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vendredi, 28 décembre 2007

À PROPOS DU POUVOIR D'ACHAT

BILLET du 28 DÉCEMBRE 2007

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Le parlement vient de légiférer en vue d’améliorer le pouvoir d’achat des français.

Est-ce le rôle de l’État - hormis pour la fonction publique - de distribuer du pouvoir d’achat ? N’est-ce pas d’abord le rôle des entreprises ?

Le pouvoir de l’État, dans ce domaine, est, en effet, très limité, à part de débloquer - comme il le fait aujourd’hui - les quelques rares éléments de pouvoir d’achat qui dépendent de lui.

LE RÔLE DU PATRONAT

Le vrai problème du pouvoir d’achat dépend en effet surtout du patronat. Or le patronat est toujours extrêmement réticent - même quand il pourrait le faire - à se laisser aller à des augmentations de salaires : il a tort. Dans un tout récent article signé par Alain Minc, celui-ci explique par ailleurs que le faible taux de syndicalisation - notamment dans les entreprises privées - fait que les salariés ne sont pas correctement défendus. On peut penser qu’il a raison, même cela n’explique pas tout.


Ce faible taux de syndicalisation - je l’ai déjà dit ici - chacun y a sa part de responsabilité : le patronat n’en veut pas car il déteste avoir à affronter des syndicats. Mais il a une bonne raison pour cela : c’est que les syndicats sont majoritairement peu réformistes, qu’ils collaborent très peu avec la logique de l’entreprise, contrairement à ce qu’on observe chez nos partenaires voisins.

On a là une situation problématique. Le patronat devrait cependant réfléchir à augmenter les salaires sitôt que cela est possible : en France, un peu plus de 7 millions de salariés vivent avec moins de 800€ par mois. Çà ne peut pas durer indéfiniment comme çà.

Réfléchissons un peu : pour un paysan du 18° siècle, ou encore pour un marin pêcheur, le métier se confondait alors avec la vie. On ne travaillait pas pour gagner sa vie ou pour se nourrir, mais le travail était sa vie elle-même. Et c’était alors parfaitement acceptable que d’avoir des revenus très modestes. Mais quand, aujourd’hui, vous pratiquez un travail considéré uniquement comme un “gagne-pain”, et que ce travail n’a pas de sens, ou n’est pas gratifiant, ou qu’il est idiot, ou encore qu’il n’est pas agréable, et qu’en fin de mois vous gagnez moins de 1.000€, ce n’est pas vivable. Et il faut que le patronat le comprenne.

Alors le rôle de l’État ? Il faut savoir que l’État ne produit pas de pouvoir d’achat. Même dans l’économie la plus socialiste qui soit, l’État ne produit du pouvoir d’achat que pour autant qu’il est lui-même entrepreneur. Seul le système productif crée du pouvoir d’achat.

DE PLUS EN PLUS DE PAUVRES

La situation en France sur ce point, est assez étrange. À la fois la France est un pays “riche” - même s’il est endetté de façon abyssale - mais un pays où il y a un nombre sans cesse croissant de pauvres. Il y a une paupérisation de catégories de plus en plus nombreuses de français. On peut se demander le pourquoi d’un tel paradoxe.

C’est que les mécanismes distributifs sont, en France, aujourd’hui en panne. Et dans la mesure où nous sommes dans une économie libérale, ces mécanismes dépendent de ce qu’on appelait jadis la “lutte des classes”. Aujourd’hui c’est l’affrontement entre salariés et employeurs. Et là, la faiblesse du syndicalisme y est bien pour quelque chose.

Il y a, paradoxalement en France, un peu moins de RMIstes, mais il y a davantage de pauvres chez les gens qui travaillent. Et ces travailleurs pauvres sont en nombre croissant : beaucoup ne peuvent plus se loger et vivent désormais ou dans des roulottes ou sous des tentes et dans des conditions extrêmement difficiles, y compris dans la rue. Ce phénomène est nouveau.

La pauvreté et la richesse sont donc actuellement en train de se focaliser non pas sur l’alimentation, ni sur l’habillement, mais sur le logement. Et on voit que tous les scandales actuels ne sont que des affaires de logement. Face à ce constat, on peut se demander comment parvenir à une véritable politique du logement qui empêcherait notre pays - supposé riche - de voir tant de gens loger dans la rue ou dans une situation d’extrême pauvreté.

Et là, précisément sur le logement, l’État a un rôle à jouer. Il peut jouer sur le marché, y compris sur les appartements dans les grandes villes.

Mais, sur le problème de fond, quand on discute avec des chefs d’entreprises, on trouve chez certains d’entr’eux surtout des conservateurs : ceux-là trouvent que “tout fout le camp”, que les enfants sont mal élevés, etc.... Ils lisent les thèses, devenues à la mode, de Nicolas Baverez quand celui-ci nous parle de “déclin”. Ils trouvent que Chirac n’a pas fait le boulot nécessaire et ils sont contents aujourd’hui de voir un Président un peu à poigne.

FAIRE DES CONSOMMATEURS

Et, cependant, ces chefs d’entreprise ne considèrent pas que ce sont eux qui, d’abord, sont à l’origine de ce déclin. Et même quand ils parlent des enfants mal élevés, ils oublient que ce sont eux qui veulent que ces enfants deviennent des consommateurs. Et il font pour cela des campagnes de publicité. C’est normal : c’est leur boulot. Mais c’est quoi, faire des consommateurs : c’est créer un ”manque” chez les gens pour susciter chez eux des envies d’achat.

Si vous avez une vie intérieure riche, que vous avez des valeurs spirituelles, morales et culturelles fortes, vous éprouvez moins le besoin d’aller acheter n’importe quoi dont on vous a vanté les mérites sur les médias. Donc la logique de la consommation, est une logique de l’abaissement culturel pour susciter un manque que l’on cherche à combler.

Les théoriciens du capitalisme - car c’est de cela qu’il s’agit - avaient vu ce problème. En particulier le fondateur de l’économie moderne - Adam Smith - qui avait dit que l’économie (dans le sens d’économiser) doit rester une exception. Fondée sur une loi injuste, parce qu’égoïste, l’intérêt de l’individu c’est qu’il contribue à la richesse de la collectivité. Donc en consommant. Il faudrait donc, selon lui, accepter cette loi fondamentale du capitalisme, même si elle est immorale.

Mais, ajoute cependant Adam Smith, si on généralise au secteur non marchand les principes d’égoïsme collectif qui définissent l’économie, si on l’applique à l’art, à la religion, aux jeux, aux sports, à l’instruction, au savoir, alors la société “fout le camp”.

Ce qu’on appelle en France l’ultra-libéralisme - même si cette expression ne veut pas dire grand-chose - ce n’est pas que l’économie soit trop libérale, mais c’est que le système libéral est appliqué à un certain nombre de valeurs qui ne sont plus libérales. Et si l’économie reste une exception, ce chef d’entreprise conservateur qu’on évoquait plus haut sortira de sa contradiction, il se rendra compte que l’économie libérale - c’est-à-dire l’économie de marché - a besoin d’un régulation, à la fois par la Loi elle-même et par sa propre loi morale.

C’est bien à ces chefs d’entreprise de résoudre ce problème.

Commentaires

Les syndicalistes francais ne sont pas aussi bon que ceux des pays voisins... Trop de grèves diminue l'importance de l'impact ...

Écrit par : Martine LOUIS | vendredi, 28 décembre 2007

Il y a en France environ 2 Mio d’entreprises, celles du CAC 40 et les autres dont les TPE. Les 1 ères se portent bien avec parfois des superprofits (pétrole) et jouent la globalisation à fond; les autres connaissent des difficultés de trésorerie, financière, de rentabilité et sont menacées par les taux des charges sociales et la fiscalité, les délocalisations aussi. Comment peut on leurs demander d’augmenter le pouvoir d’achat de leurs collaborateurs alors qu’elles n’arrivent pas toujours à équilibrer leurs comptes. La vraie question est de savoir où passe l’argent que toutes ces entreprises versent à l’état et aux organismes publics ? cet argent est il correctement géré ? Pour une entreprise mal gérée, la sanction tombe immanquablement mais pour l’état et les politiques il n’y a jamais de sanction ; les rapports de la cour des comptes, c’est connu, tombent toujours dans les oubliettes.
Non, c’est aux politiques et à l’état de définir la politique économique qui permettra aux entreprises de se développer et conquérir des marchés plutôt que de se défiler, de ne pas assumer leurs responsabilités et chercher des boucs émissaires. Sans compter qu’une augmentation du pouvoir d’achat sans augmentation concomitante de la production et la productivité entraîne une inflation plus importante et un déséquilibre de la balance commerciale. Or le déséquilibre il est actuellement suffisamment important pour ne pas vouloir l’aggraver.


Jean-Alain Roux

Écrit par : Jean-Alain ROUX | vendredi, 28 décembre 2007

Augmenter le pouvoir d'achat, permettre aux parents de passer du temps avec leurs enfants pour leur permettre d'avoir une vie riche de sens (à l'encontre de l'augmentation de la durée du travail et du travail dominical)... les réponses apportées par le gouvernement sont une manière déguisée d’obliger les gens à travailler le dimanche et plus d’heures (durée légale du temps de travail bientôt abrogée selon parisot), donc de remettre en cause le droit du travail…!
Où va l'argent ?
L'immobilier a flambé !!
Et on se demande où va l'argent : notre société récompense et enrichie ceux qui possèdent des biens immobiliers.
Imaginons un instants que l'argent consacré aux loyers ou au crédit soit disponible !...
Quelle augmentation de pourvoir d’achat !!!
La fiscalité immobilière encourage la thésaurisation, la loi SRu 2000 n'est pas appliquée (entrainant une inflation dans las quartiers éloignés des quartiers populaires (pour ne pas dire ghetto).
Les propositions de François Bayrou :
-l'état (sous entendu un état impartial, via la DDE) récupère la délivrance du permis de construire si la commune n'applique pas la loi,
-obligation de construire dans tous programmes immobiliers 25 % de logements sociaux.
J’ajoute une fiscalité foncière qui empêche la thésaurisation (application des tarifs construits au terrain nu...)
sont des propositions qui pourraient diminuer ces charges qui pèsent sur les ménages, ainsi on ne serait pas obligé de travailler plus en perdant des acquis qui vont nuire à la qualité de vie de chacun.
Le paquet fiscal de 15 milliard pourrait aussi servir à relancer l'immobilier !!!

Écrit par : MARLIER | lundi, 31 décembre 2007

Le proverbe dit bien qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre ; en d’autres termes on ne peut bénéficier des avantages de la mondialisation sans remettre en cause un système mis en place à l’époque des 30 glorieuses et qui s’appuyait largement sur la paupérisation du tiers monde, on ne peut pas plus fermer les frontières, renoncer à l’Europe et vivre dans une tour d’ivoire en pensant que seul la France avec son système et ses acquis sociaux est dans la vérité. Il faut savoir s’adapter et examiner ce qui peut et doit être modifier en manifestant compréhension et solidarité envers les plus défavorisés, et surtout en aidant judicieusement les entreprises qui sont créatrices de richesses et affrontent le marché mondial.

Écrit par : Jean-Alain ROUX | mercredi, 02 janvier 2008

Épineuse question que celle du pouvoir d'achat !

Du Global:

A défaut d'une approche scientifique capable de faire émerger LA vérité (mais l'économie n'est pas une science dure, exacte, elle énonce "des" vérités. et je ne suis même pas économiste !) je me raccroche à mon sens pratique.

La question du pouvoir d'achat est en premier lieu celle de la répartition des richesses ; elle renvoie alors à deux problématiques.
1° la taille des richesses à partager
2° la clé de répartition de ces richesses

L'option du gouvernement actuel "travailler + etc,.." associée aux mesures de redistribution fiscale dirigées vers les classes les plus aisées postule que si le le gâteau est plus gros, les miettes seront plus grosses!

Je n'adhère pas à ce postulat ; certes il faut faire grossir le gateau mais il faut aussi agir sur la clé de répartition...quand les riches deviennent plus riches ils ne deviennent pas plus vertueux, surtout quand les riches en questions sont des actionnaires éparpillés aux 4 coins de la planète.

Et les faits sont têtus ; les 4 pays qui ont le plus gros PIB/habitant sont ceux où l'on travaille mieux et où le taux d'emploi est le plus haut! je vous invite à consulter l'article à ce sujet dans AlternativesEconomiques d'oct07 : http://www.alternatives-economiques.fr/

Au Local:

Je vis à Nimes depuis 7 ans et j'ai vu l'activité commerciale se déplacer du centre ville et ville active à la galerie du nouveau Géant Casino, puis Carré Sud....quelle est la dynamique? Attirer le chaland par la nouveauté, faire et défaire des commerces à un rythme tel que seules les enseignes de franchisées, les chaines capitalistiques peuvent suivre. Résultat des courses : la surface marchande augmente avec des boutiques qui emploient de moins en moins de monde, de plus en plus à temps partiel et fabriquent des salariés pauvres... Avec le taux de chômage que nous connaissons à Nîmes ne serait-il pas judicieux de chercher à consommer mieux plutot que consommer plus ? A surface égale si l'on favorise des "petits" commerces avec plus d'employés est-on vraiment certains que les consommateurs/salariés n'y trouveront pas leur compte?

À suivre !

Écrit par : Franck MEDINA | mercredi, 09 janvier 2008

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