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dimanche, 11 novembre 2007

À PROPOS de la MÉTHODE

BILLET du 11 NOVEMBRE 2007

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Un bras de fer particulièrement rude va s’engager les jours prochains entre le gouvernement, l’opinion et les syndicats sur la réforme des régimes spéciaux de retraite.

Venons-nous de vivre six mois d’illusions et de majestueuse impuissance du pouvoir ? Si on en juge par la situation actuelle, il y a véritablement quelque chose qui rappelle ce que la France a vécu du temps de Mr Chirac ou de ses prédécesseurs. Le point de départ du conflit actuel est le régime spécial des cheminots : c’était une chose qui était considérée comme allant de soi et qu’il fallait le réformer, une promesse aussi de campagne. Le fait que cela puisse être aujourd’hui remis en cause a ouvert les vannes à toutes les revendications. Et l’on trouve maintenant la RATP, l’Université - on y reviendra plus bas - la Magistrature avec la réforme des tribunaux, l’ANPE et l’ASSEDIC qui ne veulent pas d’une fusion, les fonctionnaires à cause de la suppression de 22.000 postes, les syndicats de la Banque de France qui veulent défendre leur monopole, les techniciens de l’Opéra, les avocats qui veulent leur retraite à 55 ans face à la réforme judiciaire, les aéroports et les compagnies aériennes avec leurs hôtesses, stewards, les marins pêcheurs, les transporteurs routiers, les taxis, la Poste, la Banque, l’EDF, la Police et même la Gendarmerie.


Tous ne pèsent pas du même poids. Mais il faut souligner que les régimes spéciaux et l’autonomie des Universités étaient, pour le moins, deux réformes considérées, en Juillet dernier, comme acquises par l’opinion publique. Or, aujourd’hui, elles sont remises en cause : çà ouvre maintenant la voie à toutes les revendications catégorielles. Çà annonce une épreuve de force spectaculaire.

LA FRANCE N’EST PAS À DROITE

Je fais partie des observateurs qui affirment depuis longtemps que la France n’est pas à droite, contrairement à ce d’aucuns voudraient le faire croire. C’est une erreur d’analyse de croire que la France serait passée à droite parce qu'elle a élu Nicolas Sarkozy. Il y a dans cette élection beaucoup trop de gens de gauche qui ont voté pour Nicolas Sarkozy, tout simplement parce qu’ils étaient déçus du Parti Socialiste. Il ne nous fallait pas croire que les difficultés que la droite a eues de réformer la France allait cesser sous le simple prétexte que Nicolas Sarkozy était élu avec 53% des voix. L’analyse qui porte à croire que la France est devenue libérale et que désormais les réformes qui avaient échoué (exemple : le CPE) devenaient possibles avec l’arrivée du nouveau Président : c’est une erreur.

Mr Sarkozy, avec le formidable talent qu’on lui connaît, a pu faire certaines réformes difficiles. Mais ces réformes-là n’étaient pas de celles qui mettaient en cause le fond de la France, la rue. Aller sauver les infirmières bulgares, c’est bien, les journalistes au Tchad, aussi. Beaucoup plus difficile et important, fut le traité européen : un formidable succès. Mais ce n’est pas sur le traité européen qu’on va bloquer les gares, les ports ou les rues : il n’existe pas de syndicats anti-européens. Si vous consultez les français, éventuellement ils vous diront “non”, mais en vérité, dans leur vie quotidienne, ils s’en tapent complètement. Ce n’est pas çà qui va bloquer la France.

En revanche, quand on touche à l’autonomie des Universités, ou encore aux régimes spéciaux, ou à la question de la rue “qui gouverne en France ?”, là l’atmosphère change. Et ceux qui s’imaginaient bêtement que la France était prête aux réformes libérales découvrent aujourd’hui que ce n’est pas vrai.

LE RISQUE D'ÊTRE CHIRACQUISÉ

Dans cette confrontation, on a le sentiment que personne ne cédera, ni du côté des syndicats, ni du côté de l’exécutif. On se dirige vers une épreuve de force : si on se place du point de vue des manifestants et des grévistes, ils ont le sentiment que si ils lâchent, c’est l’ouverture à une société libérale dont ils ne veulent pas. Et du point de vue de Mr Sarkozy, si il lâche sur les régimes spéciaux, il devient sur le champ “chiracquisé” : désormais il ne fera plus rien. Il ne lui restera plus qu’à faire des voyages spectaculaires, il fera des “coups”, mais il ne fera plus une politique, celle qu’il a préconisée durant sa campagne. C’est quelque chose d’extrèmement sérieux.

Mr Sarkozy a fait jusqu’ici un assez bon départ en matière de politique étrangère ; mais un très mauvais départ en politique intérieure. Quand il est arrivé aux affaires, au lieu de tenir un discours “churchillien” en disant “la France ne va pas bien, la France a besoin de se reprendre pour sauter dans le train des réformes”, il a minimisé la situation - “mais non, il n’y a pas de déclin, tout va bien, je ne veux pas qu’on parle de rigueur” - alors que, précisément, il aurait du parler de rigueur. Le résultat : Mr Sarkozy a habitué les français à l’idée que tout continuait comme avant. C’est une erreur de méthode fondamentale. Mr Sarkozy va devoir la payer très cher.

MAUVAISE FOI SYNDICALE

Sur un autre plan, j’ouvrirai un bref commentaire sur les Universités. Celles qui sont en grève sont d’abord une petite minorité : toujours les mêmes d’ailleurs. Ce sont celles où l’implantation de SUD et de la gauche de l’UNEF sont très fortes. Ce qui est assez curieux dans cette autonomie des Universités, c’est que tout le monde sait - y compris Bruno Julliard, le leader de l'UNEF - que cette réforme est bonne. D’ailleurs, cet été, ce syndicat - qui, au passage il faut le dire, ne pèse rien du tout - l’a presque soutenue. Il est même allé à affirmer que Mme Pécresse avait “fait du bon travail”. Et c’est là qu’on constate l’insondable mauvaise foi de la politique de certains syndicats, comme l’UNEF par la voix de Bruno Julliard, en particulier. Celui-ci est devenu soudain d’une mauvaise foi, d’un manque de parole, aussi bien sur le plan intellectuel que moral, et ce simplement parce qu’il voit bien la fenêtre qu’ouvre cette réforme et qu’il a peur de se laisser déborder sur sa gauche par SUD.

Donc, même quand on fait du ”bon travail” - comme Mme Pécresse l’a fait en instaurant un bon dialogue social avec tous les partenaires - çà peut ne pas marcher simplement parce que cette mauvaise foi politique resurgit aussitôt sous le moindre prétexte. Et dans le cas des facultés, il suffit de 5% seulement de grévistes pour bloquer tout et menacer de tout mettre par terre.

Ceci met, une fois de plus, en relief l’absence en France de syndicats réellement représentatifs, donc en capacité de devenir de vrais interlocuteurs responsables : dans le privé comme dans le public, les syndiqués n’y sont que de 5 à 7% des effectifs salariés. Mais il suffit cependant que ces 5 à 7% se mettent tous d’accord, et ils deviennent 70 ou 90%. C’est comme çà que fonctionnent les mentalités en France : les salariés n’ont pas envie de se syndiquer, mais quand les syndicats se mettent d’accord, cela devient irrésistible, ne serait-ce que pour une très court moment. Et cela donne l’impression que les syndicats sont très puissants.... alors que, dans les faits, ils ne représentent rien du tout. Ou si peu.

Une leçon à méditer.

Commentaires

Leçon à mediter ? Ou article faisant une sorte de remplissage demagogique par manque d'idée?
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RÉPONSE :
Je veux bien croire que je bouscule peut-être certaines idées reçues ou bien pensantes. Où est la démagogie dans tout cela ? Déranger et aller à contre-courant peut parfois provoquer certains épiphénomènes. En voilà l'illustration. À méditer.
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Demagogie: politique par laquelle on accuse ou flatte les masses pour gagner et exploiter leur adhésion. Ici vous accusez ce qui est une excellente chose en soi mais sans fond la forme suffit-elle?

Suputez vous à votre tour que ce que je soulève n'est qu'un phénomène accessoire qui accompagnerait un phénomène essentiel sans être pour rien dans son apparition? (qui est à peu de chose près la definition d'un épiphènomène)

Déranger et aller à contre-courant sont je le crois essentiels mais la critique en politique est-elle un point de fuite ou une perspective à des fins (faims) plus fines?

Des questions soulevées, 24 ans et je médite... Des points de vue qui par esprit se laissent à méditer mais... en aller retour!...
Claire

Écrit par : Claire CHODEK | dimanche, 18 novembre 2007

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