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mardi, 18 mars 2008

À PROPOS DU DERNIER POILU

BILLET du 18 MARS 2008

772533361.jpgNotre dernier “poilu” de la guerre 14-18 vient de décéder. Un hommage solennel a été rendu à tous ces vétérans et ultimes témoins à travers ce dernier survivant qui vient de disparaître.

J’ai déjà traité ici suffisamment du “devoir de mémoire” et de son nécessaire passage au “devoir d’histoire” pour ne pas revenir sur ce sujet.

Je m’attacherai donc ici à n’aborder que la seule guerre 14-18 et les marques indélébiles qu’elle a laissées dans l’histoire de notre nation et du monde en général.

La guerre 14-18 a en effet marqué définitivement en Europe la fin de l’épopée napoléonienne, de ses conquêtes à travers l’Europe, ensuite du système de Metternich mis en place à la chute du Premier Empire - système qui aura quand même duré près d’un siècle ! - et de sa parenthèse de 1870-1918 avec une France amputée temporairement de sa province lorraine lors de l’effondrement du Second Empire.

Cette guerre aura été un vrai traumatisme : il faut rappeler que, rien que du côté français, 8.500.000 soldats ont été appelés sous les drapeaux, elle y a laissé dans nos rangs 1.400.000 morts et environ 4 millions de blessés. Çà a été une gigantesque saignée démographique pour la France, sans aucun précédent de toute son histoire, dont on vient à peine de sortir de ses conséquences, ou presque. La France serait aujourd’hui très différente de ce qu’elle est dans l’Europe et dans le monde sans tous ces morts sur les champs de bataiile.

Mais, outre ce fait d’histoire, alors que nous étions cependant en plein essor de l’idée démocratique, le spectacle largement diffusé d’humains qu’on a vus abattus sous la mitraille, ou sauter en nombre sur des mines - comme si la vie humaine n’avait plus aucune importance - va profondément marquer ensuite tout le XX° siècle à peine naissant.

LA NAISSANCE DES GRANDS TOTALITARISMES

Parce qu’il y aura eu ce spectacle sans précédent de ce vaste massacre rapporté par des médias récemment apparus (photographie et cinéma), l'existence humaine elle-même va perdre de son poids. Et les grands totalitarismes, comme les grands massacres du XX° siècle, vont désormais devenir autorisés.

La guerre de 14-18 a été certainement le plus grand tournant des temps modernes. Elle a été le passage du monde ancien au monde d’aujourd’hui. D’abord à cause de la mécanisation de la guerre ; à cause ensuite du déclin de l’Europe, comme celui de la France qui était en 1914, il faut le rappeler, l’une des deux premières puissances d’Europe et qu’elle a cessé définitivement d’être après. Cette guerre a permis ensuite l’apparition de puissances nouvelles, celle aussi du communisme qui n’aurait peut-être pas été possible en Russie sans cette guerre qui a annihilé tout contrepoids.

La guerre de 14-18 aura été, finalement, plus importante dans ses conséquences que la deuxième guerre mondiale de 39-45 malgré la dimension planétaire de cette dernière. Il faut en être conscient aujourd’hui. Le "devoir d’histoire", c’est aussi çà.

La guerre de 14-18 a été aussi le commencement de la brutalisation des sociétés européennes : dans des sociétés qui se “polissaient” depuis le XIX° siècle - hors les conquêtes coloniales - on a eu à faire à un retour très soudain des formes les plus extrêmes de la barbarie, amplifiées par les possibilités nouvelles qu’étaient l’aviation, les chars et aussi l’usage de nouveaux produits toxiques engendrant la mort.

Cette guerre a conduit à cette brutalisation, laquelle a abouti finalement à ces totalitarismes tels que le fascisme, le nazisme ou le stalinisme.

À propos de la guerre par elle-même, ce qui va différencier le XIX° siècle du XX°, c’est qu’au XIX°, les guerres en Europe avaient pour objectif essentiel de rééquilibrer les forces entre les nations. Mais après la guerre 14-18, la guerre ne sera plus faite pour empêcher la guerre par elle-même par un simple rééquilibrage des forces en présence sur un même continent, mais pour exterminer d’autres nations, sous couvert notamment d’idéologies naissantes. Ce sera la naissance de ces courants idéologiques sans frein, les plus puissants sur notre continent depuis l’idée révolutionnaire née en 1789.

Enfin, alors qu’auparavant les guerres s’arrêtaient dès que l’équilibre des forces était rétabli, les guerres nouvelles, elles, ne s’arrêtent plus. Au nom du totalitarisme conquérant qui les a déclenchées, au nom d’une idéologie révolutionnaire qui prend quelqu’ampleur, la guerre ne peut désormais s’arrêter que lorsque l’adversaire est totalement exterminé. Ce n’est désormais plus un simple rééquilibrage de forces.

C’est bien ce qui a changé dans le monde à partir de 14-18.

Cette guerre aura donc conduit à un tournant majeur dans la conscience des peuples, conscience qui marque désormais toutes nos générations, y compris celles de notre tout nouveau XXI° siècle.

Le "devoir d’histoire" est aujourd’hui une nécessité qu’il ne faudra jamais cesser de raviver si l’on veut maintenir la paix à travers le monde.

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