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mardi, 28 août 2007

LES ILLUSIONS FRANçAISES

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En fait, à en croire les sondages, les français sont satisfaits du nouveau style qu’a su imposer Nicolas SARKOZY à la fonction présidentielle. Même que ses adversaires politiques - le P.S. entr’autres - ont du mal à encaisser. Il ont pris un sacré coup de vieux.

Dans les milieux européens, on préfère aussi ce ”dynamisme” et ce ”volontarisme” à l’effacement français des ”années CHIRAC”. Et l’on est surtout satisfait de voir que, pour l’heure, son idée de traité ”modificateur” est susceptible de sortir l’Union de son impasse institutionnelle. Même si cette bataille du ”nouveau traité” n’est en rien gagnée, de loin s’en faut ; outre son aspect minimaliste qui nous éloigne des ambitions qu’on caressait de voir naître, dans l’Europe, un géant mondial capable de se hisser au même niveau des superpuissances dominantes. Espoir dont la déception ne peut que nous tarauder.

Ce qui n’empêche pas nos partenaires européens, même ceux considérés comme nos amis les plus proches, de mettre en garde notre nouveau Président contre les effets pervers de son hyper activité presque maladive et son égotisme pathologique. ”L’Europe, c’est une équipe. On n’est efficace que si l’on sait jouer collectif” lui rappelle-t-on avec ménagement ici et là.


En fait, bien des faiblesses françaises inquiètent nos partenaires. Certaines sont liées au ”tempérament de notre Président-manager” : son ”bougisme” extrême et sa boulimie de ”résultats”  sont parfois contre productifs, relève l’éditorialiste Daniel RIOT.

L’Euro-Méditerranée, par exemple : excellente idée de créer une Union qui transformerait la Mer des mers en un vaste lac unificateur. Mais des structures existent déjà, des gens travaillent et, surtout, les normes européennes en matière de Droits de l’Homme ne doivent pas être oubliées. Beaucoup de précipitation, donc dans le lancement de cette idée.

L’affaire des otages de la Libye : la vie sauve pour les soignants, c’est bien. Oublier qu’ils étaient victimes d’un terrorisme d’État, c’est moins bien. Que se passera-t-il demain si d’autres chantages odieux de ce type s’exerçaient ?

Dernière en date des ”bavures médiatiques” de Mr SARKOZY : cette lettre envoyée à Angela MERKEL. Pourquoi avoir éprouvÉ le besoin de lui écrire pour lui suggérer de  secouer le G7 ? Comme si ces deux hauts responsables ne pouvaient pas se concerter plus discrètement. Comme si Mme MERKEL faisait montre d’inconscience devant les tempêtes boursières. Comme si, pendant une telle tourmente, le premier rôle des vrais responsable politiques n’était pas de tenter de calmer le jeu. Mais Mr SARKOZY sait plus clamer que calmer. Quel besoin  de montrer en permanence qu’il est là, à l’écoute, en docteur miracle de la planète, en vigie du monde ? À force de privilégier le faire savoir sur le savoir faire, Mr SARKOZY prend de sérieux risques et prête le flanc à tous les procès d’arrières pensées. La réponse de Mme MERKEL n’a pas tardé : polie, elle a été une fin de non-recevoir ferme, à la limite de l’incident diplomatique.

Mais peut-être Mr SARKOZY a-t-il raison de ne pas avoir confiance. Il doit même avoir conscience des faiblesses structurelles qui font que le coq français a un plumage bien terne et un chant bien trompeur, loin de pouvoir se permettre de se hisser au sommet du concert des nations. Ces faiblesses apparaissent quand les vraies réformes structurelles, celles qui pourraient redonner à la France cette santé économique et sociale qu’elle n’a plus, sont toujours en attente. La récente session extraordinaire du Parlement a servi à mettre sur rails des réformettes ”sociétales”, plus faites pour caresser dans le sens du poil l’opinion que pour assainir ce qui doit l’être et moderniser en profondeur des mécanismes bloqués ou enrayés.

On retrouve, bien sur, la dette, ou plutôt nos dettes. Et l’optimisme officiellement affiché n’est guère justifié par les clignotants du tableau de bord de l’économie nationale. Les exhortations à la Guizot - ”Enrichissez-vous”, ”travaillez plus pour gagner plus” - semblent bien illusoires.

Notre commerce extérieur : il est encore plus déficitaire au premier semestre 2007 qu'il ne l'était il y a un an (15,3 milliards d'euros contre 12,9).

Notre production industrielle : elle a chuté de 0,3 % au deuxième trimestre.

Notre croissance : elle n'a atteint, durant ce deuxième trimestre, que 0,3 %. C’est  moins qu'au premier trimestre (0,5 %). C’est surtout deux fois moins que prévu. Résultat : il y a peu de chance que la croissance économique atteigne l'objectif fixé par le gouvernement : entre 2,25 % et 2,5 % sur l'ensemble de l'année. Dire que cette croissance en panne se manifeste dans toute la zone euro ne constitue en rien une excuse : le commerce extérieur allemand s'apprête à afficher, en 2007, un excédent record de 150 milliards d'euros, alors que la France risque, elle, de connaître un déficit record de 30 milliards €. Dénoncer ”l’euro fort” (alors que ce sont les autres devises qui sont trop faibles, la chinoise, notamment) relève de la propagande politique et de la malhonnêteté intellectuelle. D’ailleurs, c’est l’euro fort qui nous permet de ne pas avoir une facture énergétique trop lourde : on l’oublie trop souvent. Le Monde souligne d’ailleurs : ”La  France exporte deux fois moins en Chine que l'Allemagne. C'est une des faiblesses françaises : nos exportations en dehors de la zone euro (en parts de marché détenues par les pays de l'eurozone) sont inférieures de 16 % par rapport à ce qu'elles étaient au moment de la constitution de l'Union monétaire (1999), alors que celles de l'Allemagne ont progressé de 11 %”.

Le comble, c’est que la seule réforme économique lancée cet été - rognée en partie par le Conseil Constitutionnel - vise à stimuler une consommation qui, elle, se porte plutôt bien mais qui.... alourdit nos importations. Il y a comme une erreur de diagnostic provoquée par un souci de ”plaire”.

LA MÉTHODE COUÉ

Ces constats sont sans appel. Ils rendent bien illusoires les belles déclarations de Christine LAGARDE  : ”Les fondamentaux sont bons: le chômage baisse, l'inflation est totalement maîtrisée et on est sur des perspectives de croissance, si on s'en tient au moral des investisseurs et des ménages, qui devraient nous permettre d'avoir un bon troisième et quatrième trimestre”. Qui ne connaît pas les limites de la ”méthode Coué” ?

Dans un rapport confidentiel remis à François FILLON le 29 mai, le Conseil d'Analyse Économique liste ”les atouts de la France dans la mondialisation”. Pour eux, ”c'est surtout sa capacité à investir et à ainsi se maintenir dans le haut de gamme qui explique le succès relatif de l'Allemagne par rapport à la France”. S'ils mettent en avant la nécessité de mener des réformes structurelles (fiscalité, marché du travail, etc....), ils jugent plus fondamental de favoriser l'éducation supérieure - l'autonomie accrue des universités va dans le bon sens - la recherche, le développement et l'innovation.

Nous en revenons à la redéfinition de cette politique industrielle qui a été tellement négligée sous les mandats de CHIRAC, donc par la majorité sortante, qui est.... celle revenante : la même ! Nous payons notre manque d'audace et d'efficacité en matière de recherche et d'innovation. Même la définition des pôles de compétitivité, si bien chantés, font sourire nos partenaires : 66 sont retenus. C’est peut-être électoralement payant mais, structurellement, voué à l’échec.

Qu’en pense Mr SARKOZY ? Il va nous le dire, sans doute, un jour. Mais ce n’est pas médiatiquement très payant. ”On ne gouverne pas dans l’impopularité, mais on n’exerce pas le pouvoir pour se faire aimer”, souligne un parlementaire de la majorité présidentielle. C’est du De GAULLE dans le texte, ou encore du Raymond BARRE. ”C’est la cote de crédibilité qui compte, non la cote d’amour”.

Méfions-nous donc des illusions. De ces illusions françaises qu’on tente sans relâche d’entretenir, quels que se soient les gouvernants en place. Aujourd’hui, comme hier.

Commentaires

Quel Avenir pour le Mouvement Démocrate ?
Venez lire la « Lettre ouverte : Pour un Projet Alternatif » publiée sur mes blogs : http://benoitcharvet.lejdd.fr/2007/08/29/24-pour-un-projet-alternatif et http://ben3002.blog.20minutes.fr/archive/2007/08/29/lettre-ouverte-pour-un-projet-alternatif.html , qui tente de lancer des pistes sérieuses de réflexion !

A très bientôt !

Benoît CHARVET

Écrit par : Benoit CHARVET | mercredi, 29 août 2007

la négation avant les résultats ne sont pas dignes de certaines de vos notes . Nous avons 5 ans et ne prenez pas l'habitude de ceux qui n'ont pas de construction à proposer et se défoulent de l' échec de mr. Bayrou en refusant ce qui serait plus constructif pour la France d' avancer vos idées tels Monsieur Attali, Monsieur Lang, Monsieur Rocard, etc...

Écrit par : BV | samedi, 01 septembre 2007

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