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samedi, 28 mai 2011

À PROPOS DE PAUPÉRISATION ET INÉGALITÉS

BILLET du 27 MAI 2011

 

Plus de 6 millions de français - 6.250.000 pour être plus précis - ont actuellement un revenu inférieur à 850 euros par mois.

mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéVoilà le constat publié récemment par des économistes dont rien ne permet de mettre l’intégrité en doute.

850 € par mois, c’est moins de 80% du SMIC net. Si l’on ajoute à ces millions-là les millions d’autres français qui ne touchent que le SMIC par lui-même (quand encore ils sont salariés à plein temps, ce qui n’est pas le cas de tous), ce chiffre devient vertigineux.



UNE PAUPÉRISATION CROISSANTE

 

Quand, désormais, on parle de la situation des français, on peut désormais évoquer, sans nullement exagérer, le mot de “paupérisation”.

Ce n’est pas prendre une posture partisane que d’espérer que cette évolution, socialement si dangereuse, sera l’un des thèmes majeurs des prochaines élections de 2012.

On évoque déjà, ici ou là, dans des ouvrages récents qui recueillent un certain succès de librairie, l’indignation croissante des français qui n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois.

Mais, à part cette raison-là, il y a aussi l’indignation des français devant l’écart devenu insoutenable, comme resurgi d’un passé qu’on croyait révolu, entre les bas revenus - lesquels stagnent le plus souvent quand ils ne cessent d’être grignotés par des hausses lancinantes de prix - et les revenus de certains nantis qui ne cessent, eux, de s’envoler vers des sommets inouïs.

On observe aujourd’hui des situations où l’on voit des responsables s’assurer des revenus très au-delà d’un million d’euros par mois, quand d‘autres doivent vivre avec seulement quelques centaines d’euros. C’est insupportable. Même le Ministre du travail a relevé récemment que nombre de français “ne comprennent plus”.

Comment pourraient-ils comprendre d’ailleurs, surtout en cette période où l’on parle davantage de restrictions que de perspectives d’accroissement des ressources ?



LE RISQUE D'EXPLOSION SOCIALE

 

Ce sujet est devenu trop grave pour qu’on puisse le taire au cours des campagnes électorales qui vont s’ouvrir. Le risque d’explosion sociale est devenu trop réel.

On ne peut plus tolérer de telles inégalités. Des seuils ont été atteints, et même largement franchis ces dernières années, au-delà de l’acceptable.

Même si beaucoup de français admettent que certaines stars - celles par exemple de la chanson, du cinéma, ou des sports - touchent des sommes mirobolantes, ils considèrent que ces gens-là peuvent, du jour au lendemain, passer de la lumière des spots à l’ombre du déclin et de l’oubli. On tolère donc.

Mais les autres revenus, ceux entourés soigneusement d’une sorte de garantie sécuritaire - on parle pudiquement de “parachutes dorés” - cette garantie mettant leurs bénéficiaires à l’abri de tout risque quel qu’il soit, ceux-ci s’enferment dans une sorte de ploutocratie oligarchique : c’est un vrai scandale.

L’autre aspect de ce scandale, et non des moindres encore, c’est quand l’on voit tous ces gens-là non pas investir leurs revenus exorbitants pour développer l’appareil de production et en faire profiter la collectivité, mais le mettre aussitôt dans des circuits financiers internationaux, ou dans des patrimoines à l’abri de fiscalités qu’ils considèrent comme étant trop gloutonnes. Ceci n’est pas davantage acceptable.



L'INÉGALITÉ DE STATUT ENTRE LES FRANÇAIS....

 

Le scandale, ce n’est donc pas seulement la différence des revenus entre les français, mais c’est aussi la différence de statut qui s’instaure entre ces deux populations. Il y a d’un côté des gens dont l’avenir est assuré, quoiqu’il se passe, et les autres qui, jamais, ne seront assurés du lendemain de leur emploi ou de leur avenir.

Le problème n’est pas seulement quantitatif - celui du niveau des revenus - mais aussi qualitatif - celui du niveau de statut social - qui s’établit entre ces populations, avec des écarts entr’elles qui ne cessent de croître.



....LE FRUIT D'UNE STRATÉGIE DÉLIBÉRÉE

 

mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéCette précarité - qui a été la base du prolétariat du début du 20° siècle, celui dénoncé jadis par Marx - n’est pas, comme on essaye de nous le faire croire, la conséquence inévitable du progrès technologique, ou de la globalisation, ou encore de la mondialisation : cette précarité est bien le fruit d’une stratégie délibérée de la part des tenants du capital pour conforter leurs propres revenus. Le triplement - voire le quadruplement - du nombre de travailleurs précaires en France depuis ±20 ans n’est pas seulement fortuit : il a bien un but économique. Il est faux de prétendre que cette précarité est une conséquence de circonstances non maîtrisables.

Le débat qui s’impose donc aujourd’hui est donc d’arrêter ce mouvement où se rétablit la discrimination qualitative du statut entre les citoyens, discrimination resurgie comme issue de l’ancien régime.



RÉÉCRIRE LA DÉCLARATION

DES DROITS DE L'HOMME

 

Il nous faut réécrire la Déclaration des Droits de l’Homme. Celle-ci n’a pas proclamé la fin de la lutte des classes : elle a proclamé l’égalité - notamment juridique - entre tous les citoyens. Cette égalité, aujourd’hui, n’est plus appliquée. Notre société est redevenue une société d’états parallèles qui s’ignorent l’un l’autre, avec un “tiers-état” sans cesse croissant qui supporte de moins en moins cette hiérarchisation qui s’établit entre les citoyens.

Ce discours, à la tonalité quasi révolutionnaire, qui n’est cependant pas une construction d’idées mais un constat qui éclate aux yeux de tous, ne peut que favoriser certains leaders de la gauche, voire de l’extrême gauche. Ce discours contre les inégalités est davantage à craindre que celui assez surréaliste d’une Mme Le Pen située, lui, à l’extrême droite et dans ses illusions trompeuses.

Cette situation n’est pas sans danger pour la France.



RELANCE ET PRODUCTION

 

La France, il faut le dire, voire le dénoncer, malgré des apparences trompeuses, a pris un retard considérable en matière de modernisation de son système de production, donc de sa capacité de créer des richesses, au profit notamment des couches de population qui en ont le plus besoin. Si nous avons bien quelques secteurs extraordinairement inventifs et porteurs (automobile, aviation, transports, T.G.V., etc....), ces secteurs sont en train lentement de s’user, et nos chances de nous redresser avec elles aussi. Il nous faut donc, aujourd’hui, faire de la relance : par la consommation, oui, par l’augmentation des revenus, oui encore ; mais aussi en faisant extrêmement attention à ce que cette relance ne soit pas au détriment de la production par elle-même, sinon on irait, plus encore qu’actuellement, droit dans le mur. Il y a aujourd’hui nécessité de réindustrialiser la France qui a abandonné, pour des raisons purement "capitalistiques", des secteurs entiers de son savoir-faire.

Je ne crois pas que la gauche, surtout celle nourrie de théories extrêmes, soit, aujourd’hui, la mieux placée pour résoudre ce fragile équilibre entre relance et augmentation des revenus, d’une part, et consolidation des marges, d’autre part, pour favoriser la productivité des industries créatrices d’emplois et de richesses.

Quand plus haut je parlais du danger d’une certaine gauche, ce n’est pas son danger idéologique que je veux évoquer, celui de ne pas savoir, encore aujourd’hui, épouser les implacables contraintes de notre 21° siècle, mais son incapacité dont je la soupçonne de pouvoir créer et préserver ce fragile, mais nécessaire, équilibre.

Certes, dans le contexte d’une Europe qui favorise une certaine illusion, la France n’est pas le pays qui est le plus à plaindre, ne serait-ce que par son régime social. Mais, si l’on n’y prend garde, même notre régime social est en danger. Et le mot “droits acquits” risque un jour d’être totalement suranné et obsolète.

Donc, la paupérisation d’une part croissante de notre population, mais surtout l’accroissement des inégalités entre les citoyens, mettent nos institutions en danger. On ne peut y rester indifférents et fermer les yeux.

En 2012, ne nous trompons pas de combat. C’est bien de la survie même de notre société dont il sera question. Au-delà de tous ces clivages idéologiques ou partisans qui, dans ce contexte, sont bien dépassés.