Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 27 janvier 2010

À PROPOS DE L'ISLAM ET LA RÉPUBLIQUE

BILLET du 27 JANVIER 2010

Je n’ai pas connaissance qu’une seule fois mal poser un problème ait pu contribuer à le résoudre.

Le débat initié par Mrs Nicolas SARKOZY et Éric BESSON sur l’identité nationale a été, à sa base, mal posé. Il se révèle de jour en jour inutile et absurde. Je l’avais déjà dit ici. Il se retourne aujourd’hui contre leurs auteurs.

UN DÉBAT MAL POSÉ

identité.jpg Il eut été préférable, par exemple, d’ouvrir à la place un débat sur la mise en forme d’un grand service civique et savoir ce qui devait figurer dans l’instruction des jeunes adultes. Çà, çà aurait eu un sens. Mais ouvrir un débat quand il n’y a rien derrière - hormis une élection en vue - les français, qui ne sont pas idiots, pensent que c’est un débat électoraliste. Et tout s’effondre de lui-même. Pis, ce débat tourne à quelque chose de dangereux : le procès de l’Islam et de ses rapports avec la République.

L’on s’est inventé en cette occasion et à souhait des problèmes avec l’identité nationale. Or elle n’a jamais été un vrai problème dans la société française.


UN ISLAM BIEN INTÉGRÉ

Et puisque cela retombe aujourd’hui, comme c’était prévisible, sur l’Islam de France, il faut préciser et rendre à celui-ci cette justice que, contrairement à ce qu’on lit ici ou là, l’Islam de France s’est fort bien intégré dans la société française. Cette intégration est même une remarquable réussite de la République.

Évidemment, on peut encore progresser, notamment dans les banlieues. Mais, dans l’ensemble, le modèle républicain a bien fonctionné. Et là où il ne fonctionne pas tout-à-fait comme il faut, c’est précisément parce qu’on n’applique qu’insuffisamment ce modèle.

Je suis personnellement hostile aux stratégies de discrimination positive alors qu’il suffit tout simplement d’appliquer les lois de la République. Et, en France, il faut constater que, quand on les applique, çà marche plutôt bien.

Est-il nécessaire de préciser que si la République doit reconnaître l’Islam, il est tout aussi indispensable que l’Islam se doit de reconnaître la République ?

Mais tant qu’il n’y aura pas en France une levée de boucliers de ceux qui, parmi les musulmans authentiques, ont une voix qui porte dans la cité - par exemple leurs grands théologiens, leurs intellectuels ou tous ceux qui ont la possibilité de se faire entendre - tant qu’il n’y aura pas un consensus des communautés musulmanes pour s’élever, par exemple encore, contre les fatwas qui se permettent de condamner sans défense n’importe quel individu pour une opinion qu'il exprime, contre le voile intégral, contre les excès de l’islamisme terroriste, tant que cela ne sera pas, il pèsera toujours un soupçon sur l’Islam.

QUE LES MUSULMANS S'EXPRIMENT

Il faut absolument que les musulmans s’expriment clairement contre cet islamisme qui mine sournoisement leur religion. Et c’est d’abord aux musulmans de se faire entendre. Cela contribuerait grandement à dépassionner le rapport de la République à l’Islam.

On le voit ici : notre débat sur l’identité nationale a donc été mal posé. Il n’y a rien de choquant ni de scandaleux à parler d’unité nationale, pas plus que d’identité nationale. Sans même rappeler tous les grands humanistes qui se sont déjà exprimé sur le sujet, je le rappelais dans un précédent billet. Mais ceci à la condition de ne pas instrumentaliser ce débat. Or nous sommes actuellement en pleine période préélectorale. Il nous faut donc veiller avec soin à ne pas le ramener à un déballage sur les rapports de la République avec l’Islam.

IDENTITÉ NATIONALE ou UNITÉ NATIONALE ?

Il est aussi normal que, lorsqu’on se pose la question de l’identité nationale, celle de l’immigration prenne le pas sur tout autre sujet. En effet le problème de l’identité c’est bien celui de la fusion progressive qui doit avoir lieu, dans toute société, à tout moment, entre les populations en place depuis longtemps et celles qui arrivent d’ailleurs, issues d’autres cultures ou d’autres continents. Et il n’y a rien de scandaleux d’évoquer ce problème, le vrai : celui de l’immigration.

Mais il est scandaleux et intolérable d’identifier l’immigration à l’Islam.

D’abord tous les immigrés ne sont pas musulmans : nous constatons aujourd’hui des immigrations sans cesse croissantes issues, notamment, de l’Europe de l’Est, celles de populations de religion orthodoxe, ou d’autres encore parfaitement athées. Ensuite, même pour les pays de culture islamique, identifier tout arrivant à l’Islam, c’est tomber dans le piège et faire le jeu de cet islamisme qui pourrit tout.

Ce débat sur l’identité aboutit donc à une sorte de panique générale où les uns et les autres, y compris dans les rangs des politiques de tous bords, essayent de tirer leur épingle du jeu. Mme ALLIOT MARIE, Garde des Sceaux, a même admis récemment que le problème était moins celui de l’identité que celui de l’unité nationale. L’identité et l’unité nationales, ce n’est évidemment pas la même chose : l’identité est en effet un problème narcissique, un peu celui du serpent qui se mord la queue, alors que celui de l’unité est un problème qui se pose à chacun et à tout moment.

Même si donc le débat sur l’identité nationale peut passionner certains esprits ou quelques intellectuels en mal de réflexion, ce n’est surtout pas au “politique” qu’il appartient de le lancer. Surtout quand il n’y a pas derrière un projet concret, ou une loi en préparation. Le rôle d’un homme politique, c’est d’agir, pas de lancer des débats sans fondement, donc sans issue.

Mais, par ailleurs, on ne peut nier que la question du rapport de la République avec l’Islam se pose toujours avec une certaine acuité. Mais cette question ne peut être résolue que les intéressés eux-mêmes, c’est-à-dire les musulmans.

Plus on entendra la voix de musulmans se distinguer de l’islamisme, moins la confusion entre l’Islam - qui est une religion parfaitement respectable et qui a toute sa place dans notre société, y compris laïque - et l’islamisme - qui, lui, est l’utilisation politique et terroriste d’un prétendu Islam dans des visées purement de domination des individus et de la femme - cette confusion-là est et restera insupportable.

LA DICTATURE ISLAMISTE

prière.jpg Pourquoi donc cela ne se fait-il pas ?  Pourquoi sont-ils si peu nombreux les musulmans à le faire ? Pourtant la majorité d’entr’eux, nous le savons, ne sont pas favorables à l’islamisme.

La raison de ce silence en est simple : ils ont peur face aux méthodes terroristes de ces islamistes.

C’est une véritable défaite de nos sociétés libérales - y compris en France - face au terrorisme qu’il incarne. Un bœuf se pose sur la langue de ceux qui voudraient bien s’exprimer sur ce problème, même s'il les concerne tous au premier plan et qu'il mérite d’être posé et discuté sereinement. Mais les intimidations se multiplient : toutes incitent à plus de haine. Certaines sont totalement inavouables tant elles atteignent l’odieux.

Donc, au risque de me répéter, ce débat sur l’identité nationale, j’allais dire cet inutile débat, loin de le résoudre, ne fait qu’attiser le problème. Les gens qui ont qualité pour s’exprimer sont tétanisés : ils se replient dans un silence prudent. Ils sont sous le joug de cette dictature impitoyable.

Le devoir de notre société, le devoir de nos dirigeants et des politiques, est donc d’aider les musulmans à se libérer de ce joug terroriste qui les enferme, joug déguisé sous le faux habit d’un Islam qu’il asservit à sa propre cause pour dominer leurs semblables et les exploiter à des fins inavouables.

Nous avons donc un devoir de solidarité vis-à-vis des musulmans authentiques. Et non pas d’exclusion.

Commentaires

Parfaitement d'accord avec cette analyse, et avec l'importance à donner au service civque des jeunes pour favoriser le "mieux-vivre ensemble", pour que chacun prenne la mesure du respect de l'autre et de soi-meme, et du devoir citoyen pour tous...
J'aurais peut-etre insisté aussi sur la priorité pour l'Etat de mettre les moyens nécessaires pour rendre plus juste et plus efficace l'accueil et l'intégration des jeunes et des familles dans les quartiers difficiles...

Écrit par : Odette GUIRAUDOU | mercredi, 27 janvier 2010

Les commentaires sont fermés.