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mercredi, 31 octobre 2007

À PROPOS D'UNE RÉVOLUTION

BILLET du 1er NOVEMBRE 2007


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Depuis le temps qu’on attendait ce moment. Ce moment où enfin nos dirigeants consentiraient à entendre les appels de détresse venus de toutes parts à propos du devenir de notre planète et des espèces qui en vivent. Pourquoi aujourd’hui ne goûterions-nous pas notre plaisir ?

RÉVOLUTION ou ESBROUFE ?

Et, cependant, en écoutant l’allocution de clôture - très médiatisée - de ce “Grenelle” par notre Président, on peut se poser la question : révolution ? Ou esbroufe ? Et se poser cette double question, c’est déjà y répondre : il y a un peu des deux dans cette nouvelle démarche.

Révolution, parce qu’il y a une prise de conscience chez les participants, mais aussi chez tous les français, que le modèle de développement sur lequel nous avons vécu depuis des décennies n’est plus prolongeable indéfiniment. Indépendamment de l’écologie, du réchauffement de la planète, etc...., c’est une prise de conscience qu'on ne peut pas en faire bénéficier le monde entier - c'est-à-dire des milliards d’êtres humains - comme en ont bénéficié quelques centaines de millions (seulement) du monde industriel, à partir du XIXème siècle. Autrement dit, le gaspillage à l’échelle de la planète est désormais quelque chose d’impensable car devenu insupportable.


Alors, même ces vérités font encore débat. Il se trouve des gens qui ne veulent rien entendre ni rien en conclure. Comme, par exemple, George Bush Jr : mais fort heureusement, celui-ci va bientôt disparaître du paysage des décideurs potentiels, ne laissant derrière lui aucun regret. Il y a aussi les chinois et les indiens. Et il y a aussi, enfin, les ayatollahs de l’écologie qui voudraient nous ramener à l’âge des cavernes.

Il y a bien un débat de fond : comment assurer au tiers monde un type de développement susceptible de le hisser progressivement au niveau du nôtre, mais en utilisant d’autres moyens que ceux que nous avons utilisés nous-mêmes ?

L’environnement, même examiné avec éclat, n’est pas une affaire franco-française. Claude Allègre, dans un excellent ouvrage paru ce printemps dernier - “Ma vérité sur la planète” (Plon/Fayard) - fait remarquer qu’il ne sert à rien, à nous français, de nous imposer des mesures drastiques si l’Inde et la Chine continuent sur le rythme qui est le leur aujourd’hui. Par exemple baisser la vitesse sur nos routes de 10 km/heure aurait représenté 0,00001% de la pollution mondiale : on a bien fait d’y renoncer.

Ce “Grenelle” est donc, incontestablement, un succès médiatico-politique, médiatique et politique allant aujourd’hui de pair. Il faut reconnaître que Mr Sarkozy a réussi à faire ce que jamais la droite n’avait réussi, c’est-à-dire faire comprendre qu’on ne pouvait plus continuer à suivre notre modèle de développement : c’est un virage considérable. La gauche n’avait pas davantage réussi. Seul Jacques Chirac avait fait inscrire dans notre Constitution le principe de précaution, ce qu’aujourd’hui tout le monde, ou presque, conteste. On voudrait y revenir, mais on ne le peut pas car ce serait interprété comme un mauvais signal, même si, en pratique, cette disposition constitutionnelle n’a aucun sens (je l’avais déjà dénoncé dans un billet de cette époque).

Sur le plan “philosophique”, ce “Grenelle” est, lui aussi, positif. On ne croit pas ce que l’on sait. Nous savons que le développement, tel qu’il est aujourd’hui, est intenable : mais on n’y croit pas. C’est un peu comme nous savons tous que nous allons mourir, mais nous n’y croyons pas et nous continuons d’agir comme si rien de cela ne devait arriver. Tous les scientifiques, écologistes ou pas, nous disent aujourd’hui que notre modèle de développement n’est plus supportable : nous le savons, mais nous refusons d’en tenir compte. Ce “Grenelle” amorce donc un mouvement nouveau : de ce côté-là, il est positif.

MESURES LIBERTICIDES et ANTI-ÉCONOMIQUES

Par contre, ce qui ne va pas, c’est qu’on nous présente çà sous des aspects idylliques. On nous dit à peu près “c’est formidable, on a réussi enfin à réconcilier l’économie et l’écologie, la croissance et la décroissance, la taxation et la suppression des taxes”. Alors qu’en vérité on ne fait pas comprendre aux français que ces mesures vont être tragiques pour eux : l’écologie, ce sont d’abord des mesures liberticides (limitations, répressions, interdictions), et ce sont inévitablement des mesures antiéconomiques. L’éco-taxe, la taxe sur le carbone, ce sont des mesures qui vont inévitablement augmenter les prix. Il n’y a donc aucune raison de présenter çà aux français avec ce sourire béat qu'on a affiché avec insolence. L’écologie a ce petit aspect “boy-scout” et absurde dont on se rendra vite compte.

Sur un autre plan, le caractère “touche-à-tout” de Mr Sarkozy apparaît aussi ici. Il se saisit d’un nouveau problème tous les trois jours et, après, on n’en entend plus parler.

Dans le cas particulier de l’écologie, ce ”Grenelle” nous a aussi présenté une série de contradictions : comment peut-on être à la fois contre les OGM et contre les pesticides, alors qu’on sait très bien que les OGM n’ont pour objet essentiel que de se substituer aux pesticides dont on ne peut nier les effets nocifs. Que fait-on aussi de la recherche en agronomie ? Ces contradictions vont vite apparaître au grand jour.

Autre exemple encore : la question du nucléaire. Où veut aller Mr Sarkozy ? Certes il a affirmé qu’il n’était pas question d’abandonner le nucléaire. En revanche, Mr Sarkozy a dit qu’on “allait en rester là”. Çà n’a aucun sens : si on se fonde sur le nucléaire, seul moyen, il est vrai, de créer de l’énergie sans développer l’effet de serre, va-t-on se fonder désormais sur les éoliennes, dont on sait la nuisance sur l’environnement et les populations proches ? Nous sommes en pleine contradiction. Idem pour les autoroutes.

CONFRONTATION de CONTRADICTIONS

La confrontation sur ces contradictions va être difficile, tant sur le fond que sur la forme. Que va-t-on faire maintenant ? Comment va-t-on financer les éco-taxes ? En taxant, via l’Europe, les produits qui ne sont pas écologiques et qui viendront d’autres pays extérieurs ? Combien d’années faudra-t-il pour y parvenir ? Et les discussions sur les OGM ? Et celles sur la pollution de nos rivières ? Et sur la taxe carbone ?

Avant d’agir vite, comme certains voudraient le décider, il faut d’abord mettre en place une institution républicaine qui soit chargée d’organiser le débat contradictoire entre tous les partenaires, et sans omettre les scientifiques.

L’écologie ne peut, non plus, être représentée seulement en France par un animateur de télévision, aussi sympathique soit-il. Ce n’est pas être désobligeant vis-à-vis de Mr Hulot que de le dire.

Enfin, dernière difficulté : le financement. Le discours de Mr Sarkozy était comme un beau sapin de Noël tout enluminé : à propos de tous les problèmes (agriculture, transports, etc...), il annonçait “on va faire des investissements massifs”. Mais où va-t-on prendre l’argent quand on sait que les caisses sont vides et que notre dette nous coûte chaque jour des fortunes d’intérêts à décaisser.

Qu’on ait parfois envie de créer des moments d’euphorie de commande face à une opinion qui s’interroge, on peut le comprendre. Mais cela ressemble davantage à une fuite en avant permanente : c’est extrêmement dangereux, quelqu’en soit le motif, aussi généreux et ambitieux soit-il.

Les bonnes intentions, c’est bien : mais parions que nous en parlerons encore dans 30 ans.

Révolution ou esbroufe avais-je dit ? Là est la question.

Commentaires

L'esbroufe n'est-elle pas le début d'une révolution? Parce qu'aussi prestidigitatif soit-il, ce débat "grenellais" fait parler. Alors je veux bien entendre que souvent le silence est d'or mais lorsqu'il s'agit d'avenir mieux vaut mettre des mots aux maux. Et objectivement il semblerait que notre planète ait besoin d'un bon aspirine. Générique bio bien sûr!

Il est enoncé ici que nous ne croyons pas ce que l'on sait : j'irai même plus loin nous ne croyons pas ce qui est. Préférant se masser et se noyer dans la masse opaque qu'est l'humanité. À échelle individuelle, nous savons tous que nous nous attelons à notre perte mais que faisons nous vraiment? Lao tseu disait qu'un battement d'aile ici était une deferlante proche de l'abyme ailleurs. Alors permettez moi d'énoncer très naivement que votre exemple de diminution d'allure est une micro goutte mais n'est-elle pas mieux que rien ?
Pourquoi comparer nos élans aussi infimes soient-ils à l'Inde ou la Chine? C'est décevant Monsieur... Il faut bien commencer un jour et si nous commencions par de l'esbroufe? Au moins nous commencerions quelque part...

Je trouve votre blog fort intéressant quelque peu démagogique de temps à autre mais décevant dans la mesure où les commentaires ne se superposent point. Il y a ici de l'idée mais point d'échange. Alors oui, l'échange ne fait point avancer le "smilblik" quoi que... Il faut bien commencer quelque part non? Entre esbroufe, esprit, verbe et verve il y a les balbutiements d'une révolution.
Penser pour moins se masser, c'est avoir l'esprit ouvert...

Bien à vous.

Écrit par : Claire CHODEK | mercredi, 07 novembre 2007

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