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samedi, 28 septembre 2013

L'UDI, le MoDEM : une union nécessaire ?

Hier, l’UDI réunissait ses troupes à Poitiers. Ce week-end, le MoDem se réunit à son tour en Bretagne.

Que ce soit ici ou là, le principal sujet de conversation a été (ou sera certainement pour le MoDem qui ne clôt ses débats que demain), ce sujet est le regroupement projeté du centre pour en faire une véritable force indépendante afin de créer une autre forme d’opposition face au nécessaire redressement de la France et briser ce bipolarisme qui paralyse notre pays.

UN ÉVÉNEMENT

bayroo_borloo.jpgEt, que ce soient la presse quotidienne, la radio, la télé ou les hebdomadaires, tous sentent à l'unisson que ce rapprochement risque de changer considérablement le panorama de la vie politique de notre pays. Il n’est plus aujourd'hui une interview où cela ne soit évoqué, (même hier, Mr Sarkozy a été interrogé à Nice à ce propos !), plus un hebdomadaire qui ne consacre des pages entières face à cet événement. Les partis politiques eux-mêmes, UMP comprise, revoient leurs stratégies en constatant que des lignes et des alliances risquent de bouger. Et, quant aux militants de ces deux familles qui se réclament du centre, il n’est plus de conversation où les uns laissent paraître une forme d’inquiétude sur l’avenir de leur parti et des valeurs qu’il portait et qu'ils défendaient parfois avec passion, les autres une forme d’enthousiasme face à une réalité brutale : si le centre ne se regroupe pas, soit il se vassalise complètement près l'un des deux "grands" dominants, soit il est promis à sa disparition. Dure et implacable constatation.

Outre la presse qu’on lit ou les interviews qu’on entend, je relève souvent les mêmes interrogations : "est-ce que c’est Borloo qui va engloutir Bayrou, ou sera-ce l’inverse ?", "est-ce que c’est l’UDF d'hier qui va se reformer ?", "est-ce un accord limité pour le temps de quelques élections proches pour reprendre ensuite chacun sa liberté ?", ou "n’est-ce qu’un mariage de raison entre un vrai leader sans vrai parti (Bayrou et "son" MoDem), et d’un vrai parti mais sans véritable leader (l’UDI et Borloo) ?".

Et de relever l’ambiance un peu contrastée hier chez l’UDI à Poitiers où Mr Borloo, face aux rivalités internes de son parti qui finissent visiblement par le lasser, laisse planer le doute sur sa propre place à la tête de l’UDI et, étrangement, ferait appel à “l’inflexible” Bayrou pour l’aider à remettre les choses en ordre après avoir fait le deuil de son “indéfectible alliance” avec une UMP en pleine déliquescence et qu’il a solennellement déclarée “morte”.

QUI VA MANGER L'AUTRE ?

Cependant, j’ai relevé, quant à moi, dans l’hebdomadaire “L’Express” (daté du 25 Septembre), un article de Benjamin Sportouch (l’actuel président de la presse ministérielle) dont le titre m’interpelle quelque peu :

“Comment Bayrou va manger Borloo ?”,

question posée avec une quasi certitude de la réponse.

Et d’avancer qu’il s’agirait en fait d’une sorte d’OPA que lancerait Bayrou sur l’UDI, malgré les forces apparentes de ce parti, mais en raison des ressources morales d’un Bayrou et dont l’UDI serait aujourd'hui dépourvue. Et de rappeler une toute récente déclaration d’Yves Jégo (UDI) à propos de Bayrou : (Bayrou) a quelque chose que personne n’a chez nous (l’UDI) : les millions de français qui ont voté pour lui”. Il est vrai qu’en 2007, plus de 6,3 millions de français ont voté pour la seule personnalité de Bayrou, et encore plus de 3,2 millions en 2012, même dans le climat délétère que l’on sait face à la vague anti-Sarkozy.

UN ARGUMENT DÉRANGEANT

L’argument n’est pas sot. Plus : il est imparable. Mais, pourtant, cet argument me dérange.

Il me dérange car, sans soupçonner qu’une main aurait pu guider la plume de Benjamin Sportouch pour titrer cet article, l’on voudrait faire capoter le grand projet initié aujourd'hui par le couple Bayrou/Borloo, on n’écrirait pas autre chose.

Si le rapprochement MoDem/UDI devait ressembler en effet à une sorte d’OPA d’un parti sur l’autre, quelque soit celui dominant (l’UDI ou le MoDem), ce rapprochement serait condamné d’avance et nous - nous et notre volonté de recréer un centre rassembleur qui est le fil conducteur de cette démarche - nous irions, tous, tout droit vers l’échec.

Quelle que soit l’énergie que déploie un Bayrou, soulagé de sortir d’un mortel isolement où il s’était placé volontairement, et galvanisé aujourd'hui par l’envie maintenant d’en découdre (je cite ici l’article de Mr Sportouch) face à un Hollande - un Hollande qu’il avait cependant solennellement mis en garde lors de sa (célèbre) déclaration d’entre les 2 tours des présidentielles qui avait tant étonné - mais un Hollande qui reste sourd et ne se soucie que du seul P.S. et de ses alliés de circonstance, il faut éviter pourtant que Bayrou prenne maintenant toute la place face à un Borloo quelque peu désenchanté, ou par une lassitude que l’on peut comprendre en raison des conflits internes à l’UDI, ou par tempérament (on évoque souvent avec raison chez Borloo son côté cyclothymique et velléitaire. Il y a toujours chez lui une certaine fragilité que j’ai bien connue déjà quand j’étais moi-même élu dans ma région d'origine quand lui y était le maire tout proche de Valenciennes).

UNE AUTRE AMBITION

Je crois que tous leurs entourages respectifs, celui de Borloo comme celui de Bayrou, en ont conscience, ce qui me rassure quelque peu. Bayrou semble, de son côté, désormais moins obsédé par l’horizon présidentiel, en se ralliant notamment à l’idée d’une "primaire" du centre où il pourrait être confronté avec un, ou d’autres, centriste(s), dont - pourquoi pas ? - J.L. Borloo lui-même s’il lui prenait enfin l’envie de se battre (il en a la capacité et tout le talent). Et Bayrou en sait le risque.

Voilà donc notre Béarnais, lui le centriste ”authentique” et inflexible, lui le “centre incarné”, et (maintenant) le “converti” de bonne foi, voici donc Bayrou de nouveau replacé au centre (tout court) du jeu politique. Et Benjamin Sportouch d’affirmer que même Hervé Morin, le Président du Nouveau Centre, préfère maintenant soutenir un Bayrou qu’un Lagarde aux longues dents. Et quand on sait aussi les relations glaciales qui existent entre Morin et Borloo, on sent chez ces deux-là une sorte de compétition pour savoir qui est - ou sera demain - le meilleur ami de Bayrou.

Mais, pour autant, peut-on ignorer les réalités ?

morin.jpgRefaire l’UDF d’autre fois, avec ses courants contradictoires et ses chapelles, qui avait pourtant fait émerger en son sein de très grands leaders et même hisser un Président de la République, refaire une UDF avec ses divisions qui l’ont conduite finalement à l’échec - celui-ci étant, il est vrai, soigneusement organisé par un Chirac dès 2002 qui voulait sa complète disparition puisque trop dérangeante - refaire donc aujourd’hui une Nième UDF en tentant d’instaurer une sorte de caporalisme, ce serait nous conduire vers un autre échec. Même si beaucoup, tant à l’UDI qu’au MoDem, veulent un vrai chef, cette notion de “chef” semble vouloir évoluer vers une autre conception de ce rôle, avec plus de dialogue, plus d’écoute, plus de respect de partenaires aux sensibilités souvent très différentes. Donc plus de démocratie.

Bayrou, il est vrai, a été, à ce propos, à la bonne école des échecs qui lui ont été imposés ces dernières années. Hervé Morin le constate lui-même et, en parlant de Bayrou et tournant enfin le dos à leur querelle des toutes dernières années, dit : “on s’est revus et on s’est reparlé comme si on s’était quitté la veille : il y avait de la curiosité et du plaisir”. Une sorte de gourmandise l’un de l’autre.

UNE SAGE ET PRUDENTE DÉMARCHE

Les proches de Bayrou et de Borloo, conscients de cette nécessité, s’affaireraient activement, si j'en crois la presse, à trouver une “formule souple” permettant aux 2 formations de cohabiter au sein d’une même structure : personne ne demande à Bayrou de fondre le MoDem dans l’UDI (le voudrait-il qu’il n’y parviendrait certainement pas !). Et aucune démarche n’est entreprise au sein de l’UDI de rejoindre Bayrou et le MoDem pour la même raison. C’est une sage démarche. Et, pour assurer la coexistence des courants UDI et MoDem, une forme de "secrétariat permanent" pourrait voir le jour - dit-on - pour éviter les divergences dans les prises de parole des uns ou des autres.

Et les militants dans tout cela ?

On me fait l'amitié de m’appeller souvent - même des adhérents de l’UDI que je connais de longue date pour avoir été pendant des années le secrétaire général de l’UDF du Gard et membre du Bureau politique national de l’UDF - on m’appelle donc pour recueillir mon avis sur ce bouleversement politique qui se dessine. Ceux-là sont, majoritairement, des inquiets de ces évolutions : je comprends leurs craintes et je respecte leurs motivations. Mais à ceux-là qui sont aujourd’hui au MoDem et très attachés à ses valeurs fondatrices - et dont je connais aussi la sensibilité de gauche - je peux attester la détermination de Bayrou de n’être pas plus demain le supplétif de l’UMP “buissonnière” (du courant Buisson/Copé/Peltier et de sa droite dure, j’entends) que d’un P.S. autiste et obsédé par ses seuls courants internes et qui n’entreprend rien des réformes nécessaires à la France.

Mais, comme le souligne encore Benjamin Sportouch, dans cette démarche vers un rassemblement du centre, Bayrou n’est pas homme à s’encombrer non plus des réserves des quelques gauchisants du MoDem qui rêveraient encore d’une possible alliance avec le seul P.S.. Ceux-ci devront donc revoir leurs stratégies (et j'observe que déjà ils s'y plient). Ce qui ne veut pas dire que le MoDem deviendrait pour autant “buissonnier” à son tour : le MoDem est et reste attaché à ses valeurs d’indépendance vis-à-vis des 2 blocs dominants.

Je n’ai pas été le seul surpris, lors de la réunion mensuelle de Septembre du MoDem du Gard (lors de ses traditionnels 3èmes mardis), de constater sur ce point l’accord de la majorité de nos adhérents qui sont à la fois très attachés aux valeurs fondatrices de notre Mouvement (l’esprit de Seignosse), mais parallèlement décidés de respecter les futurs arbitrages qui seront pris au niveau national par les instances communes UDI/MoDem en cours de création. Et ce bien au-delà des interrogations que ces accords pourront poser. C’est un nouvel élan, une nouvelle dynamique et une volonté qui se créent dans la durée. Cette détermination était particulièrement frappante.

MAINTENANT OU JAMAIS

Il m’a été rapporté que, autant chez nos (futurs ?) partenaires de l’UDI, comme aussi chez certains de nos adhérents du MoDem (je l’ai entendu), il s’en trouve certains qui préconiseraient que cet accord de regroupement ne prenne effet  qu’après les municipales, c’est-à-dire seulement à partir de la campagne des européennes de Juin 2014.

Je réfute totalement leurs arguments : ce serait une dramatique erreur.

Comment imaginer un seul instant que des candidats UDI, alliés avec je ne sais qui aux municipales par opportunisme local, soient opposés à des candidats MoDem alliés avec d’autres, pour les mêmes raisons, et ce jusqu’au soir du 30 Mars (2ème tour des municipales) et, dès le 31 Mars matin, partiraient ensuite bras dessus bras dessous ensemble pour faire campagne commune pour les européennes ? Ce serait se moquer totalement des électeurs et compromettre gravement les chances de succès d’un centre qui veut s’affirmer définitivement. Ce serait perdre toute sa crédibilité.

L’accord de rassemblement du centre n’est pas, et ne peut être, un accord électoral d’un moment mais un accord fondé nécessairement sur la raison, donc sur la durée. Donc à effet immédiat. Ou il n’y aura jamais d’accord possible. Et tant pis si cela perturbe quelque peu d’éventuelles négociations locales en cours ! Il est temps de bâtir des stratégies à visions plus lointaines que les petits intérêts locaux du moment à courte vue.

IL FAUDRAIT ÊTRE C....

“Nous avons un boulevard devant nous : il faudrait être c.... pour ne pas en profiter” a déclaré récemment J.L.Borloo. Il a raison.

Borloo et Bayrou ont besoin aujourd’hui l’un de l’autre, autant l'un que l'autre. La construction d’un centre réel a besoin de ces deux-là et des forces qu’ils peuvent ensemble fédérer.

C’est là un changement que n’avait pas du prévoir Mr Hollande dans ses plans.

Mais l’incapacité chronique de Mr Hollande d’entreprendre les réformes nécessaires au redressement de la France a fait de la reconstruction d’un centre indépendant des deux blocs dominants - qui nous ont conduits tous deux dans le mur où nous sommes aujourd’hui placés - est devenu une nécessité incontournable.

C’est un pari, c’est un défi qui nous sont lancés. Serons-nous demain à la hauteur de ces enjeux ?

Commentaires

C'est bien dit sur le fond comme sur la forme.
Avec une réserve : on verra la sincérité de Borloo lors de la Présidentielle 2007 même si c'est loin.

Écrit par : Martial DELANNOY | jeudi, 10 octobre 2013

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