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mercredi, 20 février 2008

À PROPOS de MÉMOIRE et d'HISTOIRE

BILLET du 20 FÉVRIER 2008

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À peine avais-je conclu mon précédent billet (“À propos d’un style”) que je prenais connaissance de la nouvelle bombe fumigène de Mr Sarkozy : cette initiative de confier à tous les enfants de CM2 - de ±10 ans - un “devoir de mémoire” des 114.000 enfants juifs qui ont été déportés par les nazis au début des années 1940.

Au risque de choquer ceux qui me font l’honneur de me lire, quand j’entends l’expression “devoir de mémoire” pour la 100.000ème fois, j’ai envie de me mettre aux abonnés absents. Je n’en peux plus.

Non que j’aie la moindre sympathie pour le racisme ou pour l’anti-sémitisme, mais je pense que cette expression est totalement malvenue et contre-productive :
• malvenue parce qu’on ne peut avoir la mémoire et se souvenir de ce qu’on a soi-même vécu : donc il ne peut s’agir d’un “devoir de mémoire”, pour ces enfants nés un demi-siècle après ces faits, mais de la nécessité de l’Histoire. Ce n’est pas la même chose. Arrêtons d’utiliser cette expression à tort.
• contre-productive parce que ce n’est pas comme çà qu’il faut faire de l’instruction civique : si on s’imagine que c’est en faisant des leçons de morale qu’on va faire baisser l’anti-sémitisme, on se trompe totalement. C’est exactement l’inverse : on ne contribuera qu’à le faire monter. Car on rallume la guerre des mémoires.

La mémoire de la shoah ? Immédiatement, dans certains quartiers, on vous dira : “Pourquoi pas la décolonisation ? Pourquoi pas l’esclavage ? Pourquoi pas l’Arménie ? Pourquoi pas les enfants palestiniens ? etc....”. Et ils auront raison de le dire.

On se déculpabilise aujourd’hui vraiment à bon compte : arrêtons cette comédie. On se découvre soudain en France 63 millions de “résistants” : où étaient-ils donc et combien étaient-ils en 1940 ?

Donc, à la place de cette farce tragique, il nous faut aujourd’hui, prioritairement, faire de l’Histoire. Mais il nous faut nous servir de l’Histoire pour la re-situer dans le présent : il serait préférable que les classes parrainent aujourd’hui des enfants vivants plutôt que des enfants morts au siècle passé. Il faut que l’Histoire serve à quelque chose.

LA MÉMOIRE DIVISE....

L'HISTOIRE RASSEMBLE

La mémoire est ce qui divise les hommes ; l’Histoire est ce qui peut les rassembler.

La mémoire divise en effet les hommes parce que les mémoires sont particulières, surtout dans une époque communautariste comme la nôtre. On risque de voir surgir des mémoires juives, des mémoires musulmanes, des mémoires chrétiennes, etc.... Cette sorte de manie de la repentance, de rumination constante du passé est, curieusement, propre à la France : on ne la voit dans nul autre pays. On croirait qu’il n’y a qu’en France qu’on aurait des choses à nous reprocher.

Face à cela, on peut d’ailleurs se poser la question de savoir pourquoi, en France, notre enseignement d’instruction civique échoue si lamentablement. Les leçons de morale, çà ne “marche” pas : c’est dommage, mais c’est comme çà. Les cours de droit constitutionnel pour enfants ? Çà ne “marche” pas davantage. Or nos cours d’instruction civique reposent ou sur la morale ou sur le droit constitutionnel. Donc, çà ne peut pas ”marcher”.

En opposition, on constate que ce qui passe le mieux, même dans des populations difficiles, ce sont, à la fin, les cours d’Histoire, des cours notamment illustrés par des grandes œuvres cinématographiques : par exemple le “Journal d’Anne Franck”, ou des films sur la déportation, la guerre et ses horreurs. Il y a aussi la lettre de Guy Mocquet : mais, là, il faut laisser agir les professeurs à leur propre rythme.

Qu’est-ce donc aussi - je le dis ici rapidement au passage - ce pays où le Président de la République intervient sur la forme d’enseignement de la grammaire, ou encore sur la Shoah ? Çà n’a plus de sens. Si l’autorité de l’éducation doit continuer, ce n’est pas parce qu’elle est impulsée du sommet de l’État, mais parce qu’elle a son autonomie et sa propre justification.

Je parlais donc de la mémoire. Quant à l’Histoire.... Qu’est-ce que c’est que l’Histoire par rapport à la mémoire ? L’Histoire est une mise en place, alors que la mémoire est déjà quelque chose de sélectif. Mais sélectif dans un sens affectif : la mémoire retient ce qui, dans l’affectivité de l’individu, est prioritaire. Et les exemples ne manquent pas : par exemple, en ex-Yougoslavie, les ”devoirs de mémoire” ont conduit à de véritables catastrophes. Alors qu’au contraire l’Histoire, c’est ce qui essaye de mettre en perspective.

Si on veut donc conserver la leçon du passé, sans en faire une leçon de morale mais une leçon d’expérience, il nous faut retrouver le sens de l’Histoire. Seule l’Histoire permet de réinvestir les leçons du passé pour les projeter dans le présent. Et il est inutile de se lamenter sur le passé si on n’en fait rien aujourd’hui.

NE PAS RÉVEILLER L'ANTI-SÉMITISME

6 millions de juifs, pour un enfant, c’est abstrait, çà ne veut rien dire. Pas plus que de lui parler de la bataille d’Alésia et de Vercingétorix. Par contre, parrainer un enfant vivant, c’est autre chose : pourquoi ne pas le faire justement au nom de ce que l’on a appris de l’Histoire, y compris celle de la Shoah ? C’est autrement plus parlant.

Oui, on se déculpabilise (ou on se culpabilise) aujourd’hui à bon compte. On aime à la fois la repentance et cette fausse culpabilité : c’est de la rumination morbide.

Par contre et par rapport à cela, Mr Sarkozy pose cependant, sur un autre sujet, une question intéressante - même si on n’en connaît pas la réponse - lorsqu’il évoque la faiblesse de nos sociétés en matière de spiritualité : il a raison de le faire. Paul Thibaud, l’ancien directeur de la revue “Esprit”, donnait récemment cette image très juste de notre société : elle est, selon lui, “les Droits de l’Homme, plus le marché”. C’est bien cela cette société dans laquelle nous vivons. Mais cela n’est pas suffisant, et çà ne donne pas pour autant un projet de vie.

Pour conclure, notre combat d’aujourd’hui, est bien un combat contre l’antisémitisme : mais ce n’est pas avec la rengaine du “devoir de mémoire” qu’il faut s’y prendre.

Je parlais plus haut de cette “nouvelle bombe fumigène” de Mr Sarkozy. Une de plus. Et, comme d’habitude, sans aucune préparation ni concertation avec qui que ce soit. Même (la très sarkozienne) Simone Veil, Présidente d’une fondation qui combat l’anti-sémitisme, s’en indigne avec force.

Faut-il rappeler que Jacques Chirac avait déjà institué en France, peu avant la fin de son mandat, une journée de commémoration des crimes nazis ? Çà partait d’un bon sentiment, même si c’est sans effet réel sur l’opinion. Aujourd’hui c’est un peu la même chose. Sauf qu’on rallume un peu plus l’anti-sémitisme, et notamment dans les milieux immigrés d’origine musulmane.

Ce genre d’initiatives n’apporte rien : tout au contraire, elles risquent d’allumer de nouveaux foyers de discorde.

Écrivons l’Histoire. Et cessons de ressasser les mémoires.

Commentaires

Pour s'oxygéner et quitter la Sarkozye, un petit billet sur Nîmes...

A trois semaines des municipales, on peut s'interroger sur la capacité de Nîmes à relever les défis d'une métropole en construction si la majorité sortante et actuellement favorite poursuit sur la même voie. Les fanfaronnades, les gadgets et effets d'annonce, les jolis emballages, les concepts creux vont-ils tenir lieu de politique à long terme ? Je crains que les impasses soient nombreuses et le réveil douloureux.

Gadgets coûteux et inadaptés.
Après Nemausa… une SMAC, une patinoire ? Quelques pistes cyclables, un ou deux squares pour masquer le vide du bilan dans ces domaines ?… On est loin des attentes, des besoins, des enjeux d'une ville durable et dynamique. Les trois grands objectifs de la ville selon moi – économie et emploi, fiscalité, qualité de vie – seront bientôt hors de portée si on continue sur le même rythme.

Fanfaronnades et cécité.
Une ville sans souffle, sans projet… qui se fait distancer par sa puissante voisine. C'est vrai, elles ne jouent pas dans la même catégorie mais tout de même, ouvrons les yeux : il y a quelques années elles étaient sur la même ligne, aujourd'hui le fossé saute aux yeux sauf à l'équipe Fournier qui se glorifie de la vitalité démographique récente et de "grues partout" –signe du potentiel de Nîmes et de l'attractivité du Midi languedocien plus que fruit d'une quelconque politique municipale. Pendant ce temps à Montpellier les grands équipements progressent (transports, loisirs, ZAC, politique culturelle…) et l'économie du XXIe siècle est en marche autour du vivier de la recherche, de l'enseignement supérieur, de la culture et des secteurs d'avenir….
Plus inquiétant, Nîmes risque de ne pas tenir la distance face à Avignon ou même un réseau émergent autour de villes moyennes et dynamiques comme Sète-Béziers-Narbonne.

Jolis emballages et concepts creux.
Retour sur ce qui se fait d'abord. La revitalisation du centre rime avec promesses non tenues ou espoirs déçus.. Nous ne reviendrons pas sur la mégalomanie du "forum du XXIe siècle" avec toutes ses aberrations. Pendant ce temps, la ville pour la voiture et la consommation se bâtissent et lui tournent le dos.
Pour le reste, étant donné la vitesse d'exécution et les cafouillages innombrables (voir Ilot Grill, Triangle de la Gare…), on peut être perplexe face à trois des grands projets amorcés ou annoncés . Je prends quelques exemples : l'aménagement Hoche-Sernam n'est-il pas surdimensionné, le musée de la romanité trop confus ou le TCSP peu crédible et inadapté aux réels besoins ? L'étude pour un tramway Est-Ouest me paraît à cet égard une urgence.
Je crois qu'il y a derrière tout ça beaucoup de vent et de communication, peu de volonté politique ou de moyens réels, pas mal de saupoudrage et des hypothèques nombreuses sur les finances de notre ville déjà mal en point.

S'ils se poursuivent, l'autisme et la bonhomie tranquille de notre maire et de ses partisans seront bientôt insupportables aux créateurs, aux investisseurs, aux jeunes étudiants ou actifs et à la matière grise qui choisiront un Languedoc plus dynamique, moins imposé et plus créatif et migreront vers Aix, Montpellier ou Perpignan.

Mais ne perdons pas espoir : à quelques heures de l'annonce du programme par Philippe Berta et ses colistiers, réfléchir et agir pour d'autres projets et une autre méthode sont urgents et passionnants, non seulement pour notre ville, mais pour notre société.

Écrit par : Philippe JACQUES | jeudi, 21 février 2008

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