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samedi, 31 mai 2008

À PROPOS DES RETRAITES

772533361.jpgBILLET du 31 MAI 2008
 
LES LIMITES D'UN SYSTÈME
 
Nos rues ont vu défiler ces dernières semaines des cohortes de manifestants s’opposant au prolongement du nombre d’années de cotisation - passant de 40 à 41 annuités - pour toucher sa retraite à taux plein.

Et pourtant, quand on interroge les français, la moitié d’entr’eux sont persuadés qu’on va devoir travailler plus longtemps pour obtenir sa retraite, car ils savent bien que l’espérance de vie ne cessant d’augmenter - donc les années de retraite plus lourdes à financer - il va bien falloir le faire par un moyen ou un autre.

Mais l’autre moitié des français pensent parallèlement que ces manifestants ont eu raison de descendre dans la rue pour se mobiliser, même si, intimement, ils savent bien que les solutions alternatives sont très limitées.

Ce débat n’est pas prêt de se clore : aujourd’hui, on envisage un premier pallier à 41 ans ; mais rien ne laisse supposer qu’il ne devra pas ensuite progressivement aller très au-delà. Et les exemples de nos partenaires voisins ne manquent pas de les édifier : on y prend rarement sa retraite avant 65 ans, parfois pas avant 67 ans. Et pour ne parler que du seul continent européen.

BISMARCK NE L'AVAIT PAS PRÉVU
Je lisais récemment dans la presse une anecdote qui, à la fois, m’a amusé mais aussi instruit. J’y ai effectivement appris que “l’invention” des retraites serait due à Bismarck. Les syndicats, au départ, y étaient hostiles car ils redoutaient le système qui aurait été mis en place pour cela. Jaurès faisait cependant partie des rares qui étaient pourtant favorables à cette instauration. Il faut donc remonter à 1889 pour voir Bismarck octroyer aux ouvriers allemands un système de ressources pour les travailleurs âgés. Et il est raconté que Bismarck s’est alors retourné vers ses conseillers et leur a posé la question : “À quel âge peut-on fixer l’âge de la retraite pour qu’on n‘ait jamais à la verser ?”. Et les conseillers de répondre : “À 65 ans”. L’on prétend que Bismarck a alors éclaté de rire : il en avait 74 !

Quand, en France, on a créé le régime des retraites - c’était en 1945 - la retraite avait alors été fixée à 65 ans. Et l’on savait que l’espérance de vie au-delà de cet âge ne dépassait les 4 ou 5 ans, c’est-à-dire 70 ans tout au plus. Donc la retraite avait été instaurée pour des populations qui étaient appelées à mourir peu de temps après.

Or, en l’espace de 50 ans, l’on a assisté - et c’est fort heureux - à un progrès qui a bouleversé tous les pronostics économiques de l’époque : aujourd’hui quand un retraité prend sa retraite (en moyenne un peu avant 60 ans), il va vivre jusque 25 ans, voire parfois 30, après la cessation de son activité.

Or le système français de financement des retraites est celui dit “par répartition”. C’est-à-dire qu’aucun salarié ne paye quoique ce soit pour sa propre retraite : il paye exclusivement les retraites de ceux qui ont déjà cessé le travail.
 
COMMENT LAISSER AUX JEUNES....
C’est un système de solidarité inter-générationnel fort louable en soi. Mais comment aujourd’hui peut-on imaginer laisser aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail (par exemple à 25 ans), qu’il vont devoir travailler ensuite plus de 40 ans pour toucher leur retraite à taux plein, comment imaginer leur laisser sur les épaules - au détriment de leur pouvoir d’achat - la charge de devoir ET payer la dette abyssale (plus de 1.200 milliards d’euros + les intérêts) qu’on leur laisse, ET le poids de cette masse sans cesse grandissante du nombre de retraités à nourrir, loger, soigner, etc...?

Nous allons droit vers une impasse : en 1980 - c’était avant-hier - il y avait 4 actifs pour payer un seul retraité. En 2020 - c’est donc demain - il y aura seulement 1 actif pour payer un seul retraité.

LE PARADOXE FRANçAIS
Solidarité ai-je dit plus haut ? Par tout-à-fait hélas : face à ce dilemme, les cheminots, les postiers et tous les fonctionnaires en général ont un régime de retraite très particulier qui consiste à faire payer leur propre retraite.... en levant l’impôt près les contribuables. Il est d’ailleurs paradoxal que ce sont eux qu’on voit surtout en tête des cortèges pour manifester contre la réforme du régime des retraites, alors qu’ils ont le régime de loin le plus favorable. Bref !

Alors on voit surgir des “économistes” apportant leur propre solution pour sortir de cette impasse : j’entendais récemment l’un d’entr’eux préconiser une augmentation massive des salaires pour augmenter les ressources des caisses. Je suis resté songeur devant cette proposition. L’êtes-vous moins que moi ?
 
On entend aussi des syndicalistes (F.O. et l’U.N.S.A.) qui veulent le retour aux 37,5 années de cotisation. (Comprenne qui pourra !). On entend, à l’inverse, la C.F.D.T. et la C.G.C. qui acceptent les 41 annuités à condition qu’il y ait des aménagements pour les professions les plus pénibles, ou ceux qui ont prolongé leurs études jusque fort tard et ne parviendront jamais à faire leurs 41 années. Voilà qui est plus juste et raisonnable. Et, entre ces deux positions, il y a enfin la C.G.T. qui a une position assez subtile : elle ne demande pas le retour à 37,5 annuités sans pour autant s’aligner sur la position de la C.F.T.C. ou de la C.G.C. : elle est à mi-chemin entre les deux tendances extrèmes

Le véritable enjeu esi-il, finalement, de travailler demain 41 ou 42 ans ? N’est-il pas surtout la question du travail des “seniors” ? Comment se fait-il que, depuis 25 ans, tous nos gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont utilisé l’argent public pour inciter les entreprises à se débarrasser de leurs salariés.... à partir de 55 ans ?

C’était d’une bêtise rare. Peut-être va-t-on, enfin, se décider à faire l’inverse ?

LES INCOHÉRENCES DE NOS GOUVERNANTS
La politique de nos gouvernements est lourdement émaillée de leurs incohérences et de leur mauvaise appréhension des problèmes. C’est une caractéristique typiquement française : nous avons en France le taux le plus faible (rapport 1 sur 2) des pays industrialisés pour l’activité de nos 55-64 ans. Par exemple, en Suède - pays cité souvent en exemple pour ses avancées sociales - on travaille jusqu’à.... 67 ans !

Ces incohérences dans nos politiques gouvernementales expliquent certainement (en partie) la résistance de l’opinion publique vers une évolution qui a, pourtant déjà, été conduite avec succès dans les autres pays européens.

Il ne sera pas aisé de changer très rapidement les mentalités face au vieillissement constant de notre population. Allez raconter demain aux français que l’âge légal de la retraite sera désormais porté à 65 ans (comme en Allemagne), ou à 67 ans (comme en Suède) ! Nos rues et nos boulevards ne seraient plus assez larges pour accueillir les manifestations que cela entraînerait !

Et pourtant les réalités sont implacables, les chiffres incontournables.
 
La France peut-elle rester dans cette marginalité par rapport à ses partenaires ? Et surtout dans la catastrophique situation financière actuelle qui est la sienne et ne lui laisse plus aucune marge de manœuvre ?

Les étapes seront nombreuses. Mais elles devront toutes être franchies. Un vrai chemin de croix !

Commentaires

Des questions qui deviennent urgentes et que le Modem ferait bien de prendre à bras le corps (avec F.Bayrou, qui commence à être un peu plus présent dans les médias, mais aussi avec une équipe à ses côtés comme le suggérait P.L Séguillon).
Après le non irlandais, où va l'Europe?
Le problème du système de retraite n'est toujours pas réglé ni réformé en profondeur -l'allongement des années de cotisation ne pouvant à lui seul tout régler.
L'action de l'Etat pour une économie digne du XXI e siècle n'est pas clarifiée ; la question des niches fiscales (et des autres cadeaux) est une des nombreuses "bastilles" qui limitent les marges de manoeuvre.
Où va l'école... la recherche ? L'approche comptable, la précipitation/confusion et l'absence de dialogue digne de ce nom conduisent à des réformes imparfaites et non acceptées (comme ailleurs).
Sur tous ces points, le fossé se creuse avec nos élites ou nos dirigeants.
N'est-il pas temps de tirer la sonnette d'alarme ?
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Le 18 JUIN 2008

La liste des questions s'allonge. Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas seulement de débattre mais d'exprimer des préoccupations... pour ne pas dire de l'opposition face à des évolutions profondes en cours enclenchées par le gouvernement.
Les deux derniers sujets évoqués dans l'actualité ne sont pas plus rassurants. Il s'agit de la fin de la publicité sur le service public de l'audiovisuel et des nouveaux objectifs de défense. Le réalignement sur l'OTAN et les Etats-Unis, le projet assez hallucinant de remettre à plat un système de TV ou radio publique qui somme toute marche assez bien (en tout cas pas au point de menacer sa survie sur le plan économique en le privant d'une part importante de ses ressources) sont soit peu compréhensibles soit au contraire très révélateurs du projet idéologique de la droite sarkozyste. La réforme ne se déploie décidément pas où on l'attendait (ou du moins là où on était en droit de l'attendre d'une majorité élue pour agir et peut-être rompre avec l'immobilisme). On peut appeler cela de la fuite en avant, de l'aventurisme dangereux pour la place future de notre pays (et de l'Europe) dans le domaine de la création, des idées, des médias ou de celui de nos engagements et alliances dans le monde.
Quand on pense que la réforme du financement de l'audiovisuel aurait été lancée un peu à l'improviste, presque pour détourner le débat du thème du pouvoir d'achat lors de la grande conférence de presse de janvier 2008... Quand on pense que le même jour Nicolas Sarkozy annonçait que sa relation avec sa nouvelle fiancée c'était "du sérieux"... Un certain entraineur français a montré lui aussi tout son art pour manier le contrepied, la provocation ou le cynisme et user du pathos sentimental au moment où la France contemplait l'ampleur du désastre des bleus...
Le rapprochement est sans doute facile mais on peut craindre que l'époque multiplie cette nouvelle forme de pouvoirs : des hommes dont l'image et l'aura sont démultipliées par les médias de masse actuels, des personnages calculateurs, maître dans la communication, un peu gourous, un peu bonimenteurs avec la grande complicité du public ou des médias qui encensent un jour, détruisent l'idole le lendemain. Animateurs vedettes, grands patrons ayant accès aux médias, nouvelles idoles de la mode, du star-system, du sport, intellectuels auto-proclamés, chroniqueurs abonnés des plateaux-télé... Pour terminer sur la métaphore du football moderne, méfiance...car le beau jeu est en péril !

Écrit par : Philippe JACQUES | lundi, 16 juin 2008

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