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mercredi, 02 juin 2010

À PROPOS DE LA VIOLENCE

BILLET du 2 JUIN 2010

 

Il ne se passe plus de jours sans que la presse ne nous relate de nouveaux actes de violence, apparemment parfaitement inexplicables. Et ce même, maintenant, dans des lieux qui passaient, jusqu’ici, pour des “sanctuaires” préservés, ou visant même des services publics dont nul ne nie l’intérêt général.

Qu’est-ce qui nous vaut de telles dérives ?

J’entendais récemment un entretien de Malek Boutih, ancien Président de “SOS Racisme”, assez impressionnant par sa profondeur et son intelligence. Abordant l’évolution des violences dans notre société, il affirmait que celles-ci ne sont pas la continuation des “loulous” de banlieue, ou des “blousons noirs”, mais que c’est tout autre chose : une contre-culture, voire une contre-politique.


UNE CONTRE-CULTURE

loubards.jpg Des jeunes des banlieues - car en majorité ce sont des “jeunes” - prennent désormais à contre-pied tout ce qui représente des valeurs de la République, celle des “blancs” : “Tu aimes l’art ? Je te pète ton tableau”, “Tu aimes les livres ? Je te brûle ta bibliothèque”, “Tu t’habilles bien ? Je m’fous une cagoule”, “Tu parles un français correct ? Je parle le verlan”, “Tu est pour les Droits de l’Homme et tu les argumentes ? Je suis violent”, “Tu es blanc et catholique ? Je suis basané et j’aime Ben Laden”, etc....

On a là quelque chose qui est vraiment pensé comme une véritable contre-culture. Plus du tout celle des intellectuels communistes de quartiers privilégiés. Non. C’est factuel : c’est une contre-politique.

Politique ? Ce n’est pas du tout non plus pour prendre le pouvoir, mais c’est pensé et organisé comme tel.

Ces jeunes des banlieues ne sont nullement dépourvus d’intelligence : ils parlent vite et pas mal du tout (même si c’est en verlan). Ils comprennent très bien ce qu’ils font et ils voient combien ils font peur aux “bourgeois”, aux “traditionnels”, ou aux “blancs”.

LE CULTE DE L'ARGENT

Le seul point sur lequel ces jeunes sont en phase avec la société, c’est le culte de l’argent et de la réussite sociale. Ils veulent réussir. Ils disent : “le modèle qu’on nous donne, c’est le RMI, c’est le SMIC, ce sont les indemnités de chômage : nous, on n’en veut pas !”. Pourquoi en voudraient-ils bien sur quand on sait, par exemple, que des petits veilleurs de 7 ans gagnent de 70 à 100 euros par jour à faire simplement le guet.

Là, ils sont bien en phase avec la société. Ils disent : “Vos banquiers, vos politiques qui “piquent” dans la caisse, ils font la même chose que nous”. Et quand on sait que le seul trafic de drogue en France représente 2 milliards d’euros, sans parler du trafic d’armes naissant....

banlieue.jpg Au fond, comme tous “leurs territoires” en profitent - il en avait 50 dans les années 80, il y en a aujourd’hui 1.500 - quand un gamin de 15 ans paye le loyer de la famille tous les mois, les parents savent très bien que, s’il ne travaille pas, l’argent doit provenir “d’autres sources peu avouables”. Mais tout le monde ferme les yeux, parce que c’est devenu une sorte de “machine politique” et dont tout le monde profite.

Il y a donc, aujourd’hui, et depuis les années 80, quelque chose de très nouveau et qui n’est pas la simple continuation de la petite - ou grande ?  - délinquance qu’on a connue précédemment.

Le vrai danger, cependant, serait de banaliser la violence, ou de dire comme certains sociologues : “La violence, c’est un langage comme les autres”. Il nous faut conserver au mot “violence” tout son sens. Ou, autrement, il pourrait y avoir une sorte d’équivalence qui s’établirait avec toutes espèces de comportement.

La violence, au-delà des arrière-pensées, est quelque chose qui ne doit donc pas être tolérée dans notre société. Ou cela nous mènerait droit à sa régression.

Mais quelles sont les violences qui ont précédé celles actuelles ? Car des violences, il y en a toujours eues à toute époque.

LES DIFFÉRENTES FORMES DE VIOLENCE....

Pour ne pas remonter trop loin dans le temps, au lendemain des deux dernières guerres mondiales, nous avons vécu sous le régime d’une violence internationale : la menace de violence émanait des états eux-mêmes. C’était le fruit de la guerre, puis celui de la menace nucléaire qui planait sur nos têtes. Bien après, a suivi une autre forme de violence, celle née à l’intérieur des états eux-mêmes : la menace de la guerre civile. Et la France, entr’autres états, est bien un pays de guerre civile : nous y faisons périodiquement des révolutions, d’ampleurs variables, pour obtenir, notamment, des réformes.

....ET CELLE DE LA VIE QUOTIDIENNE

Mais, aujourd’hui, la violence ne vient plus des états eux-mêmes, ni de la guerre civile : elle vient de la vie quotidienne. C’est cette violence-là qu’il convient de juguler.

Comment ?

Pas facile ! Il nous faut réinventer, dans nos sociétés, de nouvelles formes de sociabilité. C’est là le grand chantier des années à venir : notre société humaine est malade, et la politique des dernières années, celle du capitalisme, n’a pas réussi à juguler le mal. L’a-t-elle même entrepris ?

DES PROPOS CATASTROPHIQUES

Ce qui a été catastrophique, en 2007, c’est quand le Président de la République, tout fraîchement élu et lors d’une visite d’un quartier “sensible”, a déclaré : “On va régler le problème, on va nettoyer tout çà au karcher”. Les trafiquants ont d’abord cru en cette menace et se sont terrés un moment. Mais quand ils ont constaté que rien n’était entrepris, ou qu’on ne faisait qu’entreprendre des opérations médiatiques du type “coup de poing”, avec des caméras de télé par derrière - ce qui ne pouvait qu’envenimer les choses - les trafics se sont de nouveau développés comme jamais, trafics de drogue d’abord mais aussi maintenant trafics d’armes où l’on est prêt à tuer n’importe qui, n’importe comment, en toute circonstance. Et simplement parce que nous n’avons pas fait le vrai boulot.

L'EXEMPLE DE NEW-YORK

bronx.jpg Il est pourtant facile de prendre exemple sur ce qui s’est passé à New York : dans les années 80, on ne pouvait plus traverser le Bronx ou Harlem, alors qu’aujourd’hui on peut s’y balader partout en toute sécurité.

Comment s’y sont pris les américains pour aboutir à cela ?

Ils ne se sont certes pas contentés d’instaurer une politique de “tolérance zéro”, ni celle des “coups de poing” occasionnels médiatisés : ils ont instauré une politique continue, étalée sur deux ou trois années pleines, où ils ont envoyé des forces de l’ordre massives, y compris des forces militaires. Mais, surtout aussi, ils ont instauré une formidable politique sociale, une politique d’encadrement, pas la politique des petits chefs ou des grands frères.

Évidemment, quand notre laxisme a laissé se développer en France jusqu’à 1.500 “points noirs”, là où ils n’étaient qu’une cinquantaine il y a 30 ans, on devine que notre problème ne se réglera pas aujourd'hui d’un seul coup. Mais, par petites dizaines à la fois, systématiquement, en exterminant à fond et sans répit tous les réseaux souterrains, les autres réseaux se démantèleront d’eux-mêmes avant que la répression ne tombe à leur tour sur eux.

LE LAXISME FRANÇAIS

Or, aujourd’hui, à l’inverse de ce qu’on devrait, on a admis qu’il pouvait exister en France des zones de “non-droit” où ni les policiers, ni les services publics ou sociaux ne peuvent plus pénétrer.

Par ailleurs, il ne suffit pas d’envoyer de l’argent pour se donner bonne conscience : tout ce qu’on a déjà injecté depuis 30 ans - et Dieu sait ce que cela a coûté à nos finances - n’a servi à rien. Et quant à la “politique du football”, celle où les forces de l’ordre vont taper du ballon avec les loubards, on a pu mesurer que cela donnait.

La politique à conduire, politique à la fois de prévention et de répression, n’est - et ne peut être - ni une politique de droite, ni une politique de gauche. Mais elle doit être une politique continue d’éradication totale.

QUAND LA PEUR A CHANGÉ DE CAMP

Ces territoires se sont, hélas, progressivement vidés de ceux des habitants “moyens” qui ne voulaient pas d’histoires. Les caïds sont devenus maintenant “quelqu’un” chez eux. Alors qu’à l’extérieur, ils savent très bien qu’ils ne sont rien. Et quand un “blanc” va chez eux, il est terrorisé : la peur a totalement changé de camp. Et ce ne sont plus les petits “beurs” qui ont peur des ratonnades mais les “blancs”.

Le principe républicain de la continuité du territoire, comme je l’ai déjà exposé dans un précédent billet, a disparu sur notre sol.

C’est bien la République qu’il faut rétablir sur celui-ci. Avec ses idéaux de fraternité et de solidarité. Avec de gros moyens, et pas seulement financiers. Mais sans concessions aucunes, avec des actes concrets, pas de belles paroles ou d’inutiles menaces.

C’est bien là le plus important chantier qui attend nos générations.

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