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vendredi, 19 novembre 2010

À PROPOS DES PEURS

BILLET du 19 NOVEMBRE 2010

 

Depuis près d’un demi-siècle, l’on assiste en Occident à la renaissance des peurs, celles-ci ayant complètement changé de statut, voire même de sens.

 

La peur est pourtant un sentiment partagé par tout être, quel qu’il soit, et ce depuis l’apparition de la vie sur notre planète. Elle est une émotion qui peut être vive, stimulant aussitôt des réflexes puissants pouvant faire appel jusqu’à un courage dépassant toute raison. Mais, paradoxalement, la peur peut être aussi un phénomène qui paralyse tout individu confronté soudain à une situation inexpliquée ou imprévue, fut-elle même le fruit d’un imaginaire vagabondant. On pourrait longtemps disserter sur l’origine des peurs. Mais tel n’est pas le sujet de ce billet. Je veux simplement évoquer ici ce retour inattendu de la peur dans notre société.


NOUS AVONS MAINTENANT PEUR DE TOUT

 

peur.jpgNous avons maintenant peur d’un peu de tout : non seulement, pour les citer en vrac, la peur du sexe, celle de l’alcool, du tabac, de la vitesse, des côtes de bœuf, des poulets, des délocalisations, de la montée de l’Islam et des intolérances, de la mondialisation, du réchauffement de la planète, des OGM, et de mille autres choses encore, peur aussi de la loi sur la sécurité intérieure, peur de la loi Besson sur l’immigration, peur de notre avenir et celui de nos retraites, peur du terrorisme. La liste pourrait être longue. Même notre système bancaire ne participe-t-il pas lui-même à ces peurs en hésitant trop souvent d’accorder sa confiance à ceux qui veulent entreprendre ou investir pour l’avenir ? Pour quel avenir s’interrogent-ils ?

 

Quand nos aînés actuels étaient encore sur les bancs de leur école, on leur disait : “un grand garçon, ou une grande fille, çà n’a pas peur”. Grandir, c’était devenir - enfin ! - capable de quitter le cocon protecteur parental. Être “grand”, c’était  n’avoir plus peur des ombres ou de l’obscurité complice. C’était aussi devenir capable de voler au secours d’une personne en danger, de prendre désormais, seul, ses responsabilités, leur faire face et décider.

 

DU RÉFLEXE INFANTILE....

....À LA PASSION "POSITIVE ET UTILE"

 

Mais, alors, “en ce temps-là”, la peur était considérée comme une attitude honteuse, car regardée comme un réflexe toujours infantile.

 

Depuis, peut-être en raison du développement d’un certain  pacifisme écologique tel qu’il s’est développé il y a quelques années, notamment en Allemagne, la peur a complètement changé de statut : elle est devenue une passion “positive et utile” aux yeux des écologistes, sous le prétexte que la peur serait précisément cette passion qui nous ferait prendre conscience des menaces qui pèsent sur notre monde.

 

Jamais, depuis, l’avenir n’est, ni n’a jamais été, aussi bouché pour nos concitoyens. De quoi avoir vraiment “peur de la peur” !

 

ereutophobie.jpgPourtant, dans les temps anciens où les moyens de communication étaient si peu surs, les rues plongées le soir dans une totale obscurité, les lieux de réunion ou de rencontre très hasardeux, la peur était une constante et elle était déjà présente un peu partout. Nos “ancêtres les gaulois” avaient peur, quant à eux, face aux observations célestes qui leur paraissaient mystérieuses, que le ciel, un jour, ne leur tombe sur la tête.

 

Mais, depuis, la peur a changé de nature : alors qu’elle est une chose naturelle devant l’inconnu ou l’imprévisible, elle entraîne tout aussi naturellement - comme je le disais plus haut - deux attitudes possibles : ou bien la peur éveille un sentiment d’affrontement et stimule le courage, ou elle vous paralyse totalement.

 

LA PEUR EST DEVENUE PARALYSANTE

 

J’en viens au cœur du débat que je veux ouvrir ici : aujourd’hui, dans notre monde du 21° siècle, j’observe que la peur suscite davantage d’attitudes paralysantes que d’attitudes incitant au courage.

 

Nos responsables politiques entretiennent, inconsciemment peut-être, ce type de réflexes : leurs discours sont davantage aujourd’hui des discours protecteurs contre tous les dangers extérieurs. Jamais, ou trop rarement, leur discours sont des exhortations mobilisatrices, pour faire face à une éventuelle adversité.

 

Nous voilà fort loin de nos civilisations passées, celles des conquérants qui ont fait notre grandeur, civilisations où on cultivait davantage le risque que la protection des citoyens. 

 

LA DÉMOCRATIE EST-ELLE COMPATIBLE AVEC LE RISQUE ?

 

Ce n’était pas là, je vous le concède, des sociétés toujours très démocratiques. Cela pose aussi, indirectement, la question de savoir si la démocratie est, oui on non, compatible avec le risque.

 

L’on sait mon opinion sur cette disposition qu’on a introduite dans notre texte constitutionnel avec le “risque de précaution”. Quelle stupidité ! Quel frein à toute recherche, à tout progrès, à la science elle-même : une science qui renonce au risque est une science dénaturée et vouée à la stérilité.

 

Je reprends volontiers cet exemple de Louis Pasteur : lorsqu’il a voulu expérimenter son vaccin de la rage en l’injectant chez un enfant qui était atteint de cette maladie, s’il avait du respecter notre “principe de précaution”, l’enfant serait mort et le principe de toute vaccination enterré avec lui.

 

risque.jpgAujourd’hui encore, des événements climatiques, oubliés depuis des siècles dans la longue histoire de notre planète mais qui resurgissent de nouveau, font naître chez nos scientifiques des controverses passionnées. Mais elles font naître une nouvelle peur, celle d’un “réchauffement climatique” qui serait promis à sonner le glas de notre humanité toute entière. Je ne rentrerai pas ici dans ce débat qui déchire tant d’observateurs.

 

Pourtant aussi, au cours des récentes décennies, les peurs ont changé de nature : à la fin des années 40, au lendemain du conflit mondial qui a coûté des millions de morts, on avait peur de la bombe atomique, enjeu de la confrontation naissante entre l’URSS et les USA où les risques planaient au-dessus de chacune de nos têtes. Nul n’était épargné. Depuis, ces grandes peurs collectives sont disparues car le monde a changé. Heureusement ! Mais ces peurs avaient entraîné un réflexe où d’aucuns se demandaient pourquoi “faire des enfants” si c’était pour en faire de la “chair à canons”. C’était la peur des lendemains menaçants. Depuis le monde s’est pacifié et c’est bien ainsi. Mais les peurs ont changé.... et ont émigré ailleurs.

 

LA PEUR EST DÉCULPABILISÉE

 

Donc la peur, les peurs, autrefois considérées comme des maladies négatives, sont aujourd’hui totalement déculpabilisées.

 

Tout comme on a aussi banalisé aujourd’hui la colère - celle-ci pouvant être le corollaire de la peur - comme si la colère était une passion admirable, alors qu’elle n’est qu’une passion détestable et condamnable. Et l’on voit défiler des groupes les plus divers sur nos pavés, proclamant sur des pancartes qu’ils seraient.... “en colère” !

 

Quand je vous disais que les mots et ce qu’ils représentent (ou représentaient il y a peu encore) ont complètement changé de statut. Il faudra en réinventer d’autres si l’on veut donner un sens à notre monde.

 

“Il faut savoir risquer la peur comme on risque la mort. Le vrai courage est dans ce risque” (Georges Bernanos - “Le dialogue des carmélites”).

 

Écrit en 1951, déjà Bernanos semblait observer, il y a 60 ans, cette fuite en avant face à la peur du risque. Aujourd’hui, que dirait-il ?

 

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