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mardi, 19 février 2008

À PROPOS d'un STYLE

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BILLET du 19 FÉVRIER 2008

Nicolas Sarkozy peut-il encore réformer ? N’est-il pas déjà en voie de “chiraquisation” ?

Les mauvais sondages, la grogne de l’UMP, le recul sur les taxis et les négociations avec les buralistes conduisent naturellement à se poser cette question qui, il y a peu de semaines encore, aurait surpris tout interlocuteur. Aujourd’hui, elle est devenue banale.

Le Président parait pour le moins embourbé. Avec cependant une réserve : Nicolas Sarkozy est en début de mandat. Alors que la “chiraquisation”, dans son sens péjoratif, s’appliquait à la fin du mandat de Jacques Chirac où plus rien ne se passait.

Or, avec Nicolas Sarkozy, c’est l’inverse : ce n’est pas une “chiraquisation” par défaut ou par inactivité, c’est une “chiraquisation”, c’est-à-dire un sentiment d’impuissance, par excès, par sa suractivité, au point que les français en attrapent le “tournis”. (Le mot est devenu très à la mode). Ses initiatives sont tellement nombreuses - et çà pourrait être une bonne chose quand on sait l’état où est la France - mais surtout, hélas, si contradictoires, si illisibles qu’on finit par ne plus savoir où nous en sommes.

L’”affaire” des taxis en est une illustration, parmi d’autres : quand, sur ce sujet difficile, on veut prendre des initiatives aussi “agressives” à l’égard d’une profession dont les revenus sont fort modestes mais dont le seul “trésor”, pour leur assurer une retraite décente, est le capital constitué par leur “plaque” qu’ils ont payée très cher, on ne se lance pas dans une telle réforme sans avoir quelques “cartouches” compensatrices et sans un minimum de précautions. Or, là, il n’y avait ni “cartouches” ni davantage de précautions prises.

On a donc l’impression que les réformes annoncées sont peu ou mal préparées et relèvent le plus souvent de l’improvisation la plus totale. C’est très surprenant.

LA CANNIBALISATION DE LA VIE PUBLIQUE

Nicolas Sarkozy a aussi un autre handicap - celui-là tout-à-fait imprévu et qui a pris une dimension exceptionnelle - c’est celui de l’étalage de sa vie privée : celle-ci a totalement cannibalisé sa vie publique.

Ce n’est pas seulement le départ, puis le retour de Cécilia, puis le divorce, puis sitôt après le remariage avec une chanteuse, les goûts de luxe, les Ray-Ban, les Rolex en or, ses escapades, les 80.000 euros de cadeaux échangés avec Mme Bruni à l’occasion de leur mariage, etc....

Et, face à cet étalage luxueux, cet aveu : “les caisses sont vides”....

Même si le portefeuille du Président n’est pas à confondre avec les caisses de l’État, il y a là contradiction : on invite les français à se serrer la ceinture pendant, qu’en privé, on fait étalage de ses dépenses.

“Quand on mange du caviar, il faut tirer les rideaux, surtout en période de crise”. Quand on incarne l’État, quand on prétend vouloir garantir l’intérêt général, quand, devant la levée des inquiétudes, on doit rassurer, ce qui rassure le peuple, c’est d’abord la norme, pas la transgression, même dans sa vie privée.

Il est urgent que Mr Sarkozy redresse la barre, qu’il réinvestisse la fonction présidentielle, qu’il referme la parenthèse “people” (ce côté “bling-bling”), qu’il cesse de vouloir être à la fois son Premier Ministre, voire son Ministre de l’Intérieur, mais qu’il devienne enfin LE Président. Sans ce côté “touche-à-tout” virevoltant qui déroute et sème l’inquiétude, alors qu’on attend surtout d’un Président qu’il apaise et rassure, rôle prépondérant parmi tous si l’on veut faire aboutir projets et réformes.

Oh, il serait bien injuste de prétendre qu’aucune réforme n’a pas été menée à bien par Mr Sarkozy depuis quelques mois : le traité européen, l’autonomie des universités, la réforme des contrats de travail, la réforme des régimes spéciaux des retraites, etc..... Çà fait plus de choses que Mr Chirac en douze années de présidence ronronnante. Mais aujourd’hui, Mr Sarkozy semble embourbé dans un fatras de réformes tous azimuts et aux annonces quasi-quotidiennes.

DISTINGUER L'ESSENTIEL DE L'ACCESSOIRE

Cette approche est dangereuse parce qu’elle conduit à la dispersion des efforts et au gommage des priorités. Il est nécessaire, comme pour tout bon manager, de hiérarchiser les réformes qu’on veut entreprendre, à commencer par les plus importantes et se donner les moyens de les réussir. Il est politiquement impossible de tout faire d’un coup : il faut distinguer l’essentiel de l’accessoire.

On ne change pas la vie des français d’un “coup de baguette magique”. Surtout quand les caisses sont vides. Or, là non plus, on ne perçoit nulle part une volonté de rigueur économique alors que çà devrait être la première des priorités. La France continue de creuser le trou dans lequel elle s’enfonce. On a l’impression, dans ce domaine essentiel, d’une stagnation par contradiction. Alors qu’on était en droit d’attendre une politique de rigueur, une politique d’urgence, on conduit une politique de facilité. C’est l’immobilisme de l’essentiel dans l’agitation de l’accessoire. C’est décevant.

“Le style, c’est l’homme”, disait Stendhal. Celui-ci soulignait déjà la difficulté de changer l’un sans que l’autre évolue.

Il est devenu urgent que Mr Sarkozy évolue pour devenir enfin Président de la République. Ce qu’il n’a pas encore fait.

Commentaires

Les taxis est un très mauvais exemple et il n'y a pas de reculade. J F Coppé reprend avec les députés de la majorité et l'opposition le rapport Attali ; attendons de voir ce qui en sortira.
Réformer ne veut pas dire spolier ; il faut faire l'un sans l'autre et les récentes déclarations de Fillon le confirment

Écrit par : Jean-Alain ROUX | samedi, 22 mars 2008

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