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mardi, 02 février 2010

À PROPOS DE L'AFFAIRE DE VILLEPIN

BILLET du 2 FÉVRIER 2010

Il y aura donc un nouveau procès Clearstream : après que Mr De Villepin ait, la veille, obtenu sa relaxe, le parquet a aussitôt fait appel de ce jugement.

Le parquet, chacun le sait, étant entre les mains du Garde des Sceaux, lequel ne prend ses ordres que du Président de la République, il n’est pas douteux que cet appel est bien issu de la main même du chef de l’État, quoique certains disent.

UNE GRAVE ERREUR

sarkozy.jpg Je pense que Mr Sarkozy commet là une grave erreur contre lui-même en mettant à nouveau Mr De Villepin dans une position de victime. Celui-ci adore çà et cela lui réussit jusqu’ici fort bien.

Cette “affaire De Villepin" nous conduit à nous poser trois axes de réflexion :

• en premier aspect, il y a d’abord la question de la Justice. Le jour où le jugement de relaxe a été prononcé, les partisans de Mr De Villepin pavoisaient en expliquant que la Justice était vraiment indépendante. Et le lendemain, quand cet appel a été rendu public, les mêmes protestaient contre la subordination du parquet au pouvoir. Ceci nous introduit dans l’actualité d’un débat qui va nous occuper tout au long de l’année, à savoir la réforme de la Justice, son statut et son vrai pouvoir, aujourd’hui contestable, d’autonomie et d’indépendance.

• le second aspect, qui ne manque pas d’intérêt pour ceux qui ont la veine romanesque, c’est cette haine qui n’a cessé de se développer - et que chaque péripétie nourrit davantage - entre deux personnalités de premier plan : un ex-Premier Ministre et un des membres de son gouvernement, devenu depuis Président de la République, quoiqu’appartenant tous deux toujours à la même famille politique.
L’on observe généralement que les haines entre des personnes appartenant à des partis politiques opposés sont davantage extériorisées ou matérialisées par leurs idéologies. Mais ici, dans ce cas, elles relèvent de la seule psychologie et de l’ambition de deux personnalités, de deux styles d’hommes si différents l’un de l’autre.

• le troisième aspect est évidemment l’avenir de Mr De Villepin. Celui-ci, sous l’effet de cet appel, vient de marquer un point considérable. Et c’est maintenant Mr Sarkozy qui, lui, est dans une mauvaise passe : depuis l’affaire de son fils (qui ambitionnait la présidence de l’EPAD), Mr Sarkozy est frappé par une série de péripéties dans lesquelles il a été désavoué, pas seulement par l’opinion ou par ses adversaires, mais par ses propres partisans. Tout se passe désormais comme s’il y avait un soulèvement des institutions contre le Président lui-même, y compris de celles réputées favorables, comme au Parlement avec l‘action de Mr Copé, mais aussi au Conseil Constitutionnel (où il n’a pas que des amis !) avec le rejet de la taxe carbone, et maintenant la Justice qui se révolte depuis la réforme imposée au forceps par Mme Rachida Dati. Et les juges du siège sont désormais “vent debout” contre Mr Sarkozy.


UNE AFFAIRE JURIDIQUE ET POLITIQUE

Donc cette “affaire” Clearstream pose, à la fois, une question juridique et une autre politique.

Sur le plan juridique, j’entendais, (lors d’un débat télévisé suivant immédiatement l’annonce de la relaxe de Mr De Villepin), l’un de nos meilleurs constitutionnalistes - Olivier Duhamel - déclarer que celle-ci était l’une des plus grandes victoires pour l’indépendance de la Justice face aux pressions majeures venant de l’Élysée. On  sait aujourd’hui, après l’annonce de l’appel, que cette analyse se renverse totalement : la Justice est bien “aux ordres” du pouvoir par procureurs interposés qui, évidemment, ne prennent pas semblable décision sans avoir consulté préalablement qui l’on sait.

Il y a donc désormais une justice indépendante - celle des juges du siège - et une autre totalement soumise au pouvoir, celle du parquet.

Sur le plan politique, cet appel est le plus beau cadeau qu’on pouvait donc faire à Mr De Villepin : il le remet totalement en selle. Même si on ne peut ignorer que, derrière l’homme politique et public, il y a aussi une famille qui est exposée et qui souffre (depuis cinq ans déjà) dans son affectivité. Mais le meilleur atout de Mr De Villepin, c’est qu’il se pose désormais en victime du sarkozysme.

UN ESPACE POLITIQUE CONSIDÉRABLE. MAIS...

De-Villepin.jpg Cela ouvre À Mr De Villepin un espace politique considérable. Mais sa marge de manœuvre reste cependant très étroite, même s’il peut, aux prochaines élections, faire perdre Mr Sarkozy. Il a en effet un positionnement proche de celui de Mr Bayrou, c’est-à-dire celui d’un républicain de droite anti-sarkozyste, quand Mr Bayrou, lui, est un républicain du centre tout autant anti-sarkozyste. Mais, pour Mr De Villepin, c’est sans pouvoir gagner pour autant, car cela l’entraîne de faire perdre son propre camp sans pouvoir le conquérir pour autant.

Ceci rappelle un peu l’épisode que l’on sait de Jean-Pierre Chevènement face à Lionel Jospin. On sait la suite que cela a donné.

Le combat entre Mr De Villepin et Mr Sarkozy se situe aussi pour s’attribuer à tour de rôle le statut de "victime" de l’autre. On a même vu un Président de la République se porter partie civile : du jamais vu dans l’histoire de la République alors qu’il a tout pouvoir sur le parquet comme chacun sait. Où est la vraie victime dans cette confusion des genres ?

QUELLES CONSÉQUENCES ?

Quelles conséquences politiques prévisibles à terme ?

Il y a donc désormais, dans le camp des anti-sarkozystes, une sorte d’embouteillage autour du centre de la scène politique qui rend les prochaines échéances électorales peu lisibles.


(Je ne parle pas ici des régionales de Mars 2010 qui, vraisemblablement, sont déjà perdues pour la droite : il  y a deux mois, il y avait 10 points d’écart entre l’UMP et le P.S., aujourd’hui ils sont à égalité. Mais l’UMP n’a plus aucune réserve pour le second tour. Il y avait autrefois un centre pour sauver les meubles. Mais aujourd’hui le centre se résume à un “Nouveau Centre” qui n’a de centre que le nom puisqu’il est déjà fondu de fait dans l’UMP, et Bayrou qui, lui, assène son incompatibilité avec le sarkozysme. Mais, de manière générale, le centrisme qui, autrefois, penchait systématiquement vers la droite, penche désormais vers la gauche, y compris hors l’électorat de Mr Bayrou)

La carte donc à jouer pour Mr De Villepin est sensiblement la même que celle de Mr Bayrou. Son positionnement est de jouer, comme lui, la carte du “républicanisme” contre, d’un côté, le libéralisme américain et, de l’autre, le socialisme “archéo”.

Au centre l’on trouve donc désormais un centre droit “républicain” qu’incarne Mr De Villepin, et un autre centre, lui aussi “républicain”, mais plus “ouvert” que le premier et incarné par Mr Bayrou.

Le débat n’est donc pas prêt d’être clos. Et 2012, c’est encore loin. Très loin.

L’eau continue de couler sous les ponts, entraînant avec elle ses sédiments menant vers de nouveaux rivages.

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