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mercredi, 03 octobre 2007

À PROPOS de l'ÉQUITÉ SOCIALE

BILLET du 3 OCTOBRE 2007


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Ceux qui me lisent régulièrement savent que je suis, depuis longtemps, clairement favorable à la réforme des régimes spéciaux. Je l’étais déjà en 1995 lors de la réforme proposée par Mr Juppé sur la Sécurité Sociale. J’ai aujourd’hui moins de raisons que jamais de changer d’avis : ces régimes sont une survivance devenue plus qu’anormale de privilèges accordés en d’autres temps, en d’autres circonstances et pour d’autres raisons : ils n’ont plus lieu d’être aujourd’hui.

Mais.... Même si le terme “privilège” que j’utilise ici peut paraître à certains un peu provocateur, surtout quand il s’applique à des cheminots, des gaziers, des agents de la fonction publique, nos députés, ou encore les clercs de notaire. Avant de les stigmatiser comme des "privilégiés", je pense que Mr Sarkozy ferait bien de tenir toutes ses promesses en même temps.

Les STOCK-OPTIONS = 4 milliards

Le hasard veut en effet qu’au moment où on évoque ce sujet, est publié le nouveau rapport de la Cour des Comptes présenté par Mr Seguin. Et celui-ci nous révèle que les “stock-options”, parce qu’ils ne sont pas assujettis à contributions sociales, coûtent à la Sécurité Sociale 4 milliards d’€. Quand on sait que le déficit de la Sécurité Sociale s’élève à 15 ou 16 M€, cette exonération de contributions représente donc le quart de ce déficit.


Les régimes spéciaux coûtent, de leur côté, environ 6 M€. Autrement dit, les privilèges d’une petite poignée de citoyens coûtent presqu’aussi cher à la Sécurité Sociale que les fameux régimes spéciaux tant décriés aujourd'hui. Cela n’est plus tenable, c’est même indigne : il faut aller jusqu’au bout des réformes et non s’attaquer à un seul volet de celles-ci.

Je me trouve être assez en accord avec les déclarations de François Chérèque quand celui-ci dit que les partis et les syndicats n’ont pas le même rôle. Le rôle des partis politiques c’est de dire la "vérité de la réalité" ; puis d’essayer d’imaginer des idées et d’échafauder des solutions. (À ce propos, il faut que la gauche cesse enfin de s’enfermer dans le rôle du mensonge permanent : çà fait à peu près 30 ans qu’elle ment sur tout, sur la mondialisation, sur les retraites, sur les déficits publics, sur l’éducation, etc....)

Mais, pour en revenir à François Chérèque, le rôle des syndicats, lui, c’est de réfléchir à la meilleure façon de défendre les intérêts des travailleurs. Par exemple, comment prendre en compte la question de la pénibilité....

LE COURAGE et le POLITIQUE

Mais, pour cela, il faut du courage. Et le courage en politique c’est d’abord et surtout de consentir à faire des sacrifices, y compris dans son propre camp. Or, de ce côté-là, force est de constater qu’il y a toujours un certain déficit en la matière, même depuis l’arrivée de Mr Sarkozy aux affaires. Certes celui-ci a fait une sorte d'ouverture (qui n'en est pas une vraie) vers certaines personnalités de gauche. Cette "ouverture" ne lui coûte pas cher : ce sont des socialistes bien accommodants qui l'ont rejoint. Qu’ont-ils demandé en effet en contrepartie de leur ralliement ? Rien du tout ! Ont-ils obtenu quoique que ce soit au profit de leur électorat (pour les “travailleurs” par exemple, comme ils disent) ? Rien de tout ! Ils se sont simplement contentés de demander des postes, de la gloire, des portefeuilles, des voitures avec chauffeur et des cocardes. Mais ils n’ont rien demandé politiquement. "L’ouverture" de Mr Sarkozy n’en est pas une : ce n’est qu’un empilement de débauchages individuels. Ceci est peu digne.

Si les possédants, les nantis de ce pays ne commencent pas par donner l’exemple, si on trouve normal de parler des “privilèges” de certains (cheminots, gaziers, etc....) sans parler de ceux des ”stock-options”, nous resterons toujours sur la mauvaise voie et cela nous devrons le payer un jour ou l’autre. C’est même devenu aujourd'hui l’objet d’un débat. Même Mr Sarkozy a été obligé de “recadrer” à ce sujet son Premier Ministre.

Ce qui est amusant dans cette affaire, c’est que, quand la droite a perdu en 2004 les élections régionales, Mr Chirac s’est retrouvé face à son parti en position fort délicate. Et on voyait alors dans des congrès UMP, applaudir à tout rompre les orateurs qui disaient un peu de mal de Mr Chirac, évoquaient ses incessantes marche-arrières, et donc abordaient la question du courage en politique. Et celui qui incarnait alors, aux yeux de ces congressistes, le réformisme n’était autre que.... Nicolas Sarkozy. Et de là s’est développé toute une rhétorique du courage, notamment contre la mollesse du Président de la République de l’époque.

Mais, maintenant que Mr Sarkozy est au pouvoir, celui-ci sait - et cela fut répété par l’un de ses proches conseillers - que les cimetières sont remplis de gens qui ont cru que la rhétorique du courage et de la vaillance suffisait pour conduire les réformes : cela fut, évidemment, un échec (par exemple Mr De Villepin et son CPE).

OUVERTURE ou DÉBAUCHAGES

Mr Sarkozy ne se rend peut-être pas compte que, paradoxalement, avec sa stratégie des ouvertures (qui n'en sont pas de vraies), il se retrouve dans une position structurellement quasi-chiraquienne qui est celle de l’homme politique responsable qui dit “il faut faire les réformes avec tout le monde” (ce en quoi il a raison), mais qui n’est entouré pour les conduire que de gens incapables de l'appuyer.

Aujourd’hui, c’est Mr Fillon qui dit “maintenant il faut y aller” et qui, par une sorte de déplacement de l’échiquier, occupe la position de vaillance et de courage que Mr Sarkozy occupait hier. Mais, pour cela, Mr Fillon est bien seul.

Il ne faudrait cependant pas que cette fausse rhétorique du courage qui a dominé le discours de la droite pendant trois ans - notamment celui des déclinologues - pourrisse les choses. Il nous faut éviter de nous laisser pièger. Sinon, à nouveau, la droite ne parviendra à rien.

Le courage en politique n’est donc pas suffisant. Quel dommage donc, qu’en lieu et place de ces fausses ouvertures, il n'y ait pas eu de vrais projets bâtis en commun avec des hommes et des femmes venu(e)s de larges horizons divers pour mener de vraies réformes. Alors on constate que tous les sacrifices sont demandés aux classes populaires, pendant que tous les avantages sont accordés aux classes aisées.

Mr Sarkozy surfe toujours sur sa vague : mais pour combien de temps encore dans de telles conditions ?

Pour mener ces nécessaires réformes, ”il faut donc négocier” affirme Mr Chérèque, Négocier, oui, mais surtout remettre tout à plat et sans aucun tabou. Et non pas se limiter aux seuls régimes spéciaux. Ce que n’avait pas su faire non plus Mr Juppé. Cà l’a conduit à l’échec.

Par ailleurs il faut aussi voir quelles contreparties on pourra accorder à ceux à qui on va retirer une partie de leurs “privilèges”. Il est en effet anormal qu’aujourd’hui, en France, les salaires les plus élevés s’accroissent de 25% par an et que, parallèlement, on demande des sacrifices supplémentaires aux seules classes populaires.

L’équité est l’une des formes de la liberté et de l’égalité des citoyens devant la Loi. Elles sont inscrites partout sur les frontons de nos monuments. Souvenons-nous en.

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