Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 24 avril 2010

À PROPOS DE RUMEURS ET GOUVERNANCE

BILLET du 24 AVRIL 2010

“Une partie du désamour des français, vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, est lié au futile”.

Étonnante déclaration d’Alain Juppé, ancien Premier Ministre UMP et toujours ami - on suppose - de Nicolas Sarkozy.

Désamour des français ? C’est une évidence qu’on vérifie au quotidien. Mais utiliser aussi le mot “futile”.... Je relève la définition du mot : “insignifiant, léger, vain, sans importance”. C’est bien sévère dans la bouche de d’Alain Juppé. Qu’est-ce qui lui vaut de prononcer pareille sentence face à son ancien collègue du gouvernement ?

rumeur.jpg En général, la politique, les hommes ou les femmes qu’elle hisse sur son estrade, sont, on le sait, comme sur une scène de théâtre. Ce n’est pas nouveau : jadis, à la cour des rois, même son lever ou son coucher étaient livrés aux regards - blasés ou admiratifs - de tous les courtisans dont c’était là l’un des privilèges, qu’ils payaient d’ailleurs fort cher pour en bénéficier. Aujourd’hui, le bon peuple républicain est là, à son tour, bien présent devant les princes qui le gouvernent. Et il épie à satiété leurs moindres faits et gestes : il les observe, jusqu’au dernier fauteuil d’orchestre du fond de la salle de spectacle que leur offre une communication désormais omniprésente (presse, télévision, internet, etc....).

Quoi de nouveau ? Rien, il est vrai ! Mais les acteurs actuellement en place sur la scène française ont enrichi la pièce qu’ils livrent face à leur public de bien des épisodes, parfois jusqu’aux plus croustillants. Et les gazettes s’en réjouissent car cela fait prospérer leurs affaires.

La vie amoureuse des chefs d’état a, de tous temps, nourri les conversations :  depuis Henri IV, peut-être même bien au delà de lui, mais plus certainement bien après chez nos capétiens ou chez Bonaparte, jusqu’à nos honorables et plus contemporains Présidents de la République - dont François Mitterrand n’a pas fait exception, loin de là - Nicolas Sarkozy ne sera vraisemblablement pas le dernier à alimenter les rumeurs.


LORSQUE DES AFFAIRES PRIVÉES....

Ce qui est pourtant gênant, c’est surtout lorsque des affaires privées, comme récemment, mobilisent jusque des moyens d’état, notamment en mettant en œuvre les services du contre-espionnage pour démêler dans des domaines intimes, ou encore quand celles-ci s’immiscent dans les affaires de l’état lui-même. C’est insupportable et désastreux ! Tant pour l’image de notre pays que face à sa propre opinion. Et face, surtout, à celle de l’étranger dont la presse, dans toutes les grandes capitales, se fait désormais l’écho moqueur avec délectation. C’est à qui, aujourd’hui, dénoncera les déboires du couple Sarkozy-Bruni, avec leurs lots d’amants ou de maîtresses supposés hantant couloirs, alcôves et antichambres ! Quel spectacle édifiant !

Nicolas Sarkozy, depuis le début de son mandat, loin donc d’être discret sur sa vie privée - pourtant un tantinet agitée dès les premiers mois de son séjour élyséen - se met en scène lui-même, comme il met en scène ses sentiments ou sa vie personnelle. Et çà déteint sur le reste de l’état lui-même : du temps de De Gaulle, on n’entendait peu parler de problèmes sentimentaux à ce niveau, et on n’a pas davantage vu ou entendu un Malraux, son Ministre de la Culture de l’époque, s’étaler en pyjama ou dans son lit !

Aujourd’hui, faut-il s’étonner qu’il y ait donc une certaine lassitude de l’opinion ?

DEUX SYSTÈMES PARALÈLES DE GOUVERNANCE

Mais il y a aussi un autre aspect beaucoup plus préoccupant : on ne sait plus comment la France est gouvernée.

Nous constatons qu’il y a désormais deux systèmes de gouvernement : il y a d’abord un système qui fonctionne “normalement”, avec nos propres institutions, un Parlement, un Premier Ministre et des ministres en poste. Il y a ensuite, parallèlement, un deuxième système qui tente de cohabiter avec le premier : c’est le système du pouvoir personnel. Çà consiste à dire, par exemple : “On va supprimer la publicité à la télévision, quelqu’en soit le coût exorbitant”, ou “On va supprimer les juges d’instruction, quitte à bouleverser l'équilibre judiciaire” ; puis ensuite de dire : “Vous, les institutions de la République, débrouillez-vous  pour mettre tout çà en œuvre”.

Ceci finit par créer, au sommet de l’état, une cacophonie permanente. Et les développements - par exemple, l’affaire récente de la Charente face à la tempête Xynthia - illustrent parfaitement cette cacophonie. On voit paraître une multitude d’intervenants, parlant dans tous les sens. Et, in fine, après ces désordres en tout genre, la “cour” finit par l’emporter ou imposer sa propre volonté.

Ce n’est pas faire de “l’anti-sarkozysme primaire” que de le constater.

POUVOIR PERSONNEL et QUINQUENNAT

Nous sommes donc entrés dans un style de pouvoir personnel, pouvoir personnel qui échappe heureusement à toute tyrannie puisque les institutions officielles demeurent, elles, toujours en place pour l’en empêcher. Mais la juxtaposition de ces institutions et cette pratique du pouvoir personnel - qui avait déjà pris un relief particulier avec François Mitterrand - fait que la France est aujourd’hui gouvernée par deux systèmes. Lesquels sont incompatibles l’un avec l’autre.

Je pense, sur le fond de ce problème, que nous avons eu grand tort de soutenir l’institution du quinquennat : celui-ci favorise à souhait ce genre de dysfonctionnements. Me revient en mémoire cette déclaration de Raymond Barre qui préconisait, en lieu et place du quinquennat alors en projet, l’institution d’un septennat non renouvelable. L’expérience prouve qu’il avait grandement raison : pour être élu, en effet, il faut être démagogue, et pour exercer le pouvoir, il faut être le contraire d’un démagogue. Seul un septennat non renouvelable aurait permis de déconnecter la vie politique de la vie médiatique.

L'ERREUR

Le quinquennat est donc, à mes yeux, une erreur de stratégie politique. Hélas, nous sommes aujourd'hui dans ce système néfaste !

Que donc 63 millions de français dépendent d’une seule personne est quelque chose d’absurde. Et nombre de décisions, surtout la façon dont elles ont été, ou sont encore prises aujourd’hui, est quelque chose d’intolérable. Beaucoup, dont certaines coûtent des milliards à notre budget, ont été prises “au pied levé”, sur un coup de tête, en pleine improvisation, sans que ni le Premier Ministre, ou ni les ministres concernés, en soient  même informés, ou encore des conseillers ayant compétence à connaître en soient saisis pour éclairer cette décision.

monarchie.png Nous sommes, ce n'est pas contestable, dans une sorte de monarchie républicaine, très loins de l’esprit républicain et démocratique au plein sens du terme tel qu’on pouvait l'espérer : nous voyons trop l’entourage proche, même issu de la sphère privée - qui, parfois, va jusqu’à déterminer le choix de tel ou telle ministre dans un gouvernement - nous voyons trop les “visiteurs du soir”, ou les conseillers “spéciaux” exercer un pouvoir que même le Premier Ministre, voire le Parlement, ne possèdent plus dans les faits.

Comment éviter ces pièges que notre erreur du quinquennat a rendu inévitables ? Je n’ai pas de réponse immédiate sous la main à proposer.

C’est, cependant, une réflexion à conduire et à laquelle nous ne pouvons échapper : la situation actuelle ne peut perdurer sans entraîner, un jour ou l’autre, de graves conséquences pour l’existence même de l’état.

La gouvernance d’une nation ne s’improvise pas au gré des rumeurs, ou des humeurs du moment d’un seul homme. Il y a danger de laisser perdurer les choses en cet état?

Les commentaires sont fermés.