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mercredi, 10 février 2010

À PROPOS DU DISCOURS DE DAVOS

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BILLET du 10 FÉVRIER 2010

 

Mr Sarkozy a fait à Davos un passage éclair, tout juste le temps de faire son exposé devant le gotha de la finance et des milieux économiques. Sitôt dit, sitôt reparti : les médias n’ont même pas eu le temps de rebondir, et le tout est resté fort discret dans l’opinion publique.

Mais les phrases prononcées n’ont pas laissé indifférents ceux qui les ont entendues. Elles en ont même Interpellé beaucoup. Pourquoi ?l

LE VIRAGE À 180° DU PRÉSIDENT

Ce discours confirme en effet ce que bien des observateurs décelaient depuis quelques mois, à savoir le virage à 180° du nouveau langage économique de Mr Sarkozy. Par rapport, évidemment, à celui qu’il tenait lors de sa campagne de 2007.

Ce n’est pas sans rappeler le virage effectué déjà par François Mitterrand en 1983 lorsque celui-ci, confronté à une situation économique désastreuse - et à laquelle il avait puissamment contribué par des largesses inconsidérées - a tourné complètement le dos à sa politique de “distribution générale”, instaurant soudain, au risque de déboussoler son propre électorat, un régime de rigueur impitoyable dont nul ne croyait le retour possible.

Puisque changement de cap il y a bien dans la bouche de Mr Sarkozy, pourquoi donc lui-même et son gouvernement ne cherchent-ils pas à le thématiser publiquement ? Ils auraient pu prendre, pour s’en excuser, le prétexte de l’arrivée d’une crise d’une ampleur sans précédent qui a bouleversé toute la donne par rapport à 2007. Mais pourquoi assumer ce changement en catimini ? A-t-on peur de dire la vérité aux français et d’en leur expliquer les raisons ?

On peut avoir, bien sur, des points de désaccord sur les choix économiques de Mr Sarkozy. Mais on peut toujours en discuter sur le fond.

POURQUOI EN CATIMINI ?

Pourquoi donc ce refus d’aborder ces sujets de plein fouet ? Surtout quand bien de ces choix ne sont nullement liés à la crise elle-même. Comme le démontre d’ailleurs le testament (post-mortem) de Mr Seguin au travers de son impitoyable  rapport annuel de la Cour des Comptes qui vient de paraître.

Quand, par exemple, Mr Sarkozy dit, dans un discours, qu’il faut “régulariser” tous les contractuels, nous savons bien que cela est totalement irréalisable. Et même parfaitement démagogique : c’est un discours que ne renierait aucun tribun de gauche, tout en n’ignorant rien lui-même de la dure réalité des faits. Çà n’a aucun sens.

Quand encore Mr Sarkozy dit que les voitures vendues en France doivent être fabriquées en France, c’est une énorme bévue. Çà n’a non plus aucun sens. Il n’est pas en effet du pouvoir du patron de Renault de changer les règles de la  concurrence mondiale. Que cherche Mr Sarkozy ? Que Renault subisse à terme le même sort que General Motors et qu’il soit contraint à son tour de mettre la clef sous la porte ? Folie que de prononcer de telles âneries !

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mardi, 02 février 2010

À PROPOS DE L'AFFAIRE DE VILLEPIN

BILLET du 2 FÉVRIER 2010

Il y aura donc un nouveau procès Clearstream : après que Mr De Villepin ait, la veille, obtenu sa relaxe, le parquet a aussitôt fait appel de ce jugement.

Le parquet, chacun le sait, étant entre les mains du Garde des Sceaux, lequel ne prend ses ordres que du Président de la République, il n’est pas douteux que cet appel est bien issu de la main même du chef de l’État, quoique certains disent.

UNE GRAVE ERREUR

sarkozy.jpg Je pense que Mr Sarkozy commet là une grave erreur contre lui-même en mettant à nouveau Mr De Villepin dans une position de victime. Celui-ci adore çà et cela lui réussit jusqu’ici fort bien.

Cette “affaire De Villepin" nous conduit à nous poser trois axes de réflexion :

• en premier aspect, il y a d’abord la question de la Justice. Le jour où le jugement de relaxe a été prononcé, les partisans de Mr De Villepin pavoisaient en expliquant que la Justice était vraiment indépendante. Et le lendemain, quand cet appel a été rendu public, les mêmes protestaient contre la subordination du parquet au pouvoir. Ceci nous introduit dans l’actualité d’un débat qui va nous occuper tout au long de l’année, à savoir la réforme de la Justice, son statut et son vrai pouvoir, aujourd’hui contestable, d’autonomie et d’indépendance.

• le second aspect, qui ne manque pas d’intérêt pour ceux qui ont la veine romanesque, c’est cette haine qui n’a cessé de se développer - et que chaque péripétie nourrit davantage - entre deux personnalités de premier plan : un ex-Premier Ministre et un des membres de son gouvernement, devenu depuis Président de la République, quoiqu’appartenant tous deux toujours à la même famille politique.
L’on observe généralement que les haines entre des personnes appartenant à des partis politiques opposés sont davantage extériorisées ou matérialisées par leurs idéologies. Mais ici, dans ce cas, elles relèvent de la seule psychologie et de l’ambition de deux personnalités, de deux styles d’hommes si différents l’un de l’autre.

• le troisième aspect est évidemment l’avenir de Mr De Villepin. Celui-ci, sous l’effet de cet appel, vient de marquer un point considérable. Et c’est maintenant Mr Sarkozy qui, lui, est dans une mauvaise passe : depuis l’affaire de son fils (qui ambitionnait la présidence de l’EPAD), Mr Sarkozy est frappé par une série de péripéties dans lesquelles il a été désavoué, pas seulement par l’opinion ou par ses adversaires, mais par ses propres partisans. Tout se passe désormais comme s’il y avait un soulèvement des institutions contre le Président lui-même, y compris de celles réputées favorables, comme au Parlement avec l‘action de Mr Copé, mais aussi au Conseil Constitutionnel (où il n’a pas que des amis !) avec le rejet de la taxe carbone, et maintenant la Justice qui se révolte depuis la réforme imposée au forceps par Mme Rachida Dati. Et les juges du siège sont désormais “vent debout” contre Mr Sarkozy.

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