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dimanche, 22 février 2009

À PROPOS DE L'ÉVOLUTION DE L'OPINION

BILLET du 22 FÉVRIER 2009

Beaucoup d’eau va encore couler d’ici 2012, année de la prochaine élection présidentielle. Rien de ce qui peut être dit aujourd’hui ne peut être vérité d’un lendemain encore si lointain.

2012.png Et, pourtant, des chiffres tombent qui forcent à réfléchir sur les évolutions de l’opinion vues à travers des sondages successifs.

L’approche des élections européennes les fait abondamment fleurir. Et, aussitôt, les imaginations s’enflamment. Il est vrai aussi que nous vivons dans une période où toutes les certitudes sont ébranlées comme elles ne l’ont jamais été depuis plusieurs décennies. L’avenir est sombre et incertain pour beaucoup, y compris pour nos nations elles-mêmes. Les déclarations des uns ou des autres se succèdent, tous voulant donner un point de vue dont on peut s’interroger sur leur réelle pertinence, quand on ne les soupçonne pas de bâtir surtout leurs propres stratégies politiques en une période où les inquiétudes aiguillonnent les attentions.

DES CHIFFRES QUI SURPRENNENT

Que nous révèlent donc aujourd’hui ces premiers chiffres ?


On observe que, malgré cette crise, l’actuel parti au pouvoir - l’UMP - reste en tête avec 26% d’intentions de vote, sans égaler pour autant le niveau électoral de Mr Sarkozy aux présidentielles qui avait recueilli, lui, plus de 31% des voix. Par contre, le P.S., pourtant rendu aphone par ses luttes internes, s’approche, avec 23%, du score de Mme Royal. Quant à Mr Le Pen, il semble “scotché” avec 6% d’intentions de vote, ce qui confirme la quasi disparition de ce parti qui, il y a 7 ans seulement, était parvenu à se hisser au second tour.

Mais on relève surtout d’autres phénomènes troublants. L’extrême-gauche (LO + PC + Parti de Gauche + le NPA de Besancenot) atteint un niveau total de 16% d’intentions de vote, alors que précédemment, en 2007, elle ne dépassait pas au total les 9%. Et Besancenot - “le facteur préféré des français” - fait, à lui seul le score de 9% d’intentions de vote. Enfin, encore, François Bayrou, le Président du “parti sans députés”

Les états majors commencent donc sérieusement à s’agiter face à cet ordre nouveau qui bouleverse leurs pronostics.

Reprenons donc le cas de ces deux “intrus” du paysage politique : Besancenot et Bayrou.
(ou presque) voit sa côte bondir à 14,5%, là où elle était encore il y a peu de semaines à 12% et seulement à 11,9% en 2004. Il est même observé que Bayrou fait maintenant jeu égal avec le P.S. et l’UMP auprès des cadres supérieurs et des professions libérales.

LE CAS BESANCENOT : ATYPIQUE

besancenot.jpg J’entendais récemment un commentateur politique s’interroger : Besancenot est-il le nouveau “Le Pen” de gauche ?

Force est de constater que Besancenot est aujourd’hui en capacité de diviser la gauche, tout comme Le Pen, en ses années de “gloire”, est parvenu à diviser la droite. Pour autant va-t-il avantager la droite en affaiblissant la gauche ? Rien n’est moins sur. On reviendra sur ce sujet plus loin.

Mais Besancenot reste quand même un phénomène atypique. Si l’on écoute son discours, tout comme jadis celui de Le Pen, on reste désarmé. Besancenot base en effet son discours - au passage brillamment structuré - sur un certain nombre de constats parfaitement justes. Comme le capitalisme est actuellement en crise, il a un “boulevard” pour citer des centaines d’exemples qui ne peuvent que “faire mouche”. Quand il dénonce par exemple que les banques suisses (UPS) viennent de recevoir 6 milliards d’argent public et en ont aussitôt distribué 2 en bonus, qui ne serait pas choqué ? Quand il dit encore que les écarts de revenus sont de 1 à 400, qui non plus ne serait pas choqué ? Puis, après ces innombrables constats criants, Besancenot - tout comme jadis Le Pen - s’évade dans un discours qui n’a plus aucun rapport avec la réalité. Et il le fait d’autant aisément qu’il sait très bien qu’il n’exercera jamais le pouvoir. Et il ne s’en cache même pas. Et tout ceci étant dit avec un talent oratoire exceptionnel, un visage rond et sympathique. Pourtant ces ingrédients, même séduisants, sont la structure même d’un délire assumé. Pour ceux qui ont connu la période soixante-huitarde, nous connaissons par cœur ces discours autogestionnaires, l’idée qu’on doit nationaliser les banques, qu’on va créer des conseils avec des délégués investis de mandats impératifs et révocables par le peuple, qu’on doit interdire tout licenciement, etc.... Ce sont les mêmes fadaises d’antan qu’on nous ressasse.

Même en supposant que les propositions de Besancenot “tiennent la route”, si seule la France les met en place, elle est immédiatement “coulée” par le contexte international. Qui peut imaginer qu’un pays peut, seul, s’affranchir des lois de la concurrence ? Je ne crois pas, quant à moi, que les français soient prêts à entrer dans ce rêve délirant et leur réflexe de bon sens les en éloignera devant les urnes.

Il est d’ailleurs curieux d’observer que le principal promoteur de Besancenot...., c’est la droite française elle-même au travers de ses médias. Elle l’agite comme un épouvantail en imaginant que cela servira peut-être ses propres intérêts. Je crains fort qu’elle ne fasse là une profonde erreur de stratégie. Comme jadis Mitterrand utilisant Le Pen.

La question qu’on peut donc maintenant se poser est celle-ci : “Quel est le meilleur opposant face à Mr Sarkozy ?” On peut s’attendre à entendre citer le nom de Besancenot. Par contre si on pose la question : “Qui, à gauche, est capable de mettre en place une politique alternative à celle de Mr Sarkozy ?”, il est vraisemblable qu’ici ce n’est pas le nom de Besancenot qui serait cité. Ce qui démontre que les attentes à l’égard de Besancenot sont très différentes de celles d’un Bayrou, d’une Aubry ou encore d’une Royal.

Qu’en est-il donc de l’opposition malgré le lutin Besancenot ?

UNE DROITE RÉUNIE

Force est de reconnaître que Mr Sarkozy a réussi à unifier la droite comme jamais elle ne le fut depuis des lustres. On ne parle plus - ou presque - de Le Pen, de Pasqua, de gaullistes, de villiéristes, ou autres ex-barons. Bayrou n’étant plus considéré comme faisant partie de la "famille", il y a désormais à droite ou Sarkozy ou rien. C’est là sa vraie victoire.

Face à Sarkozy, nous avons donc une opposition qui comporte désormais 3 forces.... inconciliables : il y a en tête le P.S., puis ensuite Bayrou et, enfin, Besancenot (qui devance déjà les verts et autre PC). Pour le P.S., cette confrontation le met dans une situation quasi impossible : comment être en mesure de proposer une alternative réaliste à la politique de Mr Sarkozy qui réponde aussi à l’attente des 2 autres courants qui l’encadrent ?

LE TRIOMPHE DE BAYROU ?

bqyrou.jpg Le résultat ? Quoiqu’on dise, la droite se trompe totalement en croyant que Besancenot va arranger ses affaires. Il n’en est rien. Celui qui risque fort de “ramasser la mise” n’est autre que François Bayrou ! Si, en effet, vous avez un P.S. divisé avec son trop-plein de leaders potentiels - Aubry, Royal, Hollande, Fabius, etc.... -, si, en plus, vous avez un Besancenot assez puissant, le risque est fort que ce soit François Bayrou qui, finalement, soit présent au second tour face au candidat de l’UMP (Sarkozy ou autre successeur désigné par le parti dominant). Et, là, Bayrou peut gagner son fauteuil à l’Élysée. Cette hypothèse-là commence à trottiner sérieusement dans les esprits des observateurs politiques. C’est bien là aussi que réside toute la stratégie de Bayrou.

Voilà qui va bouleverser toutes les stratégies actuellement en place et les pronostics les mieux établis.

Il serait étonnant que Mr Sarkozy n’en ait pas conscience. D’où son acharnement et les petites phrases de dénigrement.

Et çà, ce n’est plus du délire ! Même si c’est seulement pour 2012.

Commentaires

Comme pour les présidentielles François BAYROU représente la seule alternative crédible. Mais il ne fait pas partie de l"establishment". Il n'est pas d'un grand corps de l'État à l'opposé de tous les prétendants (sauf Sarko) qui sont des Énarques bon teint. Peu dangereux pour les gens en place quoi qu'il arrive.
Je pense que cela explique aussi l'acharnement médiatique comme l'illustrent bien les guignols de l'info sur canal+.

Écrit par : Jehan GIROUD | mardi, 24 février 2009

Rien à redire, très belle analyse !

Écrit par : Ivan GABRIÈLE | vendredi, 27 mars 2009

Les commentaires sont fermés.