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samedi, 14 juin 2008

À PROPOS de Mr Barack OBAMA

images.jpgBILLET du 14 JUIN 2008
 
J’éviterai, par respect pour la grande démocratie américaine et de ses citoyens, de tomber dans le piège que j’observe ici ou là et qui consiste, pour certains qui, comme moi, ne sont pas citoyens américains, de tresser des couronnes de lauriers à Mr Obama, candidat élu pour prétendre à la Maison Blanche. Même s’il nous faut admettre qu’il est plutôt hors les normes habituelles et d’un profil tout-à-fait singulier.

Par respect pour cette démocratie, ce serait un mauvais service à rendre à Mr Obama que de le faire passer, face à l’opinion américaine - si chatouilleuse et versatile - pour le “candidat de l’étranger”, c’est-à-dire celui que la majorité des autres nations voudraient voir élire en Novembre prochain. Les américains n’aimeraient certainement pas que leur futur président soit porteur d’un tel label ; ils sont trop attachés à leur indépendance. Et ils ont raison.

Faisons donc abstraction de nos préférences personnelles : les USA sont une grande nation et ses citoyens doivent pouvoir choisir leur Président sans avoir ce type de préoccupation. Ce sera donc ou Mr Obama ou Mr Mc Cain : l’un ou l’autre sera bien le prochain Président que se choisiront les américains. Et ils auront fait un bon choix, puisque parfaitement démocratique.
 
AU PAYS DU "MELTING POT"

Mais, qu’on l’admette ou non, cette élection au sein du Parti Démocrate, tant dans sa forme que dans son résultat, nous interpelle tous.

Sur la forme, cette élection est exemplaire, même si le système des “primaires à l’américaine” est particulièrement obscur pour les non-initiés que nous sommes.

Les USA sont, ne l’oublions pas, le pays qui a inventé l’expression “melting pot”. Cette première élection d’un métis pour concourir à la plus haute fonction de ce pays a un sens très fort. Et le discours que vient de prononcer Mr Obama à Philadelphie sur la question de la race constitue une immense avancée, pas seulement pour les citoyens américains mais aussi pour tous les citoyens du monde. Ce discours a valeur d’anthologie et mérite d’être couché dans tous les manuels scolaires.
 
UNE EXTENSION DE LA DÉMOCRATIE

Passant outre cependant cette élection strictement interne aux USA, du point de vue de l’évolution de la démocratie, nous venons de vivre une véritable campagne électorale. Non pas pour désigner le Président, mais pour la désignation d’un candidat à la présidence.

On avait déjà vécu un peu çà en France avec la désignation de Mme Ségolène Royal contre ses rivaux du Parti Socialiste. Aujourd’hui, donc, dans deux pays aussi différents que les USA et la France, voici que les citoyens se saisissent de la sélection des candidats, autant que de l’élection ensuite de ceux qui accéderont à des postes électifs. C’est une extension considérable de la démocratie.
 
UN TOURNANT POUR LE MONDE ENTIER

En ce qui concerne cependant les USA, si d’aventure Mr Obama était élu Président le 4 Novembre prochain, ce serait un tournant formidable, pas seulement pour les États-Unis eux-mêmes, mais pour le monde occidental tout entier : en effet, la mauvaise image actuelle des USA retentit sur le monde entier. La mésaventure irakienne, même dans des pays qui l’ont combattue comme la France, a des effets négatifs sur l’image que le monde se fait de l’Occident.

D’ailleurs, les observateurs qui visitent actuellement le continent africain, constatent combien la désignation de Mr Obama fait figure d’événement dans les opinions et suscite la plus grande attente : il était pour elles inimaginable qu’un président US puisse être un homme de couleur. Il y a une certaines fierté qui parait désormais chez elles. Même Al-Qaïda perdrait une partie de son aura dans ces populations : ce serait un très mauvais coup pour Ben Laden comme jamais il aurait subi auparavant. Ce serait une sorte de réconciliation des USA avec le reste du monde. Inimaginable il y a peu encore.

Enfin, si encore Mr Obama était élu, tout serait à reconstruire : les USA sont actuellement paralysés : même s’ils sont toujours la première puissance mondiale, Mr Obama ne pourra pas poursuivre la politique de Mr Bush Jr, ni en matière économique, ni encore moins en matière diplomatique. On peut d’ailleurs observer que la campagne de Mr Obama repose sur le thème du “changement” : nous sommes bien placés en France pour savoir que “çà marche” assez souvent, même si après on connaît d’autres lendemains....

Comment donc empêcher, dans de telles conditions, cette sorte de séduction que Mr Obama a suscité dans nos démocraties occidentales ?
 
DE LA DÉMOCRATIE AU SHOW MÉDIATIQUE
 
Par contre, on ne peut occulter les conditions nécessaires aux USA pour emporter de telles primaires : il ne suffit pas seulement que le candidat ait des qualités de conviction exceptionnelles : Mr Obama en est largement pourvu. Mais, en même temps, il y a dans cette élection US - et on ne peut l’ignorer - une masse d’argent considérable, permettant de déployer une force dans les médias qu’on ne peut mesurer. Il y a aussi, en plus, un art consommé - inimaginable en France - du sens de chaque mot, de chaque plaisanterie, de chaque intonation de la voix, de chaque geste, de chaque mouvement du corps de l’orateur : tout est testé sur des panels représentatifs de citoyens pour être ensuite analysés et corrigés comme il se doit. C’est une immense mise en scène digne des plus grandes productions hollywoodiennes, où chaque détail a son importance et est organisé avec la plus grande minutie. Et quand on observe Mr Obama sur les images qui nous sont transmises, il faut reconnaître qu’il est un très grand acteur, digne de son succès (j’allais dire un très bon élève de ses maîtres en communication).

On a donc le sentiment d’une élection plus artificielle que sincère dans les discours : tout est tellement organisé au cordeau. On a grand mal, de ce côté-ci de l’Atlantique, à apprécier : ceci est tellement éloigné de notre culture politique. Encore que, dans certains meetings électoraux à grand spectacle de Mr Sarkozy, on peut se demander si.... Et même chez ceux de Mme Royal....

Et quand on entend, par contre, un autre discours prononcé par Mr Obama sur Jérusalem, même s’il était vraisemblablement conscient qu’il décevrait considérablement le monde arabe, il est clair qu’il était surtout destiné à capter les voix du lobby juif, très puissant aux USA. Et pourtant on sait bien que les noirs et les juifs ne s’y accordent pas beaucoup. Mais tout était bien pesé d’avance, et le choix a été fait en considération du poids respectif de ces deux communautés.
 
UNE MARGE DE MANŒUVRE TRÈS ÉTROITE

Donc, qu’il le veuille ou non, la marge de manœuvre de Mr Obama, s’il était élu, sera bien moindre qu’on pourrait l’espérer.

La magie du spectacle touche là ses propres limites : après la chaleur de la salle et du rêve qu’elle entretient, il y a ensuite le froid et la dure réalité cahotique de la rue qu’on retrouve.

Pas facile, la démocratie ! Surtout quand elle arrive à ce niveau où la réalité politique doit s’allier désormais au show-bizz.

mardi, 03 juin 2008

À PROPOS DE LIBÉRALISME & SOCIALISME

290426031.jpgBILLET du 3 JUIN 2008
 
Peut-on, en France, être à la fois socialiste et libéral ?
 
Voilà une bien étrange question que celle posée récemment au Parti Socialiste. Une odeur âcre de souffre s’est aussitôt répandue dans les couloirs de la rue de Solférino, juste la dose suffisante pour ranimer la vieille guerre des éléphants.

Si l’on en croit cependant un récent sondage, 63% des français répondent à cette question qu’ils y sont plutôt favorables. Ce qui démontre une évolution surprenante des mentalités, notamment celles de gauche.

LE LIBÉRALISME, C'EST QUOI ?
 
Mais que signifie donc en fait le mot “libéralisme” dans notre société d’aujourd'hui ?

Sitôt qu’on évoque ce mot, pour les uns c’est un idéal vers lequel il faut tendre avec ardeur, pour les autres c’est le réveil des vieux démons du capitalisme le plus exécrable qui soit. Nous voici en pleine ambiguïté.

Pourtant, sur l’origine du mot “libéral” par lui-même, on constate qu’il est né il y a relativement peu : sitôt la révolution de 1789, au tout début du 19ème siècle. Cette liberté, alors chèrement conquise face au régime autoritaire monarchique, a suscité toutes les formes de conjugaisons possibles du mot ”liberté”, y compris celles couchées précieusement dans la Charte des Droits de l’Homme. Le libéralisme, qu’on l’admettre ou pas, est bien une des conquêtes - et pas la moindre - de la Révolution de 1789.

On a donc quelque mal à comprendre aujourd’hui comment ce mot peut déchaîner tant de haine entre socialistes, eux qui se réclament tous, pourtant, des valeurs de la Révolution.
 
LA PANTALONNADE....
 
D’un côté nous avons donc Mme Royal qui affirmait hier que le “beau mot” de libéralisme devait être “réapproprié par la gauche”. Et elle voulait paraître alors - campagne électorale oblige - être une "social-démocrate" pur jus. Mais, patatras : voici que Mr Delanoë, son nouveau challenger, ose se présenter face à elle en chantre du même social-libéralisme. Mme Royal, aussitôt, de jeter le libéralisme aux gémonies.

On a du mal à comprendre : il n’y a pourtant, à ma connaissance, aucune divergence fondamentale entre Mme Royal et Mr Delanoë. Nous voilà, une fois de plus, devant une de ces nouvelles “commedia dell’arte” dont le P.S. a, seul, le secret de fabrication.

Et quand, pour arbitrer ce “duel fratricide”, on voit ensuite débarquer fort opportunément Mme Aubry, aux côtés des amis de Mr Strauss-Kahn, de Mr Fabius ou de Mr Montebourg - les ennemis jurés d’hier et qui ne sont d’accord entr’eux sur presque rien (hors leurs ambitions personnelles), notamment sur l’Europe - c’est une vraie pantalonnade : un parfait bal des faux-culs.

Pitoyable !

Pour en revenir donc au mot “libéral”, remarquons cependant, qu’en politique, le libéralisme c’est pourtant bien la laïcité, la neutralité de l’État, la pluralité des opinions, celle des partis, la liberté de la presse, ce sont les élections libres, etc..... Qui, en France, peut être contre ces libertés-là ?

En économie aussi, il nous semblait que, depuis 1983, quand Mr Mitterrand était au pouvoir, le P.S. s’était réconcilié avec "l’économie de marché" (base fondamentale du libéralisme). Mr Mitterrand l’avait alors adoptée, même s’il l’avait teinté d’une bonne dose de social.

Nous ne constatons cependant pas qu’aujourd’hui les socialistes soient devenus les partisans d’une nouvelle soviétisation de l’économie comme en 1981, qu’ils réclameraient le retour aux nationalisations forcenées, etc..... Donc, ils sont, et ils ne peuvent être que, libéraux.

Qu’est-ce donc alors que cette farce Royal-Delanoë ?

FARCE ? PEUT-ÊTRE PAS !

Peut-être faut-il chercher dans ce “conflit” un début d’explication par la présence d’une gauche anti-libérale encore assez bruyante, y compris au sein du P.S.. C’est peut-être cela que Mme Royal a en tête : elle ne veut pas se séparer de l’appui de cette gauche-là si elle veut conquérir demain le P.S..

Mais cela ne peut être une raison en soi : je suis persuadé que celui qui emportera demain le P.S., ce sera, malgré Mme Aubry et ses “alliés” d’un moment, celui qui osera être un authentique "social-libéral". Et, de ce point de vue-là, Mr Delanoë a certainement marqué un précieux point.

Mais il y a vraisemblablement aussi une autre explication : si le P.S. accepte de paraître trop “libéral-social-démocrate”, il ne présentera plus face à l’opinion - donc à son électorat traditionnel - assez de différences significatives d’avec la droite. C’est un vrai dilemme pour lui. Le P.S. est donc obligé de caricaturer un tant soit peu le libéralisme, car il n’a toujours pas réussi à élaborer un vrai projet “libéral-social-démocrate” qui lui permettrait d’affirmer et de prouver, demain, que son projet serait meilleur que celui mis en œuvre par la droite.
 
L'INCAPACITÉ D'ÉLABORER UN PROJET

Cette incapacité à élaborer un projet moderne et réaliste est bien le talon d’Achille du P.S..

La conséquence de cet antagonisme stratégique (plus que politique) ? On voit, d’une part, une Mme Royal préconiser une alliance avec le centre (nous nous souvenons pourtant de sa volonté de flirt avec un Bayrou qui l’a éconduit avec dédain), mais affirmer aujourd’hui, cependant, que le libéralisme est l’horreur absolue (ou presque) ; et d’autre part on voit un Delanoë dire qu’il est libéral mais qu’il ne veut aucune alliance avec le centre.

On est encore ici en droit de se demander dans quel monde vit le P.S..

Pourtant on ne peut pas nier qu’aujourd’hui, au P.S., l’hégémonie intellectuelle est plutôt située à droite, alors qu’elle a été longtemps positionnée à gauche. Qui veut aujourd’hui conquérir le P.S., contrairement aux idées reçues d’une longue tradition, se doit de l’aborder par sa droite, et non plus par son aile gauche. C’est un fait tout-à-fait nouveau (que j'avais déjà souligné dans une précédente note).
 
BESANCENOT ? QUEL BOULEVARD ?

Alors, le P.S. peut-il craindre de laisser, sur son flan gauche, un “boulevard” au postier Besancenot ?

Pour ma part, je n’y crois pas : Mr Besancenot conduit, malgré son habileté médiatique, ses troupes vers une impasse. Et tous les sondages récents révèlent, chez les français, une nouvelle mais surprenante lucidité politique. C’est un phénomène de société particulièrement significatif qu’on doit peut-être à la puissance des médias, mais peut-être aussi aux brassages d’idées via Internet : les anciens communistes, les fondamentalistes de Mme Laguiller s’amenuisent d’année en année, de scrutins en scrutins. Mr Besancenot, pour percer réellement à gauche, a un besoin vital de cet électorat-là. Mais celui-ci s’éparpille inexorablement. (Il n’y a pas qu’en France qu’on observe d'ailleurs cette évolution). Mr Besancenot ne peut donc que rester relativement marginal, et non un vrai pilier sur lequel pourrait se reconstruire une éventuelle "nouvelle gauche".

Vouloir donc opposer libéralisme et socialisme est un non-sens en soi : ces deux philosophies sont indissociables l’une de l’autre, elles ont besoin l’une de l’autre, elles sont parfaitement complémentaires.

La gauche aurait donc tort d’abandonner le “beau mot de libéralisme” à la seule droite : il est un bien commun qu’il nous faut défendre pour davantage de justice sociale.