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dimanche, 07 octobre 2007

À PROPOS D'UNE DESTINÉE

BILLET du 7 OCTOBRE 2007


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La question est souvent posée : entre une droite solidement installée et sans complexes, et une gauche idéologiquement perdue et politiquement affaiblie, y a-t-il encore une place pour le centre de François Bayrou ? Et celui-ci n’est-il pas devenu aujourd’hui le premier opposant ?

Je crois qu’on se trompe profondément quand on imagine que François Bayrou est “dans les choux”. Évidemment, il a été, ces derniers mois, à la fois trahi et réduit considérablement : • trahi par ceux qui ont choisi d’aller dans le gouvernement et qui l’ont laissé tomber après avoir défendu sa position pendant des années (il y a encore des judas au 21° siècle, même, surtout et y compris, en politique) • réduit parce qu’il n’a plus que trois ou quatre députés là où il en avait près d’une trentaine.

DANS L'OPPOSITION MALGRÉ LUI

Mais, en dépit de ces apparences, il ne faut pas se tromper : le fait qu’il n’ait pas, en ce moment, un pouvoir politique fort n’empêche en rien le fait qu’il développe un discours d’opposition - même s’il ne revendique pas être dans l’opposition - face à Nicolas Sarkozy et le gouvernement actuel, discours qui a toutes les chances d’être extrêmement efficace.


Que va probablement développer Bayrou dans les mois qui viennent ? Et pourquoi çà peut fort bien marcher ? Et pourquoi peut-il fort bien être le prochain Président de la République ?

Contre Nicolas Sarkozy, il va développer un discours qui coule de source : “Sarkozy, c’est l’ami de Bush, c’est l’ami des puissants, c’est le porte-voix de ceux qui ont déjà de la voix, c’est celui qui fait des cadeaux à ceux qui n’en ont pas besoin. Moi je suis le porte-parole des sans-voix, des petits, des sans-grades”. Ce discours ne peut qu’avoir un impact considérable. Et quand, se tournant vers le Parti Socialiste, il commentera : “ces gens-là ne sont pas déplaisants ni entièrement nuls, mais voyez dans quel état de déliquescence est leur parti”. Et c’est évidemment vrai.

Donc le discours de François Bayrou sera un discours de critique extrêmement puissant. Il est, pour cela, très habile dans la dénonciation des travers des uns et des autres. Et s’il devait y avoir prochainement un remaniement ministériel - puisqu’on en parle souvent - ou une nouvelle “ouverture”, c’est évidemment du côté de Bayrou que la majorité actuelle aurait intérêt à s’ouvrir. Mais l’intérêt de la majorité est-elle l’intérêt de François Bayrou ? C’est une autre question, un autre débat.

En attendant, François Bayrou est bien, malgré lui, le premier opposant. S'il l'est, ce n’est pas parce que le P.S. n’existe plus, mais parce que celui-ci est devenu totalement inaudible. Au P.S. il n’y a plus de leader : celui actuel est sur le départ, la plupart de ses autres dirigeants (en fin de carrière) regardent plutôt du côté du gouvernement actuel, et Mme Royal est reléguée dans une sorte d’opprobre. Il n’y a donc plus d’expression politique du Parti Socialiste.

François Bayrou profite donc de cette situation et son discours prend aujourd’hui un relief qui ne serait pas le même si la gauche n’était pas devenue ce qu’elle est devenue.

Alors, pour François Bayrou, comment s’y prendre pour arriver aux hautes fonctions auxquelles il parait peut-être destiné ?

LE CENTRE : UN HANDICAP ?

Il y a d’abord à surmonter le handicap d’être “au centre”. François Bayrou récuse aujourd’hui le mot "centre" et cette position : il proclame être aujourd’hui “démocrate”. Mais qui n’est pas démocrate ? Si François Bayrou ne veut donc plus être aujourd’hui étiqueté “centriste”, il est cependant toujours bien au centre. De ce point de vue-là, ceux qui l’ont trahi l’ont peut-être fait “à bon escient” : ils sont persuadés que l’avenir du centre est plutôt du côté de la majorité actuelle que de l’opposition. Sauf à négliger l'effet d'aspirateur qu'elle aura tôt ou tard sur leurs maigres troupes.

Pourquoi ? Parce que le Parti Socialiste n’est pas très partageux. La droite ne l'est pas davantage ! Mais, la différence est que celle-ci, en raison du phénomène Sarkozy, n’aura bientôt plus de leader de rechange : la nature du sarkozysme est de faire le désert autour de son actuel leader. On peut le comparer à ces grands et admirables sapins : rien ne pousse plus par dessous quand ils atteignent les sommets.

Alors on peut imaginer que si, pour une raison ou une autre, Nicolas Sarkozy soit un jour “empêché” - cela peut arriver, on en a vu maintes fois le cas dans le passé - François Bayrou deviendrait alors une sorte de leader légitime, un recours naturel.

COURAGE & RASSEMBLEMENT

Hors cet hypothétique cas extrême, et au-delà, François Bayrou a pour lui deux atouts majeurs : • c’est un homme courageux. Et, dans un univers politique de servilité absolue où le “léchage de pompes” est la règle générale, ce courage et cette faculté de ”dire non” (comme disait De Gaulle) transparaissent avec force. Bayrou aurait pu, d’innombrables fois, être Ministre, voire Premier Ministre. Il était mieux placé que son pâle et insignifiant ex-ami, Hervé Morin, pour être au gouvernement. Mais Bayrou, lui, ne l’a pas fait et cela lui donne une puissance considérable • par ailleurs, il veut rassembler les bonnes volontés humanistes et réformistes de notre pays. Avec un tel projet, qui n’est pas sans rappeler les appels au rassemblement d'un De Gaulle ou d'un Mendès-France, comment être en désaccord avec lui sur le fond ?

Ces deux atouts que détient incontestablement François Bayrou, représentent donc quelque chose de puissant. Et il ne manque pas de gens en France - des humanistes, des libéraux sociaux, qui ne sont ni des puissants, ni des riches, ni des gens qui ont la parole, ni qui ont le pouvoir - se sentent plus représentés par un Bayrou que par quiconque d’autre. Il suffit d’ailleurs, pour s’en convaincre, d’assister à l’un de ses meetings : il est frappant de voir tous ces gens pour qui il est un recours, “L'ESPOIR”. Ce n’est d'ailleurs pas par hasard si 45.000 personnes se sont inscrites récemment spontanèment dans son nouveau parti appelé à succéder à l’actuelle UDF.

UN HOMME EN DEVENIR

Disons donc, pour résumer, que le “centre” n’a pas un grand avenir en soi et ce de par le grippage institutionnel d’un système électoral qui ne lui laisse aucune place, quelque soit son poids réel. Mais, en revanche, François Bayrou est, dans l’opinion, un leader disponible et crédible : les sondages successifs ne cessent d'ailleurs pas de le dire sans interruption depuis des mois. François Bayrou est un homme en devenir.

Il est d'ailleurs de la trempe d’un Sarkozy (mais oui !), ou encore d’une Ségolène Royal (quoiqu’on en pense, malgré les méandres indéchiffrables qui furent ensuite les siens et qui ont brouillé son image). Tous deux ont su aussi, il fut un temps, dire “non” dans des circonstances difficiles et ce face aux pressions dont il (et elle) étaient l’objet et tous les sarcasmes dont on les a affublés alors. Ils ne sont pas très nombreux en France les politiques de cette trempe-là.

Certes le message actuel de François Bayrou est resté inchangé depuis des mois : ce pourrait paraître être un handicap. Mais sa chance, c’est que les deux partis dominants actuels lui donnent motifs et maintes prises pour continuer d’exercer sa critique.

Aux législatives, Bayrou n’avait aucune chance. Personne à sa place n'en aurait eu davantage. Mais, à la prochaine présidentielle, il risque fort de surprendre de nouveau, là où, en face de lui, son compétiteur portera sur lui le handicap du poids d’un pouvoir qui use inexorablement tous ceux qui l'exercent.

Bayrou a un destin. Il est devenu une destinée.

Commentaires

L'analogie du pouvoir, de Mr Sarkozy et du sapin m'a fait drôlement sourire. Assez pour y laisser quelques observations.
J'ai voté Mr Bayrou au premier tour, séduite par sa modération. Mais il me semble qu'avec la mise en place du MoDem sa modération, que j'entendais comme une forme de finesse et d'intelligence, est devenue une tièdeur mièvre.
La gauche me semble inexistante et inintéressante, n'étant prèsente que par démagogie. La droite pugnace et tenace, avec notre Président, est assez intrigante grâce en partie au personnage qui la maintient en vie. Mais je persiste et signe en disant que la politique française est devenue un énorme théâtre de l'ego. Dans lequel les actes se ressemblent et se corellent dans un narcissisme aigü de personnalité en mal de pouvoir. À quand finesse, esprit et intelligence au service du pays? À quand allons nous oublier les scandsions scabreuses d'une droite/gauche au service de l'Homme (avec une majuscule s'il vous plait !). Bref à quand la surprise d'un parti s'attelant à sa tâche. Monsieur Sarkozy mérite tout de même une certaine estime de pouvoir user de sa langue ou plutôt de son langage avec une certaine manipulation, faisant qu'il est difficilement attaquable (cf: sa lettre aux éducateurs dans laquelle il n'y a rien à redire mise à part quelques comparaisons fort destabilisantes entre l'école et l'économie).
Bref, naive j'ose être encore surprise d'une politique qui pourrait m'étonner de sa finesse. Mais lucide aussi je balbutie quelques verbes et mots pour indiquer une certaine appréhension face à une politique qui, je pense, égard ses chevaux de bataille dans les cheveux en pagaille de ses narrateurs. Alors messieurs (car quoi qu'on en dise la politique a toujours du mal à se féminiser par crainte du sexe faible ?) montrez-nous un peu que vous savez avoir des... ailleurs que par intérêts personnels. Et que malgré qu'il semble que rien ne dure au dessus de la ceinture, l'esprit lui se situe a fortiori bien plus haut que dans vos pantalons...

Écrit par : Claire CHODEK | lundi, 08 octobre 2007

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