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lundi, 10 décembre 2007

À PROPOS DE L'ENSEIGNEMENT

BILLET du 10 DÉCEMBRE 2007

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Terrible constat que celui publié par l’OCDE sur le niveau scolaire des enfants de 15 ans observés dans 57 pays. Le moins qu’on puisse dire est que ce constat est très sévère pour l’enseignement en France : nos élèves sont très en dessous de la moyenne, tant en lecture, en maths, qu’en science. L’école française semble avoir totalement décroché, notre école est en panne : le constat n’est pas nouveau mais ne cesse de s’aggraver, année après année.

Par ailleurs, non seulement nous ne progressons plus dans aucun domaine, mais nous observons en plus une aggravation de la violence dans nos établissements, la diminution du nombre de nos diplômés, l’augmentation du nombre d’élèves qui, en fin de parcours, sortent de l’école sans aucune qualification : environ 160.000 par an ! Nous avons ±15% d’illettrés à l’entrée en sixième, ce à quoi il faut rajouter ±20% d’enfants qui savent déchiffrer un texte mais ne comprennent pas le sens de ce qu’ils lisent.


À CÔTÉ DE LA PLAQUE

Il faut dire cette vérité, même si elle peut déplaire à certains. Ce n’est pas en faisant une réformette de plus des programmes qu’on va en sortir, ni davantage en touchant à la carte scolaire : çà ne sert à rien. Ce n’est pas non plus en supprimant 2 heures le samedi matin, en donnant instruction aux recteurs d’accorder 10% d’exceptions scolaires supplémentaires qu’on en sortira davantage : on est totalement à côté de la plaque.

Ceux qui veulent cacher cette vérité-là ont tort. Notre enseignement s’effondre lentement et les conséquences pour notre nation, sa culture, sa langue sont gravissimes : c’est leur mort annoncée. Le rayonnement français s’effondre déjà inexorablement à travers le monde ; il n’est pas prêt de se relever.

Il faut donc d’urgence nous interroger sur les causes de ce désastre, quitte à bousculer un certain “politiquement correct” de bonne convenance.

On observe dans toutes les disciplines - et le phénomène s’est accentué depuis 1995 - qu’un étudiant qui a un “bac +5” s’oriente davantage vers une entreprise privée plutôt que vers un collège : et on a aujourd’hui, conséquence logique, une énorme crise des vocations scientifiques. Dans les concours universitaires, on récolte trop souvent par nécessité des étudiants qui sont parmi les derniers de leur promotion et n’ayant obtenu que des notes dérisoires. (J’avais déjà évoqué ce phénomène dans un précédent billet “L’école menacée” dont j’observe par ailleurs que ce billet reste l’un des plus lus de tout ce site. J’ignore pourquoi).

LE TRAVAIL AVANT LE LUDIQUE

Quelle est donc la cause de cette situation ? On peut penser que dans l’après 68, avec ce que l’on a appelé la “rénovation pédagogique”, on a mis en place tous azimuts des méthodes qui reposent sur le ludique, sur l’idée fausse - même si elle est séduisante - qu’il faut d’abord motiver les élèves et qu’on les fera travailler seulement après. Or la vérité est exactement inverse : il faut d’abord faire travailler les élèves et c’est seulement quand on a beaucoup travaillé sur une discipline que celle-ci devient progressivement intéressante.

Mais travailler d’abord, çà ne peut se faire que par contrainte, même s’il faut le faire gentiment. Or toutes les pédagogies modernes reposent sur la méthode de “l’hameçon” : on essaye d’attraper les élèves, puis on les motive et c’est seulement après qu’on les fait travailler. Et on fait des “auto-dictées” au lieu de faire des dictées, on fait des textes d’invention au lieu de faire des textes de rédaction, on travaille en histoire surtout sur les documents épars et non sur sa chronologie, on fait des disciplines d’éveil au lieu de faire des cours magistraux : avec les meilleures intentions du monde, on est tombé sur la tête. Ce sont ces pédagogies ludiques qui ont complètement anéanti l’idée même du travail.

Faut-il s’étonner ensuite qu’il a disqualification du travail en tant que vertu première ? Il est certainement plus facile de lire une bande dessinée qu’un roman de Stendhal. Et pourtant, si on pratique parallèlement ces deux lectures, on y éprouve un bien plus grand plaisir. On a aussi disqualifié la mémoire : on a trop dit que la mémoire c’était le ”don des imbéciles” : c’est faux ! Elle est un outil indispensable de tout travail intellectuel.

Cette psychologie dominante du ludique repose sur une connaissance totalement erronée de l’être humain.

Au-delà de ces considérations purement pdagogiques, on peut aussi ajouter une autre cause : c’est le désintérêt du politique pour l’éducation. Cela peut paraître paradoxal dans la patrie de Jules Ferry, de Guisot et de beaucoup d’autres. Mais aucun de nos Présidents de la République qui se sont succédé ces dernières années n’a fait de l’éducation une priorité, ni suscité chez eux un souci permanent. Même un homme de gauche comme Mitterrand, dont on aurait pu croire qu’il aurait été sensible aux problèmes de l’éducation, lui le fin lettré, ce sujet suscitait chez lui le plus profond ennui.

Autre cause encore de cet échec de notre enseignement, du moins sur le plan des statistiques - et il faut aussi avoir le courage de le dire - l’assimilation dans nos classes d’enfants issus de l’immigration fait certainement baisser notre classement face à d’autres pays - comme la Finlande - qui ne connaissent pas chez eux ce genre de difficulté. Non pas que ces enfants d’immigrés soient moins capables que d’autres, mais ils ont toujours le handicap d’être des déracinés, d’appartenir à une autre culture que leurs petits camarades européens. Et qu’on l’admette ou pas....

LES PRIORITÉS

D’abord cessons de toucher sans cesse aux programmes : çà ne sert à rien (je l’ai déjà dit plus haut). Mais il est impératif de concentrer tous nos efforts sur le problème de l’illettrisme. Il faut dédoubler tous les cours préparatoires des écoles les plus défavorisées pour qu’on y apprenne à lire et écrire par groupe de 10, surtout dans celles où les parents ne parlent pas le français. C’est la première des priorités : car 35% des enfants sont en grande difficulté de lecture et d’écriture à l’entrée au collège. Ce n’est pas acceptable. Et ce n’est pas en mettant un examen à l’entrée en 6ème qu’on y arrivera : çà sera créer un barrage et on ne saura pas quoi faire de ceux qui n’ont pas su le franchir avec succès. Il est un autre chiffre édifiant : 80% des enfants qui ne savent pas lire en préparatoire n’apprennent plus jamais à lire !

Autre priorité : mettre en place des filières professionnelles. Il faut que la voie professionnelle ne soit plus une voie de relégation.

Enfin il faut résoudre le problème des parents : depuis que les parents d’élèves prennent systématiquement le point de vue de leurs rejetons contre les professeurs, ils agissent contre leurs enfants, ils agissent contre l’éducation. L’école doit être celle de la confiance que l’on accorder à nos enseignants. Les parents ne sont pas les plus compétents en matière d’enseignement : à chacun son métier.

Commentaires

Voilà un billet très important sur un sujet central pour que notre société vive mieux et que la France relève les défis de l'avenir. Il est important de réfléchir aux moyens d'améliorer notre système éducatif.
Il faut cependant prendre du recul par rapport aux études et aux classements divers qui un jour vont conforter les uns, un autre servir de prétexte à toutes les critiques. Je ne pense pas qu'il soit bon de tomber dans une logique binaire du type école des parents ou école des professeurs, autorité ou dialogue, élèves au centre ou savoir au centre. Notre système éducatif, qui a besoin d'évoluer et d'être réformé, restera en panne et divisé si on en reste à des approches dogmatiques, superficielles, qui flattent l'opinion sans prendre le temps de l'analyse.
Chacun de ces problèmes mérite d'être posé mais, en allant trop vite en besogne, en substituant une vision à une autre, on ne répare rien sur le long terme. Cessons par exemple d'opposer "pédagogie ludique" et "travail" comme le fait Luc Ferry. Evitons de simplifier et de chercher le coupable idéal. Le jeu dans les petites classes, l'invention à différents moments du cursus littéraire, l'expérimentation en filière scientifique, la confrontation aux documents dans le secondaire en histoire ont leur place. Ils sont tout aussi valables que la leçon apprise par cœur, la composition, l'apprentissage des lois et des théories, l'assimilation des repères chronologiques. Dans chacun des cas, les deux approches peuvent se justifier, tout dépend du moment, de l'âge, du groupe, de la situation, des objectifs recherchés. L'important est d' associer les différentes approches, de conserver les méthodes aguerries quand il le faut, d'innover et de faire évoluer les situations quand cela peut aporter un plus.
Dans les faits elles sont complémentaires et ont leur place dans la réflexion pédagogique des enseignants, il faudrait arrêter de caricaturer et de faire croire que les élèves ne travaillent plus! Pourquoi ne pas s'interroger plutôt sur le statut du travail dans notre société, sur le sens de l'effort, sur les notions de patience, de plaisir d'apprendre et de comprendre ? Que signifie effort quand dès l'aube ou au retour de l'école les enfants peuvent voir à la TV des personnes qui, sur un coup de fil ou un tour de roue, peuvent gagner des millers d'euros ?

Écrit par : Philippe JACQUES | lundi, 10 décembre 2007

L'education, la pedagogie, l'instruction ne sont pas le fait de créer une elite mais d'amener au mieux des capacités de chacun. Il faudrait faciliter le redoublement sans avis parentaux. Puisque mettons les pieds dans le plat mais nous sommes souvent confrontés à passe ou casse. Ce qu'il faut c'est un grand coup de pied dans la fourmillière mais cela octroierait tellement de fourmillement que je ne sais pas si cela est possible. Tout se mêle et se noie où commencer? Y croire chaque jour se lever et croire qu'un enfant que l'on instruit c'est un homme qu'on gagne disait Victor Hugo... Remettre le pied à l'etrier, donner goût aux labeurs. Parce que, non aller à l'ecole c'est pas drôle et c'est pas facile. Arrêtons de vouloir jouer à apprendre en rigolant. Serait déjà un pas de geant mais... Facile de le penser, sur le terrain, et y étant de plein fouet c'est moins aisé. Faire au mieux c'est déjà davantage que faire ce que l'on peut. Mais pouvoir faire mieux ne touche plus que l'equipe pedagogique et enseignante. Alors messieurs les politiques...

Écrit par : Claire CHODEK | mercredi, 12 décembre 2007

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