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mardi, 06 janvier 2015

REGARDS SUR 2014

BILLET du 6 JANVIER 2014          

 

        Alors que nous venons d'ouvrir la page de l'année 2015, je suis tenté de jeter un regard sur celle que nous venons de traverser. Et, à bien examiner les événements traversés, cette année 2014 a été une année charnière dans plusieurs domaines.

 

        J'aperçois d'abord deux ruptures :

 

       1°/ la première rupture, celle du Parti Socialiste : au-delà des différents courants qui s'agitent ou vocifèrent, une certaine gauche archaïque, dont les conceptions en matière économique consistaient à prôner une "politique de la demande", a bien explosé en vol. Cette gauche-là n'a plus du tout voix au chapitre. L'arrivée d'un Manuel Valls, et surtout cette d'un Emmanuel Macron (qui semble vouloir supplanter le premier), marquent un tournant de l'ancienne politique de la demande vers une "politique de l'offre". Un nouveau débat droite-gauche s'établit et ouvre de nouvelles perspectives. Quoiqu'en disent certains, il ne s'agit pas d'une reddition de la social-démocratie à la droite mais d'un progrès vers plus de lucidité qui consiste à reconnaître qu'avant de redistribuer et de partager, il faut d'abord produire. C'est un tournant historique du P.S..

        Le débat droite-gauche ne s'est pas évanoui pour autant : il change surtout de niveau pour passer de celui "politique" à celui plus "économique". Les "frondeurs" ont tort quand ils plaident pour une autre voie que la politique de l'offre : que ce soit sur la question de l'équité ou de la redistribution, s'ouvre désormais la possibilité d'un vrai débat droite-gauche.

        Malheureusement le retard accumulé depuis deux ans par François Hollande est dramatique : il est tard - il est même trop tard - et il n'y aura pas d'effets bénéfiques significatifs du changement de cap avant 2017.

 

        2°/ la deuxième rupture est tout autre et dans un tout autre domaine : c'est celle qui se dessine au sein du  Vatican. Le récent discours du pape François est à lui seul une rupture par son audace inouïe quand il dénonce, en guise de vœux, les quinze maladies qui menaceraient selon lui la Curie, dont la "pétrification mentale et spirituelle", le "schizophrénie existentielle" ou encore les "têtes d'enterrement" ou les "figures lugubres" des cardinaux. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer récemment ce discours dans un autre court billet mais, puisqu'on parle ici de "ruptures", celle-ci est vraiment historique. C'est la raison pour laquelle j'y reviens. Je lisais récemment, sous la plume du philosophe Luc Ferry, que le pape François est, sans nul doute, le chef d'état le plus remarquable de l'année 2014. Je partage tout-à-fait son opinion.

 

        Revenant donc sur ces deux ruptures tout-à-fait étrangères l'une à l'autre :

       • on ne peut que regretter d'abord le retard accumulé de François Hollande, le fait que le tournant opéré récemment par l'arrivée de Manuel Vals et d'Emmanuel Macron n'est ni suffisant ni assez audacieux pour apporter des résultats. Mais le changement de cap opéré par eux va dans le bon sens et il est de nature à modifier la nature du débat politique.

     • l'autre rupture est donc celle du pape François face aux positions de ses prédécesseurs, Benoït XVI et Jean-Paul II. Il envoie un message innovant non seulement aux 1,2 milliard de catholiques du monde entier, mais aussi aux non-croyants. Ses propos - entr'autres - sur les homosexuels, sur le fait qu'il s'estime "non habilité pour juger autrui", rompent de manière radicale avec la théologie morale jusqu'ici bien établie, théologie jusqu'ici partagée par les franges les plus conservatrices des catholiques. C'est un retour aux sources, aux origines du christianisme, un message d'amour qui rend plus optimiste face à la dépression généralisée. Son message s'adresse aux orthodoxies les plus rudes, celles des pharisiens et autres ayatollahs de la pensée dite "moderne".

      Le P.S., lui, ne revient pas aux sources originelles : il progresse, mais lentement - très lentement, vraisemblablement trop lentement - mais quand même dans une certaine lucidité qui semble l'avoir touché soudain pour enfin se rapprocher des partis sociaux-démocrates européens, et pour oser enfin paraître ce qu'il doit être, à savoir non pas une version édulcorée du marxisme mais une pensée de gauche enfin démocratique et significativement plus intelligente.

 

ET LA DROITE EN 2014 ?

 

        Il est évident que la droite est en très grande difficulté. Elle gagnera sans doute les élections de 2017, mais sans convaincre pour autant; : c'est simplement la gauche qui perdra. Un remake à l'envers de 2012 quand la gauche n'a pas gagné faute de cohérence, mais Nicolas Sarkozy a simplement lassé son électorat.

 

        Au sein de l'UMP, l'on observe donc désormais trois courants inconciliables :

       • une "droite libérale", humaniste, favorable à une politique de l'offre et de réduction des déficits, mais aussi européenne. Cette droite est incarnée par Alain Juppé et elle est susceptible de s'allier avec le Centre, même y compris avec la social-démocratie évoquée ci-dessus

      • une "droite souverainiste", eurosceptique, qui n'est pas hostile aux déficits publics et incarnée notamment par Henri Guaino

      • enfin une "droite naturaliste", genre "Manif pour tous", qui pense que le corps social doit être administré par ce que St Thomas appelait "la loi naturelle".

      Voilà trois droites divergentes à l'extrême entr'elles. Quand Alain Juppé déclare qu'il n'abrogera pas la Loi Taubira sur les couples homosexuels, il perd nécessairement les voix de la "Manuf pour tous". Et, entre la "droite libérale" et la "droite souverainiste", on voit bien que l'opposition est radicale sur les questions européennes et économiques. Quand Nicolas Sarkozy veut donc s'adresser aujourd'hui à ces trois droites-là, ce ne peut être qu'au prix de grandes incohérences idéologiques. C'est ce qui rend son actuel discours totalement inaudible.

 

        Il y a bien sur le F.N. et sa montée en puissance.

     Cette montée est surtout due au fait que les gouvernements successifs n'ont pas réussi à résoudre le problème du chômage, mais surtout le fait que dans le contexte de la mondialisation, le retour au "cocon national" est extrêmement tentant : la solidarité nationale ne se joue pas au niveau européen ou mondial, les budgets de la santé, de l'éducation, de la protection sociale sont exclusivement français. L'argument des souverainistes, c'est que dans le contexte de la mondialisation, l'Europe ne nous protège plus. Même si l'argument est fallacieux, il très parlant pour beaucoup.

     Et quant à l'Euro, monnaie dont la puissance devrait nous mettre à l'abri des grandes tempêtes internationales, on n'a jamais vu une monnaie exister longtemps sans une tête unifiée, sans harmonisation fiscale, sans une politique monétaire commune aux états. C'est aberrant.

 

     La vérité, c'est qu'il ne faut pas moins d'Europe mais PLUS d'Europe, mais d'une Europe UNIFIÉE.

 

       Hélas, il est très difficile de faire comprendre cela au grand public : les conclusions peuvent paraître mauvaises, même quand les arguments sont bons.

 

       Faut-il les taire pour autant ?

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