Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 08 février 2006

À PROPOS DE L'ABOULIE

BILLET du 8/02/2006

L’aboulie est l’incapacité de vouloir....

Dans un récent article (Valeurs Actuelles du 11/11), Chantal Delsol écrivait : “On désire, on parle, on voudrait, on peut aussi..., mais on ne veut pas. Le vouloir implique de passer à l’acte”. Et d’interroger ensuite : “Pourquoi, dans un pays comme le nôtre, ne peut-on pas se saisir de casseurs, les juger et les punir ? C’est l’impunité qui contribue à la réitération et au développement du vandalisme”.

On a tous entendu récemment Mr Chirac nous affirmer : "On ne sortira pas de la situation actuelle si on ne met pas en cohérence les discours et les actes". Voici quarante qu'il le dit et l’annonce pour le lendemain. Il devient difficile de le croire encore.

Car ”l’aboulique se trouve incapable d’agir : alors il parle. Beaucoup. Il parle d’autant plus qu’il n’agit pas. Comme si les mots, pour lui, remplaçaient les choses. Il parle avec d’autant plus de force, de hargne, d’ardeur qu’il demeure dans son bureau sans prendre de vraies décisions, faible et indolent”.

Ne touchons-nous pas là au drame de notre société où, le plus souvent, l’incantation remplace l’action ? Nos gouvernants ont oublié ce qu’est la politique : elle est d’abord l’action ; pas le bla-bla. Ainsi se creuse un fossé entre la réalité et le discours.

Que n’a-t’on déjà entendu sur les vertus de l’intégration et les efforts nécessaires pour y aboutir ? La méthode est bonne. Mais on ne l’applique pas. Et nous aboutissons à l’embrasement de nos cités.

Que n’a-t’on aussi entendu sur le fait qu’on ne peut accepter les “zones de non-droit” ? Et pourtant elles existent et sont devenues dans nos cités un chancre que l’on regarde comme une sorte de fatalité avec laquelle il faut désormais composer. En France, trop souvent, dès qu’on franchit la porte de sa demeure, la continuité territoriale n’est plus assurée : les services civils les plus essentiels (pompiers, médecins, ambulances, infirmiers, services d’assistance, dépanneurs, transports en commun) - même la Police ou la Justice - ne peuvent plus accéder ici et là sans s’exposer dangereusement.

Face à la situation actuelle - dont on croit faussement qu’elle n’est qu’un épiphénomène - on entend les discours les plus divers, quand ils ne sont pas les plus trompeurs.

Tout d’abord, on entend trop souvent faire porter la responsabilité de cette dégradation sur les “jeunes” pris de manière générale. Et, de là, on s’imagine qu’on a à faire au malaise d’adolescents qui auraient des difficultés de pauvreté, de métier, d’intégration, de logement ou encore de crise existentielle. Et qu’il ne s’agirait que de cela.

Face à ce problème - et croyant qu’il était purement sociologique - la gauche a essayé la “prévention” : ça n’a pas marché. La droite essaye présentement la “répression” : ça ne marche pas davantage. Et naissent des embrasements sans fin.

On peut alors s’interroger si nous ne sommes pas en train de nous tromper de grille de lecture.

Tout d’abord on n’a pas à faire aux “jeunes” en général mais à quelques agitateurs organisés, issus et aiguillonnés par une puissante économie souterraine et prêts à tout pour la défendre : tabassage à mort d’un paisible habitant tentant d’éteindre un feu de poubelles, ou encore d’un simple photographe de passage, arrosage d’essence d’une handicapée, mise à feu d’un bus d’où une personne âgée ne peut s’extraire, tirs à balles réelles sur les représentants de l’ordre, public ou civil, destruction d’équipements sociaux, d’écoles, de lieux de culte ou institutionnels, d’outils de travail pour créer davantage de misère sociale, et tout autre symbole porteur de réussite et d’ordre.

Le débat qui s’en est suivi sur la façon, critiquable ou non, de tel ou tel de désigner ces voyous ou ces assassins n’est qu’écran de fumée : arrêtons cette comédie propice à masquer erreurs et échecs répétés.

Alors, on hésite encore entre prévention ou répression : on sait pourtant qu’il-faut-faire-les-deux.

On a un peu hâtivement supprimé la police de proximité, déstructuré le tissu associatif, écarté les médiateurs. Même si ce n’était pas la panacée, c’était souvent fort utile.

Mais, désormais, on a à faire à un tout autre problème et d’une toute autre ampleur : c’est celui du démantèlement des réseaux souterrains. Il faut pour cela faire appel à des techniques nouvelles d’enquête en profondeur, comme lorsqu’il s’agit d’affaires de grand banditisme. Or cela, on ne le fait pas. En aura-t’on un jour le courage ?

Oui, le terrain de grande misère trop souvent ignorée où sont plongées nombre de nos banlieues, où le taux de chômage avoisine fréquemment les 50%, un taux d’échec scolaire vertigineux, tout cela est propice à l’émergence d’une économie souterraine. Oui, il faut rénover et réformer nos banlieues en profondeur. Nombre de mesures prises récemment vont dans le bon sens, même si on peut s’interroger sur la capacité de l’État de pouvoir les financer longtemps encore. Mais cela ne suffira pas si l’on n’éradique pas d’abord ces réseaux qui, eux, n’ont aucun intérêt à ce que les choses s’améliorent. On peut dépenser beaucoup d’argent et d’énergie pour rien si on ne traite le mal à la racine.

On a par ailleurs beaucoup épilogué sur l’opportunité d’instaurer ou non le couvre-feu là où les émeutes devenaient incontrôlables. Oui, il fallait le faire. Mais le couvre-feu sans aller au plus profond du mal de nos banlieues, ça ne sert à rien : c’est de la cosmétique.

(J’ouvre ici - et pour conclure - une rapide parenthèse sur l’échec scolaire et la décision, pour y répondre, d’abaisser l’âge de l’apprentissage à 14 ans. Quel aveu d’échec, non pour ces jeunes qu’on écarte du système éducatif mais pour notre système éducatif lui-même)

Oui, il faut rapprocher l’école des milieux du travail et déplorer l’aveuglement de ces syndicats qui n’ont eu de cesse de l’empêcher. Mais peut-on considérer qu’à 14 ans un jeune a la maturité nécessaire pour décider valablement de son avenir ? Comment peut-on lui retirer le profit de précieuses années de formation qui lui seraient si utiles pour construire solidement son avenir. Pourquoi n’avoir pas institué, entre 14 et 16 ans, un système d’alternance école-entreprise ? On abandonne ces jeunes sans aucun accompagnement de base et on les expose à un destin périlleux. Où est l’égalité des chances ? C’est une dramatique erreur.

J’entends aussi qu’on va instituer un service civique “volontaire”. On n’effacera pas pour autant cette autre erreur qu’a été la suppression du service militaire obligatoire où tous les jeunes, issus de tous les milieux, apprenaient pendant plusieurs mois à mieux se connaître et cohabiter les uns avec les autres. C’était l’école de la vraie cohésion sociale.

Face à ces problèmes de dimension nationale qui nécessiteraient une sorte de pacte entre tous les acteurs, que constate-t’on ? On assiste, au sommet, au duel des prétendants qui se livrent à leurs petits jeux et coups bas.

On ne change pas les hommes.

dimanche, 05 février 2006

À PROPOS DE LA JUSTICE

BILLET du 5/02/2006

La Justice, institution multi-séculaire qui a traversé les époques et les régimes successifs en gardant droit son glaive et ferme le bras qui le porte, cette Justice est à son tour frappée par ce “tsunami” qui touche nos sociétés, emporte tout sur son passage : plus rien n’est désormais épargné.

Il est vrai que l’affaire d’Outreau, très largement médiatisée - une première en France - a de quoi sidérer. Elle conduit aussitôt à une première interrogation : “comment a-t’on pu en arriver là ?”.

Cette affaire n’est pourtant pas la première du genre : on se souvient du juge Pascal - qui n’était pas un tout jeune homme inexpérimenté - et comment il a pu déraper dans l’affaire du notaire de Bruay en Artois. On se souvient aussi du jeune juge Lambert, dans l’affaire de la Vologne, qui a abouti à un cruel imbroglio dont les séquelles ne sont pas encore effacées aujourd’hui.

Ce n’est donc pas la première fois qu’un juge d’instruction est mis sur la sellette et que son rôle est contesté. Mais, pour Outreau, c’est la première fois qu’on dissèque l’action d’un juge en public et par médias interposés.

Quel que soit le jugement qu’on porte sur cette affaire et sur les procédures suivies, ce qui domine dans l’opinion est ce sentiment d’inhumanité totale d’un juge et qui le montre comme étranger au monde des humains, imprégnés qu’ils sont par leur culture des droits des citoyens. Et chacun de se dire : “cela aurait pu m’arriver”.

Autre interrogation est celle que l’on se pose sur la Justice elle-même. Ces faits monstrueux nous conduisent à être très modestes quand on parlera désormais du Moyen Âge ou des méthodes de l’Inquisition, à une époque que l’on croyait définitivement révolue depuis plusieurs siècles.

Il nous faut pourtant éviter de trop généraliser : ce qui est en cause aujourd’hui est cette absence d’humanité d’un juge en particulier - même s’il nous faut attendre que celui-ci puisse s’expliquer - et non celle de tous les juges de manière générale.

Est-ce la faute de ce juge ? Ou celle d’un système qui laisse décider seul un homme en lui accordant des pouvoirs exorbitants, héritiers d’une monarchie absolue sans contre-pouvoir aucun ?

Le système judiciaire français est-il pour autant plus mauvais que les autres ? Certains spécialistes aimeraient qu’on se rapproche du système anglo-saxon qui laisse plus de place aux droits de la défense (surtout quand on a les moyens solides de s’en payer une). Mais n’y a-t’il pour autant aucune erreur judiciaire que ce soit en Grande-Bretagne, ou aux USA ? C’est une illusion : aux USA - où on pratique encore la cruelle loi moyenâgeuse du talion - un grand nombre de condamnés à mort ont été reconnus innocents.... après leur exécution.

Il faut reconnaître que l'indépendance du juge d'instruction a souvent permis de mettre en cause les plus puissants des justiciables. Ce n’est donc pas le système judiciaire seul qui est responsable mais ce sont aussi les personnes : les juges d’instruction, on l’a déjà dit, mais encore les experts.

À propos des experts, il faut arrêter de délirer. Dans le cas d’Outreau, on a porté la psychologie au niveau d’une science : or elle n’en est pas une, pas plus que la philosophie en serait une. Un expert psychiatre, un psychologue, ou un psychanalyste peuvent raconter d’énormes âneries qui dévoient toute appréciation et conduisent à l’erreur.

(Clemenceau disait qu’en politique on nommait une commission chaque fois “qu’on ne savait pas faire” : un juge, lui, nomme des experts !).

On pourrait encore désigner un autre responsable : c’est le poids de l’opinion. Elle fait lourdement pression sur toutes les décisions, juges compris. Dans l’affaire d’Outreau, il y a eu, présente et sous-jacente, la mémoire de l’affaire Dutroux et tous les fantasmes qu’elle a pu faire naître, cette sorte d’obsession de la pédophilie qui est devenue aujourd’hui très en vogue. Heureusement, les modes changent.

On n’échappera donc pas à la nécessité de réformer notre système judiciaire, même si ce chantier a été ouvert il y a de nombreuses années, mais jusqu’ici sans résultat. Outreau aura au moins le mérite - on peut l’espérer - de le remettre en œuvre. Mais en souhaitant que cela se fasse dans la plus grande sérénité, très loin de l’actuel vacarme médiatique.

Cette réforme va-t’elle pour autant rendre personnellement responsables juges, magistrats et experts en cas de faute grave de leur part ? On pourrait le souhaiter. Mais ne mettrait-on pas en péril la nécessaire indépendance de la Justice et de ceux qui ont charge de la rendre ? C’est un très délicat équilibre que de concilier indépendance et responsabilité.

Mais comment peut-on tolérer par ailleurs cette tonitruante déclaration de cet expert - l’un des responsables des errements d’Outreau - qui proclame : “quand on est payé comme une femme de ménage, on fait des rapports de femme de ménage” ? Et c’est sur un rapport de “femme de ménage” (merci pour cette honorable profession !) qu’on a définitivement ruiné la vie de nombreux innocents ! Cet “expert” mérite bien, lui, la prison pour les dégâts irréparables dont il est le responsable.

Quel que soit le système judiciaire en vigueur, réformé ou non, on perçoit bien que ce ne sont pas les textes qui font loi mais bien les hommes qui ont charge de les mettre en application.

(Sur un tout autre plan, on l’a déjà observé par ailleurs, notamment quand on parle de notre Constitution et du fonctionnement de nos institutions : on croit qu’il suffit de réformer les textes pour que les choses aillent mieux. Faux ! Les textes ne comptent pas : ce sont les hommes qui les mettent en œuvre. Eux seuls sont responsables. Si bien des choses ne vont pas en France, ce n’est pas parce que la Constitution est mauvaise mais simplement parce que le Président a été incohérent et pas courageux. Cessons de faire le procès de nos institutions).

Mais fermons cette parenthèse et revenons-en au sujet principal.

Dernière question : pourquoi ces dérapages ? Cette affaire pose le problème de fond du mode français de l’instruction. Qu’est devenue la présomption d’innocence ? On peut répondre que le système français, dans son mode “inquisitoire”, a pour but d’obtenir non pas la preuve de la culpabilité mais les aveux. À partir de cet objectif, on pratique donc la torture, morale désormais, celle physique de jadis étant bannie : et le principal procédé de torture est la prison. Alors que cette dernière ne devrait être qu’une sanction, elle est devenue un instrument de l’instruction. La détention provisoire n’a pour objet que de faire “craquer” les “clients” du juge d’instruction.

Quel que soit le système futur, cette pratique odieuse de la torture, même morale, est à bannir une fois pour toutes. Il en est grand temps.

L’œuvre est immense et difficile. Mais exaltante : elle doit servir l’Homme et sa soif naturelle de Justice.

vendredi, 06 janvier 2006

À PROPOS DE LA DETTE

BILLET du 6/01/2006

Ne nous trompons pas : la dette de la France n’est pas une affaire de “gros sous” mais surtout une affaire de volonté et de courage politique.

La commission Pébereau - composée de personnalités venues de tous les horizons - vient de publier son rapport. Il est édifiant : pendant les 14 années où il fut au pouvoir, Mr Mitterrand a fait passer la dette de la France de ±100 M€ (milliards d’euros) à ±500 M€, soit une hausse de ±400 M€. On aurait pu croire que, face à une situation devenue déjà alarmante, l’arrivée d’une autre majorité aurait redressé cette situation. Non : sur les 10 années de mandat de Mr Chirac, la dette s’est alourdie de ±600 M€ supplémentaires pour arriver au chiffre abyssal de ≥1.100 M€. Soit aujourd’hui une dette de ≥18.000 € par français, du nouveau-né au vieillard. Et encore faut-il ajouter à cela ±900 M€ pour les retraites des fonctionnaires qui sont à financer dans leur intégralité. Vertigineux !

Même si l’on doit considérer que Mr Chirac, pendant les périodes de cohabitation, n’a pas eu la conduite des choix politiques, il faut observer que l’endettement s’est pourtant fortement accéléré pendant les deux années (95-97) du gouvernement Juppé, puis de nouveau dès l’arrivée, en 2002, de Mr Raffarin.

On entend aujourd’hui des discours - dits avec grand talent - dénonçant le “déclinisme” et la déprime ambiantes. Il est paradoxal d’entendre accuser les indicateurs qui traduisent tous la mauvaise santé de la France plutôt que d’avoir le courage de dire la vérité aux français. Et leur promettre, en guise de diagnostic, qu’on ne touchera pas.... à leurs “droits acquis” !

Dans l’état où aujourd’hui se trouve la France, ce qui est plus préoccupant est que cette dette attaque désormais le lien social, lien pourtant fondamental dans toute société : • la rareté de l’argent public ne fait qu’exacerber les corporatismes : les uns et les autres demandent, de façon souvent justifiée, des aides de sauvegarde. Faute de moyens, on ne peut plus leur accorder grand-chose. • plus grave : le lien social est aussi rompu avec les générations à suivre puisque nous laissons à nos enfants - y compris ceux à naître pendant plusieurs années - une situation intolérable qui va leur coûter très cher et handicaper leur devenir.

Autre conséquence : l’État, qui a trop dépensé, est devenu impuissant. Quand il n’y a plus d’argent dans les caisses, chaque fois qu’on veut faire quelque chose d’utile (recherche, éducation, grands travaux, lien social, etc....), face à l’urgence et comme on n’a plus les moyens pour le faire, on recreuse un peu plus la dette. Et cela pèse plus lourd encore sur l’emploi et sur les générations à venir. Cercle vicieux par excellence.

Il est inutile de “tourner autour du pot” : il y a deux principaux moyens pour réduire la dette • le premier est de diminuer le train de vie de l’État et le nombre de fonctionnaires ; ce qui est très difficile. Et non de faire croire qu’il suffit de faire la “chasse au gaspi” • l’autre moyen est de travailler plus, y compris dans la fonction publique. Çà ne sera pas apprécié puisque cela fait vingt ans qu’on dit et qu’on fait le contraire. Mais si, au-delà des opinions, on ne s’attaque pas à ces deux citadelles, nous ne ferons que nous enliser davantage.

Sur un plan plus général, il faut observer la préférence française pour la dépense : quand il y a un problème, on dit souvent “il n’y a qu’à” mettre de l’argent pour donner des moyens. Et on juge souvent un ministre à sa capacité de dépenser plus que son prédécesseur et qui a, pour ce faire, un budget en augmentation. Cela fait partie d’une certaine mentalité en vogue. Or un bon ministre devrait être celui qui obtient des résultats avec le minimum de moyens possibles.

On s’aperçoit pourtant que, même lorsqu’on donne des moyens importants, çà ne suffit pas : pour exemple, dans le phénomène des banlieues que nous avons récemment observé, on constate qu’il y a eu beaucoup d’argent déjà dépensé depuis 20 ans. On a vu ce que cela a donné. Même si on avait mis le double d’argent, le résultat aurait été le même. Il ne faut pas se faire d’illusions sur ce point.

Si, quand on verse de l’argent, où et à qui que ce soit, on ne met pas parallèlement en place une méthode pour le dépenser, si on ne fixe pas des objectifs impératifs et précis à atteindre, c’est “jeter l’argent par la fenêtre”. C’est inutile.

Autre leçon du rapport Pébereau et qui tue une doctrine bien implantée en France : la-dette-de-l’État-ne-crée-pas-de-croissance. Jamais nous n’avons été autant endettés et, rarement, la croissance n’a été durablement aussi faible. Dans nombre de pays étrangers plus “vertueux”, on en a fait la démonstration : la-réduction-de-la-dette-relance-la-croissance. Il faut tuer cette théorie trompeuse qui prétend qu’il suffit de relancer la croissance pour réduire la dette.

Face à ces réalités, on entend un brillant discours de Mr De Villepin pour nous dire “on va s’y attaquer en 2007” ! Pourquoi pas tout de suite ? Et, pour mieux reculer toute décision, on crée une “n’ième” commission (il y en avait déjà huit en place avec des objectifs parallèles). Surréaliste !

Et, pendant ce temps, la dette se creuse un peu plus chaque jour.

Mais réduire le nombre de fonctionnaires (en ne remplaçant qu’un départ à la retraite sur 2, voire 1 sur 3) ; inviter les français à travailler plus (notamment par le renoncement - inévitable - aux 35 heures qui ont déjà contribué pour ±400 M€ au creusement de notre dette, font perdre la compétitivité de nos produits sur les marchés avec, pour conséquence, le déficit de notre balance commerciale qui est tombée dans le gouffre le plus profond jamais atteint depuis 1983) ; et encore par l’allongement au-delà de 60 ans de l’activité professionnelle.

Tout cela n’est pas très populaire. Or, en 2007, il y a des élections. Face au risque que l’on peut deviner, il est aujourd’hui devenu urgent, pour nos gouvernants..., de ne rien faire qui soit électoralement suicidaire.

Essaie-t-on pour autant de commencer à convaincre les français - qui sont quand même capables de lucidité - qu’aussi longtemps le creusement de la dette compromet l’avenir de leur emploi et handicape celui de leurs enfants sur plusieurs générations à venir ? Non. Pas un mot : non seulement les politiques au pouvoir n’ont pas le courage de prendre les mesures nécessaires, ils n’ont pas davantage, dans leur grande majorité, celui de dire la vérité aux français.

La morosité des français, qu’on peut en effet déplorer, cessera dès lors qu’on leur fixera le cap clair du redressement, qu’on leur parlera sans maquillages ou artifices, qu’ils auront le sentiment d’une volonté de réformes rapides et en profondeur pour réduire les déficits qui génèrent notre endettement et ses conséquences sur l’emploi et la croissance. Ce jour-là, les “déclinologues” disparaîtront d’eux-mêmes et la France se remettra en marche. Tous les autres discours ne sont qu’écrans de fumée.