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lundi, 25 février 2008

COMMUNIQUÉ de la CONFÉRENCE des BÂTONNIERS

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Le Bureau de la Conférence des Bâtonniers, réuni le 23 février 2008, apprend que par suite de la décision prononcée le 21 février par le Conseil Constitutionnel qui censure notamment les dispositions rétroactives de la Loi relative à la rétention de sureté, le Président de la République a déclaré que "l'application immédiate de la rétention de sureté aux criminels déjà condamnés reste un objectif légitime pour la protection des victimes".

Il a demandé au Premier Président de la Cour de Cassation "d'examiner la question et de lui faire toutes les propositions nécessaires".

En dépit des déclarations selon lesquelles cette demande ne constituerait pas une remise en question de la décision du Conseil Constitutionnel, le chef de l'Etat considére qu'une telle décision ne serait pas irrévocable.

Ces déclarations et demandes constituent une violation du respect dû par quiconque aux principes constitutionnels qui garantissent l'état de droit.

La Conférence des Bâtonniers manifeste sa préoccupation et rappelle son attachement au principe de non - rétroactivité des lois et à l'autorité du Conseil Constitutionnel.

Les avocats défenseurs des droits des victimes et des mis en cause, rappellent qu'ils ont pour vocation premiére "de veiller partout au respect des principes fondamentaux de la République et des droits que ses institutions doivent garantir".

mercredi, 20 février 2008

À PROPOS de MÉMOIRE et d'HISTOIRE

BILLET du 20 FÉVRIER 2008

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À peine avais-je conclu mon précédent billet (“À propos d’un style”) que je prenais connaissance de la nouvelle bombe fumigène de Mr Sarkozy : cette initiative de confier à tous les enfants de CM2 - de ±10 ans - un “devoir de mémoire” des 114.000 enfants juifs qui ont été déportés par les nazis au début des années 1940.

Au risque de choquer ceux qui me font l’honneur de me lire, quand j’entends l’expression “devoir de mémoire” pour la 100.000ème fois, j’ai envie de me mettre aux abonnés absents. Je n’en peux plus.

Non que j’aie la moindre sympathie pour le racisme ou pour l’anti-sémitisme, mais je pense que cette expression est totalement malvenue et contre-productive :
• malvenue parce qu’on ne peut avoir la mémoire et se souvenir de ce qu’on a soi-même vécu : donc il ne peut s’agir d’un “devoir de mémoire”, pour ces enfants nés un demi-siècle après ces faits, mais de la nécessité de l’Histoire. Ce n’est pas la même chose. Arrêtons d’utiliser cette expression à tort.
• contre-productive parce que ce n’est pas comme çà qu’il faut faire de l’instruction civique : si on s’imagine que c’est en faisant des leçons de morale qu’on va faire baisser l’anti-sémitisme, on se trompe totalement. C’est exactement l’inverse : on ne contribuera qu’à le faire monter. Car on rallume la guerre des mémoires.

La mémoire de la shoah ? Immédiatement, dans certains quartiers, on vous dira : “Pourquoi pas la décolonisation ? Pourquoi pas l’esclavage ? Pourquoi pas l’Arménie ? Pourquoi pas les enfants palestiniens ? etc....”. Et ils auront raison de le dire.

On se déculpabilise aujourd’hui vraiment à bon compte : arrêtons cette comédie. On se découvre soudain en France 63 millions de “résistants” : où étaient-ils donc et combien étaient-ils en 1940 ?

Donc, à la place de cette farce tragique, il nous faut aujourd’hui, prioritairement, faire de l’Histoire. Mais il nous faut nous servir de l’Histoire pour la re-situer dans le présent : il serait préférable que les classes parrainent aujourd’hui des enfants vivants plutôt que des enfants morts au siècle passé. Il faut que l’Histoire serve à quelque chose.

LA MÉMOIRE DIVISE....

L'HISTOIRE RASSEMBLE

La mémoire est ce qui divise les hommes ; l’Histoire est ce qui peut les rassembler.

La mémoire divise en effet les hommes parce que les mémoires sont particulières, surtout dans une époque communautariste comme la nôtre. On risque de voir surgir des mémoires juives, des mémoires musulmanes, des mémoires chrétiennes, etc.... Cette sorte de manie de la repentance, de rumination constante du passé est, curieusement, propre à la France : on ne la voit dans nul autre pays. On croirait qu’il n’y a qu’en France qu’on aurait des choses à nous reprocher.

Face à cela, on peut d’ailleurs se poser la question de savoir pourquoi, en France, notre enseignement d’instruction civique échoue si lamentablement. Les leçons de morale, çà ne “marche” pas : c’est dommage, mais c’est comme çà. Les cours de droit constitutionnel pour enfants ? Çà ne “marche” pas davantage. Or nos cours d’instruction civique reposent ou sur la morale ou sur le droit constitutionnel. Donc, çà ne peut pas ”marcher”.

En opposition, on constate que ce qui passe le mieux, même dans des populations difficiles, ce sont, à la fin, les cours d’Histoire, des cours notamment illustrés par des grandes œuvres cinématographiques : par exemple le “Journal d’Anne Franck”, ou des films sur la déportation, la guerre et ses horreurs. Il y a aussi la lettre de Guy Mocquet : mais, là, il faut laisser agir les professeurs à leur propre rythme.

Qu’est-ce donc aussi - je le dis ici rapidement au passage - ce pays où le Président de la République intervient sur la forme d’enseignement de la grammaire, ou encore sur la Shoah ? Çà n’a plus de sens. Si l’autorité de l’éducation doit continuer, ce n’est pas parce qu’elle est impulsée du sommet de l’État, mais parce qu’elle a son autonomie et sa propre justification.

Je parlais donc de la mémoire. Quant à l’Histoire.... Qu’est-ce que c’est que l’Histoire par rapport à la mémoire ? L’Histoire est une mise en place, alors que la mémoire est déjà quelque chose de sélectif. Mais sélectif dans un sens affectif : la mémoire retient ce qui, dans l’affectivité de l’individu, est prioritaire. Et les exemples ne manquent pas : par exemple, en ex-Yougoslavie, les ”devoirs de mémoire” ont conduit à de véritables catastrophes. Alors qu’au contraire l’Histoire, c’est ce qui essaye de mettre en perspective.

Si on veut donc conserver la leçon du passé, sans en faire une leçon de morale mais une leçon d’expérience, il nous faut retrouver le sens de l’Histoire. Seule l’Histoire permet de réinvestir les leçons du passé pour les projeter dans le présent. Et il est inutile de se lamenter sur le passé si on n’en fait rien aujourd’hui.

NE PAS RÉVEILLER L'ANTI-SÉMITISME

6 millions de juifs, pour un enfant, c’est abstrait, çà ne veut rien dire. Pas plus que de lui parler de la bataille d’Alésia et de Vercingétorix. Par contre, parrainer un enfant vivant, c’est autre chose : pourquoi ne pas le faire justement au nom de ce que l’on a appris de l’Histoire, y compris celle de la Shoah ? C’est autrement plus parlant.

Oui, on se déculpabilise (ou on se culpabilise) aujourd’hui à bon compte. On aime à la fois la repentance et cette fausse culpabilité : c’est de la rumination morbide.

Par contre et par rapport à cela, Mr Sarkozy pose cependant, sur un autre sujet, une question intéressante - même si on n’en connaît pas la réponse - lorsqu’il évoque la faiblesse de nos sociétés en matière de spiritualité : il a raison de le faire. Paul Thibaud, l’ancien directeur de la revue “Esprit”, donnait récemment cette image très juste de notre société : elle est, selon lui, “les Droits de l’Homme, plus le marché”. C’est bien cela cette société dans laquelle nous vivons. Mais cela n’est pas suffisant, et çà ne donne pas pour autant un projet de vie.

Pour conclure, notre combat d’aujourd’hui, est bien un combat contre l’antisémitisme : mais ce n’est pas avec la rengaine du “devoir de mémoire” qu’il faut s’y prendre.

Je parlais plus haut de cette “nouvelle bombe fumigène” de Mr Sarkozy. Une de plus. Et, comme d’habitude, sans aucune préparation ni concertation avec qui que ce soit. Même (la très sarkozienne) Simone Veil, Présidente d’une fondation qui combat l’anti-sémitisme, s’en indigne avec force.

Faut-il rappeler que Jacques Chirac avait déjà institué en France, peu avant la fin de son mandat, une journée de commémoration des crimes nazis ? Çà partait d’un bon sentiment, même si c’est sans effet réel sur l’opinion. Aujourd’hui c’est un peu la même chose. Sauf qu’on rallume un peu plus l’anti-sémitisme, et notamment dans les milieux immigrés d’origine musulmane.

Ce genre d’initiatives n’apporte rien : tout au contraire, elles risquent d’allumer de nouveaux foyers de discorde.

Écrivons l’Histoire. Et cessons de ressasser les mémoires.

mardi, 19 février 2008

À PROPOS d'un STYLE

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BILLET du 19 FÉVRIER 2008

Nicolas Sarkozy peut-il encore réformer ? N’est-il pas déjà en voie de “chiraquisation” ?

Les mauvais sondages, la grogne de l’UMP, le recul sur les taxis et les négociations avec les buralistes conduisent naturellement à se poser cette question qui, il y a peu de semaines encore, aurait surpris tout interlocuteur. Aujourd’hui, elle est devenue banale.

Le Président parait pour le moins embourbé. Avec cependant une réserve : Nicolas Sarkozy est en début de mandat. Alors que la “chiraquisation”, dans son sens péjoratif, s’appliquait à la fin du mandat de Jacques Chirac où plus rien ne se passait.

Or, avec Nicolas Sarkozy, c’est l’inverse : ce n’est pas une “chiraquisation” par défaut ou par inactivité, c’est une “chiraquisation”, c’est-à-dire un sentiment d’impuissance, par excès, par sa suractivité, au point que les français en attrapent le “tournis”. (Le mot est devenu très à la mode). Ses initiatives sont tellement nombreuses - et çà pourrait être une bonne chose quand on sait l’état où est la France - mais surtout, hélas, si contradictoires, si illisibles qu’on finit par ne plus savoir où nous en sommes.

L’”affaire” des taxis en est une illustration, parmi d’autres : quand, sur ce sujet difficile, on veut prendre des initiatives aussi “agressives” à l’égard d’une profession dont les revenus sont fort modestes mais dont le seul “trésor”, pour leur assurer une retraite décente, est le capital constitué par leur “plaque” qu’ils ont payée très cher, on ne se lance pas dans une telle réforme sans avoir quelques “cartouches” compensatrices et sans un minimum de précautions. Or, là, il n’y avait ni “cartouches” ni davantage de précautions prises.

On a donc l’impression que les réformes annoncées sont peu ou mal préparées et relèvent le plus souvent de l’improvisation la plus totale. C’est très surprenant.

LA CANNIBALISATION DE LA VIE PUBLIQUE

Nicolas Sarkozy a aussi un autre handicap - celui-là tout-à-fait imprévu et qui a pris une dimension exceptionnelle - c’est celui de l’étalage de sa vie privée : celle-ci a totalement cannibalisé sa vie publique.

Ce n’est pas seulement le départ, puis le retour de Cécilia, puis le divorce, puis sitôt après le remariage avec une chanteuse, les goûts de luxe, les Ray-Ban, les Rolex en or, ses escapades, les 80.000 euros de cadeaux échangés avec Mme Bruni à l’occasion de leur mariage, etc....

Et, face à cet étalage luxueux, cet aveu : “les caisses sont vides”....

Même si le portefeuille du Président n’est pas à confondre avec les caisses de l’État, il y a là contradiction : on invite les français à se serrer la ceinture pendant, qu’en privé, on fait étalage de ses dépenses.

“Quand on mange du caviar, il faut tirer les rideaux, surtout en période de crise”. Quand on incarne l’État, quand on prétend vouloir garantir l’intérêt général, quand, devant la levée des inquiétudes, on doit rassurer, ce qui rassure le peuple, c’est d’abord la norme, pas la transgression, même dans sa vie privée.

Il est urgent que Mr Sarkozy redresse la barre, qu’il réinvestisse la fonction présidentielle, qu’il referme la parenthèse “people” (ce côté “bling-bling”), qu’il cesse de vouloir être à la fois son Premier Ministre, voire son Ministre de l’Intérieur, mais qu’il devienne enfin LE Président. Sans ce côté “touche-à-tout” virevoltant qui déroute et sème l’inquiétude, alors qu’on attend surtout d’un Président qu’il apaise et rassure, rôle prépondérant parmi tous si l’on veut faire aboutir projets et réformes.

Oh, il serait bien injuste de prétendre qu’aucune réforme n’a pas été menée à bien par Mr Sarkozy depuis quelques mois : le traité européen, l’autonomie des universités, la réforme des contrats de travail, la réforme des régimes spéciaux des retraites, etc..... Çà fait plus de choses que Mr Chirac en douze années de présidence ronronnante. Mais aujourd’hui, Mr Sarkozy semble embourbé dans un fatras de réformes tous azimuts et aux annonces quasi-quotidiennes.

DISTINGUER L'ESSENTIEL DE L'ACCESSOIRE

Cette approche est dangereuse parce qu’elle conduit à la dispersion des efforts et au gommage des priorités. Il est nécessaire, comme pour tout bon manager, de hiérarchiser les réformes qu’on veut entreprendre, à commencer par les plus importantes et se donner les moyens de les réussir. Il est politiquement impossible de tout faire d’un coup : il faut distinguer l’essentiel de l’accessoire.

On ne change pas la vie des français d’un “coup de baguette magique”. Surtout quand les caisses sont vides. Or, là non plus, on ne perçoit nulle part une volonté de rigueur économique alors que çà devrait être la première des priorités. La France continue de creuser le trou dans lequel elle s’enfonce. On a l’impression, dans ce domaine essentiel, d’une stagnation par contradiction. Alors qu’on était en droit d’attendre une politique de rigueur, une politique d’urgence, on conduit une politique de facilité. C’est l’immobilisme de l’essentiel dans l’agitation de l’accessoire. C’est décevant.

“Le style, c’est l’homme”, disait Stendhal. Celui-ci soulignait déjà la difficulté de changer l’un sans que l’autre évolue.

Il est devenu urgent que Mr Sarkozy évolue pour devenir enfin Président de la République. Ce qu’il n’a pas encore fait.

mercredi, 06 février 2008

MERCI À VOUS TOUS....

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Voici exactement deux ans, jour pour jour, que j’ai pris la décision d’ouvrir un site internet. C’était pour moi, initialement, une solution de simple facilité pour diffuser les “billets” - les "À propos" - que j’écrivais déjà régulièrement et qui n’étaient édités qu’en version “papier”, ou encore envoyés par mail à une déjà très longue liste de correspondants qui me faisaient l’amitié de leur intérêt.

Jamais je n’aurais imaginé un seul instant la tournure que cette initiative allait prendre. Ou plutôt sa dimension. Jugez-en : en 2 ans, plus de 278.000 visiteurs, un site lu régulièrement dans près de 70 pays des 5 continents, à la cadence moyenne de 380 visites/jour. Des milliers de correspondants devenus, depuis, des amis, qui m’interpellent même aujourd’hui par mon prénom, alors que, majoritairement, je ne les ai jamais rencontrés ni eu d'entretien avec eux, même au téléphone. Et quelle richesse pour moi que tous ces échanges entre nous.

Je ne commenterai pas davantage ce phénomène “internet” que d’autres ont aussi vécu comme moi.

Je remercie aujourd'hui, tout simplement, tous ceux et toutes celles qui m’honorent de leur visite sur ce site, ou m’envoient des signes d’amitié et de soutien. Et aussi, parfois, des critiques que je lis toujours avec la plus grande attention.

Merci donc à vous tous. À bientôt.


François VAN DE VILLE

15:55 Publié dans SOCIÉTÉ | Lien permanent | Commentaires (3)

À PROPOS DU MÉTIER D'ENSEIGNANT

BILLET du 6 FÉVRIER 2008

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Le rapport de la Commission Pochard sur l’évolution du métier d’enseignant évoque, entr’autres propositions, la “prise en compte de la performance dans le déroulement des carrières des professeurs”.

On peut imaginer l’inquiétude que cette formulation a pu éveiller chez nos enseignants dont le métier est devenu, aujourd’hui, si difficile. Qu’est-ce que cela veut dire ?

En fait, s’il s’agit de payer les professeurs “au mérite”, il n’y a rien de bien nouveau, car cela existe déjà : les professeurs ont des promotions, ils changent d’échelons et ils gagnent progressivement plus en fonction de plusieurs critères, dont l’ancienneté et le mérite, et ce selon un système de notation bien établi.

À propos d’ailleurs de ce système, on observe curieusement que les notes attribuées sont comprises généralement entre 18 et 20 (sur 20), et pratiquement jamais en dessous de 18. Alors qui obtient 18 sur 20 pourrait considérer avoir une excellente note alors, qu’en fait, c’est pratiquement l’équivalent de zéro, le bonnet d’âne. Moi-même, élu pendant plusieurs années en charge du personnel d’une collectivité publique de plus de 3.000 agents, cette façon de noter m’avait frappé de stupeur. Mais on ne change pas “comme çà” les habitudes de l’administration. Sauf que, dans l’Éducation, il y a, à côté de ces notes administratives, celles données par le rectorat qui, elles, sont comprises plus raisonnablement entre 7 et 20.

UN SYSTÈME DE NOTATION INUTILE

Donc le système, aussi perfectible qu’il soit, existe. Sauf.... qu’il ne sert pas à grand-chose.

On entend donc régulièrement, surtout dans l’électorat de droite : “Il faut payer les professeurs au mérite”. Voilà l’exemple type d’une mauvaise réponse à une bonne question : il n’y en effet aucune raison pour qu’on n’évalue pas un service public, un service qui est du à tous les citoyens. Et on peut exiger que celui-ci soit performant. Comme ses agents.

Mais la bonne question, c’est : “Comment évaluer un service public ?”. Le problème est de savoir si on doit appliquer au service public les critères d’évaluation qui sont ceux du privé.

Or, on ne le peut pas.

Pour expliquer cela brièvement, prenons l’exemple d’une entreprise privée : plus elle a de clients, meilleur cela est pour elle. Mais, dans le service public, c’est exactement l’inverse : plus vous avez de “clients”, plus vous avez de délais, plus vous avez de contraintes et plus cela devient difficile à gérer. Donc le service public ne fonctionne pas comme une entreprise privée.

Dans le privé encore, si vous instaurez un système de notation, si un employé ne donne pas satisfaction, on peut toujours s’en séparer. Dans le public, non.

Qui peut donc imaginer que, parce qu’on va mal noter un professeur, ou qu’on va le priver d’une partie de son salaire, il va devenir meilleur pédagogue ? Devant une telle évidence, que peut-on faire ?

On pourrait aussi suggérer de faire non plus des évaluations individuelles, mais collectives. C’est-à-dire de l’établissement tout entier. Ou encore de toute l’équipe pédagogique d’une même classe. Ou d’une même discipline. Et, au cours d’une réunion - avec ou sans les parents d’élèves - on exposerait clairement ce qui ne va pas, on examinerait les résultats constatés et on remettrait en cause méthodes et équipes collectivement.

On pourrait aussi envisager de donner plus d’autonomie aux chefs d’établissements. Par exemple, leur permettre de distribuer des primes à des enseignants qui rendent plus de services que d’autres : il n’est pas normal qu’on ne rétribue pas le mérite de certains enseignants qui, manifestement, s’engagent plus que d’autres.

Donc, on le constate, le système du privé ne peut pas fonctionner dans le public. Et puis on peut, par ailleurs, s’interroger : pourquoi ne pas payer aussi les médecins aux résultats de leurs traitements ? Les avocats au nombre d'acquittements qu’ils obtiennent. Etc...

Il y a là, chez ceux qui ne parlent que de la rémunération au mérite dans la fonction publique, une sorte de crétinisme managérial qui s’est imposé à la société toute entière et qui en devient ridicule. Il faut cesser ces discours hors des réalités.

"LA" GIFLE

Je vais ici, pour démontrer un peu plus la difficulté de l’exercice, ouvrir une rapide parenthèse à propos de “la” gifle. On sait cette “affaire” d’un professeur qui, venant de se faire provoquer devant toute sa classe par un de ses élèves qui l’avait gratifié de “connard”, lui a renvoyé aussitôt une gifle. Et ce professeur s’est retrouvé arrêté par des gendarmes, puis mis en garde à vue, et même suspendu par sa hiérarchie (qui a même hésité à blâmer sévèrement l’élève), en attendant d’être traîné devant un tribunal. Mais que font les syndicats d'enseignants ?

Dans quel monde vivons-nous ? Surtout quand on sait que cet élève insolent est le fils d’un gendarme, métier où on cultive par excellence le respect de l’ordre. Ce gendarme est certainement fort respectable dans l’exercice de ses fonctions : mais désolé, il n'est qu'un très mauvais père. Si moi-même un de mes enfants avait traité son professeur de “connard”, ce n’est pas une seule gifle que je lui aurais administrée mais une “tournée” pour qu’il se souvienne longtemps du respect que l'on doit à toute autorité.

Oh, certes, la gifle administrée par ce professeur dépasse ce qu’il est aujourd'hui convenu. Mais, qu’auriez-vous fait à sa place, sans risque de perdre toute autorité dans votre classe et d’être professionnellement “fichu” ?

Et quant à l’administration judiciaire, quelle serait la réaction d’un juge si on venait à le traiter de “connard” dans l’exercice de ses fonctions ? Je crains fort que la sanction entraînée irait très au-delà d’une simple gifle.

Tout, dans cette “affaire”, est démesuré. C’est un vrai fait de société, révélateur de l’état de délitement de l’autorité où nous sommes.

SAUVER LE MÉTIER D'ENSEIGNANT

Le métier d’enseignant est donc devenu aujourd'hui très difficile : il va même jusqu’à comporter des risques d’intégrité physique. Et son autorité morale est de plus en plus souvent contestée.

Il faut comprendre ce que c’est qu’une classe : si la classe devient un rapport physique à 1 contre 25 ou 30 ; si, de surcroît, les parents d’élèves ne soutiennent pas l’autorité du professeur, s’ils ne réalisent pas que c’est même leur propre autorité qui sera ensuite mise en cause, ou encore l’équilibre des rapports entre les adultes et enfants, la situation devient sans issue.

Me revient ici le souvenir d’une autre gifle qui est restée célèbre : c’est celle que François Bayrou a administrée à un jeune qui lui faisait les poches. Toute la France a applaudi. Y a-t-il deux poids, deux mesures selon qu’on est célèbre ou simple professeur en province ?

On viendra nous dire ensuite que, dans l’enseignement public, nous avons une grave pénurie d’enseignants alors que l’école privée les attire en grand nombre. Et cet enseignement public est souvent contraint de recruter les plus médiocres des promotions qui sortent des écoles de formation. J’avais déjà traité ce sujet il y a de nombreux mois : rien n’a changé depuis. On ne contribue pas actuellement à tarir cette tendance qui devient gravissime pour l’avenir même de l’école publique.

Enfin, par dessus le marché, un rapport (Attali) propose aujourd'hui de faire noter les professeurs par les élèves et leurs parents, et on les met ensuite en examen quand ils se font insulter par quelques connards d’élèves. Au fou !

Il faut renverser d’urgence cette déviance. Il faut soutenir les professeurs : ceux-ci ne sont plus suffisamment reconnus dans la société d’aujourd’hui, laquelle ne fonctionne qu’au fric, à la notoriété, au “people”. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le “bling-bling”..., dont l’exemple aujourd’hui vient de haut.

Il est devenu plus qu’urgent d’en prendre conscience.

vendredi, 01 février 2008

À PROPOS de la FAMILLE

BILLET du 1er FÉVRIER 2008

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Les temps changent. Même ce que l’on pouvait considérer comme l’un des piliers les plus essentiels de notre société - je veux parler de la famille - n’est plus aujourd’hui ce que l’on croyait connaître tout récemment encore. Pour preuve, cette information statistique qui vient d’être publiée : il naît aujourd’hui en France davantage d’enfants “hors mariage” que d’enfants issus de couples mariés.

Voilà de quoi ébranler nombre de bonnes consciences chez celles et ceux qui, hier, couvraient aussitôt d’opprobre tous ceux qui avaient “fauté” avant d’être passés “devant le maire et le curé”. D’aucuns estimeront qu’il y a là un signe de déclin de la famille, un déclin de plus qui frapperait notre pays.

L'ÉTONNANTE FÉCONDITÉ FRANçAISE

Seule consolation cependant, la fécondité française est en tête des pays européens : non pas parce que notre taux de fécondité (1,98) est suffisant pour assurer le renouvellement des générations - il est encore en dessous du taux requis (2,1) - mais il est très loin devant des pays qui, comme l’Allemagne (ou encore l’Espagne, l’Italie et bien d’autres), voient leur population diminuer parce qu’ils ne procréent plus suffisamment. Ce qui les expose à terme à une grave crise de vieillissement de leurs populations. Avec tous les problèmes de financement des retraites, de leur poids démographique - donc politique - sur notre planète. Y compris, aussi, le poids de notre civilisation européenne face aux pays émergeants à la fécondité galopante.

Alors, face à cette étonnante fécondité française - qui nous classe en tête des pays européens, même devant la très catholique Irlande ! - nous ne pouvons que porter notre attention sur la place du mariage dans ces familles “new-look”, composées, décomposées, recomposées, re-décomposées, re-recomposées, et que la notion même de mariage ne semble plus préoccuper. Tout en constatant que, même chez ces familles complexes, le creuset familial demeure une donnée essentielle. Ce qui pourrait passer, à première vue, pour être contradictoire. La plupart des observateurs n’y comprennent d’ailleurs plus grand-chose.

Pour tenter cependant de répondre à cette interrogation, peut-être pourrait-on remettre la notion de mariage en perspective historique ? Je vais tenter ici de m’y essayer brièvement, sans cependant être assuré de convaincre pour autant.

On doit tout d’abord constater que le mariage, malgré les apparences, ne s’est jamais si bien porté qu’aujourd’hui en terme de valeur : la famille, fondée sur le lien amoureux, va jusqu’au souhait des homosexuels de vouloir se marier entr’eux, et même des prêtres qui ne supportent plus le célibat que leur impose leur hiérarchie !

Souvenons-nous qu’hier - c’était en 68 - on était alors dans la logique d’un titre devenu célèbre : ”Familles, je vous hais“. Et voilà qu’aujourd’hui on évoque son opposé : “Familles, je vous aime”, titre du dernier ouvrage de Luc Ferry (que j’ai eu le plaisir de rencontrer récemment au Salon de la Biographie de NÎMES) et dont je vous recommande vivement la lecture.

MARIAGE D'AMOUR et MARIAGE de RAISON

Il faut donc repartir, pour essayer de comprendre, plus loin encore dans l’histoire des mentalités. On constate, par exemple, qu’au Moyen Âge, on ne se mariait jamais par amour. Il arrivait bien parfois que des gens s’aimaient, mais c’était l’exception. Le principe fondamental du mariage, c’était alors le lignage, c’est-à-dire la transmission du nom et du patrimoine. On observe ensuite, par exemple, que dans les pièces de Molière, on commençait à revendiquer le mariage d’amour, à vouloir “se marier” et non plus “être marié” par l’autorité parentale.

Finalement, au fil du temps, le mariage d’amour l’a progressivement emporté sur le mariage de raison. Mais la conclusion de cette évolution, si vous fondez le mariage sur le sentiment d’amour et non plus sur le lignage ou sur la biologie ou encore sur l’économie, dès lors que l’amour disparaît - ce qui peut arriver - ou qu’il se transforme en haine, alors, évidemment, on aboutit au divorce. C’est un vrai drame, surtout pour les enfants. Mais, dans ce cas, mêmes les enfants seront moins malheureux, moins traumatisés dans un divorce réussi que dans un mariage raté.

N’idéalisons donc pas la famille bourgeoise : celle-ci était le plus souvent inséparable de deux institutions, l’une réelle, l’autre littéraire, qui étaient le bordel d’un côté et le drame bourgeois de l’autre.

Ceci me rappelle, anecdotiquement, une nouvelle de Mautpassant intitulée tout simplement “Jadis” : elle raconte le conflit entr’une grand-mère - aristocrate située encore dans le grand siècle mais dont la vue était très en baisse - et sa petite fille qui lui servait de lectrice des journaux. Et celle-ci de lire dans un journal un fait divers : une femme a tué son mari parce qu’elle était trompée. Et la grand-mère de dire : “Cette femme est folle : le mariage, ma petite fille, n’a rien à voir avec l’amour !”. Au 18° siècle, il était en effet tout-à-fait ridicule d’aimer sa femme : c’était même du plus mauvais goût.

L'AMOUR TUANT LE MARIAGE ?

On est donc passé aujourd’hui du mariage de convenance, ou d’intérêt - c’est-à-dire du mariage fondé sur des conventions - au mariage fondé sur l’amour. Mais, finalement, paradoxalement, c’est l’amour, sentiment extrêmement fluctuant par nature, qui a fini par tuer le mariage.

Nous sommes là en plein individualisme : si nos sentiments, si nos émotions sont la mesure de toutes choses, çà rend toute institution extrêmement fugitive. Il en va de l’amour comme il en va de l’opinion publique, comme de la politique et de bien d’autres choses.

La logique du mariage d’amour, qui l’a emporté en Occident sur toutes les autres formes de mariage, va donc, à terme, à l’encontre du mariage lui-même. Mais, il faut le dire, pas du tout de la famille : la famille se porte mieux que jamais. La famille est, en effet, le lieu de solidarité par excellence.

Si l’on veut donc comprendre le vrai sens du mariage - c’est-à-dire le besoin entre deux êtres de passer ou devant le curé ou le maire - il faut relire les Confessions de St Augustin : à l’origine, le mariage est né d’une idée qui est très belle - et que l’on trouve déjà dans le Genèse - c’est celle qu’on a besoin de quelqu’un d’autre. C’est donc la base de la théorie augustinienne de l’amour en Dieu, Dieu qui va relier les êtres qui s’aiment. Cela a aussi un avantage très grand dans la perspective chrétienne : c’est qu’au moment où l’un d’entr’eux va mourir, l’amour en Dieu leur promet qu’ils se retrouveront après la mort. Précieux sésame.

Dans la laïcité - qui n’est jamais rien d’autre que la sécularisation de la religion en présence d’un maire au lieu d’un officiant religieux - quand on arrive à la vraie laïcité achevée, on en vient donc à la logique du mariage d’amour.

Pour conclure, j’évoquerai ici très rapidement ce paradoxe de la France dont le peuple est celui de tous qui a la vision la plus pessimiste de l’avenir et qui est, cependant, celle des nations européennes qui fait le plus d’enfants.

Faire des enfants, n’est-ce pas faire confiance à l’avenir ? On peut donc en déduire que les français restent résolument confiants sur la famille, sans trop se soucier par ailleurs de l’avenir de leur mariage.