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mercredi, 30 avril 2003

À PROPOS DES DÉFIS DE LA FRANCE

BILLET du 30/4/2003

La France est confrontée à une accumulation de défis.

Nous évoquerons plus bas le vaste chantier des 3 reconstructions qui sont autant de problèmes urgents auxquels nous sommes confrontés : • la reconstruction de l’Europe dont l’unité a été ébranlée par l’affaire irakienne • la reconstruction de l’amitié franco-américaine • la reconstruction de l’Irak, vaste chantier à haut risque, alors que nous avons dans cette contrée tant d’intérêts vitaux et que l’islamisme le plus rétrograde y devient menaçant.

J’évoquerai pour commencer les grands chantiers intérieurs : • les retraites et la colère des syndicats • la remontée du chômage • les déficits publics qui ne cessent de s’aggraver face aux promesses de baisses d’impôts • la croissance effondrée • la fronde des chercheurs • les médicaments moins remboursés pour tenter de réduire le gouffre de la Sécurité Sociale • etc....

Jean-Pierre RAFFARIN observait récemment que l’on annonce ici et là qu’il avait désormais “mangé son pain blanc”. Il est vrai que le pain commence à durcir, voire même à se noircir quelque peu. Il est vrai que le pain ne se mettrait pas à tant durcir si le gouvernement, à l’instar de ce qu’a fait son prédécesseur, se contentait.... de ne rien entreprendre.

Cependant, force est de constater que, mis à part le chantier de la décentralisation qui n’était pas trop problématique pour les politiques, et les mesures fort consensuelles prises par Nicolas SARKOZY pour renforcer la sécurité des français dans leur quotidien, nous avons perdu par ailleurs pas mal de temps depuis un an.

Mais entre agir avec persévérance en prenant le temps nécessaire, ou agir avec une soudain frénésie, il ne faudrait pas tomber dans la même erreur qu’en 1995. Nous savons ce qu’il en a coûté à la France.

Voici, en effet, qu’en quelques jours, Mr RAFFARIN a chargé la barque d’une façon extraordinaire. Fallait-il, au même moment, déclencher une offensive en catimini pendant la trêve pascale sur le non-remboursement de médicaments, une autre en annonçant le non-renouvellement des fonctionnaires partant à la retraite, et enfin le rallongement des annuités de travail avant le droit à la retraite des fonctionnaires ? Non que ces mesures ne soient justifiées et qu’il fallait qu’elles soient prises, mais sur le plan tactique, c’est pour le moins maladroit et cela risque de faire “boule de neige”. Comme en 1995.

Affaire de méthode pourra-t-on objecter. Il y a ceux qui pensent que lorsqu’il y a des mesures difficiles à prendre, il faut les prendre brutalement dans les toutes premières semaines qui suivent l’élection. D’autres pensent qu’il faut faire préalablement beaucoup de pédagogie. Il semble que Mr RAFFARIN ait opté pour la seconde méthode. Que ce soit sur le regard qu’ont maintenant les français sur la façon de conduire leurs véhicules automobiles, ou encore l’approche qu’ils ont du problème du financement des retraites et la nécessaire parité privé-public, la méthode RAFFARIN semble porter des fruits.

Mais le temps de la pédagogie touchant nécessairement un jour à sa fin, Mr RAFFARIN a maintenant estimé “qu’il fallait y aller”. Les réactions syndicales qui, aussitôt, nous promettent un mois de Mai particulièrement mouvementé, n’ont pas tardé à se manifester : on leur a ménagé le temps nécessaire de préparer et d’affiner la stratégie de leur riposte. Et ce dans un contexte où la France a d’autres priorités. (J’entendais récemment un chroniqueur évoquer le cas de celui qui se mettrait “la plume au chapeau dans les affaires internationales alors qu’il est en train de perdre son pantalon”)

Cependant, les économistes et les financiers qui connaissent les comptes de la nation sont particulièrement alarmistes, y compris au sein du gouvernement. Et c’est un point où l’on peut s’interroger sur l’opportunité de la méthode pédagogique de Mr RAFFARIN. Pendant un an, alors qu’il y avait urgence, nous n’avons pris aucune mesure significative : ce retard sera d'autant plus dur et long à combler. Mr BALLADUR, pour réformer les retraites dans le privé, ne s’était pas embarrassé de telles précautions quand urgence il y avait là aussi. Et cela s’est bien passé quand même : les syndicats n’ont pas eu alors le temps d’organiser leur réaction.

Les réformes, celle des retraites avec le rétablissement de la parité et leur système de répartition, celle du financement de la Sécurité Sociale avec le principe de l’égalité devant la mort, doivent maintenant être prises dans l’urgence. On ne peut plus tergiverser, n’en déplaise à certains.

L’attitude syndicale observée face à ces évidences n’est qu’une réaction corporatiste qui est en train de se disqualifier d’elle-même. Le temps n’est plus aux palabres et aux discussions mais à l’action fondée sur l’urgence de la situation. À chacun de prendre ses responsabilités. Les syndicats ont les leurs. Le gouvernement doit prendre les siennes et sans tergiverser.

En début de ce billet j’évoquais aussi les 3 chantiers de reconstruction.

Quand, aujourd’hui, en Irak, alors que les événements se sont déroulés avec une surprenante rapidité qui laisserait penser que les anglo-américains ont gagné leur guerre, tout laisse penser qu’ils n’y ont pas pour autant gagné la paix et que les épreuves commencent seulement pour eux. Les anglo-américains avaient tout prévu... sauf les chiites.

La montée en puissance en Irak du chiisme d’inspiration iranienne, majorité longtemps réprimée par les laïcs baassistes de Saddam Hussein, avec tous les excès prévisibles du chiisme, son intolérance religieuse, la négation des droits de l’homme (et surtout de la femme), donne raison à la France quand, avec plusieurs de ses partenaires, elle s’opposait à la volonté américaine d’intervenir dans ce pays, réalisant mieux que Bush - qui ne connaît que fort mal les mentalités arabes - le risque de bouleverser des équilibres déjà fragiles dans cette partie du monde où tant d’intérêts économiques sont en jeu.

Le rêve américain d’instaurer en Irak une démocratie selon le modèle occidental est déjà très compromis sous le poids d’une opinion publique irakienne qui entend, majoritairement, vouloir instaurer une république théocratique avec, pour loi.... la charria islamique ! À un tortionnaire laïc nous risquons fort de voir se succéder une tyrannie islamique. Belle revanche pour l’Iran voisine qui cherchait à sortir de l’isolement où elle se trouvait depuis la chute de Shah et l’arrivée des ayatollahs. (La tournure des événements politiques en Irak n’est d’ailleurs pas sans rappeler le scénario iranien lors de l’arrivée de Khomeiny.... dont la France s’était fait le protecteur bienveillant. On sait la suite)

La ligne du non-droit ayant été cependant franchie par les anglo-américains et créant par devers nous une situation nouvelle, le simple réalisme nous oblige aujourd’hui à réexaminer notre stratégie, même si nous voulons éviter de paraître vouloir ratifier ce coup de force.

Si tel se déroulait ce scénario d’échec pour les anglo-américains avec l’instauration malgré eux d’un pouvoir islamique, il ne manquerait pas certains esprits pour s’en réjouir. La France, hélas, pourrait sombrer dans une sorte de délectation vicieuse à l’idée que les américains pourraient échouer. Mais ce serait oublier que ce serait un échec non seulement pour les anglo-américains mais pour l’Occident tout entier. Donc un échec aussi pour la France. Considérer que tous les événements qui nuisent à l’Amérique sont bons à prendre serait une attitude moralement et intellectuellement médiocre.

La France aurait tort si aujourd’hui elle persistait à s’opposer à toute initiative américaine. Le confort des sondages accordés à Jacques CHIRAC suite à son attitude face à la volonté américaine de passer outre au droit international ne peut justifier aujourd'hui qu’il persiste dans son opposition forcenée contre les USA.

La France n’a pas à faire la guerre, même diplomatique, aux USA. Ce temps-là est révolu. La France, parce qu’elle appartient à l’Occident au même titre que les anglais ou les américains, doit être désormais totalement solidaire des efforts qu’ils entreprennent pour éviter ce cataclysme pour l’Irak et tout le Moyen-Orient.

Révision déchirante pour la France, conquise qu'elle est par cet américano-phobie ambiante qui réplique aux imbécillités dites et écrites par delà la Manche ou l'Atlantique.

Vastes chantiers pour Jacques CHIRAC et Jean-Pierre RAFFARIN.

La voie est étroite. Le prix sera élevé. Mais il sera à la hauteur des enjeux.

samedi, 22 mars 2003

À PROPOS DE LA DIPLOMATIE FRANçAISE

BILLET du 22/3/2003

En peu de mois, voire en peu de semaines, la diplomatie française nous a fait passer par des sentiments les plus divergents.

Sentiment d’incompréhension d’abord quand la France préconise l’entrée dans l’Union Européenne de la Turquie, oubliant que le fondement même de l’Europe est et sera la réunion de nations imprégnées par une même civilisation, celle judéo-chrétienne, et qui doit être son ciment. Je me suis déjà exprimé ici même sur le sujet : je n’y reviendrai pas. Je reste de ceux, fort nombreux, qui sont fermement opposés à cette intégration au nom même de la défense de l’Europe. Il ne peut y avoir que des adversaires d’une Europe forte pour imaginer une telle abération. On n’est pas surpris de voir surtout, au nombre de ceux-là, les anglo-saxons et..... G.W.BUSH. Que vient faire la France au milieu des ennemis de l’Europe ?

Sentiment de révolte quand, il y a quelques semaines, la France n’a pas osé affirmé son opposition à la nomination de la Lybie de KHADAFI - celui qui a commis tant de meurtres - comme “Présidente de la Commission Internationale des Droits de l’Homme” !.... On croit vivre un cauchemar. La France, patrie de ces mêmes droits inscrits dans sa Constitution, aurait du avoir le courage de s’y opposer fermement. Elle a été honteusement lâche. Il ne peut y avoir d’intérêts - qu’ils soient stratégiques, politiques ou économiques - qui puissent servir d’excuses à une telle lâcheté.

Sentiment enfin de fierté, ces derniers jours, quand la France, par la bouche de Mr De VILLEPIN, défend brillamment et avec quel panache le droit et la paix internationales.

Jacques CHIRAC, le miraculé du 2ème tour de l’élection présidentielle, renouvelle son aura près des français grâce à Mr BUSH, le va-t-en-guerre d’un autre âge. De LE PEN à BESANCENOT en passant par les Verts et autres socialo-communistes, tous appuient sans réserves la position que fait défendre Jacques CHIRAC au travers de notre porte-parole. Même au delà de nos frontières, des foules, à défaut de certains de leurs dirigeants, manifestent le même soutien à la politique française. Jacques CHIRAC, qui donnait souvent de lui une image de versatilité assez déconcertante, traverse aujourd’hui une période de popularité rare qui dépasse largement nos frontières.

Georges CLEMENCEAU, au terme d’une guerre qui avait coûté des millions de morts, avait eu cette phrase :“Hier Soldat de Dieu, aujourd’hui Soldat du Droit, la France sera toujours le Soldat de l’Idéal”. À près d’un siècle de distance, la France renoue, au travers de sa diplomatie, avec cette image glorieuse que nous avions depuis longtemps oubliée.

Et cependant la France d’aujourd’hui n’est plus cette grande puissance d’il y a un siècle. Elle est devenue une moyenne puissance. Il y a quelque chose d’épique que ce soit cette moyenne puissance-là qui semble seule, ou presque, vouloir défier la plus grande puissance du monde.

Que Mr BUSH en soit irrité, on peut le comprendre. C’est bien pour cette raison qu’il s’efforce de gommer aujourd’hui l’image retrouvée de cette France-là en dénonçant en elle un pays qui ne serait que “pacifiste, veule ou timoré”. Or, pour qui connaît l’histoire de la France - mais Mr BUSH n’a pas une culture suffisante pour la connaître - la France passait, depuis “nos ancêtres les Gaulois” (“De Bello Gallico”) pour un pays belliciste. L’Allemagne a gardé un mauvais souvenir de Louis XIV, d’autres nations européennes de NAPOLÉON, les africains de la colonisation. La France, au cours de son histoire, a été de tous les coups, heureux ou malheureux et jusqu’aux Orients. Alors que cette France-là dérange et que l’on sorte aujourd’hui contr’elle tout un bestiaire immonde de qualificatifs les plus honteux - jusqu’au “ver de terre” d’un torchon typiquement britannique - l’on peut se demander jusqu’où ira ce déchaînement d’intérêts que l’on bouscule.

Car il y a aussi du pétrole en Irak, et pas seulement Saddam HUSSEIN. Alors qu’en Corée du Nord, danger réel d’une toute autre dimension pour la paix du monde, on ferme les yeux sur les menaces du rejeton d’un dictateur de père aussi dangereux et incontrôlable que lui. Saddam HUSSEIN, à côté et malgré ses innombrables crimes, est un enfant de chœur !

Dans la posture actuelle de Jacques CHIRAC, on retrouve un peu de ce gaullisme qui lui manquait tant en d’autres circonstances, de ce gaullisme qui avait notamment défié la suprématie de l’OTAN. Cela réconforte nombre de nostalgiques. Et bien au-delà ceux qui avaient constitué ce grand rassemblement autour du fondateur de la Vème République.

Et maintenant ? Quel avenir ?

Après avoir célébré le grand axe PARIS-BERLIN-MOSCOU-PEKIN, voici que, déjà, la Chine laisse entendre qu’elle n’usera pas de son droit de veto : elle a trop besoin de la neutralité indulgente de Washington face à sa politique expansionniste et d’oppression sur des peuples voisins.

La Russie ? Idem. Elle a trop besoin des aides financières américaines et aussi de cette même neutralité face au conflit Tchéchéne.

L’Allemagne ? Trop affaiblie pour imposer quoique ce soit. Elle s’inclinera à son tour face à BUSH pour des raisons économiques préoccupantes, même pour nous français.

Il restera donc la France. La France seule. BUSH a déjà annoncé ces dernières heures que, veto ou non de la France, il engagera sa guerre (du pétrole) pour la seule grandeur (économique) de l’Amérique.

Que fera donc la France face à la puissance américaine ? Hormis sa capacité rhétorique à rappeler le droit, quels seront ses moyens ? Aura-t-elle même celui d’opposer seule un veto qui ne sera que sabre de bois face aux bellicistes ? L’article récent de Jacques CHIRAC dans “TIMES MAGAZINE” montre que le Président mesure bien nos limites. Déjà certaines intonations ne trompent pas sur l’infléchissement à venir de notre actuelle jactance diplomatique.

S’il n’y avait ce style arrogant, brutal et méprisant des États-Unis, il y aurait fort à parier que la France ne tarderait à s’aligner sur la position US, même si nous aurions affirmé parallèlement nos différences d’appréciation.

BUSH le sait et veut contraindre la France à l’humiliation. Humiliation d’un veto qui ne sera que chiffon de papier. Ou humiliation d’un alignement forcé de la France, trop faible et trop seule dans cette affaire.

La France, si elle veut garder intacte son image internationale de modérateur, devrait maintenant rechercher plutôt une solution amiable qui ménage à la fois les USA - parce qu’ils sont tout-puissants - et le monde arabe. Ou, à contrario, la France devra passer, si elle maintenait son intransigeance, une période périlleuse en un moment où son économie, et celle de ses principaux partenaires, montrent des signes préoccupants de faiblesse.

La voie est étroite si l’on veut prolonger l’actuelle embellie de notre image. Embellie face au monde. Embellie face à notre opinion intérieure. Parions que nous devrons infléchir nos positions. Comment réagira alors la classe politique française et que redeviendra notre image à l’étranger si nous paraissons ou trop nous incliner, ou trop insignifiants dans nos coups de force diplomatiques devenus vanités ?

C’est une autre page d’histoire de notre diplomatie qu’il nous faut aujourd’hui écrire. Et non sans courage.

samedi, 15 mars 2003

À PROPOS DE L'IRAK

BILLET du 15/3/2003

S’exprimer sur les événements qui se déroulent autour de l’Irak est devenu aujourd’hui hasardeux : à peine la plume posée sur la papier et l’encre séchée que déjà tout, ou presque, serait à réécrire tant les choses se déroulent de manière précipitée.

On peut s’interroger cependant pour savoir si la pièce qui se joue actuellement aux Nations Unies a encore un sens. On a l’impression d’être entrés dans une sorte de théâtre d’ombres : Georges BUSH - à ne pas confondre avec cette immense nation amie que sont les États-Unis dans leur diversité - a décidé que, de toutes manières, il ferait la guerre. Face à lui, Jacques CHIRAC a décidé, lui, qu’il essaierait d’imposer la paix.

Au-delà même de cette crise, nous voyons en effet surgir une nouvelle Amérique éloignée de celle  des prédécesseurs de BUSH.

Dans un excellent ouvrage qui vient de paraître - “Washington et le Monde” - ses auteurs expliquent que les stratèges qui conseillent BUSH n’ont rien à voir avec la vieille école qui avait conduit jusqu’ici la diplomatie américaine. En France, ces conseillers-là - les “faucons” - seraient classés à l’extrême-droite de notre échiquier politique.

Les conséquences en sont que BUSH veut la guerre, quels que soient les buts de guerre et quelles qu’en soient les modalités.

En ce qui concerne les buts de guerre, on peut observer d’ailleurs que BUSH en a déjà changé quatre fois : il fallait d’abord “désarmer l’Irak”, puis il fallait “renverser ce régime”, ensuite la survie du régime de Sadam HUSSEIN pouvait “avoir des conséquences sur le Moyen-Orient”. Et maintenant on ne sait plus très bien le but recherché si ce n’est “qu’il faut faire la guerre”. Peut-être aussi imposer la démocratie au bout du fusil dans des contrées de longue tradition patriarcale ?

Et Mr BUSH de déclarer que “pour faire une guerre, le Conseil de Sécurité n’est pas nécessaire”, que la résolution 1441 “se suffirait à elle-même même”. On peut alors s’interroger sur la nécessité de faire voter une seconde résolution. Avec BUSH, nous ne sommes plus à un illogisme près.

Le résultat est que finalement BUSH a mis le monde entier dans une situation impossible, y compris son malheureux allié Tony BLAIR. Tous sont obligés de se conditionner non pas par rapport au camp auquel ils appartiennent mais par rapport à un homme - BUSH - qui n’est en rien un modèle ni de rationalité ni de sagesse. Faut-il rappeler que BUSH, à la suite d’une sorte de révélation mystique qui lui aurait indiqué voici quelques années les voies du "Bien et du Mal" - confesse-t-il lui-même - se croit-il aujourd’hui investi d’une mission sacrée qui en ferait une sorte d’Archange St Michel des temps modernes partant terrasser le dragon ?

Cette crise n’est pas sans conséquences. L’ONU n’en sort pas arrangée tant son autorité est bafouée par l’obstination américaine décidée de passer outre ses recommandations. Paradoxalement aussi, l’obstination française - même s’il est hors de mon propos de ne pas soutenir la volonté de paix de la France - n’arrange pas davantage l’ONU. Ce n’est pas en effet parce Mr BUSH a tort que la France a pour autant raison. Nous avons mis face à Mr BUSH une sorte de harcèlement diplomatique qui, exploité par le formidable pouvoir de manipulation des médias, fait paraître la France plus préoccupée de contrarier Mr BUSH que de faire partir Sadam HUSSEIN.

Même si ces médias sont profondément injustes, nous savons tous qu’en politique l’apparence prime le plus souvent le fond.

Même si Jacques CHIRAC a une attitude qu’approuve toute la classe politique française - de BESANCENOT à LE PEN - était-il pour autant possible de contrer la politique irraisonnée de BUSH avec des moyens autant mesurés que ceux déployés ?

On a pris l’habitude en France de se référer souvent à DE GAULLE. Et de se questionner sur ce qu’aurait été son attitude en pareille circonstance. On se souvient que DE GAULLE faisait parfois des choses apparemment parfaitement déraisonnables. Mais c’était toujours pour envoyer des images fortes et marquer les esprits.

Le discours de Jacques CHIRAC, fort bien fait pour un auditoire français acquis à sa cause, ne manquait-t-il pas de souffle ? Ce discours avait un brin de romantisme comme on les aime en France. Mais donnait-t-il, face à BUSH, un contre-poids politique réel qu’aurait pu être, par exemple, la définition d’une identité européenne forte propre à emmener les indécis ? Et fallait-il violenter pour autant peu avant certains pays européens quand ceux-ci sont eux-mêmes en recherche d’une Europe forte ?

L’affaire irakienne n’a pas défait l’Europe : elle a été seulement le révélateur de ses insuffisances. Elle ne sera pas sans conséquences économiques au moment où l’on doit aborder la phase pratique de son élargissement et les mécanismes de financement.

Les États-Unis n’ont plus aujourd’hui aucune puissance devant eux pour les contre-carrer. La Russie soviétique de jadis s’est évanouie. Et l’Europe, elle, n’existe pas encore. BUSH a donc le champ libre pour décider et faire ce qu’il veut puisque même l’ONU n’a, à ses yeux, qu’un rôle symbolique.

Cessons donc de parler de l’Europe au futur conditionnel. La magie des mots de quelques-uns ne suffit plus à arrêter la guerre. Il faut des actes concrets.

"L'heure n'est plus aux discussions mais aux décisions" (J.Cl.DELEVOYE)

mercredi, 05 février 2003

À PROPOS DE LA GRANDE DÉSUNION

Nous avons, ces derniers jours, assisté à une belle cérémonie franco-allemande qui marquait l’anniversaire de la signature du traité signé par Charles DE GAULLE et Konrad ADENAUER. C’était il y a 40 ans, alors que les pays de l’Europe naissante se comptaient sur les doigts de la main. L’Allemagne d’ADENAUER voyait renaître sa toute-puissance économique et la France de DE GAULLE renouait avec la vertu, sa grandeur et son rayonnement retrouvés.

Mais, 40 ans après, alors que de nombreux pays ont émergé, notamment ceux de l’Est européen après la chute du mur de Berlin, croire que l’on peut réécrire cette même page sur le même mode impérial, a un côté irréel qui a été ressenti par nos partenaires européens comme une bravade d’un autre temps. Entendre à cette occasion notre flamboyant Ministre des Affaires Étrangères - par ailleurs homme très sympathique et respectable - dire que l’Allemagne et la France allait “représenter l’Europe unie” a un côté agressif qui a fait souffler le vent de la révolte chez nos partenaires, tous refusant d’être ainsi rangés au niveau de simples féaux de ces deux-là. D’autres ont alors eu beau jeu d’évoquer la “vieille Europe”. Une façon de vouloir nous humilier.

L’Italie, l’Espagne, la Grande-Bretagne, le Portugal, le Danemark, la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, rejoints ensuite par quelques-autres non moins européens, ont donc décidé de répliquer et de soutenir ouvertement les États-Unis, et leur Président-prêcheur cow-boy des temps modernes, dans leur volonté aventuriste d’en découdre avec l’Irak, même si l’Europe s’expose sans le chercher à de redoutables conséquences économiques et sécuritaires. Ils désavouent ainsi sévèrement  l’Allemagne et la France dans leurs prétentions.

Alors, au-delà des grand-messes et des beaux discours où l’on parle plus de l’Europe au conditionnel ou au futur (très éloigné), les États-Unis ont beau jeu de constater qu’une fois de plus ils ont eu raison de l’Europe et lui ont imposé leurs propres choix. C’est une victoire diplomatique à l’échelle mondiale.

Peut-on imaginer désormais que, seules, la France et l’Allemagne vont donc pouvoir durablement rester à l’écart de ce conflit imposé ? Faut-il croire que, sous une forme ou une autre, elles ne finiront pas par envoyer leurs propres troupes près de celles de cette grande coalition habilement montée par les USA ?

La France aura pourtant courageusement défendu sa conception du droit international. Elle aura même laissé planer la menace d’un droit de veto (illusoire) aux Nations-Unies pour empêcher l’irréparable. Nous savons tous déjà que, hélas, ce ne sera que chiffon de papier face à la toute-puissance américaine, aidée de ses alliés européens - avec ou sans l’Allemagne et la France - et avec la complicité de la très opportuniste Russie de POUTINE.

Victoire diplomatique des USA mais aussi victoire économique. On sait l’hostilité américaine face à un euro qui pourrait menacer l’hégémonie du dollar. Les anglais, qui sont en Europe le cheval de Troie des américains, font tout pour que l’Europe devienne davantage une zone de libre-échange plutôt qu’une nouvelle puissance non seulement démographique mais aussi économique, politique, militaire ou encore diplomatique. Ils sont en voie de réussir. Les polonais, dès leur entrée dans l’Union Européenne - et dont ils accepteront cependant le financement de leur agriculture - ont préféré, face à l’inconsistance de la politique militaire de l’Europe, un avion américain à un autre européen, celui-là ni plus avantageux ni techniquement ni économiquement que celui-ci, mais doté d’un vrai soutien logistique,

L’immense majorité des pays européens jugent que les USA sont plus crédibles que cette Europe qui ne cesse de se chercher au milieu de ses hésitations, de ses palinodies sans fin, de ses étroits égoïsmes nationaux, ses atermoiements, ses frilosités ou ses ankyloses.

Le dernier épisode tragi-comique de la présidence de l’Europe, suite à un pseudo ”accord” franco-allemand, n’est pas fait davantage pour donner plus de crédibilité à notre Europe. Alors que nous n’avons pas été capables de doter encore cette dernière d’une vraie Constitution avant de faire rentrer de nouveaux pays - ce qui handicape les chances que celle en préparation puisse un jour être adoptée par tous - le poids des opinions publiques est devenu tel que la France et l’Allemagne voulaient avancer sur cette idée d’un Président qui représenterait l’Europe aux yeux du monde entier et parlerait à parité égale face au Président cow-boy US. Mais l’Allemagne voulait que ce Président de l’Europe soit élu sur une assise plus large, le Parlement européen. La France, elle, préférait un Président plus docile élu par les seuls chefs d’État ou de gouvernement. Et comme aucun ne voulait concéder quoique ce soit, un “accord” inattendu a été trouvé : il y aurait 2 Présidents de l’Europe, chacun étant élu par l’une et l’autre de ces instances. C’est une farce tragique. Et déjà toutes les chancelleries de supputer sur la personnalité de celui qui sera le “vrai” Président et de l’autre qui sera le Président-dindon. Il s’est même trouvé certains de se réjouir de cet “accord” : à défaut de Président, mieux vaut, disent-ils, en élire 2 ; il en restera au moins un !

Est-ce ainsi que l’on redonnera confiance à l’Europe, à ses états, à ses peuples ? Est-ce là toute la vision et l’ambition que l’on veut donner à l’Europe ?

Je suis de ceux qui croient que l’Allemagne et la France sont - et doivent être - un des piliers essentiels de l’Europe. Mais encore faut-il qu’elles en aient les moyens, à défaut d’une réelle volonté, voire d’une réelle vision. Or la France et l’Allemagne sont aujourd'hui deux piliers très affaiblis.

L’une, la France, plombée par le poids d’années de gabegie socialo-communiste, s’est doté d’un budget dont on sait aujourd’hui les faiblesses, basé qu’il est sur un taux de croissance illusoire. J’ai été de ceux qui, ici, l’avaient dénoncé l’automne dernier en parlant d’”insincérité”, Mais aussi, la France montre une médiocre volonté de réduire le train de vie de l’État. Elle a fait l’objet à ce sujet d’une sévère mise en garde.

Cependant, dès hier, le gouvernement de Mr RAFFARIN a eu le courage méritoire de geler 4 milliards d’euros pour respecter nos engagements. Mais 4 milliards ainsi gelés, c’est 4 milliards d’attentes déçues, de projets reportés, de promesses renvoyées vers on ne sait quelles calendes. Mr FILLON doit geler 22% des crédits destinés à la politique de l’emploi. Mr DE ROBIEN doit geler 19% des crédits d’investissement des transports. La recherche, c’est 17% en moins, la Santé et la Solidarité, près de 30%, l’Enseignement Supérieur plus de 25%, la Culture 11%, etc....

Quant à l’Allemagne, pis encore, c’est un blâme qu’elle a reçu des autorités monétaires. Comment y entreprendre le nécessaire redressement quand elle a un gouvernement si mal élu et déjà contesté par les électeurs ce dernier week-end qui le condamne aux compromissions.

Quand deux pays sont confrontés à une situation aussi difficile, ils devraient être plus prudents dans leur prétention de vouloir régenter l’Europe entière. Les USA ont su profiter habilement de cette situation pour prendre le risque de faire exploser les belles apparences de l’Europe unie.

Et face à la nécessité d’avoir une politique européenne de la défense, l’Allemagne est contrainte de réduire de façon drastique ses dépenses militaires. La France, de son côté, a réduit son armée dans les proportions que l’on sait. Comment éviter alors que les USA soient la seule puissance militaire mondiale ?

Face encore à la nécessité d’avoir une politique étrangère commune, l’on tourne en rond autour des institutions européennes. La politique étrangère sera-t-elle plus crédible avec 2 Présidents qu’avec un seul ? On peut en douter.

Nous payons aujourd’hui très cher notre absence d’Europe.

Il n’est pas trop tard pour réagir. Mais le temps nous est terriblement compté pour réussir.

jeudi, 09 janvier 2003

À PROPOS DE LA MARÉE NOIRE

BILLET du 9/1/2003

Qu’il était loin ce pétrolier-poubelle. Il avait dépassé les côtes françaises et était parti sombrer par 3.500 mètres de fond à plus de 300 kms des côtes portugaises. Même si personne n’avait osé prononcer un “ouf” de soulagement, la pollution c’était.... pour les portugais et les espagnols.

Peu de jours après, la presse télévisée commençait à nous projeter les premières images de cette glu épaisse et visqueuse couvrant plages et rochers de nos voisins. Un travail de titan, pour des milliers de personnes, travail qui durera des mois, voire des années. En plus, tout un écosystème bouleversé aux conséquences démesurées.

Mais voici que la menace s’est rapprochée de nos côtes. Voici toute notre façade atlantique menacée à son tour. Et finalement atteinte.

Il y a une sorte de tragique leçon à retirer de cet événement : il n’y a pas de sanctuaire réservé pour la pollution. Une autre leçon est celle de la solidarité naturelle de l’Europe qui nous est imposée face à de telles catastrophes.

Qui sont les vrais responsables de tels drames qui touchent un presque continent entier ?

Bien sur, il y a d’abord les propriétaires de ces bateaux mal - ou pas - entretenus et où les règles de sécurité les plus élémentaires sont ignorées. Il y a aussi ce souci de rentabilité qui inspire la construction de tankers super-géants dont on sait qu’ils sont plus fragiles que d’autres de par leurs dimensions, plus difficiles à manœuvrer face à un obstacle imprévu, et sont plus exposés que d’autres à se briser en deux.

Mais il y a aussi à constater que les moyens et effectifs dont dispose la France pour surveiller et éloigner ces bateaux de nos côtes, voire de nos ports, sont notoirement insuffisants. Et nombre de ces bateaux échappent à notre surveillance et passent impunément à travers le filet sécuritaire dont nous devrions être entourés.

Alors nous voici ramenés au choix entre l’indignation (qui ne coûte rien à personne), et l’action qui, elle, exige efforts et engagements.

On peut à ce propos se rapprocher de l’exemple des USA qui, après la catastrophe de l’”Exxon Waldes”, ont décidé d’interdire avec une extrême vigueur l’approche de toutes leurs côtes et l’accès de tous leurs ports aux navires non équipés d’une double coque. Le résultat obtenu est probant.

La conséquence de ces mesures US a d’ailleurs rejailli sur les trafics européens : les bateaux à risques, interdits aux USA, ont aussitôt entrepris prioritairement leur commerce dans les ports européens qui, eux, continuaient de les accueillir. Nos côtes sont devenues l’une des plus belles concentrations de bateaux à risques.

Et, puisque risque il y a, ces bateaux-poubelles se sont entourés d’une sorte d’intouchabilité juridique et financière par l’utilisation de pavillons de complaisance, de société-écrans qui s’apparentent quelque peu à la mafia. Ils utilisent en plus du “matériel humain” aux nationalités floues et aux compétences professionnelles quasi nulles, mal payé, quand d‘ailleurs l’équipage comprend la langue du capitaine de ces navires, donc ses ordres. Bateaux poubelles, mais aussi bateaux livrés à des incompétents ou des irresponsables.

On peut être en droit d’attendre de Mr RAFFARIN qu’il prenne d’urgence des mesures extrêmement sévères, en accord avec nos partenaires européens, pour mettre fin à ce genre de situations.

L’Europe a en effet un rôle majeur à jouer. Car que vaudraient des mesures limitées à la seule France, avec quelques rares pays voisins, si d’autres continuaient de faire preuve du laxisme actuel.

L’Europe, c’est d’abord une solidarité entre les nations. La sécurité doit passer par dessus les étroites susceptibilités locales.

mardi, 07 janvier 2003

À PROPOS DE SONDAGES & RÉALITÉS

BILLET du 7/1/2003

Il y a peu de mois, n’étaient ni tendres ni très nombreux les spécialistes de la presse politique - et les “politiques” eux-mêmes - à prêter quelqu’avenir que ce soit à l’UDF de François BAYROU, malgré des sondages en contradiction qui plaçaient ce dernier sur les sommets. Et chacun d’attendre l’effondrement final pour sonner l’hallali.

Chacun a pu l’observer : tous se sont tus depuis. Le ton a changé. Les regards aussi.

Que s’est-il passé ?

Il y a d’abord la réalité des faits. D’aucuns annonçaient le ralliement massif des adhérents de l’UDF au nouveau mouvement de substitution créé par le RPR et DL, la toute nouvelle UMP. Ils annonçaient de même le ralliement des adhérents de DL, du Parti Radical et de divers autres groupuscules. Et déjà d’annoncer que l’UMP comptabilisait 164.500 adhérents.

Est venue la grande désillusion des élections internes à l’UMP du 17 Novembre : sur les 164.500 adhérents revendiqués, malgré des moyens d’expression exemplaires et très en pointe - vote par Internet notamment - moins de 30% des électeurs inscrits se sont prononcés. Grosse surprise. Et alors que Mme ALLIOT-MARIE avait été élue Présidente du (seul) RPR avec plus de 57.000 suffrages, Mr JUPPÉ, candidat à la présidence de l’UMP, n’a recueilli au sein de la nouvelle coalition que 37.000 voix. Où donc sont passés les autres ? Et chacun de revoir sa copie.

Et de constater que ce grand rassemblement - dont on ne sait s’il relevait du rêve ou de l’utopie - est beaucoup moins rassembleur qu’on l’estimait. Les français - et ce n’est pas la moindre de leurs qualités - ont gardé un solide bon sens. Le “parti unique”, c’est pas pour eux. Le choix de l’alternance limitée entre seulement l’UMP et le Parti Socialiste, ils n’en veulent pas. Il n’y avait guère que Mr LE PEN pour s’en réjouir secrètement.

Et de constater par ailleurs que l’UDF, qui dénombre environ 58.000 adhérents, n’a perdu au profit de l’UMP que 2 à 3.000 adhérents (Le Monde du 19/11). Que le Parti Radical, dont 3 de ses derniers Présidents nationaux ont refusé de se dissoudre dans l’UMP, s’est considérablement morcelé et que grand nombre de ses adhérents ont choisi de rester dehors. À tel point que l’actuel Président du Parti Radical - François LOOS - Ministre du gouvernement de Mr RAFFARIN, s’est prudemment rangé sur une solution tout-à-fait iconoclaste qui consiste à ne plus se dissoudre dans l’UMP mais seulement y être “associé” tout en restant “indépendant”. Que DL aussi a vu grand nombre de ses adhérents rejoindre un courant libéral issu de l’ex-Parti Républicain qui a refusé aussi de se dissoudre dans l’UMP. (Il est vrai que certaines déclarations désobligeantes de Mr JUPPÉ à l’égard de Mr MADELIN n’ont pas arrangé les relations entre ces deux sensibilités).

Quant à l’UDF, sa position relève presque de l’insolence. Non seulement François BAYROU, de sondages en sondages et de mois en mois, se situe toujours sur les sommets et bien avant les leaders de l’UMP, voici maintenant que l’UDF compte 6 points de mieux que l’UMP, 10 de mieux que le PS et se situe désormais comme le mouvement politique en tête de tous en matière de popularité aux yeux des français.

Évidemment, des sondages ne sont que des sondages. Leur volatilité est bien connue et il faut toujours relativiser ce qu’ils expriment. Et surtout inciter à beaucoup de modestie. Évidemment aussi, les bourdes successives de Mr JUPPÉ n’ont pas favorisé l’image de l’UMP. Et cette dernière en pâtît. (La presse de ce jour annonce même que l’UMP est obligée de se séparer d’une partie du personnel de son siège, ce qui n’est jamais un signe de très bonne santé)

Le (très modeste) secrétaire départemental de l’UDF du GARD (que je suis) vient d’établir un autre constat. Chargé de gérer et comptabiliser les adhésions de la Fédération, il a été surpris de constater que pour toute l’année 2002, les nouveaux adhérents à l’UDF du GARD représentent 31,32% de la totalité de ses membres. Et sur le seul dernier trimestre 2002, les nouveaux entrés représentent même 59,65% des adhésions enregistrées. Un record absolu. Et parmi ces nouveaux, grand nombre viennent de DL, d’autres en direct du Parti Radical (dont le dernier Président Départemental, Jean-Luc CHAPON, est resté au sein de l’UDF avec bon nombre de ses adhérents), d’autres du PPDF, et nous avons même dénombré plusieurs militants notoires gaullistes.... de l’ex-RPR. Du jamais vu !

Que nul ne s’imagine qu’il faille pour autant se réjouir des difficultés rencontrées par nos partenaires. Nous avons tous besoin des uns et des autres. Nous avons besoin d’une UMP unie et forte comme, réciproquement, l’UMP a besoin d’une UDF en pleine vitalité.

Seule l’union de tous, autour de candidats choisis en commun, pourra nous assurer de nos futures victoires.

Mais est loin désormais le temps où certains croyaient pouvoir nous imposer leurs diktats. La majorité - qu’elle soit présidentielle, parlementaire ou municipale - repose sur deux piliers bien établis. Elle marche de nouveau équilibrée sur deux jambes. Et plus à cloche-pied.

jeudi, 02 janvier 2003

À PROPOS DES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES

BILLET du 2/01/2003

Voici moins d’un mois, c’était le 11 Décembre, ont eu lieu dans toute la France les élections professionnelles. Ces élections avaient pour objectif de désigner les personnes appelées à rendre un arbitrage dans tous les litiges professionnelles opposant des salariés à leurs employeurs.

L’institution “prud’hommale” obtient un énorme succès auprès des ressortissants, à en juger par le nombre d’affaires dont cette juridiction est constamment saisie.

Or, ce 11 Décembre, 2 électeurs sur 3 n’ont pas voté. C’est parfaitement scandaleux. Pire : c'est très grave.

Pour expliquer cette abstention - qui ne cesse de croître de scrutin en scrutin - on peut toujours invoquer certaines faiblesses d’organisation de ces élections. Mais ceci n’explique pas tout.

À qui la faute ? Au gouvernement ? Aux syndicats ? Soyons clair : c’est surtout de la faute des salariés eux-mêmes, alors qu’il s’agit bien pour eux de défendre une conquête fondamentale. C’est une perte de leur conscience sociale, liée aussi à une part d’individualisme.

Mais si l’on analyse plus loin ce désintérêt, force est aussi de constater celui des salariés français face aux organisations syndicales elles-mêmes. La France a désormais le taux le plus faible du monde de représentation syndicale : 9,1% contre, par exemple, 90% en Suède. Même les USA sont à 15%.

En France, la démocratie sociale ne fonctionne évidemment plus.

Mais on peut aussi expliquer ce désintérêt par une trop forte politisation des syndicats eux-mêmes. Nombre de salariés estiment en effet que les organisations syndicales sont davantage préoccupées de faire des “coups” à vocation idéologique qu’à défendre les salariés eux-mêmes. Et pour couronner le tout, nous assistons enfin aux querelles totalement archaïques, entre les organisations syndicales elles-mêmes.

Pour exemple, à NÎMES, ces querelles entre syndicats ont ruiné l’existence du Comité des Œuvres Sociales (COS) municipal, après 48 années d’existence.

Pour autre exemple encore, la querelle entre la CFDT et la CFTC sur la référence à l’étiquette chrétienne a divisé ce courant : or si ces deux centrales étaient restées unies, elles seraient aujourd’hui la première centrale syndicale, avant même la CGT. Et ce n’est pas le seul exemple que l’on pourrait citer.

Si les syndicats n’ont pas le courage de se réunifier, ils n’auront que ce qu’ils méritent, c’est-à-dire leur perte de représentativité. Donc leur perte de crédibilité.

Le législateur a désormais le champ libre pour dire le droit social. Face à lui, il n’a plus d’interlocuteur réellement représentatif. Le seul interlocuteur qui reste est celui de la rue. Et celui-là est totalement incontrôlé, donc incontrôlable.

Dans les grandes réformes sociales que le gouvernement va devoir engager, non sans courage car elles sont devenues nécessaires et urgentes, la partie n’est pas sans risques. Un passé récent nous l’a déjà démontré. L’absence de représentation syndicale n’a fait qu’augmenter ce risque. C’est la conséquence de la perte de démocratie sociale.