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mardi, 02 juin 2009

À PROPOS DES RAISONS D'UNE ABSTENTION

BILLET du 2 JUIN 2009

Hans Gert PÖTTERING....

Hans-Gert_Poettering.jpgCe nom vous dit-il quelque chose ? Connaissez-vous cette personnalité ? À part cette photo que j’ai placée ici, l’aviez-vous déjà vu précédemment ?

Sans nous livrer à un nouveau jeu de devinettes, j’entends déjà votre question : “mais qui est-ce donc ?”

Je n’avais pas davantage la réponse il y a peu encore (merci Wikipédia) : Mr PÖTTERING est non seulement un membre du C.D.U. allemand, mais aussi un membre éminent du P.P.E. (Parti Populaire Européen). Mais il est surtout LE PRÉSIDENT en exercice depuis plusieurs années du Parlement Européen ! Rien que çà ! Ce même Parlement que nous sommes tous appelés à réélire ce prochain 7 Juin.

Voici donc une personnalité de premier plan, le Président de la seule instance démocratique des institutions européennes, que des centaines de millions d’européens vont réélire dans quelques jours, voici donc un personnage de proue que nul ne connaît, certainement pas plus d’un français sur plusieurs dizaines de milliers d’électeurs interrogés ! Et si l’on voulait questionner ces mêmes électeurs de façon plus proche pour les inviter à citer le nom de nos députés européens français, combien seraient-ils en capacité d’en citer le nom de deux ou trois ?


Je crois que nous touchons là du doigt le problème du désintérêt des citoyens face à une élection pourtant essentielle : parce qu’elle touche désormais notre quotidien. Car, on l’oublie trop souvent, nos propres lois nationales sont soumises aux règles édictées par les institutions européennes, elles-mêmes approuvées par ces mêmes députés européens, et ce pour plus de 80% de nos textes nationaux.

C’est là le drame de notre Europe : l’Europe n’existe pas aux yeux des citoyens car elle n’est pas du tout incarnée, elle n’a aucun visage.

De plus, nul n’en comprend le fonctionnement, nul ne sait quel pouvoir auront les quelques dizaines de députés français qui iront siéger à Strasbourg aux côtés des 785 autres députés venus de partout ailleurs.

UNE EUROPE DÉSINCARNÉE,

SANS VISAGE

Aussi longtemps que perdurera cette situation d’une Europe désincarnée et aux institutions floues, aussi longtemps nos élections européennes n’intéresseront personne. Ou presque. Et chacun, le soir de ces scrutins désertés, versera une larme et de s’interroger : “pourquoi un tel désamour ?”

L’Europe ne mérite pourtant pas cela.

Le manque d’incarnation de ce Parlement, traduisons ce manque de représentation de cette institution, est une faille totale. Comment inciter des citoyens à aller voter pour des inconnus - ou presque - dont nul ne connaît de surcroît le rôle exact ?

C’est un problème de fond. C’est le problème vraisemblablement le plus essentiel de l’Europe. Ce n’est donc pas un problème de choix de personnes, ou de courants politiques.

Si l’on veut en effet aller au plus profond du problème, on observe que, dans la longue et riche histoire de l’organisation politique des nations, il y en a eu essentiellement trois : • d’abord il y a eu les “tribus”, forme primitive où déjà on désignait un chef pour donner corps à un début d’organisation de la société • il y a eu ensuite les “empires” où un peuple en colonisait d’autres pour imposer sa propre forme d’organisation • il y a eu ensuite les “états nations”, forme de synthèse entre la tribu et l’empire, établis sur un territoire délimité, avec une identité particulière, d’où sont nés, notamment en France, des pratiques universelles, comme les Droits de l’Homme, la démocratie, etc.... C’est dans le cadre de ces États nations que s’est, finalement, le mieux incarnée une classe politique capable de concilier tant ces impératifs organisationnels que moraux.

Revenons donc à la construction de l’Europe....

L’Europe essaie aujourd’hui d’inventer une structure post-nationale qui n’est ni la tribu, ni l’empire, ni même l’État nation. L’Europe n’est donc pas un problème de choix de personnes mais bien un problème de philosophie politique.

On peut d’ailleurs observer que les électeurs ne s’intéressent réellement à l’Europe qu’au moment des référendums. Pourquoi ? Parce que, dans ce cas, les enjeux sont beaucoup plus clairs. Les gens se passionnent parce qu’ils ont souvent quelques comptes à régler avec le pouvoir national dominant et qui voudrait imposer sa propre conception des choses.

Je rencontrais récemment sur un marché un citoyen à qui je tendais un tract de campagne et qui me disait s’étonner qu’on vote encore pour l’Europe alors qu’on l’avait "rejetée" (sic) lors du référendum de 2005. Il paraissait étonné quand je lui ai répondu que les français ne se sont jamais prononcés alors pour ou contre l’Europe mais pour ou contre le gouvernement Raffarin/Chirac de l’époque, gouvernement à qui on voulait adresser ses reproches. Les “nonnistes” ont beau protester du contraire, c’est bien cela la vérité.

Où EST L'EUROPE DANS LES DÉBATS ?

abstention.jpg Autre paradoxe : les français ne cessent de dire : “tout se décide à Bruxelles”. Pourquoi donc ne s’intéressent-ils donc pas, aujourd’hui, au travers de leur vote, pour décider qui demain y fera les choix qui les concerneront dans leur vie de tous les jours ?

Le vote du 7 Juin risque donc fort de s’apparenter davantage à un tour de chauffe des prochaines élections, notamment des présidentielles de 2012. Plus qu’à des élections européennes. On y observera, dans les commentaires de la soirée, que l’UMP, quoiqu’en tête avec ±26%, est en baisse et que ses réserves ne se réduisent plus qu’aux électeurs de Le Pen et de De Villiers. On remarquera que le P.S. essaie péniblement de s’accrocher à la barre psychologique des 20%. Encore le succès d’un Bayrou qui incarne une idéologie républicaine à la française, à la fois humaniste et laïque, mais aussi anti-libéralisme à l’américaine et opposé à un socialisme ancré dans les utopies d’un passé néo-stalinien. On soulignera encore le parcours des verts malgré la présence insolite dans leurs rangs d’un Bové et de ses contradictions inconciliables. Et aussi une extrême-gauche affaiblie par ses divisions. Voilà donc ce que l’on retiendra surtout le soir du 7 Juin. Mais, quant à l’Europe, elle, elle risque fort d’être la grande absente du débat qui s’en suivra.

Ce constat nous conduira, pourtant, vers un autre qu’on a, jusqu’ici, détourné pour ne pas y répondre et qu’on ne pourra cependant éluder indéfiniment : quelles institutions faut-il donner à l’Europe ? La situation actuelle est intenable. Après le rejet de la constitution Giscard, Lisbonne n’est qu’un pis-aller qui ne peut rien résoudre tant ses contorsions et ses compromissions l’ont vidé de toute substance.

BÂTIR L'EUROPE DES CITOYENS

L’Europe des citoyens, celle où chacun se reconnaîtra dans les élus envoyés à Strasbourg, est aujourd’hui à bâtir entièrement. Les temps difficiles que nous traversons soulignent cette urgente nécessité : donner vie et corps, donc un visage, à l’Europe, lui donner enfin une cohésion de ses politiques sociales, économiques, militaires et diplomatiques face au monde pour gagner en efficacité, pour y être connue, reconnue et ses légitimes intérêts respectés.

L’Europe des citoyens, c’est d’abord une ambition à faire partager aux autres nations. Ce sera ensuite une volonté commune à stigmatiser avec force et ténacité.

C’est un challenge qui mérite cet immense combat que nous avons à mener. Que nous DEVONS mener prioritairement. Et d’urgence.

Commentaires

«L'Europe des citoyens: celle où chacun se reconnaîtra dans les élus envoyés...»

Peut-on vraiment se reconnaître dans un simple «élu»?
Comme vous avez dit, on ne les connaît que très peu ou mal et leur rôle reste obscur. À cela j'ajouterais qu'ils arborent généralement leurs idées comme des hommes-sandwich; on en prend conscience, mais le spectacle nous laisse souvent indifférent et on ne sait à peu près jamais ce qu'ils pensent réellement au delà des idées et des projets qu'ils agitent devant tout le monde.

Je pense que l'on s'est beaucoup écarté de la ''mission'' fondamentale de l'élection. Selon moi, le concept de l'élection est d'assurer autant que possible la légitimité du chef, c'est à dire de faire en sorte que le peuple se mette consciemment et volontairement sous le contrôle pratique d'un homme (ou d'une femme, qui sait) et que celui-ci soit pleinement conscient que tout son pouvoir dépend de la vie et de la satisfaction de ce peuple.
Je pense que les premières élections ne visaient qu'à officialiser le statut d'un chef (qui l'était par son attitude, sa vision, ses capacités...) . Or, à mesure que des ''non-chefs'' se sont fait élire (par manque de vrai leaders) on a commencé à banaliser les élections, à voir les élus comme de simples représentants du peuple : ces votes-ci ne sont pas des preuves de confiance, ni de soumission volontaire, ni même d'abandon, ils ne désignent que celui qui semble être le moins pires des concurrents, quand ce n'est pas seulement le plus populaire...

C'est du moins ainsi que je m'explique le désintéressement généralisé des gens à l'égard de la politique, phénomène que vous avez remarquez en France et en Europe et qui doit exister un peu partout dans notre monde démocratique:
«une once de volonté pèse plus qu'un quintal de raison.»
Traduction : l'intérêt des gens sera infiniment plus attisé par de fortes idées qui les touchent directement et qui sont amenées par des êtres ayant le caractère et l'audace des chefs que par le programme d'un parti quelconque sans couilles ni tête, programme qui n'est rarement plus qu'un ramassis d'idées plus ou moins significatives, médiocres ou bien purement stratégiques.

C'est à partir d'ici, je crois, que je ne suis plus d'accord avec vous : ce désintérêt est selon moi causé par beaucoup plus qu'une mauvaise philosophie politique. J'ai le sentiment que les éléments de notre mode de vie actuel inhibe tout intérêt politique populaire. Dans l'ensemble de ces éléments, je place la surconsommation ainsi que toute la publicité et les distractions qui viennent avec; la vie sociale axée uniquement sur le plaisir (peu ou pas de réflexion), l'absence de sentiment communautaire (le bon vieux temps...), le manque de temps libre (pour penser à améliorer sa situation au lieu de toujours essayer d'arriver...) etc.

En bref, il est historiquement prouvé que c'est en temps de crise, de pauvreté ou d'intense frustration que l'intérêt des gens pour la politique a été le plus fort (pensez au Québec des années '60, à l'Allemagne des années '30, à la France de la fin du 18e siècle... ainsi de suite jusqu'au tout début de notre organisation en société...). C'est pour cela que j'ai l'impression que tant et aussi longtemps que le peuple ne se sentira pas en péril ou simplement furieux, personne ne pourra le rassembler et lui faire prendre des décisions importantes : «pourquoi se déplacer si l'on se sent bien ici» ...

Je suis loin de croire que la situation n'est pas alarmante, mais je suis surpris de rencontrer chaque jour des gens qui ne veulent pas en prendre conscience, satisfaits qu'ils sont de leur petite vie déjà toute préparée, apparemment heureuse et impropre à tout activisme (mot qui pour moi définit toute décision politique suivie d'une action, comme... un vote).

Ces idées peuvent sembler décourageantes pour tous ceux qui veulent améliorer les choses, mais ce sont les miennes. J'aimerais savoir ce que vous en pensez et qu'elles sont les actions que vous croyez pertinentes pour faire embarquer les gens dans «cet immense combat que nous avons à mener» ?



Bon matin chez vous, ici il est l'heure d'aller se coucher :)

Hugo Lafontaine

Écrit par : Hugo LAFONTAINE | mardi, 20 octobre 2009

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