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mardi, 06 décembre 2011

À PROPOS DE "JEUNES" ET "VIEUX"

BILLET du 6 DÉCEMBRE 2011

Comment être “vieux” dans notre société d’aujourd’hui ? Et comment aussi y être “jeune” ?

Dans une récente et passionnante enquête sur les moins de 30 ans, la “Fondation pour l’innovation politique” a révélé curieusement que la jeunesse française serait la “championne du monde” du pessimisme.

Pourtant, dans notre société, jeunes et vieux doivent bien y cohabiter ! Ont-ils d’autres choix ?

CHAMPIONNE DU MONDE DU PESSIMISME

mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéÀ une série de questions qui ont été posées par cette fondation aux jeunes français (panel des 16-29 ans), à la question qui leur demande précisément : “votre avenir est-il prometteur ?”, seulement 53% répondent “oui”. Et à celle : “la France a-t-elle un avenir prometteur ?”, seulement 17% ont répondu par l’affirmative !

Ces mêmes questions posées aux jeunes d’autres pays, on relève, par exemple, que 90% des jeunes indiens ont répondu “oui” à la première question, et 83% à la seconde. Même les jeunes afghans (!), ou les jeunes grecs, sont plus optimistes que les jeunes français.

On parle donc de pays en “difficulté” ? Il apparaît que la France, au travers de ses jeunes, est bien celui en plus grave difficulté.

La question est donc de savoir - car il faut savoir ! - ce qu’il y a de juste dans le ressenti de nos jeunes.

ÉVOLUTION RÉELLE ET RESSENTI

Si l’on considère la situation des français - et des jeunes - au cours des 150 dernières années, force est de constater qu’elle n’a jamais cessé, sur tous les plans, de s’améliorer (hors les périodes de guerre, évidemment), y compris sur le plan économique : les français sont 3 à 4 fois plus riches aujourd’hui que dans les années 50. En plus, les jeunes français d’aujourd’hui sont les premiers à ne pas être confrontés à une situation de guerre. C’est un formidable progrès.

Par contre, si nous regardons les indicateurs économiques des seules 10 dernières années, à la question : “est-ce qu’aujourd’hui les salaires progressent ?”, nous savons la réponse.

Dans les années 70, les salaires des jeunes progressaient en effet de ±5% par an : aujourd’hui, ils augmentent de... 0%. Par contre, l’écart entre les revenus des “jeunes” et ceux des “vieux”, lui, ne cesse de se creuser depuis 40 ans. Et, quant aux risques à affronter, jamais l’entrée dans le monde du travail n’a été plus difficile depuis 40 ans, chômage et mondialisation faisant leur œuvre.

Il y a ensuite la “prime aux diplômes” : plus que jamais, avoir un vrai diplôme est devenu important. Et çà ne s’arrête désormais plus au bac, comme autrefois !

Donc, objectivement, la situation des jeunes s’est bien améliorée au sens de l’histoire ; mais, maintenant, elle tend à régresser, même si leur situation n’est pas pour autant dramatique.

Cela crée donc une large part de ce “ressenti” qu’on évoquait plus haut.

UN PESSIMISME GÉNÉRALISÉ

Pourtant, au-delà de cette enquête, il faut observer que la tendance des français est, en général, d’être pessimistes, beaucoup plus que dans tous les pays sondés : c’est devenu chez eux une sorte de tradition bien ancrée.

J’entendais récemment une explication sur ce pessimisme latent. L’interlocuteur exposait que les français sont majoritairement issus d’une culture paysanne ; et de commenter plaisamment : “Essayez de faire dire à un paysan que quelque chose va bien ! Que la récolte est bonne, que leurs revenus augmentent !” (évidemment, ce n’est plus le cas aujourd’hui quant aux revenus !). Et cet interlocuteur de poursuivre que ce pessimisme est le fruit naturel d’une vieille nation paysanne.

Mais, à mon sens, il y a aussi une autre raison. Quand on constate que les indiens, ou les afghans, sont plus optimistes que les français, on peut concevoir que, pour eux, le lendemain ne peut être pire que le passé récent dont ils émergent tout juste.

Les français ont pourtant traversé de nombreuses années difficiles, voire même des épreuves tragiques, émaillées de menaces qui hantaient leurs esprits : la deuxième guerre mondiale, la décolonisation de par le monde (parfois de façon dramatique), la guerre d’Algérie, la guerre froide et sa menace nucléaire, etc....

Mais le progrès des situations est-il encore perceptible lorsqu’il devient plus mince ? Et c’est le cas aujourd’hui. Et on ne peut plus, maintenant, raisonner en terme de générations exclusivement sur le thème du progrès.

C’est d’ailleurs la première fois que les parents, aujourd’hui, pensent que leurs enfants vivront plus mal qu’eux, que les choses régressent plutôt que de progresser. Et l’angoisse des parents se transmet naturellement aux enfants.

GUERRE DE GÉNÉRATIONS ?

Pourtant, jamais les parents n’ont été aussi soucieux des jeunes qu’aujourd’hui ; mais cependant jamais le “jeunisme” n’a été aussi fort.

Paradoxalement, jamais non plus les “vieux” n’ont été autant déconsidérés. Et le sentiment s’accroît que les “vieux” sont "privilégiés", et qu’on n’arrive pas à les “déboulonner” !

Au fur et à mesure que l’avenir est moins souriant, on a donc tendance à sauter une génération. Et de dire : “pour nous (les vieux), c’est fini, le progrès qu’on a connu pendant les 30 glorieuses, c’est terminé. En revanche, peut-être qu'avec les enfants, çà reprendra. Donc il faut, en priorité, protéger les enfants”. (On peut citer ici la fixation qui en découle de la “réussite au bac”, examen qui, pourtant, n'ouvre plus grand chose aujourd'hui).

Assiste-t-on, pour conclure, à une guerre des générations ? D’une certaine manière, oui ! Pourquoi ?

Si les jeunes ont le sentiment d’avoir un avenir bouché, c’est aussi parce qu’ils imaginent que les “vieux” ne "dégagent" pas le terrain. Mais çà veut dire aussi que les “vieux”.... ne sont plus des vieillards comme autrefois on les imaginait : ils résistent !

Dans des temps pas si anciens, on distinguait facilement, à la vue, un “vieux” d’un “jeune”. Mais maintenant, il y a deux sortes de populations chez les personnes qui vieillissent : il y a ceux qui ont hâte de prendre leur retraite et on les repère au fardeau qu’ils semblent déjà porter sur leurs épaules..., et il y a ceux qui ont l’angoisse de prendre leur retraite. Et face à cette dernière catégorie qui tend de croître, les jeunes ont le sentiment que les vieux ne partent jamais.

C’est donc l’allongement de la vie active, et la bonne forme des gens âgés, qui expliquent en partie ce sentiment d’un avenir bouché.

(Me revient ici en mémoire, en passage, ce très beau poème “Booz endormi” de Victor Hugo : “le jeune est beau..., le vieillard est grand...”. (Re)lire ce poème : un vrai régal ! Évidemment, Victor Hugo, c’était au siècle dernier ! Et cette image-là, nous ne la retrouverons plus guère dans le monde d’aujourd’hui....)

Il y a donc une sorte de contradiction dans la mesure où les gens âgés ont et détiennent le pouvoir, mais que les valeurs de notre société sont bien celles portées par la jeunesse. Et l’allongement de la durée de la vie, la bonne forme d’une grande partie des gens âgés, et le fait qu’à 50 ans, font que.... : il est vrai qu'on est plus riche d’expérience à 50 ans qu’à 20..., on n’est pas couramment un grand poète, un grand philosophe, ou un grand écrivain à 20 ans ! Et.... c’est souvent quand on est âgé qu’on découvre avec plénitude toutes les possibilités de la vie ! Donc on veut en profiter au maximum !

Le “jeunisme” se heurte donc à ces limites.

PAS DE VRAIE POLITIQUE DE LA JEUNESSE

On ne peut que regretter que notre société n’a pas de vrai discours à la jeunesse. On n’a pas non plus une vraie politique de la jeunesse, pas davantage que de vraie politique familiale. C’est pourtant la priorité des priorités qu’elles fussent abordées. Cette omission est une immense erreur.

Et même si, tantôt, on évoquait par le mot “guerre” ce conflit de générations, disons plus généralement qu’on assiste plutôt à une sorte d’enfermement des générations, les unes par rapport aux autres.

Pour exemple, autrefois, dans les familles traditionnelles, 3 générations - grand-parents, parents et enfants - vivaient sous le même toit. Les conditions modernes rendent désormais cela impossible (qu’on ne voie pas dans cette remarque un quelconque regret de ma part !). Mais cet exemple du logement est en lui-même un symbole : il illustre bien cet enfermement dont je vous parlais.

Rétablir, donc, des relations d’homogénéité et de compréhension entre générations est l’une des grandes taches à laquelle devront s’atteler nos responsables politiques. Ce sera une œuvre de longue haleine, de très longue haleine. Mais on découvre chaque jour, avec le temps, combien les personnes âgées peuvent être précieuses pour les générations qui suivent. C'est donc une nouvvelle cohabitation entre "vieux" et "jeunes" qu'il nous faut dessiner, au profit réciproque de ces générations apparemment antagoniques.

C’est donc un autre  regard qu’il nous faut inventer sur notre société.

Commentaires

Merci beaucoup pour cet article. Continuez.

On a pas finit d'en baver !!

Écrit par : SANDRANM | mardi, 13 décembre 2011

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