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mardi, 07 décembre 2010

À PROPOS DE FILLON "N° 3" ET LE CENTRE

BILLET du 7 DÉCEMBRE 2010

”Tout çà pour çà !”.

C’est la réflexion quasi unanime des observateurs, comme de la classe politique en général, quand ils ont appris que le changement de gouvernement, annoncé depuis des mois, consistait à renommer.... le même Premier Ministre.


AMATEURISME & INDÉCISION

Que d’encre a coulé depuis cette annonce si lointaine qui a fait sourire toutes les chancelleries à travers le monde, fait se lever toutes les supputations, découragé bien des énergies chez nos ministres en place, bien plus préoccupés désormais à préparer leur "parachute" pour après leur possible éviction que de s’occuper pleinement de leur charge. Et de suspecter ce Président, inconscient des effets ravageurs de cette annonce intempestive, d’un certain amateurisme. Çà ne prête même pas à sourire.

francois-fillon-premier-ministre.jpgEn fait, Mr Sarkozy n’a pas fait le remaniement qu’il comptait faire. Il a pourtant la réputation d’un homme aux décisions réactives et rapides : or, depuis 6 mois, il a fait preuve d’une indécision qui a fini par se retourner contre lui. En jouant à observer les réactions des uns ou des autres, Mr Sarkozy s’est lui-même “pris les pieds dans le tapis”. L’on a le sentiment que le remaniement envisagé a été lui-même largement remanié.

Le gouvernement Fillon 3 se distingue surtout du précédent par le départ de personnalités assez populaires - Borloo, Rama Yade, Kouchner - et la rentrée d’un ancien premier ministre - Juppé - pour remplacer le terne Morin à la Défense Nationale.

D’un gouvernement qui se voulait précédemment “élargi”, on a abouti à un gouvernement resserré autour des plus fidèles du chiraquisme et de la droite pure très sarkozienne.

Certains observeront, à propos des rumeurs qui ont porté un moment Mr Borloo à Matignon, qu’on a privilégié la rigueur et le sérieux plutôt que la “com” ébouriffée de l’ancien maire de Valenciennes. C’est le côté rassurant de ce changement. Mais çà n’a rien de très glamour.

On a entendu aussi, in extremis, que le précédent débat sur “l’identité nationale” avait été une “erreur” (nous en étions convaincus !), et que le “sacro-saint” bouclier fiscal - symbole ô combien présidentiel - était perçu comme une injustice qu’il fallait effacer au plus vite. Et on a entendu aussi - enfin ! - que le désendettement de la France était une urgente priorité. Voilà pour le côte positif.

2010 : GLAS DU SARKOZYSME

Mais, pour autant, on n’a nullement le sentiment que les choses vont changer en profondeur ni qu’elles le puissent. Fillon 3 risque de n’être qu’un prolongement de Fillon 2.

J’ai aujourd’hui le net sentiment que 2010 a sonné le glas du sarkozysme.

N’oublions pas qu’en 2007, Mr Sarkozy était arrivé en annonçant de nombreuses réformes. Il s’y est entrepris aussitôt. Mais force est de constater que la plupart sont parties en fumée : on en a beaucoup parlé et discuté, on a soulevé bien des passions et, depuis, plus rien ! Aux espérances qu’elles avaient fait naître n’ont succédé que d’amères désillusions.

Seule réussite notable en matière de réformes : celle des retraites. Même si la méthode a été détestable, on a vu une réelle rupture avec un chiraquisme reculant habituellement dès le moindre mouvement de foules.

On nous promet aujourd’hui la réforme de la Justice, une de la fiscalité et une autre, celle-ci importante à mes yeux, celle de la dépendance. Qu’en sera-t-il demain ?

Quand, aujourd’hui, Mr Sarkozy ne se présente plus essentiellement comme l’homme des réformes en nombre - même si nécessaires -  mais celui de l’assainissement, il eut été préférable, selon moi, que Mr Sarkozy, pendant la première période de son mandat où l’économie le permettait encore, qu’il fasse des réformes dans le sens de la rigueur - au lieu de “jeter l’argent par les fenêtres” comme il l’a fait - et qu’aujourd’hui, dans cette période difficile où nous sommes, le fruit de ces efforts lui aurait permis alors de “relâcher” un peu la tension. Or Mr Sarkozy a fait exactement l’inverse. Où est sa crédibilité ?

Ce remaniement n’est donc plus celui qu’espérait Mr Sarkozy, mais celui qui lui a été imposé de l’extérieur : d’où ce jugement que le sarkozysme a eu un coup d’arrêt en 2010, à 18 mois de la fin du mandat actuel.

S’en relèvera-t-il ? Il est aujourd’hui trop tôt pour tout pronostic, surtout quand on connaît la capacité de rebond de l’homme. Mais la pente à remonter pour lui est particulièrement raide.

QU'EST DEVENU LE CENTRE ?

Autre leçon de ce remaniement : qu’est devenu le centre dans le paysage politique français, centre que Mr Sarkozy a spectaculairement éloigné du nouveau gouvernement ?

Il est vrai que, lorsqu’on parle “du” centre, on a tendance à le chercher. Déjà, selon Pascal, le centre çà ne pouvait pas exister (on a appris cela à l’école !). Et pourtant on présente aujourd’hui “le” centre comme le nouvel eldorado de la politique française : pas de majorité possible sans l’apport des voix “du” centre.

Or, où peut-être “le” centre, quand il y en a quatre ? Avec quatre candidats potentiels pour s’exprimer en son nom : il y a le “centre historique”, le plus ancien et authentique, celui de Mr Bayrou ; il y a un centre “radical et social” celui de Mr Borloo ; il y a le centre “résiduel” (penchant, lui, toujours à droite) de Mr Morin ; et il y a enfin le centre “gaulliste” de Mr De Villepin.

Comment s’y retrouver ? Comment cette cacophonie ne pourrait-elle ne pas favoriser “in fine” la déplorable bipolarisation actuelle du pouvoir ?

LA VASTE BLAGUE

Bayrou pensif.jpgOr, quand on y regarde de plus près, quand on observe cette éclosion, force est de reconnaître - hors toutes considérations partisanes - que François Bayrou incarne le seul centre qui soit crédible et audible : il est le seul à avoir eu le courage de dire “non” à toutes les propositions qui tentaient de museler sa parole.

borloo.jpgMr Borloo qui, lui, se prétend au centre, il fait bien partie de l’UMP à laquelle lui, et le parti qu’il préside, est associé : il a soutenu à fond Mr Chirac quand celui-ci était Président, il a soutenu ensuite Mr Sarkozy. C’est une vaste blague - du style Borloo - que de tenter de faire croire aujourd’hui qu’il serait “au" centre. Où est d’ailleurs son intérêt de se présenter face au candidat que soutiendra l’UMP ?

Quant à Mr Morin, la question est de savoir s’il existe : Président d’un parti sous perfusion permanente de l’UMP, toute velléité d’indépendance pour incarner le centre lui est interdite. On ne s’est guère privé de lui faire comprendre en le licenciant sèchement du gouvernement lorsqu’il s’est promis de s’opposer à Mr Sarkozy en 2012 et en écartant tous ses amis. Les sondages lui accordent d’ailleurs “epsilon” d’intentions de votes (beaucoup plus de chiffres derrière la virgule que devant !).

Quant à Mr De Villepin, Il ne vient à l’idée de personne qu’il pourrait incarner le centre quand il a si bien servi la soupe à Mr Chirac. C’est une blague de plus.

Ces oppositions internes ont un certain relent de IV° République : elles dénaturent le jeu de la future élection présidentielle.

C’est là un autre débat.

Commentaires

Bonne année 2011, en souhaitant qu'elle nous éloigne du spectre d'un nouveau quinquennat de N. Sarkozy.

Écrit par : Michel ESCATAFAL | vendredi, 07 janvier 2011

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