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jeudi, 17 juin 2010

À PROPOS DE L'HOMME DU 18 JUIN

BILLET du 17 JUIN 2010

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40 ans après la disparition du Général De Gaulle, l’on célèbre cette année, avec une exceptionnelle solennité, le 70° anniversaire de son appel du 18 Juin 1940.


Il est peu d’hommes de notre Histoire dont on célèbre, années après années et à travers toute la France, une déclaration de quelques lignes seulement, diffusée dans une quasi clandestinité depuis Londres, radio alors trop étrangère et éloignée pour qu’elle atteigne les français jusqu'au fond de leurs campagnes.

QUE CÉLÉBRE-T-ON ?

Est-ce son auteur que l’on célèbre ainsi ? Ou le texte de son message ? D’aucuns répondront : “Les deux, mon Général !”. Nous sommes en pleine ambiguïté.

Questions que nous pouvons ici nous poser : De Gaulle était-il un “grand homme” ? Qu’est-ce qui définit un “grand homme” ?

Tous les peuples sont modelés par leur Histoire, et par celles (ou ceux) qui l’ont marquée au fil des siècles. En France, il n’en manque pas : même sans remonter trop loin, la liste serait longue ! Il y a eu entr’autres Louis XIV, Napoléon, ou encore Clémenceau, pour ne parler que de ceux qui ont touché, un jour ou l’autre, au pouvoir. Sans négliger pour autant les grands découvreurs, les savants, les écrivains, les artistes, les saints, tous ceux qui ont fait l’honneur de la France.


ILS ONT OSÉ RENDRE L'ESPOIR

Mais il y a eu aussi Jeanne d’Arc..., et De Gaulle. Mais ceux-là se sont distingués des nombreux autres par un trait commun : tous deux, alors que la patrie était en grave péril et menacée par des occupants étrangers, ils ont donné aux français, en des circonstances dramatiques, des raisons d’espérer. Alors qu’ils étaient jusque là bien seuls, sans puissante armée avec eux pour les appuyer, sortis à peine de leur anonymat dont ils étaient issus  : Jeanne d’Arc, venue depuis sa Lorraine profonde ; De Gaulle, élève de St Cyr, auteur d’ouvrages connus que de quelques initiés militaires, nommé “à titre temporaire” général, quelques jours avant d’être nommé Sous-Secrétaire d’État (!) d’un gouvernement éphémère.... qui ne gouvernait déjà plus grand-chose en France.

Il fallait être fou pour oser ! Mais, cependant, tous deux, Jeanne et Charles, ONT OSÉ ! Et c’est ce qui a marqué le plus les esprits. Comme un peu toutes les aventures épiques qui ont bercé d’images notre enfance.

L’une, Jeanne d’Arc, a poursuivi son périple jusqu’au sacrifice, sur un bûcher allumé par les anglais. L’autre, De Gaulle, aurait pu avoir un sort comparable, même si moins cruel, tant les forces qui se sont élevées sans cesse contre lui et les divisions de toutes parts ne visaient qu’à l’affaiblir.

INCARNER LA NATION

Tous deux, au moment où la France était donc au plus bas, ont incarné la Nation et allumé, devant la désespérance de son peuple, une lueur d’espoir. C’est là leur grandeur, leur vraie grandeur. C’est quelque chose d’irremplaçable.

Tous deux savaient très bien la part d’illusions qu’ils drainaient avec eux. Dans “Les chênes qu’on abat”, Malraux fait dire à De Gaulle : “J’ai amusé les français avec des drapeaux”. Il faut traduire “contre une grande partie des français” - qui étaient alors très majoritairement “maréchalistes” et confiants dans la parole du vainqueur prestigieux de Verdun et auquel un parlement en déroute avait confié les clefs de l'état - De Gaulle, donc, seul face à eux, et condamné par eux, a plaidé la cause de la France.

C’est là un exemple que, dans de grandes circonstances, le monde peut être sauvé non pas par un peuple qu'on a conduit au désespoir - il faut avoir la lucidité de le reconnaître - mais par quelques individus isolés, brandissant seulement une bannière ou un flambeau.

QUI AUJOURD'HUI ?

Nous nous souvenons de cette déclaration de Georges Pompidou, annonçant aux français le décès du Général De Gaulle, et disant : “La France est veuve”.

Qui, aujourd’hui, quel homme d’état, s’il venait à disparaître, pourrait susciter qu’on lui rende semblable hommage ? Aucun ! Les savants, les artistes, les écrivains qui méritent, eux aussi, le titre de “grands hommes” sont, eux, nombreux. Mais les politiques, les "grands hommes d’état", eux, sont rares, rarissimes : à peine on en compte un ou deux par siècle.

Qu’est-ce qui fait donc que quelqu’un devient un “grand homme” ?

INCARNER LA FRANCE, LA NATION, L'ÉTAT

Il faut pour cela qu’il incarne les transcendances verticales, c’est-à-dire quelque chose qui est au-dessus de nous. Soit il incarne le divin (un peu comme Jeanne qui avait entendu des voix célestes), soit il incarne la France. De Gaulle - à qui on a d’ailleurs fait le procès ensuite d’être “maurassien” - incarnait aussi bien la France, qu’il incarnait la Nation ou l’État. Il incarnait la tradition historique de la France.

Mais, par dessus tout, il a toujours été un démocrate, un républicain. Jamais le monarque qu'on a voulu faire de lui. Oui, il a voulu incarner l’état républicain français, comme jadis nos rois l'incarnaient eux-mêmes : "L'État, c'est moi !" (Louis XIV).

Et, lorsque les français ont appris sa mort, beaucoup ont eu le sentiment qu’il incarnait bien quelque chose qui était supérieur à eux. La France était bien veuve.

DEPUIS 2.000 ANS....

On se souvient d’ailleurs de cette phrase étonnante de De Gaulle : “Cette légitimité que j’incarne depuis 2.000 ans....”. Çà voulait dire qu’il avait conscience d’incarner la tradition, l’Histoire, non pas celle des français mais celle de la France.

Aujourd’hui, plus personne n’est comparable à De Gaulle, indépendamment des circonstances historiques et du talent qui étaient exceptionnelles chez lui.

Nous ne vivons plus aujourd’hui dans un monde où les transcendances verticales s’imposent : il n’y a plus, aujourd’hui, que des transcendances horizontales. Nous n’avons plus le sentiment que notre démocratie est habitée par de “grands hommes”, ou de grands inspirateurs : tout est devenu “platitude”. Et ce ne sont pas les promesses non tenues, parce que non tenables, qui changent grand'chose. Tout n'est que numéros d'illusionistes.

QUELLE POSTÉRITÉ ?

Quelles traces laisseront donc dans l’Histoire les hommes politiques contemporains ? Et lesquels laisseront même une trace durable ? Peut-être Mitterrand ? Mais avec quelle part d’ombres qui ont tant assombri son image !

Des périodes gaulliennes, il y en a, aussi, peu dans l’histoire des nations. Il faut d’ailleurs qu’il y ait de grands malheurs pour que surgissent de tels “grands hommes”, hissés par les circonstances.

De Gaulle a donc été la combinaison de deux légitimités : • la légitimité personnelle qui a été coulée dans le bronze du 18 Juin 1940 • et la légitimité démocratique de celui qui a rétabli, par deux fois, la République effondrée.

La grandeur de De gaulle, c’est de n’avoir jamais séparé ces deux légitimités. Il n’était ni socialiste, ni libéral. Il est aujourd'hui redevenu d'actualité dans un monde où ces valeurs n’existent plus.

UNE HONTEUSE RÉCUPÉRATION !

 

Mais aujourd'hui, il y a un fait beaucoup plus grave : c'est cette honteuse récupération du nom de De Gaulle. Nous assistons maintenant, y compris en cette semaine de commémorations diverses et nombreuses, à une véritable imposture.

De quel droit les médias - il est vrai contrôlés, pour presque tous ceux les plus essentiels, par le pouvoir en place - s’approprient-ils le 18 Juin comme une sorte de symbole de la France d’aujourd’hui ? Alors que toutes les valeurs du gaullisme sont contraires à ce qui se passe actuellement dans notre société.

Le gaullisme est une vision héroïque de l’existence : cette vision, aujourd’hui, où existe-t-elle ? Le gaullisme, c’est le primat des valeurs collectives sur les valeurs individuelles : où en est-on aujourd’hui ? Et on voudrait nous faire croire que la France d’aujourd’hui puise encore quelque chose dans les valeurs du gaullisme ? Oui, c’est une véritable imposture !

On a peut-être tort de préférer la résistance à l’accommodement. Pourtant, on ne peut pas faire les deux à la fois.

Ces célébrations “bidons”, largement médiatisées - peut-être parce que les circonstances politiques actuelles y poussent - ne sont donc que des leurres.

LE GAULLISME EST BIEN MORT

La société a, certes, bien changé depuis 40 ans. Mais, en fait, le gaullisme est bien mort avec De Gaulle. On en a guetté quelque trace que ce soit dans la pratique du pouvoir chez ceux qui lui ont succédé : Pompidou, Giscard, Mitterrand ou Chirac. Aujourd’hui, Sarkozy. Mais en vain. Ou si peu.

Il y a eu, pourtant, deux brefs relents de gaullisme chez ceux-là : le premier, sous Chirac, quand celui-ci a eu le courage de dire “non” à Bush se préparant à envahir l’Irak de Saddam Hussein. On se rappelle ce plaidoyer pathétique de De Villepin à l'ONU : “La France est un vieux pays....” où, par sa voix, celle-ci voulait faire partager au monde son expérience et sa vision des choses. L’autre relent est celui de Sarkozy présidant l’Union Européenne et confronté à une crise internationale imprévue : il a donné, pendant les quelques 6 mois de sa présidence, un poids à la parole de la France qui dépassait largement sa représentation. Mais, hormis ces deux cas d’exception, nous sommes, partout, parfaitement “plats”.

La barrière de la politique de l’argent contre laquelle s’élevait tant le Général, déjà compromise sous Pompidou, est aujourd’hui totalement abattue : qu’en penserait De Gaulle ? On crée aujourd’hui une confusion permanente entre vie publique et vie privée : impensable dans le vision de l'état de De Gaulle. Chirac, encore, ne remettant pas en cause son mandat après sa dissolution ratée : ce n’était pas çà non plus le gaullisme. À mes yeux, dès cet instant, il avait perdu toute légitimité et je lui ai, alors, fait connaître.

TOUT, SAUF UN GAULLISTE !

Mr Sarkozy, même avec ses qualités propres, est bien tout, sauf un gaulliste : c’est un libéral-conservateur, qui aime, notamment, étaler ses relations avec l’argent.

Et le voilà maintenant partant à Londres, avec caméras et cortèges, célébrer le 18 Juin 1940 : c’est un contresens !

Ce n’est pas une question de droite ou de gauche. Ou alors qu’on dise clairement que De Gaulle est un homme du passé, un Don Quichote issu de temps révolus, et que le célébrer dans un tel cas est dénué de toute signification.

Y A-T-IL ENCORE....

Y a-t-il d’ailleurs encore, aujourd’hui, un seul homme politique français, à droite comme à gauche, pour élever les français vers les cimes, les entraîner vers d’autres conquêtes, face à ceux qui rognent inlassablement l’héritage de leur Histoire, comme savait les y entraîner De Gaulle ? Non ! Les nouveaux héros des français, aujourd’hui, ce sont les banquiers, ou les sportifs, ou la société à paillettes, qui se mettent de l’argent plein les poches et en dégoulinent sans vergogne. Ou ceux encore qui défendent fiévreusement leurs étroits privilèges. On fait aujourd’hui avec grand tapage des numéros d’acrobate devant les français et on leur dit ensuite : “Circulez, il n’y a rien à voir !”. Çà, ce n’est pas du gaullisme !

Nous sommes totalement à contre-courant du 18 Juin 1940 et de celui dont on célèbre l’appel. Comme l’était déjà Giscard, il est vrai, quand il prétendait, alors qu'il était au pouvoir, que, puisque la France ne représentait plus que 1% de la population mondiale, il fallait qu’elle se résolve à se dissoudre dans la vague déferlante de la mondialisation. Une résignation, déjà, à l’opposé de l’esprit du 18 Juin !

DE GAULLE AURAIT-IL ?

De Gaulle était plus préoccupé des grands desseins de la France que de petites manœuvres ou combinaisons comme on en voit tant aujourd’hui.

A-t-on déjà vu De Gaulle participer à un congrès de parti politique, même si c’était une assemblée de “gaullistes” ? Mot que d’ailleurs il réfutait avec force car, à ses yeux, il n’y avait que des français.

De Gaulle aurait-il approuvé, au travers d’un quinquennat coïncidant désormais avec les législatives, de faire du Président de la République un chef de clan et non plus un homme au-dessus des partis ?

De Gaulle aurait-il accepté le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN sans négocier avec vigueur les conditions de ce retour ? Or, on n’a rien négocié du tout et, aujourd'hui, la France n’y pèse rien, ou presque, dans les décisions que d’autres que nous prennent sans elle.

Que donc nos actuels gouvernants cessent d’invoquer le nom de De Gaulle à tout bout de champ, de faire semblant de s’inspirer de sa pensée dans des cérémonies qui ne sont que simagrées.

De Gaulle est bien mort à Colombey, voici 40 ans. Hélas.

Reste son épopée : elle se poursuivra dans la mémoire de notre Histoire.

Mais que cessent ces impostures !

Commentaires

Bonjour,
A l’issue d’un travail de plusieurs années, voici dégagées certaines pistes d’analyse
de la trajectoire effectivement suivie par Charles de Gaulle :
http://youtu.be/Jo2hIRYoRW0
Je souhaite vivement que cette vidéo puisse toucher un maximum de personnes
en situation d’en tirer matière à réflexion, et, par suite, de ne pas se leurrer
exagérément sur les qualités démocratiques de la loi fondamentale
qui est censée organiser notre vie collective.
Très cordialement,
Michel J. Cuny

Écrit par : Michel J. Cuny | mercredi, 22 mai 2013

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