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lundi, 07 juin 2004

À PROPOS DE LA "GAYTITUDE"

BILLET du 7/6/2004

Rarement un article de presse (Claude IMBERT - Le POINT - “Gay, gay, marions-nous”) que j’avais repris ici le 30 Mai m’a valu tant de réactions, parfois fort passionnées. Je me trouve même être interrogé par quelques-uns (à quel titre ?) sur ma position personnelle face à ce qui semble passionner actuellement une certaine classe politique dite “branchée”. Même Mr LE PEN y est allé aussi d’un surprenant brin de démagogie racoleuse. (Face au tollé provoqué, il s’est dédit depuis !)

Le sujet me parait trop sensible pour qu’on puisse le traiter à la légère. C’est un vrai problème de société. N’apprend-on pas qu’il y aurait en France non pas quelques dizaines de milliers “seulement” de “gays” mais plusieurs millions ? Les estimations publiées par ceux qui ont à connaître de ce sujet nous affirment qu’il y aurait partout dans le monde “près” de 90% de la population qui serait hétérosexuelle et “assurerait naturellement la continuité du genre humain” (voilà qui est quand même rassurant !), mais “un peu plus” quand même de 10% de la population qui aurait des attirances sexuelles “autres”, même si beaucoup le cachent soigneusement parce que notre société les y oblige, parfois au prix de drames épouvantables.

Un simple calcul : environ 35 millions de français en âge de procréer x ±10% =.... La population “gay”, qu’elle soit cachée ou non, est bien une minorité, mais pas du tout aussi marginale que nous pouvions l’imaginer. La nature humaine (ou animale) imposerait donc ainsi sa loi sans que quiconque puisse y apporter le moindre correctif. C’est un incontournable “fait de Société”. Il force à réfléchir, et sans animosité aucune, aux problèmes qu’il pose à notre Société.

Examinons donc les règles fondamentales qui régissent actuellement son organisation.


1°/ Le “Mariage”. Le mariage est, par nature, l’acte solennel fondateur d’une famille. Il ne se limite pas à l’union de deux personnes décidées de faire chemin ensemble : il est le cadre légal d’accueil de ce qui constituera demain une nouvelle famille, elle-même prémices à d’autres familles qui se suivront et se poursuivront ainsi de générations en générations. Vouloir enfermer le mariage dans un simple acte administratif et sans perspective de prolongement naturel est tout-à-fait réducteur. “(Le mariage) est une ambition sans limite.... qu’appelle le large” (Rainer Maria Rilke - "Lettres à un jeune poète")

2°/ Le “Pacte Civil de Solidarité” (“PACS”). Le “Mariage” étant ce qu’il est, doit-on pour autant fermer la porte à deux personnes de même sexe qui veulent faire chemin ensemble tout au long de leur vie ? Certainement pas. Et il n’est pas besoin d’agiter la sacro-sainte ”égalité des droits” pour l’affirmer. Mais il est certain que si deux personnes qui s’unissent ont le droit de pouvoir régler, au regard de la Loi, les problèmes sociaux ou patrimoniaux auxquels elles peuvent être confrontées, il est inconvenant d’utiliser l’institution du “mariage” pour assurer ce seul droit. Ce n’est pas la vocation de cette institution fondatrice. C’est la dénaturer que de l’admettre.

Le législateur a donc institué, probablement pour cette raison, le “PACS”. Mais prudent - trop peut-être ? - il a introduit plusieurs dispositions qui se révèlent être aujourd’hui d’inutiles précautions dont l’effet est négatif :

a/ sur le plan de la forme (dont on sait les importants aspects psychologiques induits), pourquoi avoir fait du “PACS” une sorte d’acte honteux et caché dans quelqu’obscur bureau, éloigné de la présence des familles ou des proches qui voudraient, lors de cet engagement légal, entourer ceux qui ont décidé d’unir leurs destinées ? C’est un manque d’égards : tous ont droit à respect et affection. Si la Loi doit s’assurer de toutes les garanties avant d’autoriser cet acte, rien ne justifie ensuite un tel obscurantisme pour l’officialiser. Serions-nous devenu une société secrète ? Ouvrons un peu plus grandes les portes de nos “Maisons Communes”, comme nous y accueillons déjà les “mariages civils” ou encore les “parrainages républicains” (improprement appelés aussi “baptêmes républicains”).

b/ sur le plan du fond ensuite, alors que l’acte de “mariage” prend plein effet dès sa célébration, le “PACS”, lui, n’accorde le bénéfice de certains droits qu’après un délai de plusieurs années. On pourrait croire que l’on met les “pacsés” en tutelle. C’est inutilement frustrant : le “PACS” doit pouvoir prendre plein effet dès sa signature.

3°/ Le “Droit aux Enfants”. Il faut être bien présomptueux pour faire croire que deux personnes de même sexe ne pourraient pas donner à des enfants une éducation de qualité. Les exemples ne manquent d’ailleurs pas pour le démontrer. Mais le problème se situe tout-à-fait ailleurs. Deux questions essentielles se posent prioritairement : notre société est-elle en mesure d’accueillir en son sein des enfants issus de ces “foyers” sans risque de les accabler de brimades, de moqueries ou autres remarques ? Ces enfants, surtout dans leurs âges fragiles, sont-ils en mesure de n’en être pas déstabilisés ? Le risque est immense. La réponse à ces deux questions est : “non” et “non”. Notre société n’est pas encore prête (suis-je seul à le penser ?) à avoir un autre regard que celui qu’elle porte actuellement sur le mode de vie commune des personnes de même sexe. Il faudra beaucoup de temps, comme le soulignait très justement Claude IMBERT dans son éditorial, pour gommer ce réflexe. Il est aujourd’hui encore urgent d’attendre. Un autre jour....

4°/ La “Morale”. Autre débat que celui-là. On ne peut contester à ceux dont c’est la charge et le devoir de dire la “morale”, que cela soit par des religieux ou des agnostiques : il est nécessaire qu’elle soit rappelée sans relâche aucune..., ou notre Société perdrait vite ses repères. Nous avons chacun en nous une part d’idéal qui est notre propre héritage, notre propre ancrage. Nous ne serions, sans lui, que de pauvres épaves ballottées par les flots jusqu’à ce qu’elles se brisent sur le premier récif venu. Nous devons ensuite permettre que cet héritage soit préservé et transmis.

Face à ce difficile mais nécessaire équilibre entre morale et réalité, J.F. KENNEDY affirmait que “le vrai politique, c'est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions”. Charles DE GAULLE, de son côté, nous a laissé un message presqu’identique : “La politique...., c'est une action pour un idéal à travers des réalités”.

Écartelé entre idéal et réalité, l'homme - et le politique - tentent de trouver une solution à cette apparente contradiction. Cette responsabilité honore ceux qui ont le courage de l’affronter. Avec respect et humilité.

vendredi, 21 mai 2004

À PROPOS DE "LA" POLITIQUE

BILLET du 21/5/2004

S’est-il établi en France un doute sur la politique - ou l’absence de politique - du gouvernement ? Poser une question n’est pas forcément y répondre. Mais qu’on puisse la poser démontre le malaise actuel. Pour ma part, je participe peu à ce doute.

Les élections de Mars ont été un choc. Les sondages ne semblent pas être plus favorables pour les prochaines européennes dans la mesure où certains veulent, pour des raisons purement internes, volontairement tromper les français sur l’objet de cette élection. Mais les français savent bien que la véritable élection est celle de la fin de l’actuel mandat du Président de la République et de sa majorité, c’est-à-dire en 2007. Quel que soit le désagrément de perdre des élections intermédiaires, l’attelage actuel n’a donc pas changé.

Au risque de me tromper, je pense que Mr RAFFARIN est plus solide qu’on ne le pense généralement. Dans une telle circonstance, il a une qualité très rare : celle de l’abnégation absolue. Il est parfaitement loyal, il se “débrouille” avec les moyens limités dont il dispose, il ne proteste jamais contre les travers de ses propres amis. Pourquoi Jacques CHIRAC changerait-il si tôt d’attelage ?

On peut estimer que Mr CHIRAC est un peu distancié par l’intérêt qu’il porte à sa “charte de l’environnement”, ou encore au sort de la planète en général. Il parait souvent absent de la réalité des problèmes des français. Le discours manque parfois de cohésion : Mr SARKOZY l'oblige certainement, sans le vouloir, à de nombreuses virevoltes. Mais Mr CHIRAC, en fin politique qu’il est, se dit probablement qu’il faut attendre (“laisser le temps au temps”). Mais attendre quoi ? LA CROIS - SAN - CE : on L’annonce comme imminente. Mais, avec la flambée des prix du pétrole, n’est-elle pas déjà très compromise et la France a-t’elle actuellement les moyens d’engranger de la croissance ? Mr CHIRAC sait bien que, sans la croissance, on ne peut pas être populaire : si, par bonheur, la croissance revenait, la popularité ne serait pas pour autant spontanée mais on pourrait mieux faire avaler aux français la pilule des réformes.

Cette attente constitue-t’elle pour autant une politique ? L’image de notre politique n’est-elle pas “brouillée” par cette sorte de contre-pouvoir permanent que constitue l’omni-présence sur tous les terrains de Mr SARKOZY qui n’hésite jamais à prendre le contre-pied des déclarations du Président ?

On sait Mr CHIRAC très pragmatique : il s’accommode tant bien que mal de cette situation, inédite dans l’histoire de notre Vème République, impensable sous De GAULLE. Peut-être se souvient-il que lui-même.... ? Pragmatique mais réaliste aussi : il sait SARKOZY bourré de talent, tant dans son action que son discours, même s’il agace parfois jusque ses propres amis. N’y a-t’il pas, chez SARKOZY, du CHIRAC des années 70 ? N’existe-t’il pas entre ces deux hommes une sorte de miroir, paternel ou filial, qui renvoie leur propre image l’un à l’autre ?

Pour autant, peut-on parler de paix définitive entre ces deux-là ? Si Jacques CHIRAC avait d’autres atouts sous la main.... Mais, pour l’instant, il n’en a pas.

En attendant, lors de la constitution du gouvernement RAFFARIN III, on peut observer que Jacques CHIRAC a mis Mr De VILLEPIN - le Ministre le plus emblématique et qui avait le mieux réussi par sa lucidité - au ministère de l’Intérieur, ministère parmi les plus exposés de tous. Une façon de mettre en orbite un de ses très proches. Si la croissance revenait, ce dernier serait sans doute un autre atout retrouvé.... face à Mr SARKOZY.

Mr CHIRAC n’est jamais si bon que lorsqu’il est mis à l’épreuve et que tout lui semble défavorable. Ce n’est pas la première fois que la droite dise de lui qu’il est une “catastrophe”, qu’il la “plombe”, etc.... Rien ne dit que, dans quelques mois, on ne verra pas cette même droite se réfugier sous l’aile tutélaire du Président en proclamant qu’il est “le meilleur d’entre tous”. Mais, pour cela, il faudrait que... Avec beaucoup de “si” à la clef. Et d’autres appuis.

La prochaine échéance est en 2007. “Putain, trois ans encore, c’est long !”.

Il peut s’en passer des choses d’ici là. La politique, c'est aussi çà.

samedi, 15 mai 2004

À PROPOS DE LA SÉCURITÉ SOCIALE

BILLET du 15/5/2004

Depuis combien de décennies parle-t’on de réformer la Sécurité Sociale ? Plusieurs gouvernements s’y sont déjà attelés avec plus ou moins de succès. On est même parvenu, il y a quelques années, à équilibrer ses comptes - ou presque - mais pour “replonger” aussitôt. Il est vrai que la croissance n’a pas été au rendez-vous escompté. Aujourd’hui, le déficit prévu est proche de 13 Md€. Il s’aggravera les prochaines années. Mr RAFFARIN a donc décidé de remettre ce difficile dossier en chantier.

C’est que la “Sécu” est, en France, une sorte de lien social entre les français : il est difficile de toucher à notre système de solidarité sans ébranler l’un des fondements de notre société. Mais, par ailleurs, notre “Sécu” est devenue un gouffre qui entraîne vers le fond toute notre économie. Elle nous met dans une situation insupportable. On ne peut plus continuer à combler ses déficits.

Il est observé dans les foyers de tous les pays développés que le poste qui a le plus évolué - et est devenu le plus dépensier de tous - est celui de la santé. La demande est infinie et sans cesse croissante : les techniques de soins - c’est fort heureux - évoluent mais sont de plus en plus onéreuses ; les malades surconsomment (particulièrement en France, championne du monde des psychotropes) ; la tricherie est endémique (parfois avec la complicité de certains médecins qui alimentent le scandale, entr’autres, des “arrêts de travail” de complaisance) ; toute la “misère du monde” s’est largement importée dans nos hôpitaux qui sont eux-mêmes menacés. Le système a tant augmenté dans ses excès qu’il en est devenu pervers. La “Sécu” est devenue agonisante : il est urgent, maintenant, de la sauver.

Les premières mesures annoncées par le gouvernement permettraient une économie de 6 (à 9 ?) Md€. Mais face aux 13 Md€ de déficit de cette année, c’est encore très insuffisant.

Comment donc “s’en tirer” ? Les causes sont, il est vrai, d’abord structurelles : on ne peut ignorer les innovations techniques évoquées plus haut qui ont un coût qu’on ne peut rationaliser. On pourrait envisager par ailleurs une réforme de fond : mais on ne voit pas en quoi elle consisterait. C’est, finalement, le système de financement de la “Sécu” qu’il va falloir lui-même réformer. L’État sera contraint de mettre encore beaucoup d’argent, mais il ne peut plus être seul à le faire. Malgré les dénégations, échappera-t-on à l’augmentation de certaines taxes ou TVA, ou encore des cotisations, de la CSG ? Rien n’est moins sûr. Parallèlement, les “déremboursements” vont se multiplier, l’usage imposé des “génériques” s’amplifier, le rôle de l“autorité” (qui juge du maintien ou de la mise sur le marché des nouveaux médicaments “remboursables”) devenir plus pressant, etc....

Pourra-t’on éviter de porter aussi réflexion sur le caractère ultra-libéral de notre “Sécu” ? Le libéralisme “à la française” a aussi son coût. Réelle contradiction, d’ailleurs, de la “gauche” française qui, par principe, est opposée à tout libéralisme mais soutient celui fort généreux du système actuel.

On ne pourra pas écarter non plus le recours à une plus grande responsabilisation des malades et des médecins (même si la grande majorité d’entr’eux ne peuvent être accusés d’agir de façon irresponsable). La surconsommation “à la française” de médicaments est bien le fruit de prescriptions accordées trop généreusement par des praticiens pour “tranquilliser” leurs patients. Les français seraient-ils si différents à soigner que d’autres ? C’est une démagogie de la “droite”, alors qu’elle pouvait faire cette réforme, de ne pas l’avoir entreprise.

Autre mesure encore : le “dossier médical généralisé”. Allemands et hollandais ont obtenu des résultats très encourageants. Par contre, un nouvel effort est devenu indispensable : celui de la “prévention”. Elle est, en France, largement sous-développée : les retombées en seraient bénéfiques pour tous, tant pour la santé des français que pour un meilleur équilibre des comptes de leur “Sécu”.

On ne manquera pas d’imaginer d’autres remèdes. Le système social français est - on aime le répéter - l’un des meilleurs du monde. Pourtant, ce n’est pas “le” meilleur : il est seulement le plus “confortable” de tous. Devant le désastre qui menace notre “Sécu”, nous ne pouvons plus nous contenter d’être de simples spectateurs : nous sommes tous concernés et nous devrons largement y contribuer. Tous devront “mettre la main à la poche” quel que soit leur régime actuel de couverture sociale.

La solidarité et la justice sociale ont un prix. Quitte à abandonner bien des habitudes “à la française”, on ne pourra plus s’abriter longtemps derrière les “droits acquis”. Notre système social - pilier de notre société - est menacé d’une mort certaine. Il faudra beaucoup de courage pour le sauver.

samedi, 01 mai 2004

À PROPOS DE L'EUROPE RÉUNIFIÉE

BILLET du 1/5/2004

Les uns disent de ce 1er Mai 2004 que l’Europe s’est “élargie”, un peu comme si elle avait soudain pris quelqu’embonpoint ankylosant. Je ne partage pas cette façon de s’exprimer : je préfère plutôt parler d’Europe “réunifiée” dans ses frontières, celles fixées par son Histoire et sa Culture qui en font une vraie communauté de pensée. Seules manquent encore quelques nations - notamment la Bulgarie, la Croatie et la Roumanie - pour que cette œuvre soit enfin achevée.

Europe “élargie” ? Ou Europe “réunifiée” ? Débat sémantique, dira-t-on. Et pourtant il s’agit bien de deux visions très différentes l’une de l’autre.

L’Europe s’est en effet construite autour de valeurs communes apportées, voici deux millénaires, par le christianisme, lui-même hérité de l’Empire Romain, enrichi des philosophies grecques, renouvelé ensuite par le Moyen-Âge, la Renaissance, la Réforme, les Lumières, le Romantisme, l’essor de l’Industrie, engendrant Humanisme et Solidarité Sociale. Le ciment de l’Europe s’est, lui, formé par l’écheveau tissé de ces sillons de pensée entrecroisés qui conduisaient ses peuples à se brasser, les uns se dirigeant vers la Terre Sainte, les autres vers le Mont Athos ou Rome, ou d’autres encore vers Vezelay ou Compostelle. De nos jours, nous avons aussi Taizé. L’unité de l’Europe est fondée sur cet esprit d’ouverture et de liberté. C’est dans cette Europe que sont nés ensuite les Droits de l’Homme, ce respect de l”autre” qui a engendré la notion de laïcité.

C’est une faute grave de ne pas avoir rappelé dans le préambule de la future Constitution Européenne les fondements historiques de l’Europe, et ce au nom du respect ici totalement déplacé d’une pseudo laïcité. Ce préambule aurait été sa véritable carte identitaire.

Quant à l’Europe dite “élargie”, ce serait considérer que ce 1er Mai 2004 n’est que le fruit d’accords économiques ou politiques bien éphémères et à géométrie variable - et ce y compris dans des frontières mal définies. Ce serait très réducteur et restreindrait considérablement la portée de l’événement.

L’Europe, c’est tout autre chose : c’est surtout cette longue Histoire commune, cette Culture partagée. Des fous ont tenté hier de nier cette communauté de pensée en érigeant un rideau implacable. Ils ont été balayés par ce profond sentiment identitaire.

Nous voici donc projetés, au travers de ces deux visions différentes, dans le débat sur les frontières naturelles de l’Europe. Nous voici face au dilemme turc.

Le Président CHIRAC, lui-même confronté à la réticence instinctive exprimée par la majorité des français, s’est montré, sur ce sujet, très circonspect. L’entrée de la Turquie c’est, a-t-il affirmé, pour dans très longtemps, “10 ans ou peut-être plus” encore.

Cette position d’attentisme ne me parait pas digne du respect que nous devons porter à la Turquie, à ce peuple de 70 millions d’habitants qui pèse autant à lui seul que les 10 nations réunies qui viennent de nous rejoindre. Pourquoi ne pas dire dès aujourd’hui que la Turquie est un peuple voisin de l’Europe, mais appartenant historiquement et culturellement à l’Asie ? Cette nation a un rôle charnière entre ces deux continents. Mais il faut dire haut et fort que la Turquie n’est pas en Europe, quand bien même elle irait jusqu’à renier demain sa propre Histoire, sa propre Culture (ce qui serait fort dommageable pour l’Humanité entière), quand bien même elle ne serait plus musulmane à 99%, Istanbul laissant resurgir Constantinople, quand bien même encore elle parviendrait à gommer l’immense écart de niveau de vie qui sépare sa population de la relative opulence de nos nations européennes, même celles les plus déshéritées.

L’Europe a des devoirs face à la Turquie et on ne peut contraindre ce peuple à une attente dégradante : non seulement les rapports entre la Turquie et le continent européen sont anciens et ont marqué depuis plusieurs siècles notre Histoire et notre propre Culture (notamment depuis la période des Lumières) mais, plus récemment, des milliers de juifs chassés d’Europe ont trouvé un refuge sûr au sein de cette nation profondèment musulmane. Mais, paradoxalement, cette dernière ne parvient pas à résoudre le difficile problème arménien. Pour autant, ce conflit latent ne peut en rien entamer notre dette. L’Europe a un impérieux devoir de reconnaissance et doit en tirer les conséquences au travers d’accords de coopération exemplaires et privilégiés.

Mais l’Europe doit être ce qu’elle est et rester dans ses frontières historiques. Pourquoi intégrerions-nous la Turquie quand nous refuserions par ailleurs un autre voisin - la Russie occidentale - pourtant historiquement et culturellement beaucoup plus proche de nous ?

Nous devons respecter notre Histoire, notre Culture, notre identité.

C’est notre gage de paix, extérieure et intérieure. Il nous faut le préserver avec soin.

vendredi, 16 avril 2004

À PROPOS DE L'EUROPE DES 25

BILLET du 16/4/2004

Le 1er Mai, l’Europe va passer de 15 à 25 membres. Ensuite, début Juin, nous serons appelés à élire nos nouveaux députés européens. La question peut se poser de savoir si l’Europe sera ou non aussi absente de ce scrutin que l’idée de “région” l’a été de celui des régionales. Un hebdomadaire évoque, à l’occasion de cet événement, le ”sac de nœuds”.

La France, qui a toujours été le pays moteur en matière d’europhilie, laisse aujourd’hui percer une sorte de désenchantement et de scepticisme très profonds. L’Europe est devenue une sorte de bouc émissaire chaque fois que le souverainisme se réveille : en France, désormais, la forme rapprochée de la mondialisation.... c’est l’Europe. Alors l’on se met à déverser une série d’arguments contraires qui servent les démagogues de tous crins.

Mais l’arrivée au 1er Mai de 10 nouveaux pays membres tend, il faut l’admettre, à affaisser un peu plus l’Europe au fur et à mesure qu’elle s’élargit. On le voit d’ailleurs dans la difficulté de rédiger une Constitution commune. Il se passe actuellement quelque chose d’insensible mais d’important : l’hypothèse d’une Europe puissante est peu à peu niée, voire oubliée. Et la France se met à aimer de moins en moins l’Europe - qui n’est plus celle dont elle rêvait - tout comme l’Europe.... aime de moins en moins la France.

Quelle est donc cette Europe que l’on nous construit désormais ? Sans évoquer les hypothèses aventureuses de son élargissement vers la Turquie, Israël, l’Egypte ou encore le Maghreb, l’Europe n’a plus de géographie puisqu’elle n’a plus de cœur et que sa périphérie est partout. L’Europe n’a plus d’Histoire puisqu’on refuse de rappeler que c’est un ensemble de nations où s’est implanté le christianisme qui a eu une influence certaine sur sa vision de la Révolution, celle des Droits de l’Homme, celle de la laïcité. L’Europe a un embryon d’économie, mais il convient de ne pas en parler trop haut. L’Europe n’a toujours pas de diplomatie ni d’armée. Qu’est-ce donc que cette Europe-là ? Si Schumann, Adenauer, Monnet, De Gasperi revenaient parmi nous, que reconnaîtraient-ils de l’idée d’Europe qui était la leur ?

L’Europe ressemble de plus en plus à un club de consommateurs. Ce n’est pas une puissance, même embryonnaire, c’est la victoire à terme de Mme Thatcher avec sa “zone de libre-échange”. C’est l’économisme teintée d’atlantisme avec la puissance US à la rescousse face à notre impuissance chronique tant militaire que diplomatique. On ne reconnaît plus rien de cette Europe qui nous avait fait rêver, celle d’une volonté et d’une culture communes traduites en actes bâtisseurs. Certains humoristes suggèrent même d’étendre l’Europe jusqu’au continent américain, USA compris ! Restons sérieux !

Les dirigeants européens, même en pesant nos mots, sont, quels qu’ils soient, en dessous de leurs responsabilités. Ils n’ont plus dans leurs décisions aucun souffle ni de vision européenne. L’Europe se conduit comme si elle était fatiguée de l’idée même d’Europe. Peut-être est-ce parce que l’Europe des 25 sera davantage minée par l’énorme disparité aggravée des niveaux de vie des pays la constituant désormais, ce qui va accentuer les problèmes d’intégration ? Comment construire une “Europe sociale” si le concept même de “social” ne pouvait être que celui dit “à la française” alors que, déjà, nos actuels partenaires n’en veulent pas ? Alors si nous avions à intégrer la Turquie et d’autres pays de même profil, qu’en serait-il !

Nous allons donc désigner en Juin nos députés européens. C’est un acte essentiel. Ne tombons pas dans le piège d’une consultation teintée des conflits internes franco-français. Les français se sont déjà exprimés les 21 et 28 Mars. Un “bis-repetita” serait parfaitement stérile.

Aujourd’hui il importe de désigner des femmes et des hommes pétris de l’idée européenne et dont l’objectif doit être d’éviter à l’Europe de s’enferrer dans ce piège qui se referme inexorablement sur elle. Nous devons élire des députés ayant une vision, une volonté de construire ensemble un avenir commun. Pas des compétiteurs. Ne nous trompons pas de scrutin.

mardi, 06 avril 2004

À PROPOS DU DÉCLINISME

BILLET du 6/4/2004

“Déclinisme : forme de crispation sur un passé qui ne serait plus qu’une image figée, face à un avenir qui suppose compétition et risque”

La France, ce “cher vieux pays”, a souvent, au cours de sa longue Histoire, été traversée de moments de doute et de crainte face à des réalités nouvelles qu’elle devait conjurer. N’est-ce pas encore un de ces moments qui s’est traduit ces 21 et 28 Mars ? Nul n’est totalement responsable de ces phénomènes nés d’une société en profonde mutation.

La responsabilité repose essentiellement sur ceux qui, atteints soudain de surdité et d’aveuglement, se drapaient dans leurs certitudes et n’ont su ni entendre, ni voir, ni accompagner cette inévitable mutation. Et pourtant les appels n’avaient pas manqué sur les bancs mêmes de la majorité parlementaire. Mais ces appels avaient tous été accueillis de sarcasmes et d’accusations de “lèse-majorité”. Oublions ces égarements.

Il fallait, et il y avait, pourtant chez ceux qui ont charge de nous gouverner, un certain courage pour mener les réformes nécessaires. Il y avait aussi, chez notre Premier Ministre, un style nouveau, une touche provinciale, un peu de cette bonhomie et de langage direct qui auraient du le servir. Mais voici que cela s’est retourné contre lui, même si c’est profondément injuste. Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à de tels retournements de faveur : “Plus haute est la faveur, et plus prompte est la chute” (Destouches). Et ailleurs encore : “Dans les républiques, le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance” (Rivarol). De quoi méditer un peu.

Les urnes ont donc parlé. On peut ici évoquer cette sorte de fatalité d’un homme (le Président) qui, chaque fois qu’arrivé “aux affaires”, est frappé deux ans après du désaveu du peuple qui l’y avait conduit. Laissons ces gausseries aux détracteurs dont c’est la profession.

Ce qui est cependant sorti des urnes est une sorte de grand vomitoire traduisant un malaise, une dépression nerveuse que l’on sentait venir depuis longtemps. Il y avait, pour les uns, l’expression de leur peur du changement, mais aussi, pour d’autres - ceux plus à droite - le reproche de ne pas conduire les réformes avec assez de fermeté. Apparente contradiction au travers de mêmes bulletins de rejet.

Réforme : le mot a été mal compris, mal expliqué aux français. Réformer, c’est faire en sorte que la France rejoigne non seulement le train général de l’Europe mais aussi celui de tous les pays développés. La France doit suivre aujourd’hui le grand courant réformateur qui traverse tous les pays européens.

Or les français ont cru que l’alternative socialiste leur permettrait d’éviter ce courant. Là est leur erreur. Pour exemple la Suède, tant imprégnée dans sa tradition économique et sociale de la pensée socialiste, comme à des degrés moindres la Norvège et la Finlande, prend aujourd’hui des dispositions touchant le code du travail qu’en France l’on accuserait de “fascistes”. Elle a aussi pris des dispositions drastiques face au poids de sa fonction publique. Comment donc le socialisme “à la française” pourrait-il échapper à son tour à de telles réformes ? Nous sommes ici en pleine confusion.

Ce refus s’est déjà traduit dans un passé récent dans le refuge des français vers des idéologies aventureuses : ce fut un moment celle du Front National, puis dans un autre temps celle de l’extrème-gauche, avec aussi, en point d’orgue, l’abstention. Aujourd’hui, ce refus s’est exprimé en faveur de partis démocratiques respectueux des institutions avec, en contre-point, un léger repli de l’abstention. C’est le constat qu’il ne sortirait plus grand chose de l’extrème-droite mais aussi le refus de la lutte des classes type 1928. Nous en sommes revenus à une alternance beaucoup plus “classique”, plus "respectueuse" de la démocratie. Ce n’est pas le “déclinisme” annoncé.

Le vote de Mars 2004 est davantage un vote contre la droite, qui n’a pas su expliquer aux français la nécessité des réformes, (on l’a dit un peu partout), plus qu’un vote en faveur des socialistes qui n’ont pas de vrai programme alternatif. Et pour cause.

Les français se sont davantage prononcés contre la manière de conduire les réformes que contre les réformes elles-mêmes. C’est la méthode qui a été désavouée. Pas son objet.