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lundi, 19 avril 2010

À PROPOS DU VATICAN ET DE LA PÉDOPHILIE

BILLET du 19 AVRIL 2010

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Depuis des mois, le Vatican et l’Église catholique sont secoués par le scandale des prêtres pédophiles.

Jusqu’où ira l’onde de choc ? L’héritage de Benoît XVI, celui - peut-être aussi ? - de Jean-Paul II, sont-ils aujourd’hui en question ?

Les fidèles ne comprennent pas en effet que certains prêtres aient abusé d’enfants, alors que l’Église s’emploie à leur faire la morale, condamnant sans appel l’avortement, la contraception, le préservatif et l’homosexualité.

DES AFFAIRES BIEN DISSIMULÉES

Ce qui choque, tant les fidèles que les observateurs agnostiques, c’est bien la pédophilie en elle-même. Mais ce qui choque encore plus, c’est que, pendant des décennies, Rome et nombre d’évêques ont dissimulé ces affaires en laissant des prêtres continuer de massacrer des enfants, alors qu’ils savaient leurs mœurs condamnables, préférant éviter, par leur silence, de créer un scandale public. Cette peur du scandale a donc conduit ces prélats jusqu’au mensonge. Et l’Église a couvert pudiquement le tout.

Aujourd’hui, ce fardeau retombe de tout son poids sur les épaules de Benoît XVI.

Quelque reproche qu’on puisse, par ailleurs, faire à ce dernier sur certaines de ses prises de position ecclésiales, qu’on en soit d’accord ou pas avec lui, je suis quelque peu scandalisé par la manière dont on tombe sur ce malheureux pape. Comme s’il était lui-même pédophile !

Le pauvre n’y est pour rien. Tout au contraire, objectivement, il a plutôt bien fait son travail sur ce sujet, mieux que ses prédécesseurs : il a, enfin, joué la carte de la transparence, là où, auparavant, tout était secret d’alcôves.


 

ON EN RAJOUTE AUJOURD'HUI UN PEU TROP

J’ai le sentiment, aujourd’hui, qu’on en rajoute un peu trop.

Il y a une espèce de lâcheté à s’attaquer constamment à la religion catholique. Alors qu’on s’incline bien bas devant d’autres religions, surtout parce que certaines font peur et exploitent tous les fanatismes, assortis jusqu’à l’usage archaïque d’armes sans rémission.

Pour anecdote, on se souvient peut-être d’une émission de télévision très populaire, un soir à l’heure de grande écoute, au cours de laquelle l’un des participants, voulant probablement se distinguer de tous, a enfilé un préservatif sur une statuette représentant Benoît XVI. Quel courage ! Il aurait été autrement plus courageux, même si je n’y incite guère, si l’on avait mis ce préservatif sur l’effigie du Prophète : là, ce participant y risquait vraiment de sa vie, condamné sans appel d’une prompte “fatwa”. Il lui aurait fallu une bonne dose de courage et d’inconscience. Tandis qu’avec Benoît XVI, il ne risquait rien du tout.

LE FAUX DÉBAT

On entend aussi, à propos de la pédophilie constatée chez une minorité de religieux, un débat qui se prétend “théologique” et portant sur le célibat qui leur est imposé : ce débat atteint généralement moins que le niveau zéro de l’intelligence. On entend, entr’autres, des affirmations du genre : “Il vaudrait mieux que les prêtres se marient”. Comme si cela était un problème d’engorgement hormonal.

Pourquoi ne pas suggérer, tant qu’on y est, d’ouvrir des bordels pour prêtres ? C’est gravement ignorer que 99% des célibataires de toute population confondue, quel que soit leur état (religieux ou non), ne sont pas pédophiles, et que parmi les 1% restant de cette population, 80% des pédophiles constatés sont mariés !

Le “problème” du célibat des prêtres est donc tout-à-fait étranger à cette question, laquelle ne touche en fait qu’une infime partie de la société en général.

Cependant, il faut reconnaître que l’Église n’en serait pas là si, pendant des décennies (voire des siècles), elle avait reconnu pour ses propres clercs la juridiction des tribunaux civils : car elle avait - et elle usait - pour juger et condamner ces troubles graves, sa propre juridiction, le tout étant examiné dans le secret absolu, loin de toute rumeur.

CE QUI A CHANGÉ

C’est ce qui a changé aujourd’hui avec Benoît XVI.

Le procès, que certains intellectuels font donc aujourd’hui au catholicisme, et à ce pape en particulier, est donc parfaitement injuste. Il faut le dire. Alors qu’on ne dit rien à propos de pratiques non moins scandaleuses en usage dans certaines religions, Islam compris ; ou on n’en parle éventuellement qu’avec une extrême prudence qu’inspire un certain sentiment de peur, souvent justifiée.

À LA HAUTEUR ?

Pourtant, au-delà de cette nécessaire mise au point, une autre question peut cependant être posée : est-ce que Benoît XVI est toujours à la hauteur de notre époque et du bouleversement des mentalités ? Ma réponse est, ici, plus que réservée.

J’ai déjà abordé ce sujet, dans un billet précédent (Avril 2005), "À propos du conservatisme ou du progressisme". J’avais alors affirmé que cela ne posait pas de problème particulier, surtout dans une institution plusieurs fois millénaire et rayonnant sur tant de civilisations et de cultures différentes à travers le monde. L’Église ne doit pas, et ne peut pas, se mettre systématiquement au goût des modes changeantes dans telle ou telle société en particulier, fut-elle dominante. Là n’est pas le problème.

cardinaux.jpg Le vrai problème est que l’Église est constamment gouvernée, depuis des décennies, par des vieillards qui sont plus proches de la mort que de la vie. Consciente de cet état de fait, elle a cependant institué elle-même un âge “butoir” au-delà duquel un cardinal n’a plus droit de participer à l’élection du pape, voire être élu lui-même au magistère suprême. La sanction est dure pour de nombreux prélats qui n’ont jamais démérité. Mais, seul parmi tous, le pape, lui, échappe totalement à cette règle : il règne en solitaire sur ce grand corps du rassemblement des chrétiens dans leur Église, et ce jusqu’à ce que la maladie, puis la mort, l’emportent dans la tombe.

Quoiqu’on en pense traditionnellement, le pape n’est pas Dieu pour ainsi échapper à la loi humaine. Même dans le catholicisme.

Le christianisme a vocation, selon les Écritures qui l’inspirent, d’être la religion de la vie : “Jésus dit : Je suis la Voie, la Vérité, la Vie”.

LA VIE !

Or, le mode de gouvernance - même “collégiale” selon la volonté de Vatican II, volonté qui est restée le plus souvent lettre morte - demeure une gouvernance solitaire, celle d’un homme seul, décidant de tout souverainement (privilège du “Souverain Pontife”), tournée et marquée essentiellement par le poids du passé, et l’approche lente de la mort du pontife et de ceux qui l’approchent au plus près, souvent aussi âgés que lui.

Loin de moi que je fasse ici le procès de l’âge en général. L’on rencontre nous-mêmes, chaque jour, des personnes âgées toujours présentes et imprégnées par une flamme ardente et bien contemporaine. Et d’autres, à côté, des plus jeunes, mais cependant à la flamme déjà éteinte.

Sent-on cette flamme aujourd’hui bien présente chez Benoît XVI ? Nous voilà loins, chez lui, de celle qui brillait chez une Mère Thérèsa, ou encore d’une Sœur Emmanuelle. Loins encore de cette ouverture sur le monde d’un Jean-Paul II, même s’il était aussi un pape conservateur et que ses dernières années de vie l’ont hissé à le rendre totalement “christique” ?

Comment, pour ne citer qu'un exemple récent, l’Église, depuis Rome, a-t-elle pu excommunier ce médecin qui a aidé une fillette de 9 ans à avorter alors qu’elle avait été sauvagement violée et que sa vie était en danger en raison de son trop jeune âge pour aller au terme de sa grossesse ? Au nom de quoi pouvait-on condamner ce médecin ?

Comment supporter aussi cette déclaration d'un prélat proche de la curie qui s'est aventuré à assimiler la pédophilie avec l'homosexualité ? Plus imbécile que çà, c'est difficile à atteindre. Mais Rome a bien couvert cette déclaration sans trop broncher.

Il ne nous appartient pas de demander au pape d’être moderniste. Et qu’il soit conservateur, peu importe. Surtout quand on sait l’éminent théologien qu’est Benoît XVI dont certaines encycliques rayonnent de lumière.

Mais il doit surtout être proche de la Vie, être humain dans ses jugements et ses décisions, et non pas prisonnier d’une administration - car l’Église est aussi une puissante et lourde administration ! - aux usages hors de notre temps et à la vision étriquée.

L’Église est porteur d’un message essentiel, celui de l’Amour. Ce message, la façon dont il doit être répandu sur l’humanité entière pour être entendu de tous, le rôle qui doit être le sien de façonner le quotidien des femmes et des hommes pour répondre à leur attente dans un monde de plus en plus impitoyable, passe avant toutes les institutions elles-mêmes. Et même les hommes qui les conduisent.

Cette réflexion mérite aujourd’hui d’être conduite, car elle nous touche tous.

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