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vendredi, 11 avril 2008

À PROPOS de SPORT et POLITIQUE

1543389463.jpgBILLET du 11 AVRIL 2008
 
Est-ce qu’une farce lugubre se prépare à Pékin  à l’occasion des prochains Jeux Olympiques ?

La question est désormais posée avec une nouvelle acuité, surtout après les incidents qui ont émaillé le parcours de la flamme olympique.

Certains vont même jusqu’à préconiser le boycott total de ces jeux, pas seulement de leur cérémonie d’ouverture mais de nos athlètes eux-mêmes. Comme cela s’est déjà fait pour certains pays dans un passé récent pour les jeux de Moscou.

Avant même tout débat à ce propos, je veux affirmer que, de mon point de vue, cela serait fort dommageable. Car la Chine, qui est l’une des plus anciennes civilisations du monde, et les chinois eux-mêmes, peuple intelligent et courageux, méritent de pouvoir accueillir ces jeux. Même si cette immense nation est encore sous le joug d’un régime issu du communisme le plus obtus qui a fait encore, ces dernières décennies, des millions de morts. Et qu’encore aujourd’hui il impose par la force son joug à d’autres peuples voisins qu’il oppresse et dont il fait disparaître culture, habitants et langue. Un vrai martyre, comme au Tibet. Un génocide dans son horreur la plus absolue !

Situation donc très difficile que celle-là et de nos dirigeants dont on peut imaginer l’embarras quand il leur faudra prendre une décision à propos de leur participation à ces jeux peu ordinaires.
 
BOYCOTT DES J.O. ? OU PARTIEL ?

Les partisans du boycott total ne manquent certes pas d’arguments. On les entend dire que le seul boycott de la cérémonie d’ouverture ne servira à rien et satisfera surtout les egos ou les scrupules des chefs d’état face à l’oppression chinoise au Tibet. Mais que cela n’aboutira pas à une modification substantielle de la conduite des actuels dirigeants.

On peut donc se poser la question : pourquoi peser sur ces dirigeants par la voie d’un boycott de nos sportifs, et pourquoi pas agir par celui de nos achats de produits chinois ?

Le commerce n’a jamais constitué un brevet d’honorabilité pour qui que ce soit : on a toujours fait du commerce avec tout le monde, même avec des pays classés “indignes”. On ne peut donc pas comparer le commerce avec le sport : le sport, lui, doit être - ou devrait être - une marque de joie de vivre et de l’amitié entre les peuples. Ce n’est pas le rôle du commerce.
 
SPORT INSTRUMENT DE L'IMPÉRIALISME

Cependant, à propos du sport, les choses ont beaucoup évolué au cours des dernières décennies : le sport est devenu, que cela choque ou non, une sorte d’instrument de l’impérialisme d'état.

Ce fut déjà le cas à Berlin, sous le régime nazi. Ce fut ensuite le cas à l’époque de la R.D.A. et de nombre de pays communistes de l’Est où tous les procédés, même ceux les plus répréhensibles, étaient bons pour fabriquer des athlètes sur mesure pour qu’ils puissent ensuite symboliser la supériorité du régime politique en vigueur chez eux sur tous les autres régimes du monde. C’est encore un peu vrai aujourd’hui.

Tous les régimes, quels qu’ils soient, se sont donc servi du sport - et des Jeux Olympiques - pour en faire une sorte de vitrine à la gloire de leur propre nation.

Donc, pour en revenir aux partisans du boycott de nos sportifs, ils prétendent qu’il faut priver la Chine de ce brevet d’honorabilité de pouvoir se comparer aux autres nations.
 
Or, quand on sait les chinois et leur recherche effrénée d’un rapport de force, et aussi de retrouver une certaine honorabilité alors qu’ils commencent tout juste à sortir de leurs murs où le régime les avait enfermés et humiliés, l’argument des partisans du boycott total n’est pas sans valeur. Un échec des jeux aurait, pour les chinois et chez eux, des effets considérables. Et leurs actuels dirigeants y seraient très sensibles.

Faut-il pour autant nous ranger à cet argument ?

Je crois d’abord que les boycotts, quels qu’en soient les motifs, ont des effets désastreux. Pas seulement sur la population du pays qu’on boycotte  mais aussi sur les populations des pays qui organisent le boycott. La population chinoise en serait frustrée. Pas forcement ses dirigeants. Ceux-ci ne manqueraient pas d’éveiller aussitôt chez elle un ressentiment exacerbé et de provoquer un réflexe d’auto-défense entraînant un nouveau repli sur elle-même. Ce serait le pire résultat qu’on pourrait attendre et cela ne changerait rien à l’actuelle politique d’oppression. Tout au contraire : on lui donnerait une justification pour la poursuivre avec plus de vigueur.

QUE FAIRE ALORS ?

À mon modeste rang, j’ai le sentiment que faire planer sur ces dirigeants une menace de boycott ne serait pas tout-à-fait inutile. Il est évident qu’ils ne recherchent pas pareille épreuve.

Mais une chose est sure : le boycott doit être l’affaire des politiques, pas celle des sportifs. Et la menace de boycott de la seule cérémonie d’ouverture peut être un bon moyen de pression.

Ensuite, si certains pays décident de boycotter et d’autres pas, cela ne servira à rien. La décision, pour l’Union Européenne, ne peut qu’être collective. Sinon, les uns en tireront les “marrons du feu”, et les autres pas. Et, finalement, c’est l’Europe toute entière qui en pâtirait. Il faut éviter pareil désordre.

Donc, faire peser une menace, c’est bien : mais il faut ouvrir parallèlement un dialogue avec les chinois. Il faut leur expliquer qu’ils nous mettent dans une difficulté considérable, nous européens, par rapport à cette cérémonie d’ouverture. Il faut leur dire que nos opinions publiques sont complètement braquées contr’eux, comme le parcours de la flamme olympique l’a illustré. Je crois que sont des arguments auxquels les chinois peuvent être sensibles.

Tout communiste que soit l’actuel régime chinois - c’est-à-dire autoritaire et policier - il faut constater que la Chine devient aussi, depuis peu - et ce n’est pas là le moindre paradoxe ! - un pays hyper-libéral. Du point de vue de ses dirigeants, ils ne comprennent pas notre attitude pro-tibétaine : pour eux les tibétains sont des gens arriérés, archaïques et obscurantistes. Ils freinent - toujours selon eux - le progrès et toute évolution libérale. Ils ne comprennent pas que nous, pays libéraux évolués, nous puissions nous arc-bouter autour de la défense de cette culture hors du temps.
 
Il nous faut donc leur expliquer ce qu’est pour nous le respect des cultures, et pourquoi nous sommes choqués par l’actuel génocide perpétré au Tibet. Et leur expliquer encore ce que cela pourrait avoir de désastreux pour eux qu'un boycott de la cérémonie d’ouverture. L’argument a son poids.

Enfin, il nous faut cesser ce faux-semblant de reconnaissance du dalaï-lama : il faut que nous lui donnions, publiquement et internationalement, le statut d’interlocuteur incontournable quant à l'avenir du Tibet et faire comprendre aux chinois que rien ne s'y fera sans un dialogue avec lui.

En tout cas il nous faut nous éviter à tout prix de donner aux chinois le sentiment qu’ils sont un peuple persécuté et méprisé par nous. Sinon, les effets seraient catastrophiques pour tous.

Surtout quand on sait le poids immense que pèse aujourd’hui la Chine dans le monde. Donc, fermeté et réalisme.

Commentaires

Dans une affaire comme celle-là, on peut mesurer le poids qu'aurait l'Union Européenne si elle parlait d'une même voix. Ce qui permet de mesurer aussi sa faiblesse actuelle. Géant économique, nain politique : plus que jamais vrai, hélas !

Écrit par : Michel ESCATAFAL | vendredi, 11 avril 2008

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