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dimanche, 26 septembre 2010

À PROPOS DE LA PRESSE ET LA POLITIQUE

BILLET du 26 SEPTEMBRE 2010

LeMonde.jpgUn fait fort s’est produit récemment dans la presse française qui n’a laissé personne indifférent : le journal “Le Monde”, quotidien emblématique s’il en est, après des difficultés financières considérables qui ont failli l’emporter, a reçu une injection salvatrice - opposée à un autre tentative de sauvetage pilotée depuis l’Élysée - de 110 millions d’euros reçus de Mrs Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse. Et même si les droits des journalistes semblent vouloir avoir été en partie préservés, “Le Monde” a clairement affiché sa nouvelle couleur : il est “à gauche”. Au grand dam de certains de ses lecteurs qui voulaient qu’il soit davantage un quotidien vraiment libéral, ouvert à tous les courants de pensée.

La question est aujourd’hui posée : est-ce que la presse peut rester indépendante ? Ou, au contraire, est-elle condamnée à être assujettie aux puissances d’argent ?

Hélas, la réponse est “oui” aux deux questions posées.


2 ENNEMIS : L’ARGENT ET LE POUVOIR

argent.jpgLa presse a deux ennemis : l’argent et le pouvoir. L’argent en tant qu’il menace toujours son indépendance. Et le pouvoir, pour la même raison.

En ce qui concerne ce qui vient de se passer au “Monde”, il est vrai que Mr Pierre Bergé a agi avec une grande intelligence et beaucoup d’élégance. Il est vrai que la manœuvre de Mr Sarkozy a été particulière grossière, notamment en tentant de désigner d’avance le futur directeur de son choix. La ficelle de prendre ainsi le contrôle de ce quotidien était vraiment un peu grosse et ne pouvait que faciliter le contre-projet de Mr Bergé et de ses associés qui s’opposaient à cette mainmise de l’Élysée sur ce quotidien.

On pourrait rapprocher ce qui vient de se passer au “Monde” avec l’éviction télécommandée à "Radio-France", depuis l’Élysée, de Stéphane Guillon, Didier Porte et plusieurs autres chroniqueurs qui avaient le malheur de déplaire au pouvoir actuellement en place. Le pauvre nouveau patron de "Radio-France" - Mr Jean-Luc Hees - nommé aussi directement par l’Élysée, sera désormais suspecté, dans chacune de ses décisions, quelles qu’elles soient, bonnes ou mauvaises, d’être aux ordres indirects de l’Élysée.

Que donc un quotidien, de surcroît emblématique, ou de surplus un média puissant passent demain sous le contrôle d’amis de Mr Sarkozy, aucune de ses initiatives ne deviendra acceptable ni crédible aux yeux de l'opinion.

PLUS DE TRANSPARENCE ?

Évidemment, on pourrait, aujourd’hui, plaider en faveur d’une plus grande transparence qui est parue en ce qui concerne les rapports entre la presse et l’argent. Alors que, précédemment, tout était beaucoup plus opaque. Sous les régimes précédents, que ce soit sous les présidences de Mrs Pompidou, Giscard ou celle de Mr Mitterrand, un simple coup de fil discret de l’Élysée remettait immédiatement les choses en ordre. Et le téléphone marchait alors fort bien. Même le compte-rendu quotidien du Journal Télévisé passait souvent sous les fourches caudines du pouvoir.

PUISSANCE DE L’AUDIMAT

audimat.jpgOn pourrait donc croire que, hors les formes, rien n’a beaucoup changé aujourd’hui. Mais ce serait négliger un autre facteur lui aussi tout fort que l’argent ou le pouvoir : c’est la puissance de l’audimat.

Il n’est pas un patron de presse qui, chaque semaine, ne se pose la question : quoi mettre “à la une” pour rafler plus d’audience face aux autres médias concurrents ? C’est bien la dictature de l’audimat qui prend pied sur toute autre considération.

Que devient donc le pouvoir du “politique” face à cette dictature qui fait qu’un quotidien augmente son audience, ou peut la perdre en peu de temps ? Et quand on sait, par exemple, que le groupe “Libération-Marianne”, appartenant à Mr Édouard de Rothschild, grand ami de Mr Sarkozy, on n’a pas toujours le sentiment, en parcourant leurs colonnes, que ces journaux soient spécialement tendres vis-à-vis de Mr Sarkozy.

DRESSER DES CLOISONS ÉTANCHES

Ceci me conduit donc à penser, parce que cela les dessert l’un comme l’autre, que l’intérêt du pouvoir, comme celui des médias, est de dresser une cloison soigneusement étanche entr’eux.

Autre cloison tout aussi urgente à bâtir, c’est celle entre la presse et l’argent. Dans le cas du “Monde”, pour la première fois de son existence, les journalistes ont perdu une partie du pouvoir et du droit de veto sur la ligne éditoriale qui était le leur depuis des décennies. Et ce malgré le geste remarqué de Mr Pierre Bergé qui a versé de l’argent pour que les journalistes puissent quand même exercer une minorité de blocage.

Mais, au résultat final, et en ce qui concerne “Le Monde”, un journal qui passait jusqu’ici pour totalement libre et indépendant, est bien passé sous une puissance d’argent.

TOUTE LA PRESSE ÉCRITE MENACÉE

Il y a certes un certain désordre quand on constate qu’un journal “qui compte” dans la vie publique d’un pays, qui tire chaque jour à ±400.000 exemplaires, puisse un jour être menacé dans son existence sur les seules bases économiques qui sont les siennes. C’est tout simplement grave.

Ceci nécessite une profonde réflexion. Faut-il accuser le prix excessif des journaux français - parmi les  plus chers du monde ! - parce qu’ils ne sont pas parvenus, contrairement à ce que l’on observe partout à l’étranger, à mordre suffisamment sur le marché de la publicité ?

Ce qui se passe aujourd’hui au “Monde” concerne toute la presse française, toute celle écrite sans exception, car elle est, partout, menacée à l’identique.

C’est bien une liberté qui est menacée. Une de plus.

Commentaires

Comme vous, je déplore la perte d'indépendance du "Monde" même si elle devenait inévitable : multiplication des journaux gratuits, concurrence de l'Internet et des journaux en ligne, baisse du niveau, et vieillissement, des lecteurs, etc.

L'objectivité, je n'y ai jamais cru. Ce qui me paraît plus important c'est de respecter la multiplicité des points de vue par l'attribution de tribunes libres et de droits de réponse. "Le Monde" à gauche? Sans nul doute pour la défense des libertés publiques ; en matière d'économie je le vois plutôt au centre gauche, d'autres le situeraient à droite.

400 000 exemplaires du "Monde" vendus chaque jour? Je regrette l'époque où un journal comme "France Soir" se vendait à 1 000 000 d'exemplaires, époque révolue, et ce de manière définitive.

Mais pour élargir le sujet, quand on voit ce que proposent TF1 et les autres chaînes qui promeuvent la télé-réalité, et qu'on se souvient que le groupe Bouyghes avait emporté l'appel d'offres au nom du... "mieux-disant culturel"! on se prend à regretter le temps de l'O.R.T.F. Même François Léotard, ministre à l'époque de la culture et de la communication, a convenu qu'il y avait eu des dérives.

Voilà pourquoi je pense que la culture - comme l'éducation - doit bénéficier d'une exception pour éviter de subir les lois du marché qui la condamnent au nivellement par le bas. La suppression de la publicité après 20 heures sur les chaînes du service public est pour cette raison la réforme que je retiendrai du quinquennat de M. Sarkozy... et vraisemblablement de M. Fillon.

Écrit par : Michel FRONTÈRE | samedi, 13 novembre 2010

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