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lundi, 31 mars 2008

À PROPOS de l'EUTHANASIE

BILLET du 31 MARS 2008

1969458185.jpgLe débat sur la fin de vie s’est rouvert après le décès de Chantal Sébire et sa lutte pour que ses souffrances soient abrégées.

Comment aborder ce débat ? Comment ne pas le caricaturer ? Comment ne pas le simplifier à l’excès ?

Je crois que nous commettons sur ce sujet une erreur inévitable, saisis que nous sommes tous par l’émotion et la compassion face à cette femme, à la fois fort courageuse, digne et sympathique.

Cela nous pousse naturellement à réfléchir - mais de façon faussée - sur ces questions. Et on se demande aussitôt : “Qu’est-ce je ferais si j’étais à sa place ?”.

J’ai été très choqué par les interventions de certains ministres, très dogmatiques sur ce sujet et qui affirmaient que “tout allait bien, il n’y avait rien à changer”, etc.... Une ministre est même allé jusqu’à dire qu’on n’avait pas à changer la loi pour répondre à un simple “souci d’esthétique” ! (NDLR : Mme Sébire avait un cancer de la face qui en déformait lourdement le visage). Difficile d’être plus stupide.

AU NOM DE QUOI POUVONS-NOUS INTERDIRE ?

Le problème n’est donc pas de savoir ce que l’on ferait nous-mêmes en tel cas, mais de nous dire “quelles sont les raisons que nous avons d’interdire à cette dame de faire ce qu’elle demande ?”. Au nom de quoi pouvons-nous lui interdire ?

C’est la seule question que nous devons nous poser face à ce sujet touchant la bioéthique.

La Loi Leonetti a été une première et importante avancée pour tenter de répondre à cette difficile question. C’est bien. Mais est-elle suffisante ? Je crois que non. Il faut aujourd’hui la faire évoluer. Mais très modestement, à mon sens.

Modestement, je précise : je suis sur ce point en désaccord avec l’Association “Mourir dans la dignité”. Pourquoi ? Je crains en effet que, si on fait une loi très libérale (comme en Belgique ou en Hollande), on ne pousse à terme un certain nombre de gens au suicide,  qu’on les “dégage”, qu’on leur fasse sentir qu’ils sont désormais “de trop”.

INDIGNITÉ DANS LA MORT ?

L’expression même “Mourir dans la dignité” m’est insupportable. Comme si les gens qui, face à la mort, s’accrochent à la vie, étaient “indignes”. Il y a un immense risque, notamment vis-à-vis de personnes âgées, qu’on leur dise un jour : “Voyez, vous êtes de trop. Soyez dignes. Laissez la place. Dégagez !”.

Exagération de ma part ? Je ne le crois tant que çà face à notre société devenant de plus en plus inhumanisée.

S’il faut donc que la Loi évolue, cela ne peut être que de façon très encadrée. Il faut éviter que ne se créent en France de ces cliniques “au suicide”, comme cela existe en Suisse, où on aide des gens à mourir, même quand ils ne sont pas malades.

Faut-il, comme certains le font comme pour éluder cette difficile question, poser aussitôt ce problème en termes  de morale ?

Je ne vois pas en quoi interrompre une vie en train de se défaire est plus grave moralement que d’interrompre une vie en train de se faire. En quoi l’euthanasie est-elle moralement plus condamnable que l’avortement ? Je cherche en vain la réponse.

Mais ceci n’est pas une raison pour se permettre d’instrumentaliser la mort, de l’industrialiser. La mort ne peut pas devenir une nouvelle culture de société.

QUE FAIRE ?

Comment donc faire ?

Une solution pourrait être la création d’une sorte de comité supérieur d’éthique qui serait appelé à examiner, cas par cas, chaque malade qui exprimerait sa volonté de mourir avant le terme prévu pour des raisons humanitaires, ou de simple compassion. Et, seul, ce comité serait habilité à autoriser, ou non, l’aide médicalisée sollicitée pour mettre un terme à des souffrances devenues insupportables. Mais la simple raison exige que l’on ne puisse pas aller plus loin dans ce “droit de grâce” à l’envers.

Pour approfondir encore notre réflexion, on pourrait aussi inviter les catholiques à réfléchir sur la position de l’Église : l’Église est contre l’avortement, elle est contre l’euthanasie. Mais pendant des siècles, et jusque tout récemment, l’Église était favorable à la peine de mort. Mais, il est vrai que, sur ce sujet, elle a soudain changé : elle est devenue plus prudente sur la peine de mort.

Par contre l’Église, si elle refuse bien l’euthanasie active, n’est pas du tout opposée à l’euthanasie passive. Elle admet que l’acharnement thérapeutique pour maintenir en vie des êtres devenus de véritables “légumes” est condamnable : pour elle, quand tout espoir est anéanti, il faut laisser les gens mourir naturellement.

Faut-il donc considérer que nos politiques sont en retard sur l’opinion  et notre société?

L’opinion semble actuellement pencher pour des autorisations accordées dans certains cas insupportables. Mais il semble sur ce point que les avis soient partagés. Le rôle de l’État est donc d’éclairer l’opinion. Ce ne peut être que le sujet d’une réflexion, pas d’un référendum.

QU'EST LA MORT AUJOURD'HUI ?

Autre question encore : qu’est la mort aujourd’hui dans notre société.

Il est certain que la mort n’est plus aujourd’hui perçue de la même façon que dans les générations précédentes.

Quand, autrefois, quelqu’un sentait la mort s’approcher de lui, il convoquait toute sa famille, il réglait sa mort, il organisait sa succession pour éviter les contestations entre ses héritiers. Bref, il organisait sa mort comme il l’aurait fait pour tout autre affaire sa vie durant. On mourrait ensuite paisiblement au milieu des siens, dans son cadre intime familial.

Aujourd’hui, 70% des gens meurent à l’hôpital, entourés de tuyaux et d’appareils qui enregistrent le lent déclin de la vie. Est-ce situation plus enviable ? J’en doute fort.

J’en reviens donc à la position de l’Église catholique : cette position a le mérite d’être cohérente. Elle condamne, je le disais, l’avortement comme l’euthanasie. Elle considère que la vie est un don de Dieu et que nul n’a le droit d’en disposer.

Mais cette position, qui était logique en soi, ne tient pas compte de ce qu’est devenue la mort aujourd’hui. La définition biologique et médicale de la mort a changé. Et cette période intermédiaire, cette espèce de purgatoire où on finit tôt ou tard par se situer entre la vie active (où on peut alors encore condamner le suicide) et celle où on est soi-même “condamné”, cette période-là doit être prise en considération. Sinon, on se place dans une sorte d’acharnement thérapeutique, ce qui n’est pas acceptable en soi.

Hier, la pire mort était celle arrivant brutalement, par exemple dans son sommeil, sans avoir eu le temps de recommander son âme à Dieu dans une sorte de cérémonial familial. Aujourd’hui, la mort brutale est devenue celle idéale.

Le suicide est donc, vu sous cet angle, devenu une forme acceptable de la mort.

La mort n’est décidèment  plus ce qu’elle était.

Commentaires

Bonjour, bravo pour ce blog.
Je vous invite à venir voir le mien consacré aux arts et à la culture.
Merci.
Pascal Djemaa.

Écrit par : Pascal DJEMAA | lundi, 07 avril 2008

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