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samedi, 09 avril 2011

À PROPOS DE DROITE OU DE GAUCHE

BILLET du 9 AVRIL 2011

 

Au-delà de ces élections cantonales qui l’ont démontré au travers d’une abstention “historique” où plus d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé pour désigner ses propres représentants dans les assemblées départementales (dont les missions d’intérêt général ne sont pourtant pas négligeables) ; au travers encore d’un score inégalé de la droite extrême..., une large majorité des votants a donc exprimé sa rupture avec le système, voire nos institutions elles-mêmes.

C’est un événement grave.

Face à cette situation, on aurait pu croire en une espèce de sursaut de nos dirigeants politiques - quels qu’ils soient - pour redresser la barre et rendre aux français des raisons d’espérer, de se ressaisir.

Force est de constater qu’il n’en est rien : que ce soit à droite comme à gauche, les divisions ne cessent de se créer entre les courants.... ou les ambitions personnelles.

À DROITE....

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéNous avons assisté, à droite, à un événement qui nous ramène au milieu du 19° siècle, début 1871 pour être plus précis : l’extrême-droite, c’est-à-dire la droite la plus “dure”, est désormais, en France, en mesure de l’emporter sur la droite modérée. C’est un fait sans précédent dans toute l’histoire de notre République.

Les conséquences immédiates sont ce scepticisme généralisé qui a frappé toute la droite modérée - incarnée actuellement  surtout par l’UMP - à l’approche de l’échéance de 2012. Et les sondages montrent maintenant une Martine Le Pen devancer avec constance le "leader naturel” de cette droite, Mr Nicolas Sarkozy. Ce qui n’est pas pour la rassurer.

De ce fait, la “légitimité”, dans son propre camp, de Mr Sarkozy est sérieusement entamée. Non seulement en raison de sa posture personnelle, qui est davantage celle d’un super-premier ministre que celle d’un président au-dessus des partis, mais est entamée aussi la confiance qu’il puisse encore être “le” leader en capacité de faire gagner cette droite-là.

Les divisions dans cette famille ont toujours existé, mais toujours de manière soigneusement feutrée. Aujourd’hui, elles éclatent au grand jour : la compétition des leaders potentiels est grande ouverte.

C’est bien la première fois, on le constate, qu’un Premier Ministre, et de manière aussi radicale, prend le contre-pied du Président de la République. Sans d’ailleurs, on peut l’observer, que celui-ci ne réagisse avec vigueur : il s’efforce surtout d’encaisser le coup. On minimise ensuite l’incident et on continue comme si de rien n’était.

Le débat voulu par Mr Sarkozy - celui sur l’Islam - et qui les opposait l’un à l’autre, n’en est déjà devenu plus un : alors que celui sur l’identité nationale avait duré plusieurs mois, on a “ratatiné” celui sur l’Islam à une brève rencontre de fin d’après-midi, après l’avoir d’ailleurs maquillé subrepticement en un débat sur la “laïcité”. Maquillage de dernière minute qui, d’ailleurs, n'a fait pas l’unanimité dans les rangs mêmes de l’UMP !

Y avait-il donc urgence d’entreprendre un tel débat quand on sait qu’on y discutera, entr’autres, de la formation des imams, de l’usage du français dans la pratique religieuse, de l’abattage des animaux, de la pratique de la laïcité à l’école, etc...

Est-ce bien là les réponses qu’attendent les français de leurs dirigeants, ces français plongés, eux, dans l’inquiétude et le doute et qu’ils ont exprimé si clairement par leur abstention, ou encore par leur vote pour un parti du refus dépourvu de toute solution crédible à proposer ?

Si donc un éventuel débat sur ce sujet “sensible” était (?) nécessaire, ce n’est pas non plus à un parti politique, fut-il “majoritaire”, à le conduire ainsi, à la va-vite, mais bien à une assemblée représentative de tout le peuple, dans ses diversités, et les intéressés eux-mêmes.

LE PIÈGE

Mais, outre ces désaccords de stratégie politique, force est de constater que l’UMP est tombée dans un piège. Et quel piège fatal !

Pour revenir à quelques années en arrière (nos aînés en ont encore la mémoire), on se souvient de celles où le PC - influencé encore par le stalinisme brejnevien  -  servait de “surmoi” à la gauche toute entière et empêchait en son sein ses forces démocratiques de se dire ou social-démocrates, ou même réformistes. Et au moment où, pour des raisons tactiques, Mr Mitterrand a imposé au PS une alliance avec son “rival” historique - le PC - cela a abouti au PS au malaise que l’on sait et ses éclatements.

C’est ce même phénomène qui se déroule aujourd’hui, mais à droite : le Front National, par un discours “new look” beaucoup plus habile que précédemment, empêche désormais la droite modérée d’être le “leader d’opinion” qu’elle avait vocation d'être. Si on est loin encore d’une union au forceps, comme celle imposée par Mitterrand, la voie se dessine et alarme déjà.

L'ORIGINAL ET LA COPIE

 Pourtant Mr Sarkozy a été pendant dix ans ce “leader d’opinion”, et non sans brio. Mais, aujourd’hui, les choses ont changé : l’UMP est prise dans le piège fatal de “l’original et de la copie”. Et on “joue” désormais du discours “sécuritaire”, on ouvre des débats sur “l’islam” qu'on exacerbe, sur la “laïcité”, des discours sur "l’immigration" : bref, on marche totalement sur les brisées du Front National.

Mais, comme toujours dans ce cas, l’opinion préfère l’original à la copie. Et, de plus, cela fait dix ans que la droite est au pouvoir et que son échec, en matière d’immigration et de sécurité, est total : donc çà ne peut pas marcher !

Alors, si cette droite avait été un peu mieux conseillée par ces “éminences grises” qui traînent un peu partout dans les couloirs de l’Élysée, au lieu de tomber dans le piège où elle s’est aujourd'hui enfermée elle avait joué sur d’autres terrains, comme, par exemple, celui du pouvoir d’achat, celui de l’emploi, du social, de la croissance, de la lutte contre l’hégémonie financière et la mondialisation, ou encore débattu  du “discours de Davos” - on se souvient de cet étonnant discours de Mr Sarkozy qui était presque un discours d’extrême gauche - (voir mon précédent billet "À propos du discours de Davos" de Février 2010), etc.... alors, dans ce cas, ce sont aujourd’hui les Strauss-Kahn, Aubry ou autres Hollande qui seraient peut-être dans l’embarras pour éviter le piège du “copié-collé” sur des thèmes réformateurs et sociaux qui sont leur terrain de prédilection.

Aujourd’hui, l’erreur stratégique de l’UMP n’est plus rattrapable : il est trop tard pour renverser la vapeur. Et quand on pense que ces mêmes “stratèges” ont voulu ces débats “droitiers” pour gagner des voix sur le FN !

Devant cette situation qui les alarment, il est aujourd’hui amusant de voir les ténors de l’UMP défiler devant micros ou caméras pour proclamer en chœur que leur “seul candidat” possible en 2012 est.... Mr Sarkozy. Ceci ne trompe personne : c’est que cette évidence-là n’en est déjà plus une, sinon, on n’en parlerait même pas. Pour exemple cet appel pathétique, tout récemment, de Mr Raffarin qui en appelle même à la “loyauté” du Premier Ministre - Mr Fillon - au Président de la République : c’est un aveu que même le Premier Ministre de Mr Sarkozy est tenté, comme bien d’autres, à jouer désormais sa propre partition face à un Président en situation d’échec. Et les sondages, de surcroît, lui donnent des raisons d’y croire.

Bref, à droite, rien ne va plus.

À GAUCHE....

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéÀ gauche, ce n’est guère mieux ! Et ceci ne pourra aller mieux tant qu’elle ne sera pas sortie du piège de ses “primaires” et n’aura pas trouvé, enfin, “son” candidat. “Son”..., parmi tant de prétendants, mais de prétendants si différents les uns des autres.

Mais, à supposer que, dans quelques mois, la gauche parvienne enfin à trouver ce candidat, il est fort à craindre que les difficultés ne commencent seulement pour elle.

Si en effet, à droite, il y a des querelles entre des tendances - celles, par exemple, sur un éventuel rapprochement idéologique avec les thèses du FN, ou encore celles avec un centre qui semble vouloir désormais manifester son indépendance - on ne peut cependant pas parler de divisions profondes sur les valeurs. L’opposition au grand jour, par exemple, entre un Copé et un Fillon ne porte que sur la tactique, pas sur les valeurs, valeurs qu’ils partagent tous deux à l’identique : ne sont-ils, tous deux, des “chiraquiens” bon teint ? Et sur tous les autres grands sujets essentiels, ils sont d’accord entr’eux, notamment à propos de l’Europe de Lisbonne, le rôle et la défense de l’euro, etc...

Mais à gauche, c’est très différent.

Première question-clef : quel sera “le” candidat choisi ? Si l’on s’en tient aux sondages, il semble que Mr Strauss-Kahn recueillerait la faveur générale d’une majorité de la gauche “modérée” et républicaine.

À supposer donc que ce soit Mr Strauss-Kahn qui soit choisi dans le cadre de primaires aux contours un peu flous, que va-t-il se passer ?

Que deviendront, d'abord, les propositions du PS dont on sait déjà qu’elles sont assez éloignées des positions philosophiques de Mr Strauss-Kahn ? Qu’y a-t-il ensuite de commun entre un Strauss-Kahn et un Benoît Hamon, ou une Martine Aubry, ou d’autres leaders de l’aile gauche du PS ? Sur l’Europe, l’euro, peut-être, pourront-ils établir un certain consensus ; mais sur le reste, sur la politique sociale et économique, quelles sont les ententes possibles ? C’est assez compliqué à imaginer.

Cependant, si la gauche veut gagner l’Élysée, il est impératif pour elle de se présenter rassemblée : or qu’y aura-t-il aussi de commun entre les positions de Mr Strauss-Kahn, rompu aux méandres de la  mondialisation, et celles d’un Mélenchon, ou encore celles d’un Besancenot. Même sur l’Europe, ils sont en opposition totale. Quoi de commun encore entre Mr Strauss-Kahn et les Verts ? Sur la politique énergétique, çà va être l’affrontement assuré. Quels discours vont-ils tenir qui ne soit cacophoniques ?

LE PARADOXE

 Finalement Mr Strauss-Kahn, sur de nombreux points, est plus proche d’un Sarkozy qu’il ne l’est de tous ceux que je viens de citer ci-dessus.

Quel paradoxe !

Et même si les divisions à gauche sont aujourd’hui moins visibles que celles mises au grand jour à droite, ces divisions ne sont pas des divisions de tactique mais bien des divisions philosophiques et idéologiques. C’est beaucoup plus grave pour former une majorité.

Si donc Mr Strauss-Kahn est désigné pour conduire la gauche vers le pouvoir, il aura les mêmes difficultés que Mr Jospin, ou que Mr Prodi en Italie : faire tenir ensemble la droite de la gauche, ou la gauche de la gauche, çà relèvera de l’impossible. Et pour les faire tenir ensemble, ce sera le bond vers l’inconnu et l’aventure.

Or, il s’agit bien de la France, et de l’avenir des français. C’est grave.

Pour conclure, cet exposé sur la situation, celle de la droite face à celle de la gauche, cet exposé n’a pas pour objet d’être partisan et de plaider pour l’un ou l’autre camp. Ils ont chacun leur part de forces, d’erreurs et d’ombres.

Je me garde bien de ne pas sombrer dans la grandiloquence. Mais c’est pourtant bien l’intérêt de la France, et celui des français qui est en jeu, et c’est là l’essentiel. Le camp vainqueur en 2012 doit réussir pour la France et les français. Tout le reste n’est que de la politique, avec un “p” minuscule.

Les français sont aujourd’hui plongés dans le doute, la désespérance et l’incertitude : ils ne cessent de l’exprimer, comme aux dernières cantonales.

La France a cependant des atouts exceptionnels. Il convient que cette chance-là puisse épouser notre époque et ne s’enferme plus dans des concepts d’un autre âge. Pour plus de justice, plus d’égalité, plus de solidarité, plus d’humanité dans les rapports entre les citoyens entr'eux et avec leurs dirigeants.

Leur choix de 2012 sera donc décisif, ce sera un vrai pari pour l’avenir.

Espérons que les français trouveront “la” bonne voie pour relever les innombrables défis que nous lance un monde devenu impitoyable.

Les erreurs et les aventures hasardeuses, aujourd’hui, çà ne pardonne plus.

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