujet une erreur inévitable, saisis que nous sommes tous par l’émotion et la compassion face à cette femme, à la fois fort courageuse, digne et sympathique.

Cela nous pousse naturellement à réfléchir - mais de façon faussée - sur ces questions. Et on se demande aussitôt : “Qu’est-ce je ferais si j’étais à sa place ?”.

J’ai été très choqué par les interventions de certains ministres, très dogmatiques sur ce sujet et qui affirmaient que “tout allait bien, il n’y avait rien à changer”, etc.... Une ministre est même allé jusqu’à dire qu’on n’avait pas à changer la loi pour répondre à un simple “souci d’esthétique” ! (NDLR : Mme Sébire avait un cancer de la face qui en déformait lourdement le visage). Difficile d’être plus stupide.

AU NOM DE QUOI POUVONS-NOUS INTERDIRE ?

Le problème n’est donc pas de savoir ce que l’on ferait nous-mêmes en tel cas, mais de nous dire “quelles sont les raisons que nous avons d’interdire à cette dame de faire ce qu’elle demande ?”. Au nom de quoi pouvons-nous lui interdire ?

C’est la seule question que nous devons nous poser face à ce sujet touchant la bioéthique.

La Loi Leonetti a été une première et importante avancée pour tenter de répondre à cette difficile question. C’est bien. Mais est-elle suffisante ? Je crois que non. Il faut aujourd’hui la faire évoluer. Mais très modestement, à mon sens.

Modestement, je précise : je suis sur ce point en désaccord avec l’Association “Mourir dans la dignité”. Pourquoi ? Je crains en effet que, si on fait une loi très libérale (comme en Belgique ou en Hollande), on ne pousse à terme un certain nombre de gens au suicide,  qu’on les “dégage”, qu’on leur fasse sentir qu’ils sont désormais “de trop”.

INDIGNITÉ DANS LA MORT ?

L’expression même “Mourir dans la dignité” m’est insupportable. Comme si les gens qui, face à la mort, s’accrochent à la vie, étaient “indignes”. Il y a un immense risque, notamment vis-à-vis de personnes âgées, qu’on leur dise un jour : “Voyez, vous êtes de trop. Soyez dignes. Laissez la place. Dégagez !”.

Exagération de ma part ? Je ne le crois tant que çà face à notre société devenant de plus en plus inhumanisée.

S’il faut donc que la Loi évolue, cela ne peut être que de façon très encadrée. Il faut éviter que ne se créent en France de ces cliniques “au suicide”, comme cela existe en Suisse, où on aide des gens à mourir, même quand ils ne sont pas malades.

Faut-il, comme certains le font comme pour éluder cette difficile question, poser aussitôt ce problème en termes  de morale ?

Je ne vois pas en quoi interrompre une vie en train de se défaire est plus grave moralement que d’interrompre une vie en train de se faire. En quoi l’euthanasie est-elle moralement plus condamnable que l’avortement ? Je cherche en vain la réponse.

Mais ceci n’est pas une raison pour se permettre d’instrumentaliser la mort, de l’industrialiser. La mort ne peut pas devenir une nouvelle culture de société.

QUE FAIRE ?

Comment donc faire ?

Une solution pourrait être la création d’une sorte de comité supérieur d’éthique qui serait appelé à examiner, cas par cas, chaque malade qui exprimerait sa volonté de mourir avant le terme prévu pour des raisons humanitaires, ou de simple compassion. Et, seul, ce comité serait habilité à autoriser, ou non, l’aide médicalisée sollicitée pour mettre un terme à des souffrances devenues insupportables. Mais la simple raison exige que l’on ne puisse pas aller plus loin dans ce “droit de grâce” à l’envers.

Pour approfondir encore notre réflexion, on pourrait aussi inviter les catholiques à réfléchir sur la position de l’Église : l’Église est contre l’avortement, elle est contre l’euthanasie. Mais pendant des siècles, et jusque tout récemment, l’Église était favorable à la peine de mort. Mais, il est vrai que, sur ce sujet, elle a soudain changé : elle est devenue plus prudente sur la peine de mort.

Par contre l’Église, si elle refuse bien l’euthanasie active, n’est pas du tout opposée à l’euthanasie passive. Elle admet que l’acharnement thérapeutique pour maintenir en vie des êtres devenus de véritables “légumes” est condamnable : pour elle, quand tout espoir est anéanti, il faut laisser les gens mourir naturellement.

Faut-il donc considérer que nos politiques sont en retard sur l’opinion  et notre société?

L’opinion semble actuellement pencher pour des autorisations accordées dans certains cas insupportables. Mais il semble sur ce point que les avis soient partagés. Le rôle de l’État est donc d’éclairer l’opinion. Ce ne peut être que le sujet d’une réflexion, pas d’un référendum.

QU'EST LA MORT AUJOURD'HUI ?

Autre question encore : qu’est la mort aujourd’hui dans notre société.

Il est certain que la mort n’est plus aujourd’hui perçue de la même façon que dans les générations précédentes.

Quand, autrefois, quelqu’un sentait la mort s’approcher de lui, il convoquait toute sa famille, il réglait sa mort, il organisait sa succession pour éviter les contestations entre ses héritiers. Bref, il organisait sa mort comme il l’aurait fait pour tout autre affaire sa vie durant. On mourrait ensuite paisiblement au milieu des siens, dans son cadre intime familial.

Aujourd’hui, 70% des gens meurent à l’hôpital, entourés de tuyaux et d’appareils qui enregistrent le lent déclin de la vie. Est-ce situation plus enviable ? J’en doute fort.

J’en reviens donc à la position de l’Église catholique : cette position a le mérite d’être cohérente. Elle condamne, je le disais, l’avortement comme l’euthanasie. Elle considère que la vie est un don de Dieu et que nul n’a le droit d’en disposer.

Mais cette position, qui était logique en soi, ne tient pas compte de ce qu’est devenue la mort aujourd’hui. La définition biologique et médicale de la mort a changé. Et cette période intermédiaire, cette espèce de purgatoire où on finit tôt ou tard par se situer entre la vie active (où on peut alors encore condamner le suicide) et celle où on est soi-même “condamné”, cette période-là doit être prise en considération. Sinon, on se place dans une sorte d’acharnement thérapeutique, ce qui n’est pas acceptable en soi.

Hier, la pire mort était celle arrivant brutalement, par exemple dans son sommeil, sans avoir eu le temps de recommander son âme à Dieu dans une sorte de cérémonial familial. Aujourd’hui, la mort brutale est devenue celle idéale.

Le suicide est donc, vu sous cet angle, devenu une forme acceptable de la mort.

La mort n’est décidèment  plus ce qu’elle était.

mardi, 18 mars 2008

À PROPOS DU DERNIER POILU

BILLET du 18 MARS 2008

772533361.jpgNotre dernier “poilu” de la guerre 14-18 vient de décéder. Un hommage solennel a été rendu à tous ces vétérans et ultimes témoins à travers ce dernier survivant qui vient de disparaître.

J’ai déjà traité ici suffisamment du “devoir de mémoire” et de son nécessaire passage au “devoir d’histoire” pour ne pas revenir sur ce sujet.

Je m’attacherai donc ici à n’aborder que la seule guerre 14-18 et les marques indélébiles qu’elle a laissées dans l’histoire de notre nation et du monde en général.

La guerre 14-18 a en effet marqué définitivement en Europe la fin de l’épopée napoléonienne, de ses conquêtes à travers l’Europe, ensuite du système de Metternich mis en place à la chute du Premier Empire - système qui aura quand même duré près d’un siècle ! - et de sa parenthèse de 1870-1918 avec une France amputée temporairement de sa province lorraine lors de l’effondrement du Second Empire.

Cette guerre aura été un vrai traumatisme : il faut rappeler que, rien que du côté français, 8.500.000 soldats ont été appelés sous les drapeaux, elle y a laissé dans nos rangs 1.400.000 morts et environ 4 millions de blessés. Çà a été une gigantesque saignée démographique pour la France, sans aucun précédent de toute son histoire, dont on vient à peine de sortir de ses conséquences, ou presque. La France serait aujourd’hui très différente de ce qu’elle est dans l’Europe et dans le monde sans tous ces morts sur les champs de bataiile.

Mais, outre ce fait d’histoire, alors que nous étions cependant en plein essor de l’idée démocratique, le spectacle largement diffusé d’humains qu’on a vus abattus sous la mitraille, ou sauter en nombre sur des mines - comme si la vie humaine n’avait plus aucune importance - va profondément marquer ensuite tout le XX° siècle à peine naissant.

LA NAISSANCE DES GRANDS TOTALITARISMES

Parce qu’il y aura eu ce spectacle sans précédent de ce vaste massacre rapporté par des médias récemment apparus (photographie et cinéma), l'existence humaine elle-même va perdre de son poids. Et les grands totalitarismes, comme les grands massacres du XX° siècle, vont désormais devenir autorisés.

La guerre de 14-18 a été certainement le plus grand tournant des temps modernes. Elle a été le passage du monde ancien au monde d’aujourd’hui. D’abord à cause de la mécanisation de la guerre ; à cause ensuite du déclin de l’Europe, comme celui de la France qui était en 1914, il faut le rappeler, l’une des deux premières puissances d’Europe et qu’elle a cessé définitivement d’être après. Cette guerre a permis ensuite l’apparition de puissances nouvelles, celle aussi du communisme qui n’aurait peut-être pas été possible en Russie sans cette guerre qui a annihilé tout contrepoids.

La guerre de 14-18 aura été, finalement, plus importante dans ses conséquences que la deuxième guerre mondiale de 39-45 malgré la dimension planétaire de cette dernière. Il faut en être conscient aujourd’hui. Le "devoir d’histoire", c’est aussi çà.

La guerre de 14-18 a été aussi le commencement de la brutalisation des sociétés européennes : dans des sociétés qui se “polissaient” depuis le XIX° siècle - hors les conquêtes coloniales - on a eu à faire à un retour très soudain des formes les plus extrêmes de la barbarie, amplifiées par les possibilités nouvelles qu’étaient l’aviation, les chars et aussi l’usage de nouveaux produits toxiques engendrant la mort.

Cette guerre a conduit à cette brutalisation, laquelle a abouti finalement à ces totalitarismes tels que le fascisme, le nazisme ou le stalinisme.

À propos de la guerre par elle-même, ce qui va différencier le XIX° siècle du XX°, c’est qu’au XIX°, les guerres en Europe avaient pour objectif essentiel de rééquilibrer les forces entre les nations. Mais après la guerre 14-18, la guerre ne sera plus faite pour empêcher la guerre par elle-même par un simple rééquilibrage des forces en présence sur un même continent, mais pour exterminer d’autres nations, sous couvert notamment d’idéologies naissantes. Ce sera la naissance de ces courants idéologiques sans frein, les plus puissants sur notre continent depuis l’idée révolutionnaire née en 1789.

Enfin, alors qu’auparavant les guerres s’arrêtaient dès que l’équilibre des forces était rétabli, les guerres nouvelles, elles, ne s’arrêtent plus. Au nom du totalitarisme conquérant qui les a déclenchées, au nom d’une idéologie révolutionnaire qui prend quelqu’ampleur, la guerre ne peut désormais s’arrêter que lorsque l’adversaire est totalement exterminé. Ce n’est désormais plus un simple rééquilibrage de forces.

C’est bien ce qui a changé dans le monde à partir de 14-18.

Cette guerre aura donc conduit à un tournant majeur dans la conscience des peuples, conscience qui marque désormais toutes nos générations, y compris celles de notre tout nouveau XXI° siècle.

Le "devoir d’histoire" est aujourd’hui une nécessité qu’il ne faudra jamais cesser de raviver si l’on veut maintenir la paix à travers le monde.

mercredi, 20 février 2008

À PROPOS de MÉMOIRE et d'HISTOIRE

BILLET du 20 FÉVRIER 2008

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À peine avais-je conclu mon précédent billet (“À propos d’un style”) que je prenais connaissance de la nouvelle bombe fumigène de Mr Sarkozy : cette initiative de confier à tous les enfants de CM2 - de ±10 ans - un “devoir de mémoire” des 114.000 enfants juifs qui ont été déportés par les nazis au début des années 1940.

Au risque de choquer ceux qui me font l’honneur de me lire, quand j’entends l’expression “devoir de mémoire” pour la 100.000ème fois, j’ai envie de me mettre aux abonnés absents. Je n’en peux plus.

Non que j’aie la moindre sympathie pour le racisme ou pour l’anti-sémitisme, mais je pense que cette expression est totalement malvenue et contre-productive :
• malvenue parce qu’on ne peut avoir la mémoire et se souvenir de ce qu’on a soi-même vécu : donc il ne peut s’agir d’un “devoir de mémoire”, pour ces enfants nés un demi-siècle après ces faits, mais de la nécessité de l’Histoire. Ce n’est pas la même chose. Arrêtons d’utiliser cette expression à tort.
• contre-productive parce que ce n’est pas comme çà qu’il faut faire de l’instruction civique : si on s’imagine que c’est en faisant des leçons de morale qu’on va faire baisser l’anti-sémitisme, on se trompe totalement. C’est exactement l’inverse : on ne contribuera qu’à le faire monter. Car on rallume la guerre des mémoires.

La mémoire de la shoah ? Immédiatement, dans certains quartiers, on vous dira : “Pourquoi pas la décolonisation ? Pourquoi pas l’esclavage ? Pourquoi pas l’Arménie ? Pourquoi pas les enfants palestiniens ? etc....”. Et ils auront raison de le dire.

On se déculpabilise aujourd’hui vraiment à bon compte : arrêtons cette comédie. On se découvre soudain en France 63 millions de “résistants” : où étaient-ils donc et combien étaient-ils en 1940 ?

Donc, à la place de cette farce tragique, il nous faut aujourd’hui, prioritairement, faire de l’Histoire. Mais il nous faut nous servir de l’Histoire pour la re-situer dans le présent : il serait préférable que les classes parrainent aujourd’hui des enfants vivants plutôt que des enfants morts au siècle passé. Il faut que l’Histoire serve à quelque chose.

LA MÉMOIRE DIVISE....

L'HISTOIRE RASSEMBLE

La mémoire est ce qui divise les hommes ; l’Histoire est ce qui peut les rassembler.

La mémoire divise en effet les hommes parce que les mémoires sont particulières, surtout dans une époque communautariste comme la nôtre. On risque de voir surgir des mémoires juives, des mémoires musulmanes, des mémoires chrétiennes, etc.... Cette sorte de manie de la repentance, de rumination constante du passé est, curieusement, propre à la France : on ne la voit dans nul autre pays. On croirait qu’il n’y a qu’en France qu’on aurait des choses à nous reprocher.

Face à cela, on peut d’ailleurs se poser la question de savoir pourquoi, en France, notre enseignement d’instruction civique échoue si lamentablement. Les leçons de morale, çà ne “marche” pas : c’est dommage, mais c’est comme çà. Les cours de droit constitutionnel pour enfants ? Çà ne “marche” pas davantage. Or nos cours d’instruction civique reposent ou sur la morale ou sur le droit constitutionnel. Donc, çà ne peut pas ”marcher”.

En opposition, on constate que ce qui passe le mieux, même dans des populations difficiles, ce sont, à la fin, les cours d’Histoire, des cours notamment illustrés par des grandes œuvres cinématographiques : par exemple le “Journal d’Anne Franck”, ou des films sur la déportation, la guerre et ses horreurs. Il y a aussi la lettre de Guy Mocquet : mais, là, il faut laisser agir les professeurs à leur propre rythme.

Qu’est-ce donc aussi - je le dis ici rapidement au passage - ce pays où le Président de la République intervient sur la forme d’enseignement de la grammaire, ou encore sur la Shoah ? Çà n’a plus de sens. Si l’autorité de l’éducation doit continuer, ce n’est pas parce qu’elle est impulsée du sommet de l’État, mais parce qu’elle a son autonomie et sa propre justification.

Je parlais donc de la mémoire. Quant à l’Histoire.... Qu’est-ce que c’est que l’Histoire par rapport à la mémoire ? L’Histoire est une mise en place, alors que la mémoire est déjà quelque chose de sélectif. Mais sélectif dans un sens affectif : la mémoire retient ce qui, dans l’affectivité de l’individu, est prioritaire. Et les exemples ne manquent pas : par exemple, en ex-Yougoslavie, les ”devoirs de mémoire” ont conduit à de véritables catastrophes. Alors qu’au contraire l’Histoire, c’est ce qui essaye de mettre en perspective.

Si on veut donc conserver la leçon du passé, sans en faire une leçon de morale mais une leçon d’expérience, il nous faut retrouver le sens de l’Histoire. Seule l’Histoire permet de réinvestir les leçons du passé pour les projeter dans le présent. Et il est inutile de se lamenter sur le passé si on n’en fait rien aujourd’hui.

NE PAS RÉVEILLER L'ANTI-SÉMITISME

6 millions de juifs, pour un enfant, c’est abstrait, çà ne veut rien dire. Pas plus que de lui parler de la bataille d’Alésia et de Vercingétorix. Par contre, parrainer un enfant vivant, c’est autre chose : pourquoi ne pas le faire justement au nom de ce que l’on a appris de l’Histoire, y compris celle de la Shoah ? C’est autrement plus parlant.

Oui, on se déculpabilise (ou on se culpabilise) aujourd’hui à bon compte. On aime à la fois la repentance et cette fausse culpabilité : c’est de la rumination morbide.

Par contre et par rapport à cela, Mr Sarkozy pose cependant, sur un autre sujet, une question intéressante - même si on n’en connaît pas la réponse - lorsqu’il évoque la faiblesse de nos sociétés en matière de spiritualité : il a raison de le faire. Paul Thibaud, l’ancien directeur de la revue “Esprit”, donnait récemment cette image très juste de notre société : elle est, selon lui, “les Droits de l’Homme, plus le marché”. C’est bien cela cette société dans laquelle nous vivons. Mais cela n’est pas suffisant, et çà ne donne pas pour autant un projet de vie.

Pour conclure, notre combat d’aujourd’hui, est bien un combat contre l’antisémitisme : mais ce n’est pas avec la rengaine du “devoir de mémoire” qu’il faut s’y prendre.

Je parlais plus haut de cette “nouvelle bombe fumigène” de Mr Sarkozy. Une de plus. Et, comme d’habitude, sans aucune préparation ni concertation avec qui que ce soit. Même (la très sarkozienne) Simone Veil, Présidente d’une fondation qui combat l’anti-sémitisme, s’en indigne avec force.

Faut-il rappeler que Jacques Chirac avait déjà institué en France, peu avant la fin de son mandat, une journée de commémoration des crimes nazis ? Çà partait d’un bon sentiment, même si c’est sans effet réel sur l’opinion. Aujourd’hui c’est un peu la même chose. Sauf qu’on rallume un peu plus l’anti-sémitisme, et notamment dans les milieux immigrés d’origine musulmane.

Ce genre d’initiatives n’apporte rien : tout au contraire, elles risquent d’allumer de nouveaux foyers de discorde.

Écrivons l’Histoire. Et cessons de ressasser les mémoires.

mardi, 19 février 2008

À PROPOS d'un STYLE

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BILLET du 19 FÉVRIER 2008

Nicolas Sarkozy peut-il encore réformer ? N’est-il pas déjà en voie de “chiraquisation” ?

Les mauvais sondages, la grogne de l’UMP, le recul sur les taxis et les négociations avec les buralistes conduisent naturellement à se poser cette question qui, il y a peu de semaines encore, aurait surpris tout interlocuteur. Aujourd’hui, elle est devenue banale.

Le Président parait pour le moins embourbé. Avec cependant une réserve : Nicolas Sarkozy est en début de mandat. Alors que la “chiraquisation”, dans son sens péjoratif, s’appliquait à la fin du mandat de Jacques Chirac où plus rien ne se passait.

Or, avec Nicolas Sarkozy, c’est l’inverse : ce n’est pas une “chiraquisation” par défaut ou par inactivité, c’est une “chiraquisation”, c’est-à-dire un sentiment d’impuissance, par excès, par sa suractivité, au point que les français en attrapent le “tournis”. (Le mot est devenu très à la mode). Ses initiatives sont tellement nombreuses - et çà pourrait être une bonne chose quand on sait l’état où est la France - mais surtout, hélas, si contradictoires, si illisibles qu’on finit par ne plus savoir où nous en sommes.

L’”affaire” des taxis en est une illustration, parmi d’autres : quand, sur ce sujet difficile, on veut prendre des initiatives aussi “agressives” à l’égard d’une profession dont les revenus sont fort modestes mais dont le seul “trésor”, pour leur assurer une retraite décente, est le capital constitué par leur “plaque” qu’ils ont payée très cher, on ne se lance pas dans une telle réforme sans avoir quelques “cartouches” compensatrices et sans un minimum de précautions. Or, là, il n’y avait ni “cartouches” ni davantage de précautions prises.

On a donc l’impression que les réformes annoncées sont peu ou mal préparées et relèvent le plus souvent de l’improvisation la plus totale. C’est très surprenant.

LA CANNIBALISATION DE LA VIE PUBLIQUE

Nicolas Sarkozy a aussi un autre handicap - celui-là tout-à-fait imprévu et qui a pris une dimension exceptionnelle - c’est celui de l’étalage de sa vie privée : celle-ci a totalement cannibalisé sa vie publique.

Ce n’est pas seulement le départ, puis le retour de Cécilia, puis le divorce, puis sitôt après le remariage avec une chanteuse, les goûts de luxe, les Ray-Ban, les Rolex en or, ses escapades, les 80.000 euros de cadeaux échangés avec Mme Bruni à l’occasion de leur mariage, etc....

Et, face à cet étalage luxueux, cet aveu : “les caisses sont vides”....

Même si le portefeuille du Président n’est pas à confondre avec les caisses de l’État, il y a là contradiction : on invite les français à se serrer la ceinture pendant, qu’en privé, on fait étalage de ses dépenses.

“Quand on mange du caviar, il faut tirer les rideaux, surtout en période de crise”. Quand on incarne l’État, quand on prétend vouloir garantir l’intérêt général, quand, devant la levée des inquiétudes, on doit rassurer, ce qui rassure le peuple, c’est d’abord la norme, pas la transgression, même dans sa vie privée.

Il est urgent que Mr Sarkozy redresse la barre, qu’il réinvestisse la fonction présidentielle, qu’il referme la parenthèse “people” (ce côté “bling-bling”), qu’il cesse de vouloir être à la fois son Premier Ministre, voire son Ministre de l’Intérieur, mais qu’il devienne enfin LE Président. Sans ce côté “touche-à-tout” virevoltant qui déroute et sème l’inquiétude, alors qu’on attend surtout d’un Président qu’il apaise et rassure, rôle prépondérant parmi tous si l’on veut faire aboutir projets et réformes.

Oh, il serait bien injuste de prétendre qu’aucune réforme n’a pas été menée à bien par Mr Sarkozy depuis quelques mois : le traité européen, l’autonomie des universités, la réforme des contrats de travail, la réforme des régimes spéciaux des retraites, etc..... Çà fait plus de choses que Mr Chirac en douze années de présidence ronronnante. Mais aujourd’hui, Mr Sarkozy semble embourbé dans un fatras de réformes tous azimuts et aux annonces quasi-quotidiennes.

DISTINGUER L'ESSENTIEL DE L'ACCESSOIRE

Cette approche est dangereuse parce qu’elle conduit à la dispersion des efforts et au gommage des priorités. Il est nécessaire, comme pour tout bon manager, de hiérarchiser les réformes qu’on veut entreprendre, à commencer par les plus importantes et se donner les moyens de les réussir. Il est politiquement impossible de tout faire d’un coup : il faut distinguer l’essentiel de l’accessoire.

On ne change pas la vie des français d’un “coup de baguette magique”. Surtout quand les caisses sont vides. Or, là non plus, on ne perçoit nulle part une volonté de rigueur économique alors que çà devrait être la première des priorités. La France continue de creuser le trou dans lequel elle s’enfonce. On a l’impression, dans ce domaine essentiel, d’une stagnation par contradiction. Alors qu’on était en droit d’attendre une politique de rigueur, une politique d’urgence, on conduit une politique de facilité. C’est l’immobilisme de l’essentiel dans l’agitation de l’accessoire. C’est décevant.

“Le style, c’est l’homme”, disait Stendhal. Celui-ci soulignait déjà la difficulté de changer l’un sans que l’autre évolue.

Il est devenu urgent que Mr Sarkozy évolue pour devenir enfin Président de la République. Ce qu’il n’a pas encore fait.

mercredi, 06 février 2008

À PROPOS DU MÉTIER D'ENSEIGNANT

BILLET du 6 FÉVRIER 2008

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Le rapport de la Commission Pochard sur l’évolution du métier d’enseignant évoque, entr’autres propositions, la “prise en compte de la performance dans le déroulement des carrières des professeurs”.

On peut imaginer l’inquiétude que cette formulation a pu éveiller chez nos enseignants dont le métier est devenu, aujourd’hui, si difficile. Qu’est-ce que cela veut dire ?

En fait, s’il s’agit de payer les professeurs “au mérite”, il n’y a rien de bien nouveau, car cela existe déjà : les professeurs ont des promotions, ils changent d’échelons et ils gagnent progressivement plus en fonction de plusieurs critères, dont l’ancienneté et le mérite, et ce selon un système de notation bien établi.

À propos d’ailleurs de ce système, on observe curieusement que les notes attribuées sont comprises généralement entre 18 et 20 (sur 20), et pratiquement jamais en dessous de 18. Alors qui obtient 18 sur 20 pourrait considérer avoir une excellente note alors, qu’en fait, c’est pratiquement l’équivalent de zéro, le bonnet d’âne. Moi-même, élu pendant plusieurs années en charge du personnel d’une collectivité publique de plus de 3.000 agents, cette façon de noter m’avait frappé de stupeur. Mais on ne change pas “comme çà” les habitudes de l’administration. Sauf que, dans l’Éducation, il y a, à côté de ces notes administratives, celles données par le rectorat qui, elles, sont comprises plus raisonnablement entre 7 et 20.

UN SYSTÈME DE NOTATION INUTILE

Donc le système, aussi perfectible qu’il soit, existe. Sauf.... qu’il ne sert pas à grand-chose.

On entend donc régulièrement, surtout dans l’électorat de droite : “Il faut payer les professeurs au mérite”. Voilà l’exemple type d’une mauvaise réponse à une bonne question : il n’y en effet aucune raison pour qu’on n’évalue pas un service public, un service qui est du à tous les citoyens. Et on peut exiger que celui-ci soit performant. Comme ses agents.

Mais la bonne question, c’est : “Comment évaluer un service public ?”. Le problème est de savoir si on doit appliquer au service public les critères d’évaluation qui sont ceux du privé.

Or, on ne le peut pas.

Pour expliquer cela brièvement, prenons l’exemple d’une entreprise privée : plus elle a de clients, meilleur cela est pour elle. Mais, dans le service public, c’est exactement l’inverse : plus vous avez de “clients”, plus vous avez de délais, plus vous avez de contraintes et plus cela devient difficile à gérer. Donc le service public ne fonctionne pas comme une entreprise privée.

Dans le privé encore, si vous instaurez un système de notation, si un employé ne donne pas satisfaction, on peut toujours s’en séparer. Dans le public, non.

Qui peut donc imaginer que, parce qu’on va mal noter un professeur, ou qu’on va le priver d’une partie de son salaire, il va devenir meilleur pédagogue ? Devant une telle évidence, que peut-on faire ?

On pourrait aussi suggérer de faire non plus des évaluations individuelles, mais collectives. C’est-à-dire de l’établissement tout entier. Ou encore de toute l’équipe pédagogique d’une même classe. Ou d’une même discipline. Et, au cours d’une réunion - avec ou sans les parents d’élèves - on exposerait clairement ce qui ne va pas, on examinerait les résultats constatés et on remettrait en cause méthodes et équipes collectivement.

On pourrait aussi envisager de donner plus d’autonomie aux chefs d’établissements. Par exemple, leur permettre de distribuer des primes à des enseignants qui rendent plus de services que d’autres : il n’est pas normal qu’on ne rétribue pas le mérite de certains enseignants qui, manifestement, s’engagent plus que d’autres.

Donc, on le constate, le système du privé ne peut pas fonctionner dans le public. Et puis on peut, par ailleurs, s’interroger : pourquoi ne pas payer aussi les médecins aux résultats de leurs traitements ? Les avocats au nombre d'acquittements qu’ils obtiennent. Etc...

Il y a là, chez ceux qui ne parlent que de la rémunération au mérite dans la fonction publique, une sorte de crétinisme managérial qui s’est imposé à la société toute entière et qui en devient ridicule. Il faut cesser ces discours hors des réalités.

"LA" GIFLE

Je vais ici, pour démontrer un peu plus la difficulté de l’exercice, ouvrir une rapide parenthèse à propos de “la” gifle. On sait cette “affaire” d’un professeur qui, venant de se faire provoquer devant toute sa classe par un de ses élèves qui l’avait gratifié de “connard”, lui a renvoyé aussitôt une gifle. Et ce professeur s’est retrouvé arrêté par des gendarmes, puis mis en garde à vue, et même suspendu par sa hiérarchie (qui a même hésité à blâmer sévèrement l’élève), en attendant d’être traîné devant un tribunal. Mais que font les syndicats d'enseignants ?

Dans quel monde vivons-nous ? Surtout quand on sait que cet élève insolent est le fils d’un gendarme, métier où on cultive par excellence le respect de l’ordre. Ce gendarme est certainement fort respectable dans l’exercice de ses fonctions : mais désolé, il n'est qu'un très mauvais père. Si moi-même un de mes enfants avait traité son professeur de “connard”, ce n’est pas une seule gifle que je lui aurais administrée mais une “tournée” pour qu’il se souvienne longtemps du respect que l'on doit à toute autorité.

Oh, certes, la gifle administrée par ce professeur dépasse ce qu’il est aujourd'hui convenu. Mais, qu’auriez-vous fait à sa place, sans risque de perdre toute autorité dans votre classe et d’être professionnellement “fichu” ?

Et quant à l’administration judiciaire, quelle serait la réaction d’un juge si on venait à le traiter de “connard” dans l’exercice de ses fonctions ? Je crains fort que la sanction entraînée irait très au-delà d’une simple gifle.

Tout, dans cette “affaire”, est démesuré. C’est un vrai fait de société, révélateur de l’état de délitement de l’autorité où nous sommes.

SAUVER LE MÉTIER D'ENSEIGNANT

Le métier d’enseignant est donc devenu aujourd'hui très difficile : il va même jusqu’à comporter des risques d’intégrité physique. Et son autorité morale est de plus en plus souvent contestée.

Il faut comprendre ce que c’est qu’une classe : si la classe devient un rapport physique à 1 contre 25 ou 30 ; si, de surcroît, les parents d’élèves ne soutiennent pas l’autorité du professeur, s’ils ne réalisent pas que c’est même leur propre autorité qui sera ensuite mise en cause, ou encore l’équilibre des rapports entre les adultes et enfants, la situation devient sans issue.

Me revient ici le souvenir d’une autre gifle qui est restée célèbre : c’est celle que François Bayrou a administrée à un jeune qui lui faisait les poches. Toute la France a applaudi. Y a-t-il deux poids, deux mesures selon qu’on est célèbre ou simple professeur en province ?

On viendra nous dire ensuite que, dans l’enseignement public, nous avons une grave pénurie d’enseignants alors que l’école privée les attire en grand nombre. Et cet enseignement public est souvent contraint de recruter les plus médiocres des promotions qui sortent des écoles de formation. J’avais déjà traité ce sujet il y a de nombreux mois : rien n’a changé depuis. On ne contribue pas actuellement à tarir cette tendance qui devient gravissime pour l’avenir même de l’école publique.

Enfin, par dessus le marché, un rapport (Attali) propose aujourd'hui de faire noter les professeurs par les élèves et leurs parents, et on les met ensuite en examen quand ils se font insulter par quelques connards d’élèves. Au fou !

Il faut renverser d’urgence cette déviance. Il faut soutenir les professeurs : ceux-ci ne sont plus suffisamment reconnus dans la société d’aujourd’hui, laquelle ne fonctionne qu’au fric, à la notoriété, au “people”. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le “bling-bling”..., dont l’exemple aujourd’hui vient de haut.

Il est devenu plus qu’urgent d’en prendre conscience.

vendredi, 01 février 2008

À PROPOS de la FAMILLE

BILLET du 1er FÉVRIER 2008

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Les temps changent. Même ce que l’on pouvait considérer comme l’un des piliers les plus essentiels de notre société - je veux parler de la famille - n’est plus aujourd’hui ce que l’on croyait connaître tout récemment encore. Pour preuve, cette information statistique qui vient d’être publiée : il naît aujourd’hui en France davantage d’enfants “hors mariage” que d’enfants issus de couples mariés.

Voilà de quoi ébranler nombre de bonnes consciences chez celles et ceux qui, hier, couvraient aussitôt d’opprobre tous ceux qui avaient “fauté” avant d’être passés “devant le maire et le curé”. D’aucuns estimeront qu’il y a là un signe de déclin de la famille, un déclin de plus qui frapperait notre pays.

L'ÉTONNANTE FÉCONDITÉ FRANçAISE

Seule consolation cependant, la fécondité française est en tête des pays européens : non pas parce que notre taux de fécondité (1,98) est suffisant pour assurer le renouvellement des générations - il est encore en dessous du taux requis (2,1) - mais il est très loin devant des pays qui, comme l’Allemagne (ou encore l’Espagne, l’Italie et bien d’autres), voient leur population diminuer parce qu’ils ne procréent plus suffisamment. Ce qui les expose à terme à une grave crise de vieillissement de leurs populations. Avec tous les problèmes de financement des retraites, de leur poids démographique - donc politique - sur notre planète. Y compris, aussi, le poids de notre civilisation européenne face aux pays émergeants à la fécondité galopante.

Alors, face à cette étonnante fécondité française - qui nous classe en tête des pays européens, même devant la très catholique Irlande ! - nous ne pouvons que porter notre attention sur la place du mariage dans ces familles “new-look”, composées, décomposées, recomposées, re-décomposées, re-recomposées, et que la notion même de mariage ne semble plus préoccuper. Tout en constatant que, même chez ces familles complexes, le creuset familial demeure une donnée essentielle. Ce qui pourrait passer, à première vue, pour être contradictoire. La plupart des observateurs n’y comprennent d’ailleurs plus grand-chose.

Pour tenter cependant de répondre à cette interrogation, peut-être pourrait-on remettre la notion de mariage en perspective historique ? Je vais tenter ici de m’y essayer brièvement, sans cependant être assuré de convaincre pour autant.

On doit tout d’abord constater que le mariage, malgré les apparences, ne s’est jamais si bien porté qu’aujourd’hui en terme de valeur : la famille, fondée sur le lien amoureux, va jusqu’au souhait des homosexuels de vouloir se marier entr’eux, et même des prêtres qui ne supportent plus le célibat que leur impose leur hiérarchie !

Souvenons-nous qu’hier - c’était en 68 - on était alors dans la logique d’un titre devenu célèbre : ”Familles, je vous hais“. Et voilà qu’aujourd’hui on évoque son opposé : “Familles, je vous aime”, titre du dernier ouvrage de Luc Ferry (que j’ai eu le plaisir de rencontrer récemment au Salon de la Biographie de NÎMES) et dont je vous recommande vivement la lecture.

MARIAGE D'AMOUR et MARIAGE de RAISON

Il faut donc repartir, pour essayer de comprendre, plus loin encore dans l’histoire des mentalités. On constate, par exemple, qu’au Moyen Âge, on ne se mariait jamais par amour. Il arrivait bien parfois que des gens s’aimaient, mais c’était l’exception. Le principe fondamental du mariage, c’était alors le lignage, c’est-à-dire la transmission du nom et du patrimoine. On observe ensuite, par exemple, que dans les pièces de Molière, on commençait à revendiquer le mariage d’amour, à vouloir “se marier” et non plus “être marié” par l’autorité parentale.

Finalement, au fil du temps, le mariage d’amour l’a progressivement emporté sur le mariage de raison. Mais la conclusion de cette évolution, si vous fondez le mariage sur le sentiment d’amour et non plus sur le lignage ou sur la biologie ou encore sur l’économie, dès lors que l’amour disparaît - ce qui peut arriver - ou qu’il se transforme en haine, alors, évidemment, on aboutit au divorce. C’est un vrai drame, surtout pour les enfants. Mais, dans ce cas, mêmes les enfants seront moins malheureux, moins traumatisés dans un divorce réussi que dans un mariage raté.

N’idéalisons donc pas la famille bourgeoise : celle-ci était le plus souvent inséparable de deux institutions, l’une réelle, l’autre littéraire, qui étaient le bordel d’un côté et le drame bourgeois de l’autre.

Ceci me rappelle, anecdotiquement, une nouvelle de Mautpassant intitulée tout simplement “Jadis” : elle raconte le conflit entr’une grand-mère - aristocrate située encore dans le grand siècle mais dont la vue était très en baisse - et sa petite fille qui lui servait de lectrice des journaux. Et celle-ci de lire dans un journal un fait divers : une femme a tué son mari parce qu’elle était trompée. Et la grand-mère de dire : “Cette femme est folle : le mariage, ma petite fille, n’a rien à voir avec l’amour !”. Au 18° siècle, il était en effet tout-à-fait ridicule d’aimer sa femme : c’était même du plus mauvais goût.

L'AMOUR TUANT LE MARIAGE ?

On est donc passé aujourd’hui du mariage de convenance, ou d’intérêt - c’est-à-dire du mariage fondé sur des conventions - au mariage fondé sur l’amour. Mais, finalement, paradoxalement, c’est l’amour, sentiment extrêmement fluctuant par nature, qui a fini par tuer le mariage.

Nous sommes là en plein individualisme : si nos sentiments, si nos émotions sont la mesure de toutes choses, çà rend toute institution extrêmement fugitive. Il en va de l’amour comme il en va de l’opinion publique, comme de la politique et de bien d’autres choses.

La logique du mariage d’amour, qui l’a emporté en Occident sur toutes les autres formes de mariage, va donc, à terme, à l’encontre du mariage lui-même. Mais, il faut le dire, pas du tout de la famille : la famille se porte mieux que jamais. La famille est, en effet, le lieu de solidarité par excellence.

Si l’on veut donc comprendre le vrai sens du mariage - c’est-à-dire le besoin entre deux êtres de passer ou devant le curé ou le maire - il faut relire les Confessions de St Augustin : à l’origine, le mariage est né d’une idée qui est très belle - et que l’on trouve déjà dans le Genèse - c’est celle qu’on a besoin de quelqu’un d’autre. C’est donc la base de la théorie augustinienne de l’amour en Dieu, Dieu qui va relier les êtres qui s’aiment. Cela a aussi un avantage très grand dans la perspective chrétienne : c’est qu’au moment où l’un d’entr’eux va mourir, l’amour en Dieu leur promet qu’ils se retrouveront après la mort. Précieux sésame.

Dans la laïcité - qui n’est jamais rien d’autre que la sécularisation de la religion en présence d’un maire au lieu d’un officiant religieux - quand on arrive à la vraie laïcité achevée, on en vient donc à la logique du mariage d’amour.

Pour conclure, j’évoquerai ici très rapidement ce paradoxe de la France dont le peuple est celui de tous qui a la vision la plus pessimiste de l’avenir et qui est, cependant, celle des nations européennes qui fait le plus d’enfants.

Faire des enfants, n’est-ce pas faire confiance à l’avenir ? On peut donc en déduire que les français restent résolument confiants sur la famille, sans trop se soucier par ailleurs de l’avenir de leur mariage.

mardi, 29 janvier 2008

À PROPOS du RAPPORT ATTALI

BILLET du 29 JANVIER 2008

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Fallait-il réunir ou non tout un vaste aréopage de “têtes pensantes” pour analyser les freins actuels de la croissance française ? Avec ou sans Jacques Attali, ce proche conseiller - sorte “d’éminence grise” - de François Mitterrand ? Il est permis de se poser la question.

UNE EXCELLENTE INITIATIVE....

Il faut cependant reconnaître que cette initiative est bonne, même si l’on pouvait s’attendre à ce qu’elle aboutisse à une remise en cause de nombre de certitudes et de privilèges solidement établis, donc à autant de grincements de dents prévisibles.

Il fallait donc réussir ce tour de force de concocter une sorte de mélange de libération de l’économie par le déblocage des verrous qui la paralysent (donc la mise en œuvre d’une politique libérale), mais aussi amalgamer ce libéralisme avec la protection des citoyens les plus fragiles.

L’équilibre entre ces deux conceptions de société - apparemment inconciliables - est assez réussi : le rapport qui est aujourd’hui entre nos mains n’est pas du tout pour favoriser les riches - comme aurait pu l’être un rapport purement libéral - mais un rapport pour venir aussi en aide aux personnes les plus défavorisées. Quoiqu’en disent les caciques habituels de gauche au regard perpétuellement figé sur leur rétroviseur.

....300 PROPOSITIONS EN TROP !

Par contre, hélas, si l’on rentre dans le détail de ce rapport extrêmement touffu, on est figé d’effroi par cet alignement de ces 316 propositions qu’il contient : j’entendais un éminent commentateur, ancien ministre très proche de la majorité, affirmer qu’il y a au moins “300 propositions de trop”.

Je ne suis pas loin de partager son avis : çà n’a aucun sens. Il faut manquer sérieusement d’expérience politique pour imaginer qu’un gouvernement, que des ministres en responsabilité, pourraient gouverner avec plus de 300 priorités touchant autant de domaines aussi différents les uns des autres. C’est condamner ce rapport à être rangé tôt ou tard dans le tiroir des bonnes intentions.

C’est dommage : car ce rapport dit aussi que la France va très mal, même s’il ne cède pas à la mode ambiante d’une certaine déclinologie. Il dit que dans nombre de domaines, la France est en recul, car elle est bloquée par ses réglementations. On se souvient d’ailleurs de la dénonciation de ces mêmes blocages par Jacques Chaban-Delmas, puis par Jacques Delors : ce n’est pas nouveau ! Et non seulement ce n’est pas nouveau, mais on réglemente un peu plus chaque jour. Donc on ne cesse de verrouiller davantage un peu plus lourdement notre économie. La France marche totalement sur la tête.

Les solutions Attali contre ces blocages constituent une sorte de révolution en profondeur de nos modes de pensée. De quoi faire exploser nombre de nos gouvernements. Je pense donc que, quelles que soient les compliments et promesses polies de circonstance prononcées par Mr Sarkozy lors de la cérémonie de remise de ce rapport, celui-ci ne sera pas appliqué. Oh peut-être deux ou trois mesures de simple bon sens et “digérables” par l’opinion, mais pas davantage.

À l'OPPOSÉ de la POLITIQUE de Mr SARKOZY

Une raison à cela aussi : ce rapport est à l’opposé de la politique affichée par Mr Sarkozy. En effet, pour celui-ci et depuis qu’il est au pouvoir, “tout va bien”. Et malheur aux ministres qui se risquent de dire la vérité, donc le contraire de la doctrine officielle. Tout au plus Mr Sarkozy a-t-il récemment consenti à avouer timidement que “les caisses étaient vides”. Alors, entre le pessimisme affiché dans le rapport Attali, et cet optimisme officiel ”à tout-va”, cette sorte de fuite en avant de Mr Sarkozy, il y a une manifeste incompatibilité.

On trouve aussi dans ce rapport des propositions absurdes. Pour n’en citer que quelques exemples :

“enseigner l’économie”. Çà parait très bien : qui pourrait être contre ? Or, on a déjà à faire à des enfants qui ne parviennent pas à apprendre à lire et à écrire correctement. Est-ce qu’on a besoin de leur imposer une discipline supplémentaire et de surcroît abstraite ? Et si on prenait cette mesure au sérieux, en considérant qu’il y a en France 360.000 “professeurs des écoles” enseignant dans 50.000 établissements primaires, il y a deux possibilités : ou on crée 100.000 postes d’économistes, ou on forme ces 360.000 instituteurs. Cela veut dire que dans les instituts de formation des maîtres, on va ajouter un module de ±3 semaines supplémentaires pour apprendre l’économie. Croyez-vous que c’est en 3 semaines qu’on va former des maîtres experts en économie ? Le résultat sera vraisemblablement de créer une sorte d’alter-mondialisme débile enseigné dans toutes nos écoles. Mieux : le rapport Attali, non content de cela, affirme qu’à la fin de l’école primaire, il fallait non seulement savoir lire, écrire, compter, mais aussi parler anglais, manier l’informatique et avoir des notions d’économie. Au fou ! Ce “tout à l’école” est la solution de facilité, la “fuite en avant” de tous les politiques : dès qu’on ne parvient pas à résoudre un problème, on proclame “qu’il faut apprendre çà à l’école”.

• autre mesure : ”faire noter les professeurs par les parents d’élèves”. Il faut manquer de lucidité pour ne pas saisir que nous sommes dans un temps où il y a un urgent besoin de légitimer le monde des adultes, et particulièrement celui des professeurs. Il est urgent de leur redonner de l’autorité. Les infantiliser en les faisant noter par les élèves et leurs parents, c’est à l’opposé de ce qu’il faut faire.

• autre mesure encore : ”faire la réforme des programmes”. Mais arrêtons ces réformes qui ne font que la fortune des imprimeurs. Ces réformes sont nécessaires, mais elles ne peuvent être que graduelles, comme elles le sont déjà.

”supprimer la carte scolaire”. C’est une réforme qu’on tente déjà d’imposer. Mais sans succès, car on ne la supprimera pas de par la logique des choses : les classes et les établissements les plus recherchés ne sont pas élastiques. Il faut cesser de mentir à ce propos.

”l’immigration” : le gouvernement actuel veut imposer des quotas, renvoyer au moins 25.000 immigrés par an. Et le rapport Attali nous dit de son côté que nous manquons d’immigrés ! Même si nous manquons de certaines main-d’œuvres, va-t-on passer par “profits et pertes” les immigrés chômeurs qui existent déjà en France ? Est-ce là la bonne solution ?

UN FATRAS DE REVENDICATIONS GÉNÉRALES

Ce rapport fait irrésistiblement penser à un “inventaire à la Prévert” : les bonnes mesures qu’il contient sont noyées dans un fatras de revendications générales, dont certaines figuraient déjà dans tous les rapports établis depuis 50 ans.

Peut-on mettre, pour citer un autre exemple, sur un pied d’égalité la réforme du métier de chauffeur de taxis (quand on sait qu’il en manque cruellement dans nombre de nos grandes agglomérations), et celle des pharmaciens, quand il y en a à tous les coins de rue ?

On a le sentiment d’une sorte d’accumulation de choses inspirées par la rancœur de “gens intelligents” face à l’absurdité d’une société conservatrice fondée sur une autre accumulation de règles qui n’ont plus aucun sens. Comme celles qui ont conduit à 1789. Ceci ne fait pas une politique générale.

Je ne vois pas quel homme politique est aujourd’hui en mesure de mettre ce rapport en œuvre. Je ne crois pas que Mr Sarkozy sera celui-là, malgré les bonnes intentions proclamées.