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dimanche, 25 novembre 2007

À PROPOS D'UNE GRÈVE

BILLET du 25 NOVEMBRE 2007

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Les français viennent de subir une longue, une ruineuse (nous y reviendrons plus loin) et une très pénible période de grèves. Après cette confrontation musclée entre les éléments les plus conservateurs de notre société et ceux réformateurs, nous voici entrés dans une autre période, celle des négociations, les grèves étant, apparemment, mises entre parenthèses.

QUI A GAGNÉ ?

Rien n’est donc achevé aujourd’hui. Peut-on cependant désigner dès à présent, pour ce premier “round”, un vainqueur et un vaincu ? Qui a gagné jusqu’ici ?

Il faudrait être mauvais joueur pour ne pas reconnaître que Nicolas Sarkozy a tenu son défi : sur les 3 points qu’il avait dit qu’il ne céderait pas - points qui constituaient le socle de sa réforme : le passage de 37,5 à 40 annuités pour bénéficier de la retraite à taux plein, puis la décote, et enfin l’indexation des retraites - il n’a apparemment rien concédé. Et, cependant, malgré cette fermeté brandie comme une fermeture, les négociations se poursuivent avec les syndicats (à l’exception de Sud). Sarkozy s’est montré là plus habile qu’Alain Juppé et plus courageux que Jacques Chirac.


Rien n’est pourtant fini : il n’est pas totalement exclu qu’après une grande déception un nouveau mouvement apparaisse : mais cela parait peu probable, du moins sur la forme qu’on a connu ces dernières semaine. Et puis nous serons à quelques jours de Noël, ce qui incite à être prudent.

Mais, tant politiquement que psychologiquement, force est de constater que Nicolas Sarkozy a gagné cette première manche. Ce qui ne veut pas dire qu’il va gagner économiquement : le prix qu’il devra payer pour obtenir la paix sociale et éviter le retour des grèves sera plus important que prévu initialement. Ce d’autant que la réforme obtenue ne supprime pas, et de loin, le déficit actuel du régime des retraites.

LE GRAND PERDANT

Mais, dans toute cette affaire, au-delà de ces péripéties, le grand perdant, c’est bien la France : cette grève a coûté entre 300 à 400 millions d’euros par jour. Vu de l’étranger, ce gouffre économique, dans lequel on s‘est englouti un peu plus, fait hurler de rire nos voisins, même ceux (européens) considérés comme les plus bienveillants à notre égard. En terme de compétitivité, ce nouvel affaiblissement de la France ne peut que les réjouir, et on les comprend. Nous nous tirons de nouveau des balles dans le pied - et à la mitraillette ! - après celles de nos 35 heures et autres bévues du genre. Et si vous vous référez à la presse économique de nos concurrents du sud-est asiatique, ou celle chinoise, les français passent, pour eux, comme totalement cinglés : ils n’arrivent pas à comprendre comment un peuple entier peut se faire ainsi hara-kiri et de semblable façon.

Paralyser un pays pendant toute une semaine pour un conflit localisé - celui des roulants - (à EDF, cela s’est passé à moindre coût, les négociations ayant démarré bien plus tôt), nous devons conclure que notre système de négociation n’est pas au point du tout.

Quelles conséquences pour les syndicats ? Si on admet, à priori, que le vainqueur c’est Sarkozy, le vaincu serait, en toute logique, SUD : celui-ci avait en effet toujours proclamé que ce qu’il voulait, c’était le retrait pur et simple de la réforme. Or il ne l’a pas obtenu.

Par contre, il n’est du tout exclu que, lors des prochaines élections syndicales, les déçus de cette négociation tronquée estiment que c’étaient les durs qui, finalement, avaient raison : la C.G.T., dans ce conflit, a joué le rôle pivot qu’on attendait d’elle, à la fois ferme et compréhensive, en sachant bien que le gouvernement, appuyé par l’opinion publique, ne céderait pas. Mais elle a refusé de prendre position. Le vainqueur devrait donc être, en toute logique, la C.F.D.T. qui a été la première à dire qu’il fallait arrêter la grève, que celle-ci ne servait à rien et qu’il fallait négocier au plus vite, sachant fort bien que la négociation est le plus souvent plus payante que la grève (ce en quoi elle a tout-à-fait raison). Mais, dans ce jeu où les silences avoisinaient les surdités, il n’est pas forcèment exclu que le vainqueur à terme, dans les urnes syndicales, ne soit pas finalement SUD, refuge ultime des mécontents de ce jeu de dupes. Et non la C.G.T. ou la C.F.D.T. Dure leçon à méditer. Mais on verra bien les résultats qui sortiront des urnes.

LES INDIGNATIONS

Sur un autre plan, celui de la grève face aux grévistes et, plus généralement face aux français, où sont les indignations ? À droite, ce qui indigne le plus, c’est que la loi républicaine ne soit pas respectée : lors les élections, Nicolas Sarkozy avait clairement exposé sa volonté de réformer les régimes spéciaux. Les français ont choisi Sarkozy avec ses réformes annoncées : alors on s’indigne qu’on puisse remettre en cause leur résultat. À gauche, on voit bien que le P.S. est très embarrassé par cette affaire : il ne peut pas critiquer sur le fond, car il est d’accord avec Sarkozy. Donc il ne peut critiquer que sur la méthode. C’est assez pitoyable. Mais ce qui heurte le plus à gauche, du moins celle réformatrice, c’est l’absence du sens du compromis : c’est une vraie faiblesse de notre culture sociale.

Enfin, du côté des grévistes - notamment chez ceux de SUD qui veulent poursuivre la grève - il y a quelque chose qui, quand même, au-delà du caractère “jusqu’au-boutiste” de certains, mérite réflexion : dans une société où l’horizon de la vie humaine se réduit pratiquement à la production et à la consommation, on ne peut pas faire l’économie d’une certaine réflexion en profondeur. Que quelqu’un qui gagne 1.000 € par mois, voire même 1.200 ou 1.500 €, qui est constamment dans un travail peu valorisant, peu passionnant et qui est dépourvu d’un vrai sens, et qui, avec ce qu’il gagne, ne peut pas consommer beaucoup, la vie, pour eux, n’est pas très drôle et ils sont loins d’être des privilégiés. Alors, sans abonder dans certains ”jusqu’au-boutismes”, on ne pourra pas longtemps encore soutenir une politique seulement pragmatique. À quoi çà rime en effet de travailler 40 ans pour gagner seulement 1.500 € par mois ? Et c’est pour cette raison que, pour ces gens-là, la retraite prenait une importance considérable, surtout quand leur métier dérégulait longuement leur vie familiale. Quand on leur retire aujourd’hui de la retraite, que leur reste-t-il ? Ces gens-là ne sont donc pas des privilégiés comme on l’a dit injustement. Et si les gens réellement privilégiés ne comprennent pas cela, la victoire psychologique de Nicolas Sarkozy risque fort de se transformer, à long terme, en défaite assurée.

LE RÉFORMISME VA-T-IL GAGNER ?

À voir ce qui vient de se passer, on constate, côté gouvernement, qu’on a davantage intérêt à ne rien faire que d’entreprendre des réformes : la France est réellement ingouvernable. Et ce que vient d’entreprendre Nicolas Sarkozy sur les retraites est ce qu’il y avait de plus facile : il avait en effet l’appui des français. Mais ce ne sera pas toujours le cas des autres réformes à entreprendre. Et les tensions risquent là de revenir à très haut niveau. Il faudra un courage monstre pour y faire face.

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