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lundi, 03 septembre 2007

LE NOUVEAU DISCOURS de Mr SARKOZY sur la TURQUIE

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Mr SARKOZY vient de réunir nos ambassadeurs pour faire avec eux le point de notre nouvelle stratégie en matière de diplomatie dans le monde. Une diplomatie qui rompt d’ailleurs sensiblement avec celle conduite précédemment par Mr CHIRAC. Tous ont été particulièrement plus attentifs quand le discours présidentiel a abordé le problème du contour des futures frontières de l’Europe, notamment en évoquant plus particulièrement le volet de celles avec la Turquie. Nous devons savoir en effet vers quelle Union nous allons, et où nous voulons et pouvons aller.

Que l’Union soit définie comme la ”priorité des priorités” de la diplomatie française avec une telle vigueur est une excellente nouvelle. Que Mr SARKOZY ait éprouvé le besoin de se défaire de l’image de ”Cavalier seul” qu’il commençait sérieusement  à avoir, jusque tout récemment, dans les milieux communautaires est un signe rassurant. Qu’il tente de sortir aujourd'hui de son isolement sur la ”question turque” est encourageant.


Cependant, sur le fond, les avis restent partagés. Pour certains, Mr SARKOZY a amorcé un vrai tournant qui peut débloquer bien des choses. Pour d’autres, la levée de ses réserves sur la poursuite des négociations avec Ankara - et ce dans le maintien de sa préférence pour une association étroite - complique encore la gestion du dossier.

Sur sa position envers la Turquie, Mr SARKOZY a deux grands atouts : les opinions publiques européennes qui partagent ses sentiments, et les arguments des  militants européens qui, comme la Présidente du Mouvement Européen France, Me Sylvie Goulard, estiment qu’un élargissement à la Turquie bloquerait sérieusement tout espoir d’une union européenne politique.

LES HANDICAPS de Mr SARKOZY

Mais Mr SARKOZY a aussi une série de handicaps très sérieux :

1°/ Le respect de la parole donnée et des engagements pris au niveau des États. À travers Mr CHIRAC, c’est bien la France qui s’est bien engagée sur la voie des négociations d’adhésion de la Turquie qui, on l’oublie trop, est le 13° membre du Conseil de l’Europe, donc fait partie de la famille européenne, et ce depuis la 9 août 1949. S’en tenir pour ces raisons seulement à des notions strictement géographiques....

2°/ En termes économiques et géostratégiques, la France ne peut pas non plus se couper de la Turquie (où les francophones et les francophiles y sont nombreux). Mr SARKOZY s’en est vite rendu compte. Dès mai, il avait dépêché à Ankara un de ses conseillers diplomatiques afin de tenter de réparer une relation bilatérale franco-turque empoisonnée par la question de l'adhésion et par les violences verbales.... du ”candidat SARKOZY”. Et par le vote aussi, en France, d'une loi sur le génocide arménien, loi qui illustre trop, indépendamment de la tragédie arménienne, la confusion des genres entre politiques et historiens. Ce n'est pas en effet au Parlement d'écrire l'Histoire.

3°/ Que faut-il entendre par ”partenariat privilégié” ? L’expression sonne bien, mais que recouvre-t-elle en fait ? En l’état, rien. Rien d’autre que ce qui existe déjà depuis 1963. L'union douanière en témoigne : la Turquie figure déjà dans la politique de voisinage de l'U.E.. Les coopérations euro-turques se développent dans tous les secteurs, y compris culturels. Et s’il est un pays où le dialogue Islam-Europe peut prendre tout son sens, c’est bien la Turquie (et aussi le Maroc, mais avec une taille moindre). Quant à l’intégration de la Turquie dans l’union méditerranéenne proposée par Mr SARKOZY, encore bien floue, elle s’impose par simple bon sens.

4°/ L’ouverture faite donc lors de cette réunion des ambassadeurs en faveur d’une reprise des négociations sur 30 des 35 chapitres de la négociation entre l’Union et la Turquie comporte cependant une ambiguïté. Les vingt-sept membres de l'U.E. avaient décidé de ne pas ouvrir huit des chapitres concernant l'Union douanière, puisque la Turquie ne reconnaît toujours pas Chypre. Ce qui, en soi, est un vrai scandale : les négociations avec les héritiers d'Atatürk n'auraient jamais dû commencer sans un règlement préalable de cette ”affaire chypriote”.  

Or, les cinq chapitres (sur les huit) exclus par Mr SARKOZY font abstraction de cette décision. Maladresse dans la préparation du discours ? Légèreté coupable de Mr SARKOZY ? Manque de réflexion ? D’ailleurs quels sont ces cinq chapitres ? ”Le Monde”, citant des sources élyséennes, cite les  cinq sujets sur lesquels Mr SARKOZY ne veut pas entendre parler de négociations : ils sont l'agriculture, la politique régionale, la citoyenneté européenne, les institutions, et l'Union Monétaire.

”Il n'est donc pas approprié de parler non plus du nombre de députés turcs au Parlement européen, ou du poids de la Turquie au Conseil, car ces questions présupposeraient une adhésion à l'Union”, explique un diplomate. Cela se comprend. Cela rejoint d’ailleurs la position de la chancelière allemande, Angela Merkel, dont  les idées sur ce sujet ne sont pas celles de ses alliés sociaux-démocrates de la grande coalition, plus favorables à l'adhésion claire, complète et rapide de la Turquie. Ils sont trop indulgents, ou trop peu vigilants, face aux manquements turcs à Chypre, à l’extrême fragilité de la démocratie turque, à l’ampleur du défi kurde, et aux risques d’un élargissement qui serait synonyme d’affaiblissement.

Dans ce contexte, le changement de ton de Mr SARKOZY a donc un inconvénient : il ne clarifie en rien les objectifs, ce qui n’est pas fait pour alléger le poids asphyxiant des arrières pensées, coté Bosphore comme coté Seine.

Mr SARKOZY a par contre un avantage : il peut contribuer à dépassionner le débat. C’est important à un moment où la Turquie sort démocratiquement d’une crise chargée de périls à la gravité généralement sous-évaluée. Entre charia, loi martiale et chaos.

LES CONDITIONS D'UNE ADHÉSION

Il doit être clair que le succès de ces négociations doit dépendre de l’ampleur, de la profondeur, et de l’inscription dans la durée des réformes indispensables pour que la Turquie répondent aux critères de l’Union. Ce dont ne veulent surtout pas nombre de milieux turcs, au nom de l’islam ou de l’islamisme.

Il doit être également clair que tout élargissement à la Turquie doit être précédé d’un renforcement politique de l’Union. Ce que ne souhaitent pas ceux qui, Britanniques en tête, misent sur la carte turque pour diluer l’Europe au lieu de la consolider.

Il doit être aussi clair, enfin, que les négociations euro-turques dépendront en partie des réactions et de l’Union et de la Turquie aux séismes géopolitiques qui n’ont pas fini de secouer l’ex-flanc sud-est de l’OTAN au balcon d’événements imprévisibles - mais annoncés - au Moyen et au Proche-Orient, autour de la Mer Noire (devenue un lac turc), dans le  Caucase. 

Autant dire que les réponses à cette ”question turque” dépendront de l’aboutissement de processus à plusieurs inconnues. Se prononcer pour ou contre l’adhésion de la Turquie à l’Union aujourd’hui, surtout en fonction de l’opinion publique du jour, tient soit de l’aveu de préjugés, soit d’un grand sens du jeu. Un étalage d’arrières pensées ou de pronostics.   

Sur un tel dossier, on ne décide pas, en 2007, souligne Daniel RIOT dans un éditorial, de ce qui devra être, en 2015, dans la meilleure des hypothèses. Et on ne prépare pas l’avenir les yeux fixés sur le seul rétroviseur. Le ”Grand Turc” n’est plus ce qu’il était, mais la ”République de Venise” non plus. Le ”syndrome de Poitiers” nous a joué bien des tours. Ne nous laissons pas enfermer par celui des ”Sièges de Vienne”.

Commentaires

Excellent article qui résume parfaitement la situation. L'Europe est avant tout l'adhésion à une civilisation et à des valeurs communes. En faire partie, signifie que TOUS ses membres soient d'accord, non pas a minima, mais sur l'essentiel c'est-à-dire presque tout. Hélas, nous en sommes tellement loin. Entre la Grande-Bretagne qui n'est pas européenne, certains pays de l'Est qui ont adhéré par nécessité économique (Pologne notamment), voilà maintenant la Turquie qui se présente pour une adhésion alors qu'elle se refuse à reconnaître un état membre. Si nos dirigeants, Chirac en tête, avaient été d'authentiques européens, jamais ils n'auraient accepté une ouverture des discussions sans reconnaissance de Chypre.
En résumé, soit on avance dans la construction européenne avec, in fine, l'espoir de voir se former une confédération d'états ( base = les adhérents à l'eurosystème), soit on considère que cet espace informe est une simple zone de libre-échange et là peut rentrer qui veut : Turquie, Ukraine, Maroc etc.
Bien entendu, pour nous la seule formule viable est la première.

Écrit par : Michel ESCATAFAL | mardi, 04 septembre 2007

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