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dimanche, 01 février 2009

À PROPOS DU NÉGATIONISME

BILLET du 1er FÉVRIER 2009

benoit.jpgUne,tempête s’est levée au sein de l’Église catholique, sitôt connue la décision de Benoît XVI de réintégrer en son sein quatre évêques intégristes jadis excommuniés par Jean-Paul II. C’est tout le concile Vatican II qui est aujourd'hui mis à mal.

Mais, au-delà de ce virage idéologique, il y a le cas de la réintégration de cet “évêque” britannique - Richard Williamson - qui affirme, dans une odeur de scandale qu’il semble affectioner, qu’aucun  juif n’a jamais été tué dans une chambre à gaz. Et il rajoute même que le 11 Septembre 2001 (attentat à New-York contre les deux tours du World Trade Center) est le "plus grand mensonge du siècle”.

EST-IL DEVENU NÉGATIONISTE ?

Quand on entend cela et que l’on apprend que Benoît XVI a réintégré cette sorte d’individu prétendu évêque, on peut se demander si Benoît XVI est soudain devenu ou intégriste ou négationiste lui-même.

Je suis persuadé, quant à moi, qu’il n’en est rien. Même si cette décision sera vraisemblablement l’une des plus grandes erreurs de son pontificat, il montre par là qu’il n’est pas du tout un politique avisé : il met l’unité de l’Église au-dessus de tout, ce qu’on peut comprendre du point de vue d’un pape. Mais çà le conduit à commettre de graves erreurs.

La première de ses erreurs a été le discours de Ratisbonne qui a mis le monde musulman à feu et à sang, ce qui n’était pas très heureux en soi, même si, sur le fond, l’éminent théologien qu’on sait avait sa part de vérité dans ce discours. (voir mon billet "À propos du rationalisme" du 24/09/2006).

Mais ici, pour cette nouvelle erreur, on ne peut pas dire que Benoît XVI ne savait rien à propos de ces évêques intégristes : on savait parfaitement à qui on avait à faire, et il n’y a pas que l’évêque Williamson dont on savait qu’il n’était qu’un grand “barjot” délirant, négationiste antisémite, bien connu dans les milieux néo-nazis. Il suffisait aussi de passer devant ce qui fut l’église St Nicolas du Chardonnet à Paris, à la grande époque de la révolte de Mr Lefebvre, pour voir ce que ses fidèles diffusaient devant l’église : on n’avait à faire qu’à des gens qui étaient plus à droite encore que Le Pen lui-même, de véritables nazillons, des révisionnistes, ou encore de parfaits négationistes.


 

QUE DEVIENT L'ŒUVRE DE JEAN-PAUL II ?

On sait, encore aujourd’hui, que c’est à cette population-là qu’on a à faire. Donc, réintégrer ces gens-là, ce n’est certes pas dire qu’ils ont raison, mais c’est courir le risque d’annuler l’œuvre magnifique de Jean-Paul II en direction des autres religions, et notamment vers le judaïsme. On renie le grand rassemblement d’Assise.

Je rencontrais, par hasard cette semaine, un jeune et brillant intellectuel catholique, de passage dans notre région, longuement formé à l’école et la doctrine de St Benoît et avec qui il reste en contact permanent par de fréquents séjours dans un monastère bénédictin du nord de la France. Par souci de discrétion, j’en tairai l'identité : mais il a eu l’heureuse initiative de créer et d’animer fidèlement un site internet (basé en Belgique) qui est d’une richesse intellectuelle et spirituelle dont j’ai grand plaisir à en parcourir régulièrement les pages. Et, au cours du repas que nous avons partagé, nous avons abordé, inévitablement, le sujet de cette réintégration.

UN SENS POLITIQUE DÉFAILLANT

Je disais donc à mon interlocuteur que je voyais deux problèmes à cette surprenante décision : d’abord il y a le souci de tous les papes, sans exception, de réduire les schismes. C’est un peu comme dans les partis politiques : c’est plus difficile de réunifier une institution que de la diviser, surtout quand viennent se greffer sur cette division des passions extrêmement fortes. La démarche de Benoît XVI peut donc relever de ce souci. Mais c’est une démarche qui démontre quand même un sens politique très défaillant. Même si cette réintégration n’est que la levée d’une ancienne excommunication et qu’elle est maintenant soumise, de la part de ces “réintégrés”, à leur reconnaissance officielle de la validité de Vatican II, outre la primauté du siège de St Pierre (ce qui n’est pas du tout gagné d’avance !). Le scandale est tel que même la Fraternité St Pie X - qui regroupe les partisans de Mgr Lefebvre - a été obligée de désavouer l’évêque anglais pour ses déclarations.

Mais, sur un autre plan, j’expliquais aussi à mon interlocuteur que cette réintégration ouvrait une crise du point de vue symbolique. Quelles que soient les précautions qui seront prises ultérieurement, aussi bien par le Pape que par l’épiscopat (les déclarations se multiplient depuis), le mal est fait : il y a une certaine adéquation qu’on tente de glisser aujourd’hui entre la position de l’Église à une période donnée et celle, aujourd'hui, de certains individus douteux. Le disciple que je suis, formé longuement à l’école de St Ignace de Loyola - les jésuites ("Ad Majorem Dei Gloriam") - s’est retrouvé, sur ce ce point, en parfaite harmonie avec son interlocuteur, disciple, lui, de St Benoît. (Les initiés savent que ce n'est pas toujours le cas entre ces deux écoles, faussement rivales).

L’Église catholique, même si elle se considère comme “universelle” et qu’il y ait inévitablement en son sein - universalité oblige - des progressistes, des modérés ou encore des intégristes - ce qui, en soi, n’est ni surprenant ni gênant - l’Église n’avait vraiment pas besoin de cette sorte de consécration de ces individus autant marqués.

J’ai connu, à l’époque de Vatican II, des séminaristes, même des prêtres, complètement déboussolés par le vent nouveau qui soufflait alors sur cette institution plusieurs fois millénaire, cette révolution qui bousculait tous les dogmes enseignés et reçus par eux depuis leur plus tendre enfance ou leurs années de séminaire. J’ai connu des prêtres qui gardaient la soutane alors que d’autres avaient adopté la mode débraillée. Et ils souffraient d’une sorte de marginalisation où ils se trouvaient de fait en respectant dans leur apostolat une certaine tradition. Certains ont écouté Mgr Lefebvre et se sont éloigné. D’autres sont restés fidèles quand même au sein de l’Église, même en gardant leurs références d’origine. Eh bien la fidélité de ces derniers est aujourd’hui désavouée. Je trouve cela humainement désastreux.

CE SONT DES NÉO-NAZIS....

Comme dans mon action politique, j’ai toujours préféré les réactionnaires intelligents aux progressistes idiots. Mais, ici, on n’a pas à faire à çà : on a à faire, tout le monde le sait, à des néo-nazis affirmés. On ne peut avoir à leur égard la moindre complaisance, surtout après un Jean-Paul II qui, sur ce plan, nous a laissé une œuvre immense. Notamment, on se souvient de ce qu’il a fait en direction des juifs, ou encore de sa ferme position sur le Carmel d’Auchwitz : il a su créer un éblouissant dialogue inter-religieux, là où on enseignait jadis la haine du juif “déicide”.

Comment Benoît XVI ne se rend-il pas compte qu’il est en train d’annuler tout çà ?

En cette circonstance, et en désavouant de fait Jean-Paul II, il se montre être un “intello” dans le plus mauvais sens du terme. Revers peut-être de médaille de l’éminent théologien qu’il est surtout, oubliant qu’il est aussi le pasteur d’une institution humaine, avec ses exigences de compréhension  et ses règles.

Les temps sont décidèment devenus difficiles. En église aussi. Il n’y a pas que sur le plan économique que nous traversons une crise. Maigre consolation que voilà.

Commentaires

Bonjour François.

Merci de ces notes qui sont non seulement très intéressantes mais qui constituent également un vrai moment de plaisir de lecture.

En tant qu'ex-fidèle de St Nicolas du Chardonnet, élève du Cours Hattemer (encore une autre école connue pour certaines prises d'opinion proches de l'intégrisme malgré ses revendications opposées), je partage complètement ton opinion sur la triste évolution de la politique du catholicisme menée par l'ex-cardinal Ratzinger, ... mais malheureusement qui ne fait que confirmer mes craintes lors de son élection à la "tête" d'un catholicisme trop longtemps torturé, divisé et dont la réunification, si toutefois elle est possible, est très très loin d'être sur le bon chemin.

Sans transition, quand se tient le prochain café démocrate à Nïmes?

Bien cordialement,

Michaël

Écrit par : Michaël MANEN | vendredi, 27 février 2009

Excellente lecture, merci énormément ! ! !

Écrit par : SITE PARI SPORTIF | mardi, 27 mai 2014

J'aime bien votre blogue, il vous laisse ce commentaire pour vous encourager à le préserver à jour.

Écrit par : pronostic france honduras | dimanche, 15 juin 2014

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