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jeudi, 22 mars 2007

À PROPOS DE L'HÉRITAGE CHIRAQUIEN

BILLET du 22 MARS 2007medium_images.47.jpg

Ainsi donc Mr CHIRAC a décidé de jeter l’éponge et de renoncer à briguer un nouveau mandat. Juste conséquence de ce que les sondages exprimaient, à savoir que les français ne l’auraient plus suivi.

Une page de près d’un demi-siècle de carrière politique se tourne donc définitivement.

Sa sortie s’est voulue empreinte d’une certaine dignité que tous ont unanimement reconnue et saluée (sauf l’inénarrable Mr LE PEN qui s’est une fois de plus montré à cette occasion sous son vrai visage : odieux et méprisable).

Une fois l’écran éteint sur l’image de ce départ annoncé, le regard ne peut s’empêcher de se porter ensuite en arrière sur ce personnage hors du commun, non seulement de par la longévité exceptionnelle de sa vie politique, mais aussi sur le personnage lui-même : il avait un certain côté romanesque qui lui convenait assez bien. Un peu d’ailleurs à la manière d’un François MITTERRAND.

Jacques CHIRAC, on ne peut le nier, avait un fort pouvoir de séduction, un charisme que nul n’a jamais songé lui contester. Le charme qui se dégageait naturellement de sa personne était un des éléments les plus puissants de son autorité.

Mais, pour autant, j’ai été déçu et consterné par la teneur de son allocution d’adieux.

Voici donc un chef d’État qui achève 45 ans d’engagements politiques et qui nous tient, en cette circonstance solennelle, un discours abstrait, désincarné, bourré de mots creux, des mots “valises”, évoquant ici le “modèle social français”, là “l’égalité des chances”, s’aventurant même d’une mise en garde “contre l’extrémisme”. Un patchwork de bonnes intentions, de concepts creux, de grandes expressions dépourvues de tout sens.

Il n’y avait, dans ses paroles - par ailleurs de belle apparence - aucune réalité concrète, aucune expérience vécue, pas même la moindre idée ou la moindre projection d’avenir. Tout était abstrait et relevait de la “langue de bois”
.
On aurait pu s’attendre aussi, après 45 ans de pratique d’un pouvoir exercé à un tel niveau, avoir un discours sincère, concret, authentique. Il n’en a rien été.

Cela m’a consterné au plus haut point. Ai-je été seul à ressentir cette déception ? J’en doute fort.

Peut-on expliquer cette attitude dans le fait que Jacques CHIRAC a toujours été un maurassien de gauche ? Il ne faut pas s’étonner d’ailleurs que les gens de gauche lui dressent aujourd’hui des lauriers.

Et quand on cherche l’homme véritable, on regarde évidemment entr’autres quels sont ses goûts personnels. Jacques CHIRAC est quelqu’un qui n’aime pas le 18° siècle français, pas plus le 17°, il n’aime pas l’Occident, il préfère de beaucoup le monde arabe à Israël, et que les États-Unis à fortiori. Sur le plan de la littérature ou de l’Art, il n’a d’yeux que pour tout ce qui est anti-occidental ou extrême-oriental et il déteste tout autant la période des “Lumières” dont s’honore pourtant la République.

Ce qui a protégé Jacques CHIRAC d’être un homme de droite, c’est qu’il n’y a chez lui aucune trace ni de racisme ni d’anti-sémitisme. Cela fait de lui un personnage très complexe car à la fois c’est fondamentalement un homme de gauche et en même temps un maurassien.

On peut donc lui donner acte d’avoir essayé de réconcilier les français avec une certaine idée d’eux-mêmes et de la Nation. On peut aussi lui reconnaître d’avoir combattu une tentation latente qui existait dans son camp de pactiser avec le Front National.

Mais le reproche le plus grave qu’on peut faire à Jacques CHIRAC, c’est celui de son échec sur l’Europe. Il l’a d’ailleurs candidement reconnu lors du dernier sommet européen : “Je n’ai pas fait tout ce que j’aurais du faire à propos de l’Europe”. Aveu ? Ou Regret ?

Sa responsabilité est en effet énorme : il y a eu d’abord ce calamiteux Traité de Nice qu’il a si mal conduit, puis ensuite le référendum raté. D’abord - et je le faisais remarquer récemment à un haut responsable européen que je rencontrais - on ne fait jamais un référendum à un an de distance ; puis ensuite il a mal mené la campagne en transformant de fait ce référendum en une sorte d’éxutoire anti-Raffarin.

On sait bien que Jacques CHIRAC n’a jamais été un européen de cœur mais plutôt un européen de raison. Sur ce point, il était assez proche, là encore, de François MITTERRAND.

L’autre échec de Jacques CHIRAC est de ne pas avoir attaché son nom à une réforme de politique intérieure qui aurait permis à la France de repartir, comme l’Allemagne est actuellement en train de le faire, et avec quel brio. Que ce soit sur le plan moral, sur le plan intellectuel ou encore sur le plan réel, Jacques CHIRAC laisse une France en pire état qu’en 1995, quand il l’a trouvée après 14 années de mitterrandisme : l’Université n’a pas progressé, les écoliers apprennent moins bien à lire et à écrire, la dette a atteint un niveau inégalé jamais connu de toute notre Histoire et qui sclérose plusieurs générations de français à naître, l’Europe ne s’est pas faite (ou plutôt, elle se fait maintenant sans la France), la prise de conscience (ou la lucidité) des français sur la réalité du monde et de ses exigences n’a pas progressé, loin de là. Jacques CHIRAC, en ce sens, n’a pas été un vrai Président de la République car il n’a pas pris la dimension du rôle que lui conférait cette responsabilité.

Et quand Jacques CHIRAC nous dit qu’il a “aimé la France et les français”, je ne suis pas seul à penser qu’il a surtout aimé passionnément la politique et le pouvoir. Ce n’est pas la même chose. Et c’est là qu’on voit que son discours n’est pas réel, qu’il est abstrait car il n’a aimé de la France et des français que le pouvoir qu’ils lui ont si longuement apporté.

Être Président de la République c’est quand même tout autre chose que cet amour-là du pouvoir sans partage.

Pis d’ailleurs : dans son sillage, Jacques CHIRAC a entraîné des milliers de sbires ou d’affidés que l’on trouve à tous les échelons de responsabilité de l’État, jusque et y compris dans nos collectivités territoriales, et qui, soit par mimétisme - ou peut-être par déficience intellectuelle ? - ont adopté la même posture de conduite des affaires en ignorant les règles les plus élémentaires de la démocratie (peut-être trop exigeantes pour eux ?) pour adopter la posture et l’exercice du pouvoir solitaire.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que Mr CHIRAC soutient maintenant, même si ce n’est que du bout des lèvres, un candidat - Mr SARKOZY - qui a le même appétit de politique et de pouvoir sans partage que lui. Où est la rupture promise par ce candidat ? Il n’y a nul danger qu’il ne change quoique ce soit qui puisse faire ombre à cette pratique confortable de “monarchie républicaine” où le peuple doit assister impuissant et muet aux désirs du prince.

Funeste perspective si c’était celui-là qui serait élu pour succéder pendant 5 ans au prince sortant. Funeste pour les les citoyens. Funeste pour la France.

mercredi, 14 mars 2007

À PROPOS D'AIRBUS et l'EUROPE

medium_images.45.jpgBILLET du 14 MARS 2007

Les difficultés d’Airbus (EADS) - ou plutôt les difficultés des avionneurs en général (quand on sait celles qu’a traversées Boeing et celles qu’il doit encore affronter aujourd'hui) - outre qu’elles se sont ”invitées” en France en pleine campagne électorale quand on ne les attendaient pas, ces difficultés révèlent la très haute exigence de ces industries de pointe dès lors qu’elles sont confrontées à une crise, quelle qu’en soit l’origine.

EADS doit donc aujourd’hui envisager la suppression en Europe de 10.000 emplois.

Ce n’est pas là un simple accident sur le parcours d’une aventure industrielle, jusqu’ici exemplaire, qui est ici en cause : c’est bien notre sort et celui de l’Europe tout entière qui est ici en cause.

On a déjà entendu, notamment au cours de cette campagne électorale, les anti-européens (les partisans du “non” au référendum européen) nous répéter : “L’Europe institutionnelle ? Mais on n’en a pas besoin. Regardez il suffit que les pays se mettent d’accord entr’eux, qu’ils forment de grands consortiums et çà nous donne ces industries admirables comme.... Airbus”. Hélas, aujourd’hui, cet exemple-là....

Il est vrai qu’on a connu, il y a peu encore, Airbus qui volait de succès en succès, notamment face à son concurrent Boeing, et raflait nombre de marchés. Mais quand, aujourd’hui, il va mal, à qui est-ce la faute ?

Ce n’est en tout cas pas la faute de l’Europe. Dans Airbus, il y a en effet tout ce qu’on veut, des composants venant de tous les pays, des intelligences issues d’un peu partout, mais il n’y a une immense absence : l’Europe.

Dans cette affaire, chaque pays - et dans ce cas la France et l’Allemagne - raisonnent de façon étroitement nationaliste. Et çà en est devenu une défaite pour l’Europe, une véritable défaite pour l’esprit européen : on en vient même aujourd’hui à examiner à la loupe si, dans les suppressions d’emplois envisagées, un pays devra en supporter quelques centaines de plus que l’autre.

Pour ma part et à ce sujet, je respecte autant le travail, ou le chômage, d’un ouvrier français que celui d’un ouvrier allemand. Autrefois on appelait cela “l’internationalisme prolétarien” ; j’appelle çà aujourd’hui la “solidarité internationale”.

Si donc, face à cette crise, il ne reste plus que le nationalisme étroit, c’est la preuve que s’il n’y a pas un minimum d’Europe politique, un minimum d’Europe institutionnelle, on ne peut pas construire l’Europe de l’industrie, ni davantage l’Europe sociale. Nous touchons là, dans le cas présent d’EADS, les dividendes de cette absence d’Europe.

Que s’est-il donc passé ?

Les gouvernements (de gauche comme de droite, ce serait pareil), en créant ce conglomérat industriel, se sont mis d’accord sur une “côte mal taillée” : ils ont inventé une entreprise gérée parallèlement par deux dirigeants - l’un français, l’autre allemand - lesquels ont passé l’essentiel de leur temps à défendre chacun leur “pré-carré” et leurs propres intérêts nationaux en se “tirant mutuellement dans les pattes”.

Cà ne peut pas marcher : c’est honteux. Et voilà pourquoi cette grande ambition est aujourd’hui menacée.

De toute manière, il fallait faire des restructurations. Boeing, qui a été dans un état pire que ne l’est aujourd’hui Airbus, a du supprimer 40.000 emplois (contre 10.000 “seulement” pour Airbus).

On peut pourtant observer qu’en France tous les politiques, de la droite à la gauche, sont tombés d’accord pour aider EADS à le sortir de cette mauvaise passe en le recapitalisant : ils sont tous soudain devenus “étatistes” malgré leurs idéologies contraires.

Voilà enfin une saine conception du libéralisme, comme on en voit souvent l’usage aux USA, que de considérer que l’état doit d’abord être au service des entreprises. C’est tant mieux !

Mais, au milieu de ce concert, on entend la voix, un peu solitaire, de l’ancien - et fort talentueux - Président de la SNCF devenu aujourd'hui le Président d’EADS - Mr GALLOIS - qui, lui, n’a qu’un seul message à faire passer (pour cavalièrement résumer) : “F....-moi la paix !”.

Ce grand patron (de gauche) a la solide réputation de savoir négocier avec les syndicats ; il nous dit qu’il n’y a nulle nécessité de recapitaliser EADS et il souhaite qu’on le laisse mettre en place en paix son propre plan. Et que, pour ce qui est de la gouvernance, qu’on le laisse faire.

Voilà qui nous met singulièrement en porte-à-faux avec le réflexe habituel des gouvernements d’intervenir à tout propos.

EADS a du en effet, ces derniers mois, cumuler toutes les difficultés : retards de livraisons, poids d’un euro fort, difficultés managériales. Si, maintenant, on lui met des bâtons dans les roues pour mener à bien son plan de restructuration, et si on conditionne les aides à l’absence de licenciements, autant décréter tout de suite la mort de l’industrie aéronautique européenne.

Ce discours de Mr GALLOIS me parait être un discours de bon sens : laissons ce patron faire son travail et on jugera après. D’autant que, dans son plan, il n’y a aucun licenciement “sec” de prévu.

EADS est une entreprise qui doit être gérée comme une entreprise. Que l’État veuille remettre de l’argent est une chose, mais ce ne peut pas être une solution définitive ni reproductible : c’est simplement pour aider à passer un moment de crise. Les syndicats, dont on peut comprendre la préoccupation, auraient tort de compliquer les choses : ce serait au détriment de leur entreprise.

Pour vraiment repartir, il faut qu’EADS devienne réellement une entreprise européenne, tant dans les faits que dans son esprit, et non plus une entreprise française avec participation allemande, ou l’inverse.

Tant que nous n’aurons pas compris cela, tant que les raisonnements ne cesseront pas d’être nationalistes et ne deviendront pas enfin européens, la menace sur EADS, avec ou sans recapitularisation, demeurera.

Il est urgent de sortir du piège où cette entreprise est aujourd’hui enfermée.

jeudi, 08 mars 2007

À PROPOS DE LA PRESSE et LA POLITIQUE

medium_images.43.jpgBILLET du 8 MARS 2007

Je n’ai pas à défendre particulièrement tel ou tel journaliste, même quand celui-ci s’appelle Alain Duhamel : celui-ci, pour avoir affirmé sa sympathie pour François Bayrou il y a plusieurs mois lors d’un colloque privé à Sciences-Po, vient d’être suspendu d’antenne pour plusieurs mois. Certains se sont indignés. D’autres ont applaudi. C’est un vrai débat qui, encore aujourd'hui, se poursuit.

La question qui se pose est celle de savoir si un journaliste a, ou non, le droit - et est-ce son rôle et son devoir - de dire pour qui il va voter ?

Quand on y réfléchit de plus près, ce n’est pas, en effet, le travail d’un journaliste d’afficher ainsi ses choix politiques. Et quand il le fait, ce ne peut être qu’en tant que citoyen, pas en tant que journaliste.

Mais au fond, est-il toujours inutile pour un lecteur (ou un auditeur) de savoir ce qu’il y a derrière les analyses que présente tel ou tel ? N’y a-t-il pas là aussi un devoir de transparence ? Y a-t-il réelle incompatibilité entre le journaliste et le citoyen qu’il est aussi ?

Pour ma part, je ne le crois pas. Il y a d’ailleurs foule de journalistes qui n’ont jamais caché leur sympathie ou leur philosophie politique, voire même leurs engagements, et qui continuent d’être quotidiennement les grandes signatures de journaux de toutes tendances.

Je crains que l’on soit donc ici en pleine confusion entre l’information et le commentaire.

L’information, c’est la relation la plus objective que possible des faits tels qu’ils se sont déroulés. Cette relation doit être la plus proche que possible de la vérité et le devoir du journaliste, quelle que soit sa propre opinion, est de recouper ses sources et de les vérifier.

Et il y a le commentaire. C’est là une grande tradition française. Le commentaire peut être celui de tout citoyen s’exprimant par ses propres moyens : et là on voit le rôle phénoménal que joue aujourd’hui Internet avec l’explosion des “blogs”. Mais c’est aussi celui du journaliste qui s'exprime dans son journal ou dans le média qui l’emploie. Mais dans la grande tradition démocratique française, depuis Victor Hugo, Chateaubriand, Tocqueville, Zola, Maurras, il y a toujours eu des femmes ou des hommes qui, étant soit des intellectuels, soit des personnalités politiques, ont donné leur position et qui proposaient.

L’important n’est pas de dire qu’il a, ou qu’il va, voter pour ou contre mais qu’il propose des analyses et qu’il explique pourquoi. Cela peut en effet aider grandement les citoyens, que ce soit en réaction ou en accord avec ce qui est exposé.

Mais le type de média peut imposer aussi sa propre déontologie. Dans un journal télévisé, peut-on imaginer qu’un Patrick Poivre d’Arvor ou une Claire Chazal expose ainsi ses préférences et s’expose ? Non, il doit s’abstenir car l’auditeur ne choisit pas son journal télévisé - dont l’audience s’adresse à tout public de toutes opinions - alors qu’un lecteur peut choisir son journal papier car il sait son orientation politique ou philosophique.

Cet exemple démontre qu’on ne peut donc confondre l’information et le commentaire : le présentateur télé se doit d’observer une stricte neutralité par simple respect de l’opinion des gens qui le regardent. L’exercice est difficile car exigeant. Même la forme des phrases a son importance : quand un présentateur dit (par exemple) : “le Canard Enchaîné révèle que....”, il n’est plus neutre car il soutend que c’est une “révélation”, alors qu’il aurait du dire : “le Canard Enchaîné prétend que....”. Ces deux formulations n’ont pas du tout le même sens. Et c’est ainsi que l’on peut, insidieusement, déformer le jugement et l’opinion des citoyens.

Et puisque nous évoquons l’information par le média télévisuel, devenu aujourd’hui le plus puissant de tous, parallèlement au journaliste qui présente le journal, il y a l’éditorialiste, ou le chroniqueur, dont le rôle n’est plus seulement d’informer mais de commenter, voire de critiquer et même de dire : “je suis d’accord” ou “je suis en désaccord”. Il relève alors de la simple honnêteté de savoir à partir de quel point de vue cet éditorialiste s’exprime, que ce soit en bien ou en mal, sur tel ou tel point de l’actualité ou autre personnalité politique ou philosophique dont il parle.

On voit là alors combien le procès fait à Alain Duhamel - homme dont chacun sait la modération habituelle des commentaires, toujours très équilibrés - est d’un grotesque inouï. Mr Duhamel a le droit d’avoir ses propres opinions. Il ne les a pas exprimées en public mais seulement dans un cercle privé. Seule une Webcam a piraté, à son insu, son propos pour le diffuser ensuite sur le net. Et patatras : il devient banni d’antenne.

Nous voici ramenés en plein régime à la mode soviétique de la plus belle époque.

Observons d’ailleurs au passage que d’autres chroniqueurs, exprimant ouvertement sur nos écrans, leurs sympathies mais pour des courants “dominants”, n’ont eu, eux, aucune sanction. Il y a bien là deux poids, deux mesures.

Enfin, comment expliquer ce réflexe stupide qui conduit à user aussitôt du terme de “trahison” dès lors qu’un citoyen appartenant à un camp politique ou philosophique déterminé, se met à exprimer une certaine sympathie pour tel ou tel point de vue exprimé par un citoyen appartenant à un autre camp ?

La démocratie française, telle qu’une certaine culture dominante nous l’a léguée, est en bien piteux état.

Alors quand un journaliste, ou un chroniqueur, dit publiquement comment il vote(ra), il prend certes des risques, il expose son crédit vis-à-vis de l’opinion. Mais cela permet à chacun de voir les choses de façon plus objective.

Loin de moi de prétendre que la presse française serait pourrie, même si elle a de pesants maîtres financiers. Elle s’est beaucoup rapprochée au fil des ans d’un certain idéal, celui anglo-saxon qui est de séparer le commentaire, qui lui est libre, de l’information.

Il faut aussi admettre qu’Internet a, depuis, tout bousculé. On peut observer l’actuelle campagne présidentielle pour constater la domination absolue d’Internet dans la transmission de l’information.

Enfin, une émission télé, comme celle de TF1 “J’ai une question à vous poser” où un panel soigneusement trié de citoyens était sensé poser des questions à des candidats, donne vraiment à réfléchir. Dans ce “dialogue” entre des candidats et des citoyens, on avait volontairement éliminé la place des journalistes. On a vu le résultat : des questions majeures ont été ignorées du débat et celles posées étaient d’intérêt tout-à-fait marginal, corporatif, égocentrique, voire microscopique. Et là, l’absence des journalistes patentés et dont c’est le métier s’est fait cruellement ressentir : eux auraient en plus posé des questions majeures. Le décalage a été abyssal.

C’est bien pour cette raison que j’ai le plus grand respect pour les journalistes, acteurs majeurs de la démocratie.

dimanche, 25 février 2007

À PROPOS de la DÉRIVE des SONDAGES

medium_images.42.jpgBILLET du 25 Février 2007

Les innombrables sondages qui se superposent ou se contredisent les uns après les autres truquent-ils, ou non, la campagne électorale ? Embarrassante question.

Je pense qu’il s’est créé une sorte de malentendu chronique entre, d’une part, les sondeurs et, d’autre part, les lecteurs des sondages.

Un sondage - faut-il le rappeler ? - n’est que la photographie d’un instant donné, déjà faussé sitôt le premier moment suivant. Quand donc un sondeur succède à un autre sondeur, même de façon très rapprochée, faut-il s’étonner d’avoir deux clichés différents ? Y a-t-il tromperie ? Non !

Par contre, il apparaît aujourd’hui des pratiques nouvelles que je juge inadmissibles : les instituts de sondages sont maintenant de plus en plus souvent placés sous la pression de leurs clients qui veulent, eux, du “sensationnel” pour mieux “vendre du papier”. Le sondage est devenu un outil de “marketing”.

Dans le cadre de la campagne actuelle, que demande en fait le lecteur aux sondages ? Ce n’est pas de savoir comment sera placé son candidat préféré au 1er tour, ni, à un autre degré, s’il sera présent ou non au second : il veut savoir qui gagnera le 2ème tour.

Et là, on commence à avoir tout faux. Un commentateur que j’entendais récemment appelait cela, avec juste raison, une “escroquerie”. Oui, c’en est une.

Pour exemple, lors des dernières élections de 2002, qui, à 2 mois du scrutin, aurait dit que Mr Chirac allait être réélu à 82% ? On l’aurait alors pris pour un fou. En 1995, un certain Nicolas Sarkozy s’était même aussi adressé publiquement à Jacques Chirac pour lui dire : “Vous voyez bien que vous avez perdu. Retirez-vous au profit d’Édouard Balladur”, le favori des sondages du moment. On sait la suite : Mr Chirac a été élu et, depuis, il n’a jamais pardonné à Mr Sarkozy son insolent appel.

Eh bien aujourd’hui, on ne fait pas mieux. On fait même pire : on fait des simulations de 2ème tour avec des candidats dont les sondages eux-mêmes ne certifient même pas encore qu’ils y seront présents ! Mais les lecteurs ne demandant que çà, pourquoi les en priver ? Même s’il s’agit là d’une parfaite escroquerie au second degré ! Et ce n’est pas l’utilisation de l’imparfait qui peut gommer ces forfaitures.

Ceci est né du goût de plus en plus démesuré des lecteurs de la “politique-spectacle”. Ils veulent du catch, du match, des coups, des bosses, des griffes, de la fosse aux lions : il faut donc toutes les semaines inventer quelque chose de nouveau.

Alors, pourquoi pas demain se lancer, par exemple, dans un sondage à propos d’un (improbable) duel au 2ème tour Besancenot-Bové ? Ou encore imaginer quel sera le futur Premier Ministre de “X”, ou “Y”, qu’il soit éligible ou non ?

Surtout que, finalement, seuls 3 candidats - peut-être 4 au maximum ? - ont quelque chance d’être présents au 2ème tour. Tous les autres n’en ont aucune : ils feront une apparition, témoigneront, puis s’évanouiront.

Le comportement des sondés a donc, lui aussi, un rôle majeur car il a complètement changé. On leur propose des sondages sur Internet auxquels ils peuvent répondre librement. Ils sont aussi appelés au téléphone. Et ils se mettent à répondre en fonction du résultat qu’ils ont envie de voir et pas du tout en fonction de ce qu’ils pensent.

Alors on assiste à ces cas de figure : “Tiens, aujourd’hui je vais répondre Royal parce que je l’ai vue pas mal à la télé”. Et la semaine suivante, si elle a pris trop de points : “Tiens aujourd’hui je vais voter Sarkozy car je ne veux pas qu’elle monte trop haut”. Et la semaine d’après : “Tiens, ces deux-là, je les ai assez vus. Il y a Bayrou qui parait pas mal : je vais donc voter aujourd’hui pour lui”. Et ainsi de suite.

On ne peut oublier qu’en 2002 39% des électeurs ne se sont décidés que dans les 3 derniers jours ? On peut donc conclure que tous les sondages qui précédent les 3 derniers jours n’ont aucune valeur.

Face à ces phénomènes de flux et de reflux aussi versatiles de l’opinion, phénomènes que les sondeurs n’ignorent pas, quel peut être le rôle de ces derniers ?

Il y a d’abord affaire de méthode. Il y a les méthodes reconnues comme “sérieuses” : celle dite “aléatoire” ou celle encore “par catégorie”. Et il y a les autres. Dont celles qui consistent à faire des sondages de 2ème tour quand le 1er tour n’a pas encore eu lieu et qu’on est trop loin pour en supputer des résultats fiables. Toutes ces méthodes-là ne sont que pure spéculation à objet commercial.

Ce sont là des comportements irrationnels, non pas de la part des sondeurs (ils se contentent de satisfaire leurs clients), mais des sondés eux-mêmes qui constituent la base même cette clientèle. Et ce au détriment du sérieux.

Il faut aussi observer que ce phénomène des sondages, de l’attention que leur porte généralement l’opinion, est un phénomène typiquement franco-français qui n’a nulle part ailleurs son équivalent dans le monde. La lecture qu’on en fait ailleurs est beaucoup plus rationnelle et “froide”. Elle n’a nulle part ailleurs ce côté “magic-circus” qu’on lui donne en France.

À la question que je posais en introduction : “cela truque-t-il ou non la campagne ?”, on doit admettre que, pour le moins, cela la pollue.

Mais, s’il n’y avait pas ces sondages, qu’aurions-nous à nous mettre sous la dent ? En France, pour des raisons déontologiques, pas grand chose. La campagne est d’une tristesse lassante : il y a quelques grands meetings, quelques émissions à la télé, et, à côté, presque rien.

Enfin, parlons des sondages eux-mêmes et des manipulations manuelles dont les résultats bruts sont toujours l’objet avant la publication des résultats.

Manipulations ? Oui, c’est un mot qui peut faire frémir. Et pourtant elles sont menées dans un souci d’une meilleure approche de la vérité de l’opinion.

Prenons l’exemple des sondés dont la sympathie allaient vers Mr Le Pen. Quand on les interrogeait, et ceux-ci sachant que le seul nom de Le Pen sentait plus ou moins le souffre, ils étaient en grande partie enclins à cacher leur inclinaison et à répondre toute autre chose. Et les instituts de sondage, en pleine connaissance de ces réflexes, estimaient que le résultat brut enregistré pouvait être multiplié par deux : donc ±7% en brut donnait en résultat publié ±14%. C’était une méthode très éprouvée par l’expérience. Aujourd’hui, çà ne marche plus. Pourquoi ? Simplement parce qu’entre temps Mr Le Pen s’est mis une couche de vernis de respectabilité, ses électeurs ont moins de retenue, quand on les interroge, pour affirmer leur choix. Et les sondeurs ne savent plus quel coefficient rectificatif appliquer aux résultats bruts. La mécanique est grippée.

Alors quand des amis m’évoquent maintenant certains résultats parus, on peut comprendre ma profonde perplexité.

samedi, 10 février 2007

À PROPOS D'UN PACTE

medium_images.36.jpgBILLET du 10 FÉVRIER 2007

Je reviens sur les conditions de la signature solennelle d’un Pacte, proposé par Mr Nicolas Hulot, et où plusieurs candidats aux Élections Présidentielles ont du se plier à des règles qui m’ont vivement interpellé.

Pour qui a encore quelque souvenir de ses études en lettres, on connaît cette “loi” qui s’est imposée dans le théâtre classique et qui voulait qu’il y ait toujours • unité d’action • unité de temps • unité de lieu.

Lors de cette signature - et où même le côté “cour” et le côté “jardin” faisaient partie du décor tant transparaissaient des univers différents qui se côtoyaient sur scène mais s’ignoraient de fait - la règle des “3 unités” fut parfaitement respectée : Molière ou Corneille ne l’auraient pas renié. Sauf que les acteurs n’étaient pas tous présents ensemble au même moment sur la scène : ils se sont soigneusement évités.

Je ne vous cacherai pas que ce côté polico-théâtral qu’on a voulu donner à ce geste d’engagement de la part de ceux qui veulent, demain, prendre en mains le destin de la France (et aussi de notre planète) - geste qui pourtant voulait répondre à une préoccupation écologique que nous partageons tous de plus en plus nombreux - cela m’a choqué.

J’ai beaucoup d’estime et d’affection pour Mr Hulot : qui n’en a pas ?. Mais je trouve cependant indigne de la part de nos responsables politiques d’aller passer sous les fourches caudines de l’écologie et d’aller signer soudain un pacte parce que... nous sommes en campagne électorale. Aucun français n’est dupe : c’est du théâtre politique-spectacle.

Non que je veuille dire que cela est mal que de se préoccuper soudain d’écologie : il n’en est que temps car notre environnement va de plus en plus mal et notre planète est gravement malade. Il faut être aussi reconnaissant à Mr Hulot d’avoir permis cette prise de conscience collective.

Mais nous sommes ici dans une logique purement médiatique : il eut été préférable qu’un responsable politique puisse affirmer qu’il n’a pas attendu Mr Hulot pour avoir un vrai programme en matière d’écologie. Il est quand même anormal qu’on attende de recevoir de sévères admonestations pour soudain s’en préoccuper. C'est un peu indigne. C’est la “cour” qui ignore le “jardin”.

Sur le fond, il eut été plus utile de créer un vrai lieu de réflexion scientifique - une sorte de “Comité d’Éthique de l’Environnement” - inscrit dans nos institutions, hors les cadres des partis, et réunissant hommes et femmes de tous bords ayant compétence pour en connaître.

Le rôle de ce ”Comité d’Éthique” aurait été de dire aux français et à leurs gouvernants quelles sont les fausses questions, quelles sont celles qui sont vraies et dont il faut se préoccuper en urgence, et celles où nous sommes encore dans l’indécision et qu’il faut approfondir. On pourrait alors commencer à définir quelles sont les vraies priorités à aborder : par exemple, est-ce le réchauffement de la planète, la fonte de nos glaciers ? Ou est-ce la pollution des eaux, des fleuves et des rivières, la question des filets dérivants en mer, la disparition d’espèces animales comme le thon rouge, les requins qui sont des ressources importantes pour l’homme ? Sont-ce là, ou non, des questions plus importantes et plus urgentes que celles du climat ?

Ce ”Comité d’Éthique” devrait donc nous aider à réfléchir sur l’espace public et hiérarchiser les priorités. Le politique pourrait alors agir utilement et en pleine connaissance.

Alors, ce côté théâtral démago-médiatique, cette société de la peur qu’on crée avec semblables dramaturgies, sont-ce bien l’outil le mieux adapté pour répondre aux urgences de notre environnement ? Et nos candidats auront-ils toute compétence nécessaire pour en juger et décider ?

L’environnement - et sur ce point je suis en accord avec Mr Chirac - est l’une des grandes questions pour l’avenir de l’humanité. Quand on voit des continents entiers - comme la Chine (qui à elle seule pollue plus que l’Europe toute entière) ou les USA (qui ne sont guère meilleurs) - des continents donc entiers l’ignorer encore impunément pour des motifs purement économiques, on a tout lieu d’être inquiets. Il faudra bien nous résoudre au plus tôt à créer des instances de contrôle internationales ; pas seulement d’ailleurs pour les seules questions d’environnement, mais aussi pour les autres menaces pour l’humanité que sont, entr’autres, la détention d’armes massives de destruction. Sur de tels problèmes essentiels, on ne peut plus s’en remettre à la seule souveraineté des états. Cette époque-là est terminée !

Vaste programme. Mais il ne faut pas en prendre prétexte pour rester les bras croisés et ne rien faire.

Et puis il faut aussi sauver l’écologie elle-même, polluée qu’elle est par des nuées d’hurluberlus et autres rêveurs qui, si on les écoutait jusque dans leurs derniers excès, auraient vite fait de la rendre honnie de tous. Il faut rendre l’écologie applicable et compatible : si on écoutait ces hurluberlus, on s’éclairerait bientôt à la bougie faute d’avoir l’électricité suffisante, l’avion serait pratiquement banni, la voiture condamnée à ne faire que 2.000 km par an et à 40 à l’heure, et sur des routes non goudronnées.

Regardons pour “exemple” ce qu’ont fait les pseudo-écolos à Paris : la vie y est devenue insupportable et toutes les pollutions y sont toujours bien présentes, et même en bien plus grand nombre qu’avant. Deviennent rares ceux qui en redemandent.

Alors que, pendant ce temps, la longévité de l’homme en Occident s’allonge de 3 mois par an, c’est l’Occident qui est en train de vouloir s’auto-pénaliser et développer cette société de la peur que j’évoquais plus haut. C’est du médiatique, pas du scientifique.

Et pendant ce temps encore, on laisse la Chine ou les USA faire n’importe quoi. C’est un vrai problème. C’est LE problème. Quand je vous parle de la nécessité de définir des priorités mondiales....

L’environnement, l’écologie, c’est un long travail qu’il nous faut entreprendre d’urgence. C’est une œuvre de longue, de très longue haleine. C’est une autre éducation, c’est un autre regard, ce sont d’autres réflexes qu’il nous faut inculquer dès le plus jeune âge de l’homme. C’est plus de solidarité entre générations, entr’espèces vivantes sur notre planète. C’est plus d’exigence, plus de volonté. Ce n’est pas un retour vers le mode de vie de l’homme de Cros-Magnon : c’est une vie plus paisible, mieux contenue, mieux maîtrisée.

Doivent être rares ceux de nos politiques qui, ayant signé le Pacte de Nicolas Hulot, ont conscience des véritables priorités à mettre en place.

Alors on fait du médiatique, de la politique-spectacle, du grand guignol. C’est un domaine où, là, on sait faire : c’est tellement plus confortable. Et, pendant ce temps, on verse - comme G.W. BUSH - quelques larmes sur le malheur des ours de nos pôles et dont le territoire vital se rétrécit de jour en jour. Ah que c’est beau et émouvant ! Puis.... on part ailleurs, la conscience en paix.

Ces jocrissiades m’interpellent de plus en plus. Pas vous ?

dimanche, 21 janvier 2007

À PROPOS DE DISCOURS

BILLET du 21 JANVIER 2007

medium_images.26.jpgSi d’aventure un jour, entr’amis, vous vous livrez à un de ces jeux de devinettes qu’on affectionne parfois pour distraire de conversations languissantes, je vous propose celui-ci : “Un (ou une) candidat(e) prononce un discours et, pour mieux émouvoir son auditoire, cite successivement Clemenceau, Jaurès, Blum, Hugo, Zola, Gambetta, Moulin. Question : à quel bord politique appartient ce candidat ?”

Chacun, pouvant analyser qu’il ne s’agit là que d’hommes, de penseurs ou de militants répondant à une philosophie de gauche, même s’ils appartiennent tous à notre histoire et notre patrimoine commun, on vous répondra vraisemblablement qu’il s’agit d’un candidat héritier de ces valeurs-là. Et ils auraient raison de le penser.

Eh bien, depuis le 14 Janvier dernier, ils ont tout faux. Ou, plus exactement, on devient moins affirmatif : en effet toutes ces références ont été citées devant quelques milliers de militants, tous réputés de droite et venus adouber leur candidat, Mr Nicolas Sarkozy.

Bien étrange : Mr Chirac, dont on sait que sous une étiquette de droite, il n’a jamais cessé d’être et de faire une politique de gauche, aurait-il fait un émule en la personne de celui qui, aujourd’hui, prétend vouloir lui succéder ?

C’était pourtant un très beau discours que celui de Mr Sarkozy, un de ces discours d’anthologie qu’on pourra repasser à ceux qui veulent s’entraîner dans l’art de l’expression orale. Et, de sa part, ce n’était pas tout-à-fait une surprise : ce diable d’homme, à défaut de toujours convaincre, sait fort bien parler. Très souvent longuement et sans aucune note à sa portée, même si, en cette circonstance, il s’en est tenu mot à mot à un texte parfaitement élaboré, vraisemblablement rédigé par un de ces “speechwriters” professionnels dont je me demande à quelle sensibilité politique ils pouvaient bien appartenir.

Qui ne pouvait vibrer en effet à entendre dans la même lignée de ces évocations de Jaurès, Blum, etc... : “Nous sommes les héritiers de 2.000 ans de chrétienté et d’un patrimoine de valeurs spirituelles que la morale laïque a incorporé” ? Puis aussi encore cette très belle évocation du testament des moines de Tibéhirine. Il a du y avoir quelques remous dans les tombes de nos augustes penseurs de gauche dont grand nombre reposent au Panthéon.

(Cela sonne aussi le glas du chiraquisme lequel avait nié ces mêmes références chrétiennes lors de l’élaboration du texte de la constitution européenne).

Et encore cette phrase que j’ai relevée : “Ma France, c’est le pays qui a fait la synthèse entre l’Ancien Régime et la Révolution, entre l’État capétien et l’État républicain”. Quand on sait que cette synthèse est reconnue par les historiens comme ayant été l’œuvre politique essentielle de l’empereur Napoléon 1er, lequel a aussi imposé notre drapeau tricolore en en faisant ce “drapeau de la liberté” évoqué par Mr Sarkozy, on peut se demander s’il n’y a pas du bonaparte chez ce candidat-là.

Enfin, Mr Sarkozy a fait l’énumération de ses propositions pour la France, réunies autour de son slogan de campagne “Tout devient possible”. On aimerait y croire quand on constate les marches descendues par la France, passée de la 9ème position pour la richesse produite par habitant (quand Mr Chirac a pris le pouvoir) à la 17ème place aujourd’hui et quand d‘autres nations européennes ont fait le chemin inverse, quand nous voyons les files d’attente aux Restos du Cœur, les SDF sous leurs tentes, un million d’enfants pauvres, un million et demi de RMistes, deux fois plus de chômeurs que les anglais, quand notre “modèle social” est financé pour bonne part par l’endettement dont le seul coût des intérêts engloutit la totalité du fruit de notre impôt sur le revenu, etc.... Si on veut vraiment que “tout de(vienne) possible”, on était en droit d’attendre l’annonce des mesures urgentes et nécessaires pour rembourser cette dette insupportable qui nous plombe, nous et les générations à suivre, donc la réduction du train de vie de l’État. Or de cela, pas un mot !

On a entendu aussi cet hommage rendu à la position adoptée par Jacques Chirac à propos de l’affaire irakienne. Très bien ! On pourrait applaudir si nous n’avions pas encore en mémoire cette déclaration du même Sarkozy auprès de Mr Bush évoquant "l’arrogance” de la France dans ce dossier. Et c’est encore le même qui s’est battu pour le “oui” au référendum européen et, récemment, a mis son échec sur le dos de l’euro. Où est la cohérence ? À quoi joue-t-on ? Est-ce de nouveau à la fracture sociale comme son devancier, Mr Chirac; qui l’a aggravée dans les proportions inouïes que l’on sait ?

De même que je n’ai jamais glissé de ma vie de citoyen le moindre bulletin de vote portant le nom de Mr Chirac (même à un 2ème tour !), pas plus que je n’ai jamais glissé celui d’un candidat de gauche ou d’un quelconque extrême, j’étais jusqu’ici déjà peu décidé à voter pour Mr Sarkozy. Le mérite de son discours - que j’ai écouté avec attention - m’a résolument renforcé dans ma conviction que, décidément, je ne pourrai pas voter davantage pour ce candidat-là. Et pourtant Dieu sait si j’admire chez tout homme ces qualités que sont force de travail et volonté.

medium_images.27.jpgAlors il y a “en face” “la” Royal. Et là, ce n’est pas drôle du tout. Voici qu’elle nous fait l’éloge de la justice chinoise, l’une des plus expéditives du monde, qui fait des milliers de victimes par an, se livre au trafic des organes des suppliciés au profit des intérêts du “parti”, fait même payer à leur famille les balles ayant servi à les tuer, ne respecte même pas leur dépouille sitôt la mort donnée. Voici cette justice qui, après avoir envahi le Tibet, y a fait des milliers de condamnés parmi les patriotes qui défendaient leur patrie.

C’est çà "la Royal” ? C’est çà son modèle pour la société française ? Parodiant je ne sais plus qui j’ai entendu vaguement au cours d’une émission de radio, je crois que Mme Royal est la pire caricature de la gent féminine que l’on ait produite en France depuis la création de Bécassine.

Et ce pauvre Montebourg - pour une fois qu’il y avait un mec au P.S. au visage sympathique - et qu’on met au piquet pour un mois parce qu’il s’est risqué à un mot d’humour - très douteux, il est vrai - qui n’a pas plus à sa Majesté. C’est de la “susceptibilitude” qui montre la limite étroite de son intelligence. C’est une méthode de maîtresse d’école sous la 3ème République. Pitoyable !

Je ne me prêterai pas pour autant à ce débat sur l’ISF que paierait le couple Hollande-Royal. Ce n’est pas gravissime en soi. Mais il est vrai que lorsqu’on paye l’ISF, on ne tient pas ces discours d’un autre âge sur les “riches” : çà fait plutôt désordre. Nous sommes en pleine démagogie.

Et quant aux propositions de “la” Royal, c’est un vide abyssal que des camarades" essayent ici ou là de combler par des déclarations..., qu’elle s’empresse aussitôt de désavouer.

Pauvre P.S. ! Il mérite mieux que çà. La France aussi.

jeudi, 11 janvier 2007

À PROPOS DE LA DÉCISION en POLITIQUE

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BILLET du 11 JANVIER 2007

Aussi loin remonte notre mémoire ou l’imagerie populaire - voire aussi la littérature de nos plus grands auteurs - on a toujours connu ces hommes et ces femmes réfugiés sous des ponts, dans les recoins d’une porte ou sur une bouche de métro et exposés à toutes les intempéries. Parfois même au risque de leur vie quand les nuits étaient par trop froides.

En 1954, une jeune prêtre - l’abbé Pierre dont on découvrait le nom - a ébranlé l’opinion française sur le sort de ces malheureux. Depuis, inlassablement, il a consacré son ministère à vouloir leur venir en aide, cherchant même aussi à leur rendre un peu de dignité en créant une structure - Emmaüs - susceptible de donner un emploi à certains d’entr’eux.

Depuis, d’autres associations se sont aussi créées : toutes n’ont cessé de crier le scandale de ces situations et se sont tournées pour cela vers les pouvoirs publics pour les dénoncer. Mais jusqu’ici sans grand succès : ces pouvoirs publics restaient totalement sourds. Et dès lors que les rigueurs de l’hiver s’estompaient un peu....

Et voici que soudain, il y a quelques semaines, une nouvelle association inconnue, mais portée par la voix d’un grand comédien français - Jean Rochefort - est parvenue à mobiliser tous les médias, s’emparer d’Internet : contre toute attente, le problème des sans-logis est devenu une affaire nationale, faisant sortir les ministres de leur torpeur, projeter dans l’urgence - voire la précipitation - de nouvelles dispositions légales, promettant jusqu’à l’inimaginable.

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