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vendredi, 30 avril 2010

À PROPOS DE RETRAITES et FINANCEMENTS

BILLET du 30 AVRIL 2010

La lecture du tout récent rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a de quoi donner des cauchemars aux français. Et ce au moment même où le gouvernement se donne pour ambition de “remettre à plat” le système actuel pour éviter la catastrophe annoncée.

UN DÉBAT MAL ENGAGÉ

Je ne crois pas pour autant que, tel qu’il se profile actuellement, ce débat soit bien engagé. Je crains même que cette réforme, annoncée à grand bruit comme étant celle “phare” du quinquennat de Mr Sarkozy, ne débouche, finalement, que sur quelques mesurettes aux effets limités. Tout comme l’ont été les précédents chantiers initiés en 1993 ou en 2003 et qui, au final, nous coûtent, et continueront de nous coûter, fort cher.

Pourquoi ?

Si l’on approche d’un peu plus près les données du problème, nous devons d’abord constater que les français vivent de plus en plus longtemps. Nous avons toute raison de nous en réjouir : ces années de vie gagnées sont bien le fruit d’une meilleure politique de santé dont bénéficient nos compatriotes, tant par la qualité des soins prodigués que le progrès de la science médicale.

Mais, face à cette bonne nouvelle, la contrepartie est qu’il faut maintenant financer cette “rallonge”. Comment ? Quelles réponses ?

En diminuant le niveau des retraites ? En augmentant les cotisations perçues près les salariés en activité ? Ou quoi encore ?


LE DÉSÉQUILIBRE DES GÉNÉRATIONS

Il ne se trouve, naturellement, pas beaucoup de français pour se résoudre aux deux premières solutions, convaincus sont-ils, de surcroît, qu’elles ne suffiraient pas, à elles seules, à résoudre le problème, de loin s’en faut. Comme en témoigne d’ailleurs le rapport du COR. Il faut donc rechercher d’autres solutions.

Celle qui vient en tout premier à l’esprit est l’augmentation de la durée de cotisation des salariés actifs : elle aurait pour mérite d’approcher d’un meilleur équilibre entre le nombre des actifs - qui, eux, n’augmentent pas et sont, de surcroît touchés par la crise et le chômage qu’elle engendre - et le nombre des retraités qui, lui, ne cesse d’augmenter, non pas seulement en raison de l’allongement de la durée de vie, mais aussi parce qu’arrivent maintenant à la retraite la vague du “baby-boom” qui a suivi la seconde moitié des années 40, et les aides à la natalité qui ont contribué fortement à cette augmentation de population.

Donc, cet allongement de la durée de cotisation, quels que soient les cris d’orfraies qu’on entend déjà, nous-ne-pourrons-pas-y-échapper, quoiqu’en disent certains. La France est d’ailleurs le seul pays au monde - et de très loin - à mettre ses actifs en retraite dès l’âge “butoir” de 60 ans, quand ce n’est pas bien avant, dès 44 ans pour certains, ou à 50 ou 55 ans pour d’autres (les "retraites cocotier"). Et ceux-là sont plus nombreux qu’on ne le croit.

LE VOLET POLITIQUE

Ce qui est gênant dans cette problématique, c’est que la droite est très braquée sur cette réforme : elle exige de Mr Sarkozy qu’il prenne des mesures fortes et rigoureuses. Ce serait là, pour elle, une sorte de test probatoire de sa capacité à réformer, en rupture avec le style "mi-figue, mi-raisin" de la période Chirac. Bon argument de campagne pour “son” candidat en 2012.

Mais ce qui est surtout inquiétant, c’est que la gauche, elle, est décidée à ne faire aucun cadeau à Mr Sarkozy : elle joue dès aujourd’hui cette même carte 2012, y compris contre l’intérêt général. Et elle rivalise désormais en termes des plus démagogiques.

Quand on entend les déclarations de Mme Aubry, c’est hallucinant : pas un mot sur la nécessité pour tous les français de devoir faire un effort à la hauteur du défi qui leur est lancé par les évolutions qui s’accumulent les unes aux autres, toutes aggravant une situation déjà difficile ! Pas un mot sur le rapport du COR à propos des prévisions, même celles à court terme : un déficit de 50 milliards € par an prévu dans 5 ans (c’est-à-dire demain !), soit l’équivalant de la totalité de l’impôt sur les revenus. Et ne parlons pas de celles dans 50 ans où ce chiffre passerait à 115 milliards par an ! Même si, à un terme si éloigné, ce chiffre sera vraisemblablement sujet à révision. Mais il exprime cependant une tendance dont nul ne peut douter.

LA GAUCHE A-T-ELLE INTÉRÊT ?

Pour autant, la gauche a-t-elle réellement intérêt à faire échouer toute réforme sérieuse ? Surtout si, demain, elle arrivait au pouvoir ! Dans ce cas, laisser Mr Sarkozy faire le “sale boulot”, çà serait un caillou de moins dans la chaussure dont elle hériterait.

Mais la gauche, s’interrogent certains, ira-t-elle jusqu’au bout de ses protestations ? On peut le croire : l’histoire, en matière politique, nous apprend que les passions l’emportent le plus souvent sur les intérêts, même ceux les plus évidents. Et la passion de vouloir l’emporter en 2012 pour elle risque fort d’écarter tous les autres calculs. La gauche pêche donc, une fois de plus, par “unilatéralité”.

Chacun donc, que ce soit à droite ou à gauche, aborde cette réforme avec nombre d’arrière-pensées.

UN PATRIMOINE SOCIAL COMMUN

Mais il faut bien admettre que, dès qu’on touche à la retraite, on touche non seulement à un point très sensible de l’univers politique, mais aussi à quelque chose de la psychologie elle-même des français. C’est leur patrimoine commun. Et le réflexe premier est de dire : “pas touche !”.

Il est pourtant prévisible qu’une réforme se fera quand même. Mais dans des conditions telles que, comme pour les régimes spéciaux - dont il semble déjà qu’on renonce à trop y toucher - une réforme “a minima” (pour ne pas enflammer la rue) ne résoudra rien.

Cependant, le gouvernement, dont chacun sait le talent en matière de communication, veut donner le sentiment qu’il est capable de faire une “vraie” réforme. Mais, en dehors de la communication elle-même, on peut pourtant douter que cette réforme se traduise en des décisions bien tangibles ?

LE CAS DE "L'ÂGE LÉGAL" DE LA RETRAITE....

D’un autre point de vue - car il faut bien aborder ce sujet - soulignons qu’on a pris, en France, l’habitude d’évoquer, un “âge légal” pour évoquer celui du départ à la retraite, sans nulle autre considération. Curieuse habitude que voilà ! Mon avis est que si cet “âge légal” n’existait pas, il ne faudrait surtout pas l’inventer.

On a pourtant ouvert récemment, au sommet de l’état, une polémique sur la décision de François Mitterrand d’avancer brutalement, avant son revirement à 180° de 1983 et contre l’avis déjà de tous les spécialistes de l’époque en matière de démographie, de 5 ans "l’âge légal” en le ramenant, du jour au lendemain, de 65 à 60 ans. Dire aujourd’hui que cette décision a aggravé considérablement la situation actuelle, c’est "enfoncer une porte ouverte". Fallait-il le rappeler pour autant, au risque d’ouvrir d’autres polémiques parfaitement inutiles dans l’actuel débat ?

....FACE À CELUI DE LA DURÉE DES COTISATIONS

À mon (très modeste) sens, le vrai critère de l’âge de départ à la retraite ne doit - et ne peut - qu’être la durée de cotisations des actifs. Aussi le blocage actuel - et variable selon les circonstances - de Mme Aubry de savoir si l’on doit partir à la retraite à 60 ans - sans parler des “retraites cocotier” évoquées plus haut- me parait être un débat totalement surréaliste.

Donc, au-delà de toutes les théories idéologiques, une vraie réforme des retraites, quelle que soit la solution retenue, suppose un consensus social : or nous devons constater, hélas, que ce consensus n’existe pas aujourd’hui.

Pour en revenir à l’allongement de la durée des cotisations, ainsi quelqu’un qui aurait commencé sa vie active vers l’âge de 15/16 ans aurait droit à sa retraite au terme d’une durée parfaitement établie avec précision, sans tenir compte d’un théorique ”âge légal” imposé pour tous, surtout quand celui-ci risque fort de reculer de quelques années. La situation qui est faite actuellement à ces populations obligées de travailler jusqu’à 60 ans après 45 années de labeur est une injustice criante.

Ainsi on pourrait aussi moduler cette durée en tenant compte du taux de pénibilité de certains travaux éprouvants pour la santé, ceux-ci devant être étudiés, cas par cas et par branches d’activités. Ce qui n’empêche pas de développer parallèlement la prévention de cette pénibilité pour la réduire fortement, voire parvenir à la supprimer à terme.

On pourrait tenir compte aussi des mères (ou des pères) au foyer qui auraient continué leur emploi alors qu’ils avaient aussi, parallèlement, la lourde charge d’enfants à élever.

D'AUTRES RESSOURCES DE FINANCEMENT

Sur le volet des ressources de financement, on ne peut plus échapper à un élargissement de l’assiette des cotisations : le “bouclier fiscal”, quelles que soient les promesses inconsidérées faites en campagne à un électorat particulier, comme aussi les “niches” sans justification, les “stock-options”, les “parachutes dorés”, les "profits financiers" n’ont plus aucune justification face à cette ardente obligation de solidarité nationale.

Il faudra aussi mettre fin aussi à la facilité offerte aux employeurs de se “débarrasser” de leurs seniors - parfois trop coûteux à leurs yeux - en les mettant d’office en "retraite anticipée". Il faut même que ceux-ci aient le droit de formations valorisantes pour les aider à une possible reconversion adaptée à la fatigue de l'âge.

SYSTÈME PAR RÉPARTITION, ET PAR POINTS

Enfin, si le régime de retraite par répartition permet de mettre en pratique une solidarité entre actifs et retraités, ce qu’il faut défendre à tout prix - il s’agit là de créer un “bouclier de solidarité” pour ne pas défavoriser ceux que la vie n’a pas épargnés - force est d’admettre que l’évolution démographique impose à son tour ses propres limites : il est devenu nécessaire que s’ouvre l’instauration de "régimes par points” qui permettraient à chacun de se mettre à l’abri d’autres aléas. Et avec, éventuellement, la possibilité pour chacun d’acquérir des points supplémentaires, comme, par exemple, pour les bénévoles de longue durée qui œuvrent dans des associations d’intérêt général.

Cette liste de propositions - auxquelles je prends le risque de m’avancer - n’est pas exhaustive et ne prétend pas couvrir toutes les autres solutions possibles : c’est là l’affaire des partenaires sociaux et des économistes compétents à en débattre. Mais ce ne sont, ici, que quelques pistes de réflexion que je propose.

METTRE FIN AU SENTIMENT ACTUEL D'INJUSTICE

Mais, une chose est sure : le sentiment d’injustice persistera entre tous les français tant qu’il y aura 38 régimes différents de retraite. Et tant que des disparités insupportables subsisteront encore entre les secteurs du public et du privé : les écarts constatés - à travail, à responsabilités ou à pénibilité égales - sont un vrai scandale

C’est l’égalité des chances et la solidarité entre tous qu’il nous faut rétablir. C’est l’abolition des privilèges accordés au fil de temps aujourd’hui révolus, quels qu’ils soient ou quels qu’en soient les bénéficiaires, qui s’impose désormais à tous les français.

C’est une vraie révolution. Comme en 1789.

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