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vendredi, 01 février 2008

À PROPOS de la FAMILLE

BILLET du 1er FÉVRIER 2008

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Les temps changent. Même ce que l’on pouvait considérer comme l’un des piliers les plus essentiels de notre société - je veux parler de la famille - n’est plus aujourd’hui ce que l’on croyait connaître tout récemment encore. Pour preuve, cette information statistique qui vient d’être publiée : il naît aujourd’hui en France davantage d’enfants “hors mariage” que d’enfants issus de couples mariés.

Voilà de quoi ébranler nombre de bonnes consciences chez celles et ceux qui, hier, couvraient aussitôt d’opprobre tous ceux qui avaient “fauté” avant d’être passés “devant le maire et le curé”. D’aucuns estimeront qu’il y a là un signe de déclin de la famille, un déclin de plus qui frapperait notre pays.

L'ÉTONNANTE FÉCONDITÉ FRANçAISE

Seule consolation cependant, la fécondité française est en tête des pays européens : non pas parce que notre taux de fécondité (1,98) est suffisant pour assurer le renouvellement des générations - il est encore en dessous du taux requis (2,1) - mais il est très loin devant des pays qui, comme l’Allemagne (ou encore l’Espagne, l’Italie et bien d’autres), voient leur population diminuer parce qu’ils ne procréent plus suffisamment. Ce qui les expose à terme à une grave crise de vieillissement de leurs populations. Avec tous les problèmes de financement des retraites, de leur poids démographique - donc politique - sur notre planète. Y compris, aussi, le poids de notre civilisation européenne face aux pays émergeants à la fécondité galopante.

Alors, face à cette étonnante fécondité française - qui nous classe en tête des pays européens, même devant la très catholique Irlande ! - nous ne pouvons que porter notre attention sur la place du mariage dans ces familles “new-look”, composées, décomposées, recomposées, re-décomposées, re-recomposées, et que la notion même de mariage ne semble plus préoccuper. Tout en constatant que, même chez ces familles complexes, le creuset familial demeure une donnée essentielle. Ce qui pourrait passer, à première vue, pour être contradictoire. La plupart des observateurs n’y comprennent d’ailleurs plus grand-chose.

Pour tenter cependant de répondre à cette interrogation, peut-être pourrait-on remettre la notion de mariage en perspective historique ? Je vais tenter ici de m’y essayer brièvement, sans cependant être assuré de convaincre pour autant.

On doit tout d’abord constater que le mariage, malgré les apparences, ne s’est jamais si bien porté qu’aujourd’hui en terme de valeur : la famille, fondée sur le lien amoureux, va jusqu’au souhait des homosexuels de vouloir se marier entr’eux, et même des prêtres qui ne supportent plus le célibat que leur impose leur hiérarchie !

Souvenons-nous qu’hier - c’était en 68 - on était alors dans la logique d’un titre devenu célèbre : ”Familles, je vous hais“. Et voilà qu’aujourd’hui on évoque son opposé : “Familles, je vous aime”, titre du dernier ouvrage de Luc Ferry (que j’ai eu le plaisir de rencontrer récemment au Salon de la Biographie de NÎMES) et dont je vous recommande vivement la lecture.

MARIAGE D'AMOUR et MARIAGE de RAISON

Il faut donc repartir, pour essayer de comprendre, plus loin encore dans l’histoire des mentalités. On constate, par exemple, qu’au Moyen Âge, on ne se mariait jamais par amour. Il arrivait bien parfois que des gens s’aimaient, mais c’était l’exception. Le principe fondamental du mariage, c’était alors le lignage, c’est-à-dire la transmission du nom et du patrimoine. On observe ensuite, par exemple, que dans les pièces de Molière, on commençait à revendiquer le mariage d’amour, à vouloir “se marier” et non plus “être marié” par l’autorité parentale.

Finalement, au fil du temps, le mariage d’amour l’a progressivement emporté sur le mariage de raison. Mais la conclusion de cette évolution, si vous fondez le mariage sur le sentiment d’amour et non plus sur le lignage ou sur la biologie ou encore sur l’économie, dès lors que l’amour disparaît - ce qui peut arriver - ou qu’il se transforme en haine, alors, évidemment, on aboutit au divorce. C’est un vrai drame, surtout pour les enfants. Mais, dans ce cas, mêmes les enfants seront moins malheureux, moins traumatisés dans un divorce réussi que dans un mariage raté.

N’idéalisons donc pas la famille bourgeoise : celle-ci était le plus souvent inséparable de deux institutions, l’une réelle, l’autre littéraire, qui étaient le bordel d’un côté et le drame bourgeois de l’autre.

Ceci me rappelle, anecdotiquement, une nouvelle de Mautpassant intitulée tout simplement “Jadis” : elle raconte le conflit entr’une grand-mère - aristocrate située encore dans le grand siècle mais dont la vue était très en baisse - et sa petite fille qui lui servait de lectrice des journaux. Et celle-ci de lire dans un journal un fait divers : une femme a tué son mari parce qu’elle était trompée. Et la grand-mère de dire : “Cette femme est folle : le mariage, ma petite fille, n’a rien à voir avec l’amour !”. Au 18° siècle, il était en effet tout-à-fait ridicule d’aimer sa femme : c’était même du plus mauvais goût.

L'AMOUR TUANT LE MARIAGE ?

On est donc passé aujourd’hui du mariage de convenance, ou d’intérêt - c’est-à-dire du mariage fondé sur des conventions - au mariage fondé sur l’amour. Mais, finalement, paradoxalement, c’est l’amour, sentiment extrêmement fluctuant par nature, qui a fini par tuer le mariage.

Nous sommes là en plein individualisme : si nos sentiments, si nos émotions sont la mesure de toutes choses, çà rend toute institution extrêmement fugitive. Il en va de l’amour comme il en va de l’opinion publique, comme de la politique et de bien d’autres choses.

La logique du mariage d’amour, qui l’a emporté en Occident sur toutes les autres formes de mariage, va donc, à terme, à l’encontre du mariage lui-même. Mais, il faut le dire, pas du tout de la famille : la famille se porte mieux que jamais. La famille est, en effet, le lieu de solidarité par excellence.

Si l’on veut donc comprendre le vrai sens du mariage - c’est-à-dire le besoin entre deux êtres de passer ou devant le curé ou le maire - il faut relire les Confessions de St Augustin : à l’origine, le mariage est né d’une idée qui est très belle - et que l’on trouve déjà dans le Genèse - c’est celle qu’on a besoin de quelqu’un d’autre. C’est donc la base de la théorie augustinienne de l’amour en Dieu, Dieu qui va relier les êtres qui s’aiment. Cela a aussi un avantage très grand dans la perspective chrétienne : c’est qu’au moment où l’un d’entr’eux va mourir, l’amour en Dieu leur promet qu’ils se retrouveront après la mort. Précieux sésame.

Dans la laïcité - qui n’est jamais rien d’autre que la sécularisation de la religion en présence d’un maire au lieu d’un officiant religieux - quand on arrive à la vraie laïcité achevée, on en vient donc à la logique du mariage d’amour.

Pour conclure, j’évoquerai ici très rapidement ce paradoxe de la France dont le peuple est celui de tous qui a la vision la plus pessimiste de l’avenir et qui est, cependant, celle des nations européennes qui fait le plus d’enfants.

Faire des enfants, n’est-ce pas faire confiance à l’avenir ? On peut donc en déduire que les français restent résolument confiants sur la famille, sans trop se soucier par ailleurs de l’avenir de leur mariage.

Commentaires

Très belle note François, et très juste !
Amitiés
Pierre-Nicolas (Asnières)

Écrit par : Pierre-Nicolas BUREL | lundi, 04 février 2008

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