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dimanche, 01 novembre 2009

À PROPOS DE L'IDENTITÉ NATIONALE

BILLET DU 1er NOVEMBRE 2009

“À quoi bon relancer cette affaire ? Ernest Renan (1823-1892) a déjà tout dit”. C’est la réaction spontanée d’Alain Juppé, l’ancien Premier Ministre, à l’annonce de Mr Besson de “lancer un grand débat” sur ce sujet de l’identité nationale.

Mr Juppé, à son tour, a tout dit.

UNE FICELLE UN PEU GROSSE

À la question “pourquoi relancer le débat ?”, force est d’admettre que la ficelle est un peu grosse : chaque fois que le gouvernement, ou Mr Sarkozy, est en difficulté, il relance soit le thème de la sécurité, soit celui de l’immigration, ce dernier thème repris aujourd’hui par le biais de “l’identité nationale”. Cela relève du cynisme. Et c’est même contre-productif par rapport au problème sérieux qu’est celui de l’immigration qu'il implique.

ERNEST RENAN A DÉJÀ TOUT DIT

Autre avancée de Mr Juppé : nous vivons toujours sur l’idée de Renan, sur son célèbre discours “Qu’est-ce qu’une Nation ?”. (“L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister” (extrait).

Une Nation, c’est, d’abord, un plébiscite permanent : à tout moment, une Nation est composée d’hommes et de femmes qui veulent la constituer. C’est la volonté nationale qui fait la Nation. En conséquence, le contenu de l’identité nationale ne cesse de varier en fonction des humeurs, des convictions et de la composition de la Nation elle-même.


 

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Une Nation, c’est aussi une capacité de se souvenir et d’oublier ensemble. Le souvenir, c’est un passé : il n’y a pas de Nation sans passé. Même les immigrés de la 2ème génération ont un passé. Le souvenir, oui,  mais aussi une capacité d’oublier ensemble. Lorsque, d’une manière obsessionnelle, on ressort des affaires “mémorielles”, on ne sert pas l’identité nationale. Ces affaires sont de la compétence des historiens, du débat public : elles ne doivent pas devenir un thème politique permanent.

Voilà pourquoi la manière utilisée par Mr Sarkozy de lancer ce débat, à ce moment précis de la vie politique et d’une échéance électorale proche, dans un contexte difficile pour lui et une majorité qui se délite, est une mauvaise chose.

DEPUIS 30 ANS....

On peut, pourtant, être à la fois partagé entre l’envie de participer à ce débat, ou vouloir l'ignorer. Parce que ce débat sur l’idée de Nation reste passionnant. Mais il a tellement eu lieu depuis 30 ans en France, avec ces deux idées de Nation : la “nation ethnique” à l’allemande, et la “nation républicaine” à la française. Tout ceci est archi-connu et tout a déjà été dit. Va-t-on remettre ce même disque usé ?

Et ce n’est pas aujourd’hui parce que Mr Sarkozy est “dans les choux” qu’il faut remettre çà ! La ficelle est trop énorme.

Donc, de par la volonté présidentielle, “on” va lancer un grand débat. On est, d’ores et déjà, assuré qu’il n’en ressortira rien, pas plus sur celui-ci que sur d’autres précédents lancés à propos d’autres “grands” sujets lancés en bouées de secours dans d’autres circonstances difficiles. Ce ne sera que temps perdu pour créer un écran de fumée face aux difficultés où nous sommes aujourd’hui. C’est du pur “management” politique de période de crise.

Il serait mille fois préférable, au  lieu d’un débat, de mettre notamment en place un vrai service civique et civil qui soit en mesure d’habiliter les projets et les associations, pour offrir aux jeunes générations de vrais projets d’avenir et, ainsi, remplacer le (malheureusement défunt) service militaire universel, lequel était bien, qu’on l’admette ou pas, le vrai creuset républicain de l’identité nationale par le brassage social qu’il autorisait.

Ce serait infiniment plus utile qu’un débat rabâché, ou des colloques promis d’intellectuels en panne d’originalité.

CE N'EST PAS LE RÔLE DES POLITIQUES

Si on veut cependant se placer en dehors de l’actuelle conjoncture politique, on ne peut pas pour autant affirmer que l’identité nationale soit un faux problème. Mais c’est un problème à géométrie sans cesse variable. S’il y a aujourd’hui problème, ce n’est pas un problème d’identité nationale, c’est le problème des identités qui ne sont pas nationales : ils sont géographiques, ethniques, ou encore religieux. Il y a en effet danger que ces identités particulières prennent le pas sur l’identité nationale, ou sur la conscience nationale.

À tout moment, une nation doit donc avoir conscience d’elle-même, des valeurs qu’elle porte, et des projets qu’elle a.

Le rôle des politiques n’est donc pas celui des intellectuels. Le rôle des politiques est de mettre en pratique l’identité nationale républicaine. C’est, entr’autres, s’opposer à la discrimination positive.
(On pense notamment à la loi sur la parité : quel effet a-t-elle eu dans les grandes institutions ?  C’est une comédie de prétendre vouloir aider les femmes à accéder aux responsabilités alors que cela a abouti à.... “epsilon”. On a volé les femmes du rôle qu’elles pouvaient jouer dans notre société).

Si l’on veut donc faire encore un débat sur l’hymne national, ou le drapeau à l’école, tout le monde a déjà essayé. Çà a donné quoi ? “La Marseillaise” sifflée dans nos stades, parce que considérée comme un “machin” gouvernemental et non  comme l'expression du sentiment national. On n’a pas su expliquer ni faire partager ce sentiment. C’est un échec.

Que les politiques fassent donc leur travail et qu’ils laissent aux historiens, aux philosophes, aux intellectuels le soin de faire le leur.

J’entendais récemment, pour conclure, un commentateur citer cet exemple : si vous demandez aujourd’hui à un jeune français “êtes-vous prêt à mourir pour la patrie ?”, il va se payer de votre tête en s’esclaffant. Si la même question avait été posée au même jeune dans le climat de 1940 et du joug de l’occupant, la réponse aurait été toute différente.

Ceci illustre bien que l’identité nationale n’est pas une constante : c’est un vécu, à un moment précis. Elle n’est pas, ni ne peut être, une vérité durablement établie.

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